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Les textes du jeu 174

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Mon 14 Oct - 07:58 (2019)    Post subject: Les textes du jeu 174 Reply with quote

Énigmatique un jour…


Ce jour là, il faisait froid, très froid. Aux deux types qui n’avaient pas ôté bonnets et cache-cols en entrant, je voulais bien accorder le bénéfice du doute mais il a vite été levé quand le premier a bloqué la porte du magasin et que l’autre a crié « restez où vous êtes ».
Et comme le patron nous avait toujours dit : « En cas de danger, surtout ne-bou-gez-pas. Les héros morts, ça ne sert à rien », alors je n’ai pas bougé, laissant par là-même ouverte la vitrine dans laquelle j’étais en train de disposer des bagues et des alliances.
Ma collègue, liquéfiée, a vagi « ne nous faites pas de mal » en levant haut les mains. Il est vrai que les mecs avaient l’air nerveux et que le teigneux qui nous avait dit de ne pas bouger agitait une arme dont il n’avait pas l’air de bien savoir la tenir. J’attendais presque avec curiosité qu’il se blesse avec.

Les types ont raflé tout ce qui leur était à portée de main. Tout. Sauf les bouddhas décoratifs de la vitrine. Le patron a un faible pour l’art oriental depuis son voyage en Thaïlande. Je n’y suis jamais allée et ça n’a rien à voir, mais j’ai bien fait de choisir méditation au centre de loisirs : jamais je n’ai mieux maîtrisé mes émotions. Si j’avais pris art martial – j’avais hésité, toujours pour la maîtrise de soi - ça ne m’aurait pas servi puisque j’avais interdiction de jouer à superwoman.
Même quand le teigneux m’a pointé son arme sous le nez pour ramasser les bagues, je suis restée zen. Bouddha en personne, les bourrelets en moins.

Dès leur départ, j’ai appelé le patron et la police. On a visionné aussitôt les enregistrements des caméras de surveillance et sur celui où j’apparais, je me suis vue en parfaite allégorie du calme olympien.
Le patron a dû trouver bizarre que je demande un extrait des images mais il a bien voulu. Je lui ai dit que c’était pour une étude de pose, celle que je cherchais depuis des semaines et que j’avais trouvée, là, sans le faire exprès, face à ces types qui nous braquaient. Eh oui, au centre de loisir, je suis aussi modèle pour la classe de dessin.

— Alors, ai-je demandé au prof le soir même, qu’est-ce que tu en penses ? Tu me voulais souriante sans l’être, avec un regard présent et mystérieux à la fois, tu n’étais jamais content de mon expression, mais là je la tiens, non ?
Il a fixé attentivement l’image numérique, puis mon visage comme s’il le découvrait pour la première fois.
— Mais oui ! C’est exactement ce que je veux, c’est fantastique, comment as-tu fais ça ?
— Je ne sais pas, ça c’est passé si vite, la tension était énorme, tu vois, la menace, le stress, j’ai essayé de m’abstraire, de prendre mes distances, et voilà… ça t’épate, hein ?
— Magnifique ! Je vois déjà ce qu’on va en faire avec le cours, tu vas juste changer la position de tes mains, croisées peut-être ? Mais tu me gardes cette expression, surtout. Ah cette esquisse de sourire, Lisa, génial !
— Eh oui, Léo, les vrais artistes ne sont pas toujours ceux qui tiennent le pinceau. Bon, on y va ?
Et je pris la pose.

À l’exposition des œuvres de la classe, on a vu mon sourire affiché en multiples exemplaires mais c’est le tableau de Léo qui s’est fait remarquer comme une merveille de subtilité, surtout dans ce délicat relèvement de commissure qu’il a qualifié lui-même d’énigmatique. Je n’en ai jamais révélé l’origine, mais c’est celui que je n’ai pas su réprimer quand j’ai vu de tout près le pistolet du teigneux : ce qu’on peut faire avec une imprimante 3D, aujourd’hui, c’est juste incroyable.






Réflexions et pensées


Chers passionnés des questions bizarres qui n’intéressent quasiment personne, bonsoir !!!...

Très heureux de vous retrouver pour cette chronique journalière et de poursuivre avec vous la réflexion qui nous occupe depuis bientôt quatre mois. « Qui ? Que ? Quoi ? Pour qui et pourquoi ? Dans le célébrissime tableau de Léonard de Vinci ».

Ce soir, une fois de plus, vous allez pouvoir constater que les interrogations basiques mènent souvent à des révélations inattendues, voire même impensables. Et pour ma part, je trouve cela tellement exaltant que je ne suis pas prêt d’arrêter mes recherches.

Comme tout le monde le sait, lorsqu’on regarde Mona Lisa d’un côté ou de l’autre, elle nous regarde aussi. Peu importe notre position, ses yeux nous suivent toujours et elle nous observe.
Mais pourquoi ? Que veut-elle nous dire ? Quel est son message ?

A ce jour, aucun être humain n’a réussi à découvrir vraiment de quoi il s’agissait. Ce qui laisse supposer que même si elle nous regarde tous et sous tous les angles, finalement, elle n’a pas grand-chose à nous dire et peut-être même rien du tout.

Comment se fait-il qu’un artiste mondialement reconnu et qui a plus de dix pages sur Wikipédia est peint une femme qui n’avait rien à dire. Ça laisse sans voix !

Mais, si l’on imagine qu’il ait eu réellement quelque chose à nous transmettre par-delà les siècles, pourquoi ne l’a-t-il pas tout simplement écrit sur ce tableau ? Surtout qu’il y avait de la place. Une ou deux phrases auraient été cent fois plus explicites que ces subtils jeux de regard et de sourire.

Mais, chers amis auditeurs, j’ai fait une autre constatation mathématique troublante.

Au musée du Louvre, devant ce chef d’oeuvre, il y a toujours plein de personnes qui sont plantés là, avec un air fasciné. Il me semble très plausible d’affirmer que la plupart d’entre eux se disent : Pouvons-nous capter les informations que ce génie a voulu nous transmettre depuis le XVIème siècle ?

C’est pour cette raison toute simple que les gens restent sans bouger. Ils essaient de réfléchir et de comprendre, et c’est tout !

Si l’on prend le nombre de visiteurs qui viennent admirer cette peinture chaque année (sept millions environ) et qu’on le multiplie par le temps approximatif qu’ils passent devant, on obtient : 1 166 667 heures par an. A mon avis c’est plus qu’amplement suffisant pour comprendre le contenu d’une information quelle qu’elle soit.

De là à conclure qu’il n’y a pas de message et qu’il n’y en a jamais eu, le pas est vite franchi. Et si vous me le permettez, je le franchis allègrement.

Il en découle que monsieur Léonard était un farceur et que, depuis plusieurs générations, il s’est bien moqué de nous !

Et bien voilà, chers amis auditeurs, je vous remercie pour votre attention et vous donne rendez-vous demain à la même heure, sur cette même radio !

Et surtout, surtout, n’oubliez pas ma devise : « S’il y a un problème, c’est qu’il y a une solution.»


D'un rien faire un tout


« Une étoile est tombée dans le jardin, sous le saule ! » Peter avait bredouillé et nous avions ri, mais comme il semblait sur le point de pleurer ou de s'évanouir, nous l'avions suivi dans le jardin.
L'étrangeté se trouvait au pied du saule, protégée par l'entrelacs des branches gouttant sur elle et semblait une étoile comme on en dessine par ennui sur une peau ou un poème. Cela brillait et possédait six bras. Étoile de mer, du ciel ou détachée d'une guirlande, on ignorait comment appeler l'intruse mais lorsqu'elle se gonfla puis expira, perdant en même temps fragments de luminosité et écailles de vie, nous bougeâmes enfin. « Il faut la porter au chaud. La soigner si elle est blessée d'avoir trop tombé » murmura Ed. « Seules les mains d'un magnifique peuvent intervenir sur une merveille» décréta Peter. Tous, nous nous tournâmes vers Haydn. Ange par la beauté quasi impossible à regarder sans frémir, ange par le silence, l'ambivalence et la bonté, Haydn souleva dans ses mains la chose étoilée. Les questions mitraillèrent : sens-tu son cœur ? Quelle est sa texture ? C'est chaud ou froid ? Haydn, fidèle à lui-même, ne répondit à personne et fusa tel qui s'envole jusqu'à la maison.
Dans l'encombrement sale et insensé de l'endroit où nous demeurions, de quelle façon protéger ce mystère qui nous avait choisis ? Haydn conduisit la créature agonisante jusqu'à la cuisine où elle fut installée sur le buffet, près d'un chevalet échafaudé avec des bâtonnets d'esquimaux glacés. Le chevalet bancal arborait la reproduction découpée dans un magazine de Mona Lisa elle-même. « Pourquoi sous l'égide de cette bonne femme moche comme un pou ? » interrogea Benni. Haydn sourit « Parce qu'elle a l'habitude de la lumière. Elle saura quoi faire. » Dubitatifs, mais n'osant contredire l'ange avec lequel nous vivions et qui avait toujours raison, nous fîmes cercle autour de Mona et l'étoile et attendîmes... quoi ? Rien sans doute, pour des losers géniaux comme nous ! « Rien » était notre devise, notre loi, mais en regardant cet improbable cadeau céleste nous regrettions soudain la lumière absente pour nous, les combats perdus, les liaisons rompues et nos cœurs fatigués de vivre sans but. « Pourquoi est-elle venue mourir chez nous ? Merde, on n'avait pas besoin de ça ! » ronchonna Ed.

Après une nuit passée à somnoler autour de l'étoile et Mona, nous nous réveillâmes au cri de Benni « Elle s'est barrée ! » Nos yeux eurent beau cligner, l'étoile nous avait bel et bien quittés, filant sans bruit ni éclair. Nous soupirâmes, résignés à ce que tout, toujours, finît en néant pour nous. Soudain, Haydn chuchota « L'étoile s'est carapatée avec le sourire de Mona ! » La femme célébrissime, sur son chevalet tirait la gueule, ses lèvres pincées et l'air furibard. Nous n'osâmes écouter les infos car si il s'y racontait qu'au Louvre, un certain sourire avait fait place à la grimace, nous nous sentirions encore plus minables qu'à l'accoutumée. Alors, chut ! Si Mona Lisa ne souriait plus, c'était par épuisement labial et détestation des connes et cons qui la mataient, non parce qu'une véritable étoile avait, par notre entremise, pompé sa substance comme un vampire. Haydn fit tomber le chevalet face sur le buffet. « Qu'elle aille se faire voir ailleurs ! » décréta-t-il, puis il sourit, et en cette magnificence résidaient notre refuge, notre étoile, notre Lisa et notre Mona, notre vie. Et de tout le reste, nous n'avions vraiment plus rien à faire !

Le Tableau


Les choses ont commencé dès la tombée de la nuit. Comme des ondulations de fréquences venues de loin. Et puis la chambre s’est éclairée, doucement, d’un bleu gris balayé de vaguelettes sombres donnant vie peu à peu à un ensemble compact entremêlé de scintillements saccadés. Ça remuait en lourdes pulsations magnétiques, les sons métalliques m’ont extirpé de mon lourd sommeil. Encore comateux, je me suis approché de la fenêtre. Des formes ectoplasmes s'étendaient devant mes yeux, envahissantes. Une vie mystérieuse animait la toile accrochée au mur près de la fenêtre.
Le tableau, parlons-en : 15 000 euros ainsi qu’une image encadrée. Voilà ce que m'a légué l'Oncle Georges alias Léonard. « Faites-en bon usage, c’est le portrait le plus célèbre au monde » avait précisé le notaire en me raccompagnant. Léo, quel numéro celui-là pensai-je, en réminiscence à une foule de souvenirs avec lui, à flâner ensemble dans les casinos, déambuler au milieu des gradins des champs de courses hippiques ou temporiser dans les couloirs des tribunaux, tantôt témoins, tantôt accusés en procès pour contrefaçon. Le Tonton savait le piteux état de mes finances, séquelle de ma séparation avec Lisa. Celle-là, j’avais enfin réussi à me séparer d’elle au prix d’une rupture coûteuse. Dépitée mais non résignée, elle avait juré et promis : « Tu me reverras, je te ferrais regretter, tu vas voir ».Peu importe, j’en étais débarrassé pour de bon…
L’imagea trouvé une place toute indiquée, dans la chambre à coucher, près de la fenêtre. Il y’avait encore la trace de la lithographie que Lisa avait emportée en quittant la maison. Un cache-misère, cela tombe à pic, me suis-je dit. Je l'ai dépoussiérée, suspendue, et y ai jeté un œil. Rustre en matière d’art, je ne vais pas disséquer en argumentations et théories fumeuses, je fonctionne à l'émotion, au coup de poing dans l'estomac et aux yeux qui se brouillent. Celle-là de figue, elle m'a rien fait. Elle était jolie à voir, un brin éclairé, elle faisait plutôt office de décoration, sans plus. Combler du vide me préoccupait, l'espace que mon ex a laissé derrière elle me troublait. Mais revenons au joyau : Le cadre entoure le minois mystérieux d’une jeune femme, sur fond d’un alentour alpestre aux perspectives espacées et nuageuses. Vêtue d’une robe la dame a la tête recouverte d’un voile noire. Pas un poil au-dessus de ses paupières. Les mains croisées reposent sur un bras de fauteuil placé dans une loggia. A l’arrière-plan se dessine un vague décor accidenté. Le sourire est étrange, mélancolique et indéchiffrable.
Le réveil indiquait 5h30 alors que les choses perduraient. Les grésillements symptomatiques et des interférences sur ondes courtes perduraient. Survient un arrêt subit sans grincement. Je me suis demandé si je n'avais pas rêvé. Mais il est des choses que l'on ne réfute pas, même avec la meilleure foi. La porte avait bougé, elle était ouverte à présent. Certains diront de vérifier sur le champ le niveau de la bouteille de whisky et la posologie du tube d'anxiolytiques, mais je n’en consommais ni l'un ni l'autre.
Vers 5h53 à travers le cadre de la toile un visage familier me fixait d’un regard étrange, énigmatique. Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Songeai-je. Ses longs cheveux et ses lèvres envoûtantes, je les reconnaissais. La revenante me dévisageait sans sourciller et l’air amusée. C’était Lisa.

Ironie

Cette bonne femme, qui me regarde depuis tout à l'heure avec ses deux mains croisées sur son ventre et un léger sourire moqueur, m'agace énormément.
Elle n'est même pas jolie. Je ne comprends pas pourquoi le peintre l'a prise pour modèle, il y avait certainement de plus belles femmes à sa disposition ? Ou alors, il l'a ratée ?
On en fait tout un monde, mais, personnellement, je trouve l'admiration quasi universelle pour cette fille somme toute très ordinaire, un brin exagérée. Je ne suis pas très calée en matière de peinture, mais je préfère largement les œuvres de Monet ou de Berthe Morisot, leurs tableaux sont autrement plus agréables à contempler et les visages plus gracieux. Vous pourriez me rétorquer que ce n'est pas la même école et vous auriez raison. Toutefois, ce que l'on appréciait au XVIème siècle est, à mon sens, passé de mode, il faudrait en tenir compte et renouveler la décoration. Un peu de modernité serait la bienvenue.
En attendant, Mona Lisa me suit des yeux, où que j'aille, avec un air hyper ironique, j'ai vraiment l'impression qu'elle se moque de moi. C'est ridicule, j'en suis consciente, mais il n'en demeure pas moins qu'elle me met mal à l'aise.
Évidemment, c'est la faute de ma belle-mère si je suis obligée de croiser le regard, un tantinet pervers, de cette fichue brune. Je suis sure qu'elle l'a fait exprès. Belle-maman, depuis le temps qu'on se fréquente, devrait connaître mes goûts et ne pas ignorer que je n'apprécie guère Léonard de Vinci. Je suis certaine qu'on en a déjà parlé à table, lors d'un de ces repas où l'on tente d'éviter les discussions qui risquent de tourner au pugilat, comme la politique ou le foot. Les hommes ne soutenant pas les mêmes équipes, l'échauffourée est pratiquement assurée. Du coup, on se rabat sur la météo ou sur un sujet bateau, à priori moins risqué. L'art en fait partie. Ce domaine n'intéressant pas les mâles de ma belle-famille, les risques de dérapages se révèlent infimes...
Je suis ridicule, il faut que j'arrête de focaliser sur une stupide image forcément inoffensive !
À cet instant, ma belle-mère m'apostrophe :
- Eh bien, Cindy, tu vas te décider à l'ouvrir cette boîte, ce n'est pas la photo de la Vénus de Milo qui est reproduite sur le couvercle, mais celle de Mona Lisa, elle a des bras, donc : des bras, du chocolat !
Elle sourit, contente de sa blague à deux balles.
C'est un vrai cauchemar : je crois voir double, le même rictus, les mêmes yeux railleurs se trouvent face à moi, en deux exemplaires.
Soudain, j'ai une furieuse envie de lui faire ingurgiter de force tous les chocolats de la boîte et de lui passer le couvercle autour de la tête.
Qui a dit que le chocolat déstressait ?


Cher Léonard

Depuis de longs mois déjà je projette l’écriture de cette lettre. Hélas, le temps passe, je me disais chaque matin demain, je lui écrirai demain, et demain aussi passait.
Les années qui défilent (les siècles devrais-je dire), loin de me faire oublier, loin même de seulement évaporer mes souvenirs dans une brume trouble, me font regretter amèrement ces journées bénies que nous avons partagées.
L’ennui œuvre sur moi comme un analgésique puissant. Il y a longtemps que je ne pleure plus. Une autre conséquence de cet ennui qui peuple mes jours à la manière du sable le désert, est que je me sens devenir sans volonté, sans désir. Pas tout a fait morte, mais pas tout a fait vivante non plus. Vois-tu, il se peut que sous mon allure impavide je souffre un peu de neurasthénie ou de mélancolie. Tu me connais, j’ai toujours refusé de consulter, là-dessus je n’ai pas changé ! Et quand le conservateur m’y oblige, l’équipe médicale ne s’occupe que de mon apparence extérieure. La couleur de ma peau, mes rides naissantes. Ils s’inquiètent de savoir si mes lèvres ne gercent pas, si ma chevelure demeure soyeuse. Ils se préoccupent de mes vêtements, si si, je t’assure ! Ils prennent soin de mon voile, vérifient mon drapé ! Mais de mon âme, qui s’en soucie ?
Pardon mon cher Léonard de me plaindre ainsi. Après tout, j’ai de la visite, à mon âge beaucoup s’en contenteraient. On vient de loin pour me voir, de très loin, parfois de l’autre bout du monde ! Je suis devenue une célébrité ! Chaque jour des cars par dizaines déversent une foule d’admirateurs tout émoustillés à l’idée d’enfin me voir. Tu vois, je parle comme une rock star, je suis sûre que jamais tu n’aurais imaginé ça… Hélas, la vérité est que mes admirateurs se font rares. J’ai des visites par milliers, c’est vrai. Veux-tu que je te dise ? Chaque jour, dès neuf heures du matin, c’est une forêt de bras qui se lèvent devant moi. Et ce n’est pas pour m’acclamer. Non, c’est juste pour faire des abominables selfies. Oui, ces dizaines de milliers de visiteurs qui pour certains ont traversé l’océan ne veulent que se prendre en photo devant moi… Crois-moi, le spectacle est affligeant. Dans la salle c’est la foire d’empoigne, tous les coups sont permis pour se rapprocher et prendre le « meilleur » cliché. J’ai des visites, mais des dos et des bras levés n’ont guère de conversation. Alors…
De temps en temps une admiratrice, un admirateur, de la trempe des véritables, entre dans la salle, ému, timide de se trouver là, plus près de moi qu’elle ou il ne le rêvait. Rebutés par la forêt de bras qui nous sépare, ils repartent généralement sans avoir oser l’affronter. Sans avoir osé se rapprocher.
Je te l’ai dit, c’est affligeant…
Tu vois, mes journées sont bien remplies ! Et puis il y a les nuits. Elles sont ici d’un silence de cathédrale, rythmées par les rondes des gardiens. Pas un qui, en traversant la salle, ne coule sur moi un regard. Bien souvent ils me jettent le faisceau de leur lampe torche en pleine face et ma nuit est hachée par ces éblouissements soudain.
Heureusement il y a Bruno. Lui prend garde, m’éclaire en indirect. Il marque toujours un temps d’arrêt devant moi. Ô, quelques secondes seulement, il a sa ronde à finir. Mais dans ses yeux je lis sa bienveillance…
La même qui habitait les regards dont tu me couvais pendant nos longues séances de pose…
Si tu savais combien ces instants d’intense intimité me manquent…
Et toi aussi tu me manques, Léonard.

Ta Mona




Révélation

Je m’appelle Marco Gamarra Galindo. Cet été j’ai réalisé le rêve de ma vie, aller voir la Mona Lisa au Louvre. J’en connais tous les détails – je suis spécialiste en histoire de l’Art de la Haute Renaissance à Lima – mais il me manquait de la voir en vrai. C’est ce tableau, dont une reproduction était accrochée dans ma classe, qui décida de ma carrière. Pourquoi cette passion ? J’espérais que mon voyage m’apporterait la réponse.

Bien que j’aie acheté un billet coupe-file, j’ai dû faire la queue pendant une heure pour entrer au musée. Puis je me suis laissé entraîner par le flot des touristes vers la salle où trône le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci. On nous a prévenus que nous ne pourrions y rester que quelques minutes. Quand je la vis, ce fut un choc. Elle était là, derrière une vitre dans un cadre PVC. Juste en dessous du tableau, une épaisse tablette en bois de placage semblait attendre qu’on y dépose un vase. J’avais imaginé mon émotion en découvrant les touches de pinceaux du Maître. Ce sont les reflets des touristes dans la vitre que je découvrais. Ces derniers brandissaient leur portable. Beaucoup tournaient le dos à Mona Lisa pour faire un selfie avec l’œuvre en fond d’écran, preuve qu’ils faisaient partie de l’élite des Je-l’ai-vue. Je compris mon engouement pour ce tableau. C’était le même que celui qui m’avait fait adorer Michael Jackson, les jogging Nike et les Simpson. J’avais fait le tour de la terre pour apprendre que mon exaltation était un effet de mode. Je dégainais mon portable et me mis à filmer tout autour de moi. Le spectacle de ma désolation.

Tout à coup, une tête énorme a surgi sur l’écran de mon portable. C’était le jeune homme à côté de moi. Il avait la peau mate et les cheveux très noirs. Ses yeux sombres me dévisageaient. C’était surprenant car tous les visiteurs étaient obnubilés soit par leur portable, soit par le tableau derrière la vitre. Mais lui, il me regardait. Dès qu’il sut qu’il avait capté mon attention, il se tourna vers la Mona Lisa. Je scrutai son expression. Un sourire se dessina sur ses lèvres, comme s'il saluait une connaissance. Je me tournai vers le tableau de Léonard de Vinci, avec le pressentiment que j’allais assister à un événement incroyable. La Mona Lisa était toujours là, mais elle paraissait soudain vivante. Elle regardait le jeune homme et répondait à son sourire. Je revins vers l'inconnu. Il avait disparu.

Des gardiens nous évacuèrent pour laisser la place au groupe suivant. Perdu dans mes réflexions, je bousculai un visiteur. Je m’excusai. Il me sourit en inclinant la tête. J’écarquillai les yeux. Son expression radieuse était la même que celle qui illuminait le visage du jeune homme en découvrant la Mona Lisa. Je me retournai pour regarder une dernière fois le tableau. J'étais stupéfait. Je reconnaissais le sourire de ma fille dans les premiers mois de sa vie. Je venais de percer le mystère de cette œuvre : la Mona Lisa prononçait ce mot que toutes les mères apprennent à leur enfant, ce mot est le sourire qui exprime la joie d’être ensemble. Aristote a dit que l’Homme est un animal social, Léonard de Vinci en a peint l’origine.

L’inconnu était-il un dieu venu me faire une révélation ? Avais-je idéalisé ce face-à-face entre lui et la Mona Lisa ? Je regarde inlassablement les quelques secondes – entre la 30ième et la 34ième – où il m’est apparu sur la vidéo que j’avais faite au musée : https://www.youtube.com/watch?v=j7LI0NIojhg

La vérité, toute la vérité

Je me marre– passez-moi l’expression mais depuis des lustres que les visiteurs s’attardent devant moi, j’ai pu me familiariser avec moult langages qu’il m’arrive de mélanger – donc, je ris à plaisir en entendant les réflexions qui fleurissent sur les lèvres, à voix haute ou chuchotées.
« C’est ça la Mona Lisa ? Tout ce tintouin pour un modèle réduit ! » ou « J’eusse cru le tableau plus imposant. »
Mais ce sont les interrogations, les suppositions sur mon identité qui me mettent le plus en joie. Je ne m’en lasse point.
Qui suis-je ou plutôt qui étais-je ? Une des maîtresses du grand Léonardo ? L’épouse d’un riche seigneur florentin renommée pour sa beauté ? Quoique certains ne me trouvent pas extraordinaire, un petit nombre va même jusqu’à proférer le qualificatif « moche » : là, je ne ris pas, c’est blessant. Puis les compliments reviennent et j’oublie.
« Il paraît qu’elle était enceinte, c’est ce qui lui confère cette aura de sérénité. » Sérénité, je veux bien, mais pour le reste… ha ha ha, impossible !
« J’ai lu quelque part que le modèle aurait été un homme. » Ceux qui s’offusquent de ces propos ou haussent les épaules ont tort. Allez, je vends la mèche : je m’appelle Francisco Melzi et j’étais l’élève préféré du maître qui aimait s’entourer de jeunes garçons. Il avait eu un vrai coup de cœur pour la fraîcheur de mes quinze ans. Moi, je le trouvais beau comme un Dieu et béais d’admiration devant son charme et son talent.
Nous nous efforcions de conserver notre idylle la plus discrète possible, il prenait soin de me traiter en public sans plus d’égards que mes camarades. Nous savions que notre histoire ne durerait pas éternellement. Mon père me voyait d’un mauvais œil embrasser une carrière d’artiste et ne m’avait pas caché ses projets pour moi dans l’armée du duc de Florence. Léonardo souhaitait garder de moi un précieux souvenir. C’est ainsi qu’il décida de fixer mon image sur la toile. Mon visage, il le connaissait par cœur, mais soucieux de la perfection, il me fit poser sans relâche. Le teint de rose, délicatement ombré, c’est le mien. Les mains aux longs doigts de pianiste, ce sont les miennes. Quant à l’intensité si vantée du regard de Mona, elle reflète mon amour pour Léo et l’impatience de me retrouver dans ses bras.
Le sourire ? Rien de celui d’une future mère, évidemment, mais sans doute le plus difficile à esquisser sereinement tant ces séances de pose me remplissaient d’un bonheur délirant. Pour le reste, Léo ne m’obligea pas à m’habiller en femme – je n’aurais pas refusé – mais sa virtuosité lui inspira une coiffure élégante et un décolleté pulpeux tout à fait réussis. Ce tableau devait rester soigneusement caché dans les appartements de maître Di Caprio – si, si, ce nom est bien sorti de la bouche d’une collégienne !– Le hasard voulut qu’un des élèves l’aperçût, s’en pâma d’admiration et s’en alla le vanter à gauche et à droite. Da Vinci se trouva contraint de le baptiser, de l’exposer.
Aucune raison de le regretter. Car finalement l’œuvre contribua grandement à accroître la réputation de génie du maître. Et grâce à elle, j’ai fait le tour du monde, je suis admiré, encensé et sincèrement, je me plais beaucoup dans mes atours de dame et ma longue chevelure auburn.
Que ceux qui ne me croient pas regardent Mona Lisa de plus près, c’est bien le diable s’ils ne discernent pas dans le doux ovale de ses joues le visage angélique d’un adolescent de quinze ans.



Renaissance morphing

Le carrosse s’immobilisa sur le Ponte Vecchio. La duchesse Baldoni héla son cocher :
- J’irai plus vite à pied, attendez-moi sur la Piazza Santa Croce, dans deux heures.

Elle descendit, se résignant à affronter les regards de la foule, et courut vers son rendez-vous.

Lisa Baldoni était fort laide. Dans tout Florence, et même toute la Toscane, dénicher figure plus disgracieuse eût été un travail d’Hercule. Yeux globuleux, semblant prêts à lui sortir de la face, nez interminable en bec de vautour, menton si fuyant qu’il se confondait avec le cou, front exagérément bombé, cheveux rares, joues tombantes, paupières flapies, bouche grise et sèche, le tout couvert de rides et de pustules ; voilà le visage ingrat qu’offrait la duchesse.

À la porte du palais, un valet l’introduisit, dissimulant une grimace de dégout.
- Suivez-moi, Signora, le maître vous attend.
Après avoir franchi plusieurs pièces, où s’entassait un capharnaüm d’étranges machines, elle pénétra dans une grande salle. Dans un coin éclairé par une haute fenêtre l’homme assis devant un chevalet lui fit signe d’approcher. Désignant une chaise qui lui faisait face,
- Buon giorno Donna Lisa, dit-il. Prenez place.
- Excusez mon retard Maestro, les rues sont si encombrées. C’est épouvantable. Et tout ce crottin !
- Un jour les voitures seront sans chevaux, ou on se déplacera en volant, comme les oiseaux.
La duchesse s’assit. Le maître se leva et rectifia sa position.
- Regardez-moi. Redressez-vous. La main gauche ici, la droite au-dessus, comme ça…

Il retourna à sa chaise et se mit à peindre. Le modèle dardait un œil torve sur l’artiste qui disposait sur le panneau de peuplier de petites touches de couleur. Au bout d’une demi heure, il posa son pinceau et lui déclara, l’air insatisfait :
- C’est fini, vous pouvez partir.
- Comment ? Déjà ? Montrez-moi donc cette peinture. Suis-je ressemblante ?
Il retourna le tableau. En voyant l’image d’une belle jeune femme un peu triste, sur fond de paysage montagneux, Lisa, consciente de sa laideur, partit d’un rire grimaçant qui la rendit encore plus affreuse.
- Mais… Ce n’est pas moi !
- Attendez, continuez de sourire, ça y est, je le tiens !
Il déposa frénétiquement sur le bois, à l’endroit de la bouche, quelques traits de peinture, puis saisit le panneau et le hissa vers le plafond.
- Il est terminé, enfin, mon chef d’œuvre ; et c’est grâce à vous Duchesse ! Mille grazie !

La pauvre femme n’y comprenait goutte. Croyant à un accès de folie du maître, elle s’enfuit. Le valet accourut. Leonardo lui dit, d’un ton exalté :
« Vois-tu Mario, j’y suis arrivé. Ce tableau prouve ma théorie selon laquelle la beauté est faite de laideur. Comme les plus belles fleurs s’épanouissent sur le fumier, la perfection de ce visage plonge ses racines dans la difformité. Pourquoi crois-tu que, depuis cinq ans, défilent dans mon atelier les plus hideuses dames de Florence ? Ceci n’est pas l’image d’UNE personne, mais un assemblage, une moyenne. Les défauts de l’une compensent ceux d’une autre. Tel nez trop long est contrebalancé par un trop court, la grosseur de cette femme se corrige avec la maigreur de cette autre, etc.
Dans deux, dans cinq siècles, que ne dira-t-on pas sur ce tableau ? »

Regardant par la fenêtre, le maître remarqua un petit homme qui attendait devant la grille ; le nez de travers, les oreilles décollées, un bec de lièvre, il était laid à faire peur.
« Ah, le signor Carnoti, fais-le monter, je dois commencer les croquis pour mon Saint-Jean Baptiste. »

Mona

C'est bientôt l'anniversaire de maman.

J'ai trouvé une bonne idée pour lui faire plaisir. J'ai choisi une carte dans la boite à trésor où je range celles achetées ici et là quand je suis en vacances, ou en sortie avec ma classe. Elle vient de la boutique du Louvre, quand on a visité le musée avec mon école. Je crois qu'elle lui plaira, même si la carte est toute cornée avec des taches de scotch dans les coins. Ça, c'est la faute à mon petit frère, Léonard, qui me l'avait chipée pour l'accrocher au-dessus de son lit. La maîtresse avait dit que la dame sur la photo s'appelait Mona, et ça, j'ai pas pu l'oublier. Je trouve qu'elle ressemble un peu à Maman, en moins brune, et surtout, moins souriante. Elle a aussi de longs cheveux frisés, séparés par une raie au milieu. Maman est née à Turin. Elle s'appelle Monica, mais tout le monde l'appelle Mona. Je sais pas si ces gens connaissent aussi la dame de la photo. C'est pour ça que j'ai choisi cette carte, même si la femme, elle est beaucoup moins jolie que ma maman. La chatte de Mémé, elle s'appelle Ramona. Il parait que c'est parce qu'elle est toute noire. Je ne pense pas que c'est à cause de ses cheveux très foncés qu'on surnomme maman "Mona", et je ne crois pas qu'il y a un rapport avec le chat noir de Mémé. Ramona, elle est experte pour chasser les rats ! Papa, il dit en riant que c'est un mauvais jeu de mots, les "rats Mona". Pfft ! Les adultes, ça comprends jamais ce qui fait rire les enfants. Moi, c'est Pauline. J'ai 6 ans et demi. Maman voulait m'appeler Paola, et mon petit frère Léonardo. Mais mon papa, qui est français, il a pas voulu. Il a eu peur qu'on nous traite de ritals ! Des enfants italiens, il y en a dans ma classe. Ce sont des petits-fils de mineurs. Jamais on ne les traite de ritals. D'ailleurs, ils sont pareils que nous, même s'ils chantent entre eux des chansons dont on ne comprend pas les paroles. Ma meilleure copine, Chiara, elle m'a appris un chant où on parle de chat : "ho belle à chat ho…" Enfin, je crois, car elle n'a pas voulu traduire. Bref, pour nos prénoms, comme ça ressemblait, Papa et Maman se sont mis d'accord sur Pauline et Léonard. Mais souvent, quand Papa n'est pas là, Maman nous appelle Paola et Nardo. C'est un petit secret entre elle et nous.
Mais je m'égare ! Revenons, pas à nos chats, mais à nos moutons. Maman, elle aura trente-deux ans demain. Je m'applique pour écrire au dos de la carte, avec des feutres, en changeant de couleurs à chaque mot :

"Chair Maman,
Pour té trente deuz an
Je te fé des bizou
Et des calinou
Je t'ème, Maman cherrie
Encore plus que ton gato de ri."

PAULINE

Je commence à écrire un peu trop gros, et comme j'ai plus assez de place, je finis en plus petit. Tant pis si c'est pas droit.
Je suis contente, parce que c'est un poème, même si, pour la rime, j'ai pas trouvé mieux que le gâteau.

---
Ce dimanche midi, Maman-Mona souffle les bougies. Fastoche, il n'y en a que deux : une en forme de 3 et une en forme de 2. J'espère que pour mon prochain anniversaire, il y en aura sept, avec une qui se rallume toute seule, comme à celui de Chiara. Elle ouvre l'enveloppe où j'ai dessiné plein de cœurs en rouge. Je crois qu'il y en a bien 32, mais je n'ai pas réussi à tous les recompter. Elle lit tout haut mon poème. Je suis fière.
Papa, en regardant l'image sur la carte, il dit "Mona lisa"… Y a des fois où les adultes, ils ont pas raison, mais je sais pas pourquoi il rigole quand je lui fais remarquer qu'il faut dire "Mona lisait".




Elle était assez belle en fait

Autrefois, j’ai connu une jeune fille adorable e mais chichiteuse ! Trop sûre d’elle, jamais un éclat de rire, toujours un sourire en coin moqueur.
Les garçons lui trouvaient un petit air deMadone, il faut dire que nous fréquentions tous l’église et que notre esprit était faussé par des photos de la Vierge, si belle, si pâle, dans sa robe bleue devant le vitrail.
Elle, par contre était toute noire de cheveux ce qui faisait dire aux gens du village qu’elle n’était pas d’ici. Ici voulant dire du Nord de la France. En plus ses vêtements toujours très sombres la desservaient. Encore que… j’aime bien ses robes, disaient les garçons parfois en rougissant.
Il faut dire qu’elle n’hésitait pas à se mettre des décolletés que nous autres n’aurions pas osé, porter non pas par pudeur mais par peur des représailles des parents.
De toute façon, nous les filles n’aimions vraiment pas ce sourire de faux-jeton qu’elle arborait sans cesse.C’était sûrement de la jalousie ?
Et puis nous la perdîmes de vue, ellepartit avec sa famille s’installer dans une région plus chaude, dans le Midi, du moins je crois, car certains ont parlé de l’Italie ? En fait on s’en moquait, elle ne nous faisait plus d’ombre auprès des garçons !
Un jour que j’étais au café avec mes amis en train de siroter un jus de pèche bien frais, je l’aperçus qui traversait vers nous sans nous regarder. Jeannot, le plus rieur de la bande l’avait reconnue.
— Eh ! Mignonne de retour ?
Elle ne se retourna même pas. On se mit tous à rire et lui, vexé se leva d’un bond et la rattrapa.
On ne sait pas ce qu’elle lui raconta mais elle accepta de venir s’assoir avec nous. Jeannot n’était pas trop fier !
On commença à lui demander ce qu’elle faisait, si elle ne s’ennuyait pas du lycée etc…
Elle nous toisa et d’un air supérieur mais daigna nous dire :
— Vous ne pourriez pas comprendre, je suis devenue modèle d’un grand artiste et je pose pour lui…
— Nue ? S’esclaffa Jeannot.
— Mais non idiot, seulement le visage et mon sourire que vous critiquez sans cesse fait un carton.
Les amateurs d’art en redemandent.
En disant cela, elle se leva, nous toisa les lèvres rieuses et nous salua en nous souhaitant une bonne journée.
N’empêche que nous sommes restés silencieux pendant quelques instants. Elle avait quand même un certain charme, cette fille. Et ce sourire qui n’appartient qu’à elle allait sûrement encore faire des ravages. !
Aujourd’hui quand nous nous retrouvons, nous n’osons plus parler d’elle. Son succès a franchi tellement de frontières que finalement nous sommes très fiers d’annoncer que NOUS, on l’avait connue toute jeune et qu’elle était super sympa et tout….
Comme quoi le temps efface les aspérités de la jalousie et des différences.
_________________
"J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie"A. Malraux
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