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Prix Albertine Sarrazin 2019

 
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Galt
vocable éloquent

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Joined: 10 Sep 2019
Posts: 19
Féminin

PostPosted: Wed 16 Oct - 14:23 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

A l’attention de la propriétaire de la Golf bleue.
Madame,

Je tiens à vous exprimer mon vif mécontentement quant à votre arrivée aujourd’hui à l’hôtel Le Chardon et le Chamois.

Pour votre information, j’ai soigneusement choisi cet hôtel, cela m’a pris beaucoup de temps car j’ai des critères élevés. Pas question pour moi de séjourner dans le premier boui-boui venu.
La proximité de la forêt est primordiale, bien sûr, ainsi que le fait que la plus proche ville se trouve à plus de soixante-dix kilomètres. Cela me garantit silence et air pur.
De plus, cet hôtel indique clairement qu’il ne propose pas internet, et le wifi ne passe pas ici, ce qui me permet de me tenir éloigné de toute tentation mondialiste.
Le nombre réduit de chambres ainsi que cette période peu propice à l’afflux de touristes m’ont également attiré.

Vous l’aurez certainement compris à la lecture de ces critères, Madame, si je réside ici plusieurs jours chaque année depuis cinq ans, c’est pour avoir la paix. Oui, la paix, Madame, paix que je goûtais depuis quelques jours à peine lorsque vous avez fait voler ma tranquillité en éclat de par votre arrivée.

Et je ne suis sûrement pas le seul que vous avez dérangé aujourd’hui. Rien que le bruit de votre voiture était une attaque ! Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais de nos jours, les pots d’échappement percés se changent dans n’importe quel garage, et ce pour une somme abordable ! Il est possible que le boucan pétaradant de votre guimbarde résonne comme une douce musique à vos petites oreilles, mais pour nous autres, simples humains aux tympans normaux, c’est insupportable ! Et comme si cela ne suffisait pas, vous avez osé amener avec vous une espèce de roquet incapable de se taire ! Bien que nos charmants hôteliers acceptent les animaux, vous devriez être capable de vous rendre compte que votre chien ne fera que déranger tout-le-monde ici. Quel égoïsme de votre part de ne pas vous préoccuper des autres !
D’ailleurs, je me dois de vous faire remarquer que cette bête n’a de chien que le nom. Un chien, Madame, est grand, fort, majestueux, ce qui lui permet de faire la fierté de son maître. L’animal que vous semblez traîner partout avec vous tient plus du rat mouillé que du meilleur ami de l’homme, il fait honte à l'ensemble de la gent canine. Ce n’est pas parce que des starlettes sans cervelles en gardent toutes un dans leur sac à main que cela fait de lui un chien.

Pour finir, Madame, je serai franc : vous êtes vous-même une agression envers vos congénères. Vos habits criards et votre voix haut-perchée ont saturé tous mes sens. J’espère que, dans la montagne de valises que vous avez apportées, il se trouve d’autres couleurs que du rouge pétant et du bleu fluo. J’ose espérer également que vous saurez moduler votre ton afin que tout un chacun ici puisse profiter du gazouillis des oiseaux plutôt que de vos salutations hystériques de ce matin.

Je vous souhaite bien le bonjour,
Un résident de l’hôtel.


A l’attention de l’inconnue arrivée ce matin.
Madame,

Comme je le craignais suite à votre irruption dans notre paisible refuge, vous semblez incapable de vous faire discrète.
Ne vous ayant jamais rencontrée, et par pure politesse et savoir-vivre, je me suis abstenu de vous faire parvenir mon précédent courrier, aussi ne m’attendais-je pas à ce que vous compreniez mon mal-être et adaptiez votre attitude en conséquence. Ceci-dit, je vous pensais quand même mieux avisée.
Votre débarquement en fanfare n’ayant pas suffi, il a aussi fallu que vous affichiez votre détestable pétulance au dîner de ce soir.

En premier lieu, je constate que, malheureusement, les vêtements neutres ne font pas partie de votre penderie. Bien que votre robe de ce soir vous aille à la perfection, et que cette coupe mette en valeur vos atouts, sa couleur orange éclatant a de nouveau brûlé mes pupilles. Vous rendez vous seulement compte que le repos de l’âme passe aussi par le repos des yeux ? Que si ma vue est constamment excitée par des couleurs et des formes provocantes, je ne pourrai jamais atteindre la sérénité à laquelle j’aspire tant ?
Vous n’en avez cure, bien sûr, vous qui affichez votre joie avec tant d’empressement, qui la faites partager à tout le restaurant, qui en faites même profiter votre cabot miniature, au mépris de toute hygiène !
Oui, Madame, l’hygiène ! L’hygiène, qui concourt à la bonne santé des humains. Qui permet d’éviter les pandémies, les morts, la peste. L’hygiène, que vous semblez ignorer.
Vous n’êtes pas hygiénique lorsque vous vous sustentez avec votre chien sur les genoux.
Vous n’êtes pas hygiénique lorsque vous passez la moitié du repas à le caresser, sans prendre la peine d’aller vous laver les mains ensuite, sans remarquer les poils qui volent à travers toute la pièce.
Vous n’êtes pas hygiénique lorsque vous lui faites manger une partie de votre assiette, lui donnant la becquée comme s’il s’agissait de votre enfant bien aimé, pressé amoureusement contre votre sein.
Croyez-vous donc que nos hôtes ont passé tant de temps au marché et en cuisine pour nourrir votre rongeur ? Les deux étoiles durement acquises au Michelin ne sont donc pas suffisamment prestigieuses à votre goût, pour que vous les dédaigniez de la sorte en en faisant profiter votre familier ?

Je dois cependant reconnaître que vos manières, qui laissent tant à désirer, ont au moins le mérite de museler la bestiole, aucun de nous, communs mortels, n’ayant été indisposé par des aboiements ce soir.

J’ose voir un signe d’espoir dans ce silence, Madame, et me plaîs à croire que, passé la griserie de votre arrivée, vous saurez trouver une attitude plus pondérée.

Je vous souhaite bien le bonsoir,
L’occupant de la chambre 214.



A Madame l’empêcheuse de se promener en paix.
Madame,

Une fois encore, je suis au regret de constater l’étendue de votre inconvenance.
Depuis que vous êtes apparue hier, troublant les vacances bien méritées que j’ai préparées durant de longs mois, vous vous permettez de ruiner tous les moments thérapeutiques que je tente de m’octroyer au sein de l'Eden montagnard qu’est cet hôtel.

Je reviens tout juste de ma promenade quotidienne, laquelle a été irrémédiablement gâchée par la survenue de votre toutou.
Comme chaque jour depuis à peine une semaine, je suis parti me purifier l’esprit au milieu des arbres. Je me permets de me répéter, mais c’est pour leur proximité que j’ai choisi Le Chardon et le Chamois. J’aime la forêt et la quiétude qu’elle m’apporte.
Lorsque l’on s’aventure en forêt, on pénètre un lieu magique, un lieu différent, où tout est primitif. Dans les recoins sombres et silencieux des sentiers sylvestres, on se dépouille du superflu, on ne garde que l’essentiel.
Si je m’enfonce au creux des bois, c’est pour pouvoir laisser mourir les parties les moins recommandables de ma personne, et renaître ensuite. Pour oublier les soucis, les tracas, tout ce qui parasite ma pensée. Pour écouter le silence et le respirer, entendre le cycle lent des arbres centenaires, retourner à l’état originel. Et en aucun cas pour être pisté par votre roquet, ni pour le regarder pisser sur chaque tronc qu’il croise — à ce sujet vous feriez bien de le faire ausculter par un vétérinaire, car il est impossible qu’une crevette pareille puisse uriner autant de litres sans qu’une maladie ne le ronge.
Et je ne vous parle pas de ses aboiements à chaque fois qu’il voit un insecte ! Insoutenable ! De toute évidence, ce pauvre animal a complètement oublié son instinct. Il ne sait que japper à qui mieux mieux contre tout ce qui bouge, au mépris de sa propre survie : il faisait tellement de bruit que seule ma présence a dissuadé de plus gros carnivores de venir s’en repaître, j’en suis persuadé.

Votre inconscience à ce sujet m’a surpris, je l’avoue. Vous semblez tenir à ce nuisible plus qu’à la prunelle de vos yeux, et pourtant vous le laissez crapahuter sans surveillance, en pleine nature sauvage, à la merci des rapaces et autres prédateurs pour lesquels il représente sûrement une proie de premier choix...
Malgré ma furieuse envie de l’abandonner à son prévisible sort (se perdre au milieu de la végétation plus haute que lui), mon humanité a pris le dessus et je l’ai laissé me suivre lors de mon retour jusqu’à l’hôtel, bien que ses sautillements et halètements canins aient failli avoir raison de ma santé mentale.

Je vous saurai gré, dorénavant, de bien vouloir chaperonner plus efficacement votre désastre sur pattes, afin que les autres pensionnaires et moi-même n’ayons pas à en prendre la responsabilité.

Bonne soirée,
L’occupant de la chambre 214.



Madame la mangeuse d’orange,

Je me retrouve à nouveau dans la pénible situation de devoir subir vos agissements dérangeants.
Vous m’aviez jusqu’à présent épargné votre présence au petit-déjeuner, mais ce temps semble révolu. Je n’en attendais pas moins de vous, étant donné que depuis votre apparition vous ne faites que chambouler ma sérénité, encore et encore.

Le petit-déjeuner, moment béni où tout est possible, lorsque la journée n’est encore qu’une grande toile vierge sur laquelle nous ne savons pas ce que nous allons peindre, quand notre esprit se doit d’être concentré sur ce que l’on va faire après, n’est plus maintenant qu’une succession de provocations de votre part.

Je me lève toujours le premier. Toujours. Très tôt. Afin d’être seul. Afin de ne pas avoir à saluer les autres. D’être dispensé de conversation. De pouvoir réfléchir. Sauf qu’aujourd’hui, vous avez troublé cette réflexion en venant déjeuner en même temps que moi. Bien sûr, si vous aviez été effacée, je n’aurais eu qu’à vous tourner le dos, à prétendre être plongé dans la contemplation du parc dehors, à faire semblant d’être si attentif à un oiseau que je n’aurais pas entendu quiconque entrer.

Mais vous n’étiez pas effacée. Vous vous êtes installée à la table en face de la mienne, au lieu d’aller vous terrer à l’autre bout de la salle. Vous avez posé devant vous un plateau rempli de fruits et de douceurs dont l’odeur n’a cessé de me titiller, moi qui me contente d’un café noir bien serré. Vous portiez une nouvelle robe, rose profond, chatoyante. Vos bras couverts de bracelets étincelants tintinnabulaient à chacun de vos gestes.
Et vous ne les économisez pas, vos gestes. Vous touchez à tout, vous remuez sans cesse les mains, vous caressez les objets que vous prenez entre vos doigts fins comme vous caressez votre peluche vivante.

Vous ne l’aviez pas avec vous ce matin, votre chien, et lorsque notre hôtesse vous a demandé de ses nouvelles, je vous ai entendue souffler son nom : Périphas.
J’aurais parié sur un nom idiot, Diamant, Bijou, Trésor, mais jamais je n’aurais imaginé le nom d’un légendaire roi grec. Mais je n’y connais rien en nom de chien, après tout. Et c’est après m’avoir choqué avec ce nom mythique que vous avez mangé une orange. Quoi que “mangé” n’est pas le mot qui convient, évidemment, cela ne vous convient pas du tout.
Vous ne mangez pas, vous dégustez, vous savourez, vous utilisez votre bouche comme vous utilisez vos mains. Vous pelez délicatement votre orange avant de croquer lentement chaque quartier. Vous sucez la chair tendre pour éviter que le jus sucré ne coule sur votre menton. Et lorsque le jus échappe à votre attention, vous léchez doucement vos lèvres. Et cela vous amuse, en plus, vous laissez fuser un éclat de rire qui obstrue mon ouïe.

Je ne vois plus que cette orange, et je ne peux plus relancer ma méditation matinale. Ma réflexion et mon calme sont balayés par vos couleurs, votre bruit, vos odeurs. Je regrette presque l’absence de Périphas, j’aurais pu fixer mon regard et mes oreilles sur lui, j’aurais pu vous reprocher sa présence, son ingérence dans ce moment sacré, je ne vous aurais pas vue, pas plus que d’habitude. Et je vous aurais peut-être donné mes trois premières lettres afin que vous me laissiez enfin tranquille !

L’homme de la chambre 214.




Incompréhensible inconnue,

Suis-je condamné à vous croiser partout ? Vais-je devoir passer le reste de mes vacances à craindre de vous rencontrer à un endroit ou un autre de cet hôtel qui semble rétrécir un peu plus chaque jour ?

Je vous vois à chaque repas, dans le parc, au salon, dans le hall, ne restez-vous donc jamais dans votre chambre ? Même dans les bois, vous me pourchassez par le biais de votre chien, qui a pris l’habitude de me suivre en remuant frénétiquement la queue, persuadé que je suis aussi content que lui de ses intrusions répétées. Ne croyez-vous pas que j’ai autre chose à faire que de regarder où je mets les pieds quand je marche ? Il est toujours dans mes jambes, je risque à tout moment de l’écraser, auquel cas je déclinerai toute responsabilité dans cet accident malheureux !

Cet après-midi, j’ai pensé avoir trouvé le seul endroit encore sûr, celui dans lequel personne ne va jamais, la bibliothèque.
J’aime les bibliothèques, les vraies. Pas les simples meubles poussés au fond d’une pièce ou d’un couloir, ni les bibliothèques municipales pleines de monde et ouvertes à tout va. Non, moi je parle des pièces entièrement dévolues aux livres. Très peu de maisons individuelles en ont encore de nos jours, ce que je trouve fort regrettable. Quoi de plus merveilleux qu’une pièce remplie de livres, de rayonnages, avec quelques fauteuils ou canapés dans lesquels s’installer confortablement pour feuilleter nos ouvrages préférés ?
Dans les bibliothèques, l’odeur réconfortante du cuir et du papier prédomine. Le silence est de mise, bien sûr, on s’y rend pour lire, pas pour discutailler ou jouer.

Le Chardon et le Chamois possède une magnifique bibliothèque, raison de plus pour laquelle j’ai choisi cet hôtel. Elle n’est pas très grande mais regorge de trésors, de livres en tous genres, tellement nombreux que bien que je vienne en retraite ici depuis cinq ans, je suis loin d’avoir lu ne serait-ce que la moitié des ouvrages.

J’ai cru, oui, j’ai vraiment cru que je serais à l’abri de vous dans la bibliothèque. Quel vœux pieu ! Je vous y ai trouvée, endormie sur le canapé défraîchi, Périphas pressé contre votre cou.
C’est la première fois depuis notre rencontre que vous ne bougez pas et que je ne vous entends pas. Cela m’a plutôt perturbé, de vous voir immobile. Heureusement, votre robe est jaune et vous signale aussi efficacement qu’un feu clignotant. Je suis un homme d’habitude, je n’aime pas être pris au dépourvu, et vous voir sans vous entendre...hé bien ça m’a causé un sacré choc ! Périphas n’est pas resté immobile, lui, il vous a piétinée pour sauter du canapé et venir me gratter la jambe, mais cela vous a à peine arraché un petit soupir, respiration discrète qui s’est logée dans mon cœur aussi brutalement que la balle d’un fusil de chasse.

Je vous déteste, chère inconnue, de faire s’emballer mon rythme cardiaque, de faire transpirer mon front, de faire trembler mes mains, et je déteste votre roquet.

Espérant que votre sieste a été réparatrice,
L’homme de la chambre 214.




Belle inconnue,

Sept jours. Sept jours de bienheureuse ignorance. Il m’aura fallu sept jours pour me rendre compte que vous logez dans le même couloir que moi. Aujourd'hui, tandis que je remonte dans ma chambre, vous me précédez de quelques mètres. Je ne cherche pas à combler cet écart, j’ai peur de me retrouver trop proche de vous. Et je peux vous regarder monter les escaliers avec grâce, marcher tranquillement. Or, à ma grande horreur, vous vous engagez dans mon couloir, vous passez devant ma porte, et vous vous arrêtez bien trop près de cette dernière, au numéro 220.

Je me dois de féliciter les propriétaires pour leur excellente isolation phonique, car depuis votre arrivée je n’ai pas entendu Périphas une seule fois dans ce couloir.
La 220, vous logez dans la 220. Vous y dormez, vous vous y toilettez, vous y vivez durant ces quelques jours hors du temps, comment pensez-vous que je vais pouvoir supporter cette torture ?

Maintenant je crains de sortir de ma propre chambre, que se passera-t-il si je vous croise dans le couloir ? Si vous me parlez ? Ou pire, si vous m’ignorez ?
Mon havre de paix s’est transformé en prison. Je passe plusieurs minutes devant ma porte avant de quitter mon abri, à guetter les bruits au-delà du panneau de bois, pour être certain d’être seul quand je sors. Ensuite, je passe d’abord ma tête, aussi lent qu’un escargot craintif, pour vérifier que la voie est libre. Puis je me précipite dehors, je ferme à toute vitesse et je prends la fuite dans les escaliers... Je suis totalement ridicule ainsi, ce qui est très probablement l’avis de la femme de chambre qui m’a vu effectuer mon petit numéro ce midi.
Quand je dois remonter, rebelote, je suis contraint de me plier aux mêmes règles.

Et c’est pareil quand je reste cloîtré dans ma chambre, je ne suis plus en paix. Le moindre son me rappelle votre promiscuité. Je tends l’oreille, bien que je sache qu’il est impossible de vous entendre vous plutôt que mes voisins directs. J’ai l’impression de discerner les tapotements des petites pattes de Périphas arpentant le couloir, ou votre voix, chuchotée, qui l’appelle. Impossible, bien sûr, vous avez démontré à maintes reprises que vous étiez incapable de murmurer !
Dès que je prends une douche, je pense à celles que vous prenez. Lorsque je regarde la télévision, je vous figure, la télécommande en main, zappant les chaînes. Au moment de me coucher, je vous imagine blottie sous les draps, les cheveux étalés sur l’oreiller.

Vous me torturez chaque minute de chaque journée.
J’aimerais changer de chambre, mais je sais que cela est vain, un autre couloir et une autre chambre ne seront pas suffisamment éloignés de vous. A présent je ne sais même pas si je pourrai vous oublier une fois que je quitterai cet hôtel. Quand le quotidien m’aura rattrapé, que je me noierai à nouveau dans le travail, est-ce-que votre souvenir s’estompera ? Je ne le pense pas, et je ne sais plus si je dois m’en réjouir.

Passez une bonne nuit,
Votre voisin de la 214.




Chère inconnue,

Pourquoi pleurez-vous ?
Depuis ce midi vous n’êtes plus que larmes et chagrin, votre éclat s’est terni, votre chien se morfond, et nous tous, résidents éphémères de ce petit coin de paradis qu’est Le Chardon et le Chamois, nous vous regardons, impuissants à vous consoler.
Après nous avoir enchantés, après nous avoir ensorcelés, après nous avoir fait croire que vous étiez le soleil, vous osez vous effondrer ? Vous ne pouvez pas être malheureuse ! Vous n’avez pas le droit d’être triste ! Il est impensable que vous vous trainiez jusqu’à votre table, avec morosité, refusant de vous nourrir, vous contentant de donner les restes à Périphas, l’air absent, vêtue d’un simple pantalon gris et d’un affreux pull noir.
Où sont vos gestes grandiloquents, vos couleurs grilleuses de globes oculaires, votre voix écorcheuse de tympans ?

Vous me rendez fou, avec vos sautes d’humeur. Un instant vous m’obligez à me cacher dans ma chambre, le suivant vous me forcez à vous chercher du regard pour vérifier que vous allez bien, et, au final, quand je vous trouve, vous m’obligez à subir votre
désespoir !
Et votre pauvre petit chien ? Avez-vous pensé à la peine que vous lui faites, à vous laisser aller de la sorte ? Cette malheureuse petite bête ne vit que pour vous, ne souhaite rien de plus que respirer le même air que le vôtre, et vous regarde avec tant d’amour dans les yeux ! Ce pauvre petit chien ne voit plus que l’eau qui ruisselle sur vos joues, il n’entend plus que les sanglots que vous gémissez, mais malgré tout il maintient courageusement sa position à vos côtés, toujours prêt pour vous.
Et vous, vous ne le regardez pas, c’est à peine si vous semblez consciente de sa présence, alors qu’il ne demande qu’à vous aider, à apaiser votre peine, à guérir votre douleur.
Je ne supporte plus de le voir apathique, vous suivant avec autant d’entrain qu’une tortue en pleine hibernation. Un chien a pour mission d’être toujours guilleret et de bonne humeur, et cette règle concerne également les demi-portions comme le vôtre.

Quant à nos hôtes, ils ne savent plus quoi inventer pour vous redonner le sourire. Je les vois vous abreuver de paroles que j’imagine gentilles à l’excès, vous tenter avec le genre de plateau de mignardises écœurantes dont vous raffolez habituellement, vous dorloter en vous proposant compagnie, écoute, épaule sur laquelle pleurer, mais vous refusez tout en bloc, faisant fi de leur compassion.

Vous devriez avoir honte de votre comportement puéril ! Cessez donc vos jérémiades et acceptez le réconfort de ceux qui vous entourent, tout-le-monde retrouvera enfin son
calme ! Remballez vos cris, reprenez vos couleurs, faites réapparaître votre lumineux sourire, que nous puissions tous continuer nos séjours avec sérénité et bien-être.

Ne sachant quoi vous souhaiter d’autre que de redevenir vous-même,
Votre malheureux voisin de la 214.





Chère inconnue,

Je me réjouis de remarquer que vous avez repris vos esprits, et que votre dépression est derrière nous.

Je suis tout-à-fait certain que nos hôtes et l’ensemble des résidents actuels de l’hôtel sont d’accord avec moi quant à la fin du drame que vous nous avez imposé hier.

J’ai eu le plaisir de vous voir à nouveau jouer avec vos fruits ce matin au petit-déjeuner, et bien que cette vision choquante ne gagne toujours pas mes faveurs, c’est de toute façon plus acceptable que vos reniflements.

Je vous ai aperçue ce midi, pleine de joie pour votre déjeuner, Périphas à nouveau sur vos genoux, et bien que je ne répéterai jamais assez que cette attitude n’est absolument pas hygiénique, elle est de loin préférable à la vision de ce petit roquet pitoyablement prostré à vos pieds, transpirant le désespoir, comme ce fut le cas précédemment. Le bonheur est bien plus agréable à mon œil que la tristesse, et tant pis si cela m'oblige à être témoin d’une attitude peu ragoûtante. De toute façon, c’est vous qui vous retrouvez au milieu des microbes, pas moi.

En partant cet après-midi pour mon bol de nature quotidien, je vous ai observée vous installer pour votre sieste dans la bibliothèque. Le chemin que j’emprunte passe juste devant la porte-fenêtre qui se trouve derrière votre canapé fétiche, et à peine vous étiez-vous allongée que Périphas s’est glissé par la vitre entrebâillée, pour poursuivre mes chaussures de marche et accompagner ma retraite de ses aboiements intempestifs. À présent que je sais comment ce fichu chien s’y prend pour venir me coller aux basques, j’essaierai d’être plus discret lors de mon passage, afin qu’il reste dormir avec vous plutôt que de venir me déranger.

Je vous ai croisée dans le hall en fin de journée, alors que vous devisiez gaiement avec notre hôtesse, qui affichait un franc sourire face à votre attitude à nouveau positive. Il est très inconvenant d’embêter les hôteliers avec des problèmes personnels, après tout, leur rôle est de nous recevoir, pas de nous aider à surmonter nos difficultés ! Je suis donc ravi de constater que vous ne confondez plus le couple qui nous accueille avec vos psychanalystes.

Enfin, je ne peux que me féliciter d’avoir attendu patiemment que vous ayez retrouvé votre contenance avant de vous faire parvenir mes courriers, cela m’a évité de me retrouver mêlé de trop près à vos soucis. Je suis, je le rappelle, venu ici pour les vacances afin de me reposer le corps et l’esprit, pas pour me triturer les méninges à cause de la vie des autres pensionnaires, a fortiori la vôtre, qui me paraît compliquée et aussi haute en couleur (et donc aussi peu apaisante) que votre personnalité.

Espérant que votre bonne humeur se maintiendra jusqu’à la fin de votre séjour,

Bien à vous,
Votre rassuré voisin de la 214.



Insaisissable inconnue,

Où êtes-vous ? Où avez-vous disparu ?

Aucune orange ce matin, juste une table vide et froide dont la vue m’a autant agressé le regard que vos robes multicolores. Mes yeux, qui ont tant cherché le repos cette semaine, n'ont pas su où se poser. Mon regard a souffert de l’absence de couleur, de jus sucré coulant, de lèvres pleines. Je n’ai pas apprécié mon café.

Aucun poil volant ce midi, juste une table vide et froide dont le silence m’a paru aussi assourdissant que votre babillage habituel. Mes oreilles, qui n’avaient de cesse de se fermer dès que résonnait le son de votre voix, n’ont rien eu à écouter, à part le bruit de ma fourchette contre la porcelaine de mon assiette, ou les conversations feutrées des autres personnes présentes. Je n’ai pas aimé mon repas.

Aucun canapé occupé dans la bibliothèque, cet après-midi, à l’heure de votre sieste. Moi qui ai tant rêvé d’être le seul à avoir le privilège de profiter de ce lieu d’exception, je me suis retrouvé mal à l’aise dans cette pièce esseulée, au milieu des livres qui m’ont semblés si impersonnels. Je n’ai pas pu rester.

Aucun jappement à côté de moi lors de ma promenade en forêt, aucun besoin de faire attention à l’endroit où je posais mes pieds, pas de bestiole à surveiller, pas de compagnie au fond des bois. Moi qui ai tant souhaité la solitude, je n’ai pu que marcher en silence, avec rien d’autre à faire que de regarder les feuilles et d’écouter le chant insipide des oiseaux. J’ai écourté ma balade.

Je me demande si vous êtes partie. Et si oui, si c’est définitif, ou s’il s’agit juste d’une absence courte et ponctuelle. Vais-je vous revoir ce soir au dîner, ou vais-je me retrouver face à votre absence ? Votre chambre abrite-t-elle encore votre montagne de bagages ou est-elle en train d’être nettoyée en ce moment même, pour être propre à accueillir un nouveau pensionnaire ? Au vu de toutes les valises que vous avez apportées, cela me paraît inconcevable que vous ne soyez restée qu’une petite semaine, je dois faire erreur, je m’inquiète pour rien, vous serez à votre table habituelle ce soir.
Je vous regarderai à nouveau donner la becquée à Périphas, et cela me fera grincer des dents. J’entendrai à nouveau votre voix lorsque vous raconterez votre vie à nos hôtes, et cela m’agacera. Vous serez à nouveau indiscrète, flamboyante, colorée, et cela m’enchantera. Votre chien me pistera à nouveau dans la forêt, il faudra que je m’occupe de lui, et cela me plaira. Je risquerai à nouveau de vous croiser dans le couloir à tout moment, et je ne vous éviterai pas.

Vous allez revenir, n’est-ce-pas ? Vous ne pouvez pas faire autrement. Je ne peux pas accepter que vous ne reveniez pas. Je ne peux pas accepter de ne plus vous revoir, vous qui avez bouleversé ma vie ces derniers jours. J’ai besoin de vous, de votre dynamisme qui me réveille, de votre voix qui me fait vibrer, et même de votre toutou qui m’a aimé sans conditions alors qu’il ne me connaissait pas.
Moi qui voulais tant le calme, je souffre de ne plus être chamboulé par toute votre personne.
Revenez !

Votre désespéré voisin de la 214.




Mon inconnue manquant à l’appel,

Je ne sais pas comment j’ai réussi cet exploit, mais j’ai dû attendre le dîner de ce soir, navigant entre patience, angoisse et effroi, pour avoir la réponse à la question qui me taraude depuis le petit-déjeuner de ce matin : vous êtes définitivement partie. Je l’ai su dès que j’ai passé la porte du restaurant, la pièce était bien trop calme, je n’ai pas eu besoin de jeter un coup d’œil en direction de votre table pour comprendre que vous ne l’occupiez pas.

Votre disparition m’est tellement inconcevable que je reste là, planté à l’entrée de la pièce, incapable de faire un pas de plus, et notre hôtesse, indifférente à mon émoi, s’avance avec d’autres arrivants insignifiants pour les installer.
Alors, je deviens comme fou, je l’intercepte de manière cavalière, pour lui demander qui vous êtes, où vous vous trouvez, comment vous joindre, mais elle refuse de me répondre.
Cela fait des années que je viens séjourner à l’hôtel du Chardon et du Chamois, et elle ose m’envoyer sur les roses ! Au nom de votre vie privée, comme si mes questions innocentes pouvaient y porter atteinte ! Je ne suis pas un tueur psychopathe qui vous poursuit, nom de nom ! Si l’un de nous deux a effrayé l’autre, alors c’est bien vous la coupable, mais allez donc faire comprendre cette nuance aux propriétaires !

Cependant, une fois les clients installés, notre hôtesse me demande de la suivre jusqu’à la réception, où elle me remet un courrier.
Une simple feuille de papier, sur laquelle est écrit “À l’attention de l'homme qui m’a espionné toute la semaine”, suivi d’un numéro de téléphone. L’écriture est ronde, toute en boucles et en déliés, mais aussi, à ma grande surprise, assurée, avec des mots qui vont à l’essentiel...
Je ne réfléchis pas, je quitte le hall d’entrée en trombe, le papier en boule dans ma main, je monte les escaliers quatre à quatre, cours dans le couloir et me précipite dans ma chambre.
Je fouille frénétiquement ma valise à la recherche de mon portable, jetant à terre tous mes vêtements jusqu’ici pliés avec soin, pour le retrouver et constater que sa batterie est à plat. Je retourne tout à nouveau pour récupérer le chargeur, je pousse violemment les meubles de la chambre, mais bon sang où se cache cette foutue prise ?!
Une fois la prise localisée, j’attends plusieurs longues minutes pour que le téléphone se recharge, rongeant mon frein avant de réussir à l’allumer, puis je défroisse la feuille et tape le numéro, frémissant d’appréhension. Une sonnerie, une autre, encore une. La septième sonnerie est interrompue par la familière voix chantante.
— Allo ?
Je suis paralysé. Mes membres sont coulés dans du plomb, mon cerveau ne fonctionne plus, mon cœur cogne si fort qu’il menace de s’éjecter de ma poitrine. Ma langue a triplé de volume et colle à mon palais. Vais-je trouver le courage de répondre, ou bien vais-je raccrocher lâchement ? Vais-je risquer de vous perdre encore une fois ? Pour la dernière fois ? Mon cerveau s’irrigue à nouveau, mes connexions neuronales reprennent du service, ma bouche est enfin opérationnelle, j’inspire un bon coup :
— Allo...


Last edited by Galt on Tue 22 Oct - 20:54 (2019); edited 1 time in total
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PostPosted: Wed 16 Oct - 14:23 (2019)    Post subject: Publicité

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Joined: 18 Jul 2016
Posts: 2,745
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PostPosted: Wed 16 Oct - 14:58 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Ah ! magnifique ! j'ai adoré.

Dès la deuxième lettre, la fin de l'histoire s'entendait d'office, mais ça n'enlève rien à cette délicieuse progression que tu as décrite, un pas en avant, un pas en arrière, attirance et répulsion, mauvaise foi et lâcher prise, et c'est un plaisir de voir ce bougre mal embouché rendre les armes.

Le concours Albertine Sarrazin en est un de haut niveau, ta nouvelle ne le dépare pas. Récompense méritée en ce qui me concerne. Bravo.
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Galt
vocable éloquent

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PostPosted: Wed 16 Oct - 16:18 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Merci Silicate
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MamLéa
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PostPosted: Wed 16 Oct - 22:09 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Bravo pour ce texte. Bien vu...et bien mené.
Certes, la fin n'est pas vraiment une surprise.
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“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre ma plume à la première oie qui passe.”
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Galt
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PostPosted: Thu 17 Oct - 00:00 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Merci MamLéa Smile
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Alain Kotsov
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PostPosted: Tue 22 Oct - 17:15 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Quelques fautes : « ont saturés », « me plaît à croire », « vous saurai grée », « je mets les pied »

Le genre, épistolaire à une main, des Liaisons Dangereuses divisées par deux, est original, et difficile à maitriser. L’auteur s’en sort bien. L’état d’esprit de l’unique rédacteur évolue au cours des lettres, passant de la franche hostilité à ce qui ressemble à une forme d’amour, du style coup de foudre. C’est cette progression, bien rendue, qui fait l’intérêt du récit. La fin, attendue, est une ouverture sur une suite qu’il appartient au lecteur d’imaginer.

La principale qualité de ce texte, et la raison de son succès, selon moi, est d’avoir su, naturellement, intégrer à ce monologue des éléments descriptifs, couleurs, odeurs, repères physiques, comme dans une nouvelle à l’écriture « classique » où tout est rapporté par un observateur extérieur. En effet la disposition des pièces de l’hôtel, le paysage environnant, n’ont pas besoin d’être décrits à la destinatrice, qui les connaît déjà. Mine de rien, l’auteur, par le truchement de ces courriers non postés, adresse au lecteur des informations qui lui permettent de dessiner le cadre de l’action, et de visualiser les attitudes de la belle inconnue, sa manière sensuelle de déguster une orange, les teintes criantes de ses robes : l’aspect et le comportement de son compagnon à quatre pattes… sans parler du bruit et de l’odeur : sa voix forte et aiguë, le parfum des fruits au petit déjeuner, et celui de cuir et de papier de la bibliothèque.

Pour donner dans l’analyse « freudienne », et peut-être pas trop pertinente ni intéressante, le chamois et le chardon du titre ne seraient-ils pas une allusion métaphorique aux deux principaux personnages ? L’animal craintif, aimant la nature et fuyant les hommes ; et la plante hérissée de piquants, à la beauté arrogante, et qui fait mal quand on la touche.

Si l’auteur souhaite faire une critique de cette critique…
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MamLéa
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PostPosted: Tue 22 Oct - 21:14 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Alain Kotsov wrote:

Si l’auteur souhaite faire une critique de cette critique…


Vu que c'est un texte médaillé, et pas un texte soumis à la critique dans l'atelier, je m'étais abstenue de relever les quelques fautes.

J'avais eu la même idée, pour le titre, et je pense que c'est volontaire.
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PostPosted: Tue 22 Oct - 21:36 (2019)    Post subject: Prix Albertine Sarrazin 2019 Reply with quote

Fautes corrigées, merci Alain Kotsov !
D'ailleurs s'il y en a d'autres (à force de me lire et de me relire je ne vois plus ces fichues fautes, mais j'ai horreur de ça donc toute correction est bonne à prendre !)...

Merci aussi pour cette critique très détaillée, c'est exactement ce que j'ai cherché à faire : décrire mais en laissant le plus de liberté possible au lecteur de pouvoir imaginer le décor et les personnages comme il le souhaite, de pouvoir comprendre ce qu'il veut, et de trouver la fin qui lui convient.
Je ne m'étais jamais lancée dans le genre épistolaire, mais j'ai adoré ça, car je trouve très facile alors d'inclure les sentiments les plus intimes du personnage qui se confie sur le papier, et c'est ce qui m'a permis effectivement d'apporter LA touche d'originalité à une histoire d'amour finalement banale et prévisible (mais chouette quand même, hein, j'aime beaucoup les histoires d'amour, c'est juste que dans l'exercice de la nouvelle je trouve très compliqué de trouver une chute surprenante - et heureuse - à une histoire à l'eau de rose, mais ça n'engage que moi !).

Bien vu, le titre est une métaphore des personnages.
Dans mon esprit le chamois, dynamique (bondissant),qui sait qui il est et vit sa vie sans chercher à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, qui enchante l’œil de celui qui a la chance de le croiser, représente la destinatrice, et le chardon, piquant, presque impossible à apprécier au premier abord, avec une beauté cachée derrière sa façade de mauvaise herbe, représente l'expéditeur, mais je suis ravie que tu l'interprètes d'une manière différente : encore une fois le but était que chacun puisse s'approprier cette nouvelle à sa façon et y lise l'histoire qu'il souhaitait (en tout cas moi j'aime bien m'approprier les histoires que je lis et souvent j'oublie les descriptions trop détaillées, ce n'est pas que je n'aime pas ce que les auteurs imaginent, c'est juste que dès que j'aime un livre, l'univers de l'histoire prend le pas sur les détails et que je ne peux pas empêcher mon imagination de s'emballer ; c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je n'aime souvent pas les adaptations cinématographiques, bref j'arrête là les digressions sinon je vais y passer la nuit Embarassed ).
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