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TEXTES DU JEU 168

 
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ptit lu
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PostPosted: Sat 27 Apr - 08:28 (2019)    Post subject: TEXTES DU JEU 168 Reply with quote

La Vie rêvée de Karen


Il était une fois une ado pas très cool. Karen, tel était son nom, pensait avoir vécu sa pire journée le jour de l'enterrement de sa mère, écrasée par le bus 21.
Le pire débarqua quelques mois plus tard. Le pire s'appelait Kristin, elle était la nouvelle compagne de son père. Dès les premiers jours de cohabitation Kristin se montra une belle-mère attentive, pleine de sollicitude pour celle qu'elle considérait désormais comme sa fille. Une bonne fée qui se serait penchée sur la vie de Karen.
Collées à ses basques, Arya et Maura, ses filles, seize et dix-sept ans. Aussi belles l'une que l'autre, intelligentes, brillantes, excellentes camarades, élèves remarquables. D'âme généreuse les deux sœurs ne savaient que faire pour montrer leur affection à Karen et atténuer sa douleur d'orpheline.
La tendresse de Kristin irritait Karen, l'affection des deux sœurs l’écœurait, elle trouvait la gentillesse de son père à gerber.
Elle traînait au lit, arrivait en retard au lycée, répondait à ses professeurs, jurait, rotait à table et pétait bruyamment dans les transports en commun. À son père qui lui reprochait la dureté de son cœur, elle répondait qu'on ne devenait pas une gentille fifille d'un coup de baguette magique.
Un jour Karen réussit avec brio un triplé d'exception. Par sa faute sa belle-mère pleurait, Arva pensait ses plaies suite à une chute magistrale conséquence d'un fort joli croche-pied, et Maura était sévèrement punie pour une bêtise qu'elle n'avait pas commise. Mise en joie par ces événements, Karen décida qu'il était temps pour elle de prendre son destin en main.
La nuit venue, alors que toute la maison dormait et que dehors une lune facétieuse illuminait les nains de jardin de sa lumière opaline, Karen se leva sans bruit et s'empara du fusil paternel. Dans l'armoire soigneusement verrouillée dont la clef se trouvait depuis belle lurette dans le vase au-dessus de la cheminée, elle préleva quatre cartouches spéciales gros gibier. La première balle emporta une partie de la tête de son père. Karen serait bien restée jouir de l'air atterré de Kristin, mais elle avait à faire. Le second coup laissa un trou à la place du cœur de sa belle-mère. Les deux sœurs elle les abattit de dos, alors qu'elles tentaient de s'enfuir par la cuisine. Quant à Prosper, l'épagneul breton, elle le pendit à une poutre du salon. Karen trouva amusant de le voir gigoter au bout de sa corde.
Après avoir essuyé l'arme, elle s'ébouriffa les cheveux, déchira ses vêtements, pleura beaucoup, appela la police.et mima à leur arrivée une crise de nerfs tout à fait convaincante.
Elle épuisa ensuite trois familles d'accueil avant d'atteindre enfin sa majorité. C'est alors qu'elle alla trouver Paul Marois, richissime industriel et maire de la ville. Elle lui tint à peu près ce langage : « Hey bouffon ! J'ai un max de photos et de vidéos de ce qu'on faisait dans ton burlingue quand j'avais pas treize ans. Tu vires ta pouf, on se marie, tu m'fais un joli contrat qui m'file la moitié de ta galette, ou je diffuse tout sur YouTube, Snapchat, Instagram et Facebook. Et aussi Libé! » En industriel avisé, Paul Marois tenta de négocier. « Un tiers de ma galette? » Karen fut intransigeante. « Pas de conte d'apothicaire entre nous », lui répondit-elle sèchement. Hélas les enfants, à force de ne pas écouter à l'école Karen faisait des fautes d'orthographe même en parlant.
Le divorce prononcé ils se marièrent et eurent beaucoup de petits notables véreux.



Sur le trottoir


La vieille femme était assise sur le trottoir : cheveux gris, gilet de laine grise pendouillant sur son maigre buste, méchante jupe à carreaux dissimulant ses jambes. Elle dévisageait les promeneurs, comme pour évaluer s'ils déposeraient quelque argent dans la main qu'elle tendait, tout en répétant inlassablement « Une petite pièce pour manger ». Son autre main reposait sur les épaules d'une fillette de cinq ou six ans, telle la serre d'un rapace sur sa proie, faisant jaillir de la bouche enfantine un gémissement qui attirait l'attention du passant. Certains murmuraient « Pauvre petite » et plaçait une pièce au creux de la main de la mendiante.
Dans cette rue, tout le monde connaissait la vieille femme et la fillette. Presque tous n'hésitaient pas à se délester de quelques euros par pitié pour la petite qui vivait là, sous la férule de sa « grand-mère ». Ses petits bras, couverts de bleus et de marques de pinçons décuplaient la générosité de ceux qui la plaignaient. Quel était le nom de la vieille ? Personne ne le savait mais on l'avait surnommée Cendrillon (pourtant ce n'était pas le personnage d'un conte, fut-il d’apothicaire, ni une fée car elle n'avait pas de baguette magique) à cause de la couleur grisâtre de ses cheveux, de sa peau et de son gilet. Cendrillon n'était ni belle, ni jeune, ni aimable et son sourire évoquait le rictus de quelque personne malfaisante. Nul n'avait envie d'engager la conversation avec elle, n'osait lui adresser des reproches lorsqu'elle malmenait la fillette qui frottait en pleurant les meurtrissures que lui infligeait sa « grand-mère ».
Dans cette rue, habitait un vieux monsieur distingué, portant chapeau, œillet à la boutonnière, souliers vernis et canne à pommeau d'argent. Monsieur Charmand, Albert de son prénom, ne passait pas inaperçu. Il saluait les dames en soulevant son chapeau et fredonnait en permanence un air de Prince, si bien que tous l'appelaient le « Prince Charmand ». Il lui arrivait de déposer dans la main de Cendrillon, non pas une pièce, mais un gâteau, acheté à la boulangerie voisine, puis il remplissait de même la petite main de la fillette et incitait celle-ci à manger la friandise. Il restait près d'elle jusqu'à ce qu'elle ait fini de la dévorer, feignant de ne pas remarquer les regards coléreux que lui jetait Cendrillon. Le Prince Charmand, immobile, ne bougeait pas d'un pouce tant que l'enfant n'avait pas terminé. Alors, il souriait et reprenait sa marche en fredonnant « Purple rain ». Une fois qu'il avait disparu, la vieille, furieuse, secouait la fillette, la pinçait en marmonnant des insultes, indifférente aux regards indignés des passants.
Un jour, le Prince Charmand s'arrêta devant la mendiante, lui remit deux gâteaux mais quatre dans les mains de la fillette. Il resta à côté d'elle, empêchant la vieille de s'emparer des gâteaux supplémentaires. Cendrillon espérait qu'Albert se déciderait à partir avant que les gâteaux ne soient épuisés. Alors qu'il conversait avec une dame, elle se jeta sur ceux de la petite qui poussa un cri. Le Prince Charmand leva sa canne et l'abattit sur la main de la voleuse qui hurla. La fillette pleurait, Cendrillon injuriait le Prince Charmand, celui-ci criait, la canne levée, l'air menaçant. Un policier arriva et emmena les belligérants au commissariat. On ne sait ce qui fut décidé mais Cendrillon et la fillette ne reparurent plus dans la rue. Quant au Prince Charmand, il continua à fredonner ses airs favoris.



Le bal des Arcades

Cindy, apprentie coiffeuse dans un petit salon de province reçut un jour de sa patronne, Lili, un billet d’entrée gratuit pour le bal qui se tiendrait à la Salle des Arcades. Cindy, ravie de cette invitation, mais également un peu triste de n’avoir aucune jolie robe à se mettre, fit part de ses inquiétudes à Lili qui, gentiment, lui prêta la robe élégante qu’elle avait portée vingt ans auparavant pour ses fiançailles. Cindy ainsi vêtue se trouva transformée en divine créature, comme sous l’effet d’une baguette magique. La jeune fille qui parut au bal offrait le spectacle ravissant de sa taille mince, de ses épaules rondes et lisses mises en valeur par un large décolleté orné d’une rose de soie blanche. Elle fut immédiatement invitée à danser par un charmant jeune homme qu’elle reconnut aussitôt. Armand Leprince ! Elle l’avait souvent entrevu derrière la vitrine du magasin qui faisait face au salon de coiffure. Le plus grand magasin de la ville : « Vêtements LEPRINCE père et fils ». Le jeune Armand séduit par la beauté de l’élégante inconnue la fit danser sans interruption, puis l’invita à le suivre sur la terrasse où il commanda du vin frais que Cindy trouva délicieux. Bientôt, Armand entraîna le jeune fille légèrement grise, dans la pénombre du parc des Arcades. On entendit un instant monter le rire joyeux de Cindy sous les frondaisons. Puis les deux silhouettes enlacées disparurent entre les arbres.
Nul ne sut à quelle heure la jeune Cindy, les cheveux défaits et la robe froissée, regagna sa chambre, légèrement contrariée d’avoir perdu la rose de soie qui ornait sa robe, mais les yeux pleins d’étoiles.
Le mardi suivant quand, reprenant son service, elle eut revêtu sa blouse rose de shampouineuse, elle aperçut, sur le trottoir d’en face, Armand Leprince, devisant avec un jeune homme de son âge. Elle ne se montra pas, craignant qu’Armand ne la reconnût dans sa tenue d’apprentie. Elle entendit Armand confier à son ami: « Samedi, au bal des Arcades, j’ai rencontré une fille mystérieuse. Je connais juste son prénom :Cindy... Mais, pari tenu, j’ai ajouté une jolie bécasse de plus à mon tableau de chasse ! ». Et les deux jeunes gens pénétrèrent en s’esclaffant dans le magasin d’Armand qui caressait une rose de tissu blanc fixée comme un trophée au revers de sa veste. Cindy se figea, la bouche tremblante... Sa patronne, la voyant toute pâle, s’inquiéta : « Quelque chose ne va pas, Cindy ? » Cindy ne voulant pas lui avouer la cause de son trouble, bredouilla la première chose qui lui vint à l’esprit : « C’est que...j’ai perdu la rose de soie qui ornait votre robe.
.- Ne t’inquiète pas pour ça, Cindy. Il y a longtemps qu’elle ne me va plus, cette robe. Je t’en fais cadeau». Devant sa générosité, Cindy se jeta dans les bras de Lili qui lui tapota le dos et ajouta pour la réconforter : « Belle comme tu es, j’espère qu’aucun des bourgeois de la ville ne te fera pleurer. Fils de commerçants ou pharmaciens en herbe… Je les connais tous. Ils essaieront de profiter de toi, te feront des promesses et t’inventeront des contes d’apothicaire.
-Merci Lili, vous êtes trop gentille, » dit Cindy retenant ses larmes. Et elle se mit à masser le cuir chevelu d’une cliente qui, la tête renversée au-dessus du bac à shampoing lui confia, soupirant d’aise. « Vous avez des doigts de fée, ma chère Cindy... » Alors Cindy sourit et se jura de ne plus regarder en direction de la vitrine du bel Armand dont elle venait de découvrir la cruelle noirceur.


Cinda Rella au Paradis

Un dimanche matin au réveil, Cinda Rella souffrait d'un profond mal de crâne, étonnée de se retrouver dans sa chambre. Elle fouilla en vain dans sa mémoire, ne se souvenant de rien de ce qui s'était passé la veille, ni par quel miracle elle se retrouvait chez elle. Elle se rappelait juste de musiques étranges ; de gens qui dansaient autour d'elle, comme envoûtés ; de lumières psychédéliques. Elle se rendit en mode zombi dans sa salle de bain, non sans avoir égorgé au passage Citrouille, son chat roux, qui se frottait affectueusement à ses jambes.
Quand, après s'être abondamment aspergée d'eau fraîche au lavabo, elle releva son visage, elle se mit à hurler. Son miroir lui renvoyait une image effrayante. Sa peau était couverte d'un pelage épais et raide, ses cheveux étaient verts. Elle examina longuement ses mains dont les doigts devenus crochus se prolongeaient de griffes pointues, sans comprendre.
- Me v'la bien. On dirait Rosemary's baby devenu grand ! Que diantre m'est-il arrivé ? Et cette robe rouge sexy, d'où sort-elle ?
Une voix profonde, sarcastique, semblant venue de nulle part, ricana derrière le miroir :
- Ha, ha ! tu as désobéi, tu es rentrée du night-club Le Paradis après minuit, contrairement à la promesse faite à tes parents. Te voilà punie. Maintenant, il va falloir assumer !
- Mais… mais… je ne peux pas… avec cette tête-là ! sanglota t'elle.
- Ha, ha ! fallait y penser avant… ahhhhhhhh fit la voix démoniaque, disparaissant dans le lointain.

Essayant de mettre ses idées au clair, Cinda s'assit au bord de son lit pour réfléchir. Elle alluma son ordinateur et chercha des solutions sur le Net. Ce ne fut pas facile de taper sur le clavier avec de telles mains ! Elle parvint à commander dans un drive une crème à épiler et une teinture pour ses cheveux qui lui furent livrées dans l'heure. En deux temps trois mouvements, elle retrouva une apparence à peu près humaine.
Hélas, le lendemain, ce fut comme si elle n'avait rien fait : son miroir réfléchissait à nouveau le même aspect diabolique. Elle dut recommencer ses soins "de beauté". Il en fut ainsi toute la semaine pendant laquelle aucun chat du quartier n'échappa à ses griffes. Une véritable hécatombe !
Elle réussit à se dérober de la vue de ses proches sous prétexte de rendez-vous et d'entretiens divers pour un stage d'esthéticienne.

Le samedi suivant, elle se rendit à la soirée costumée au thème satanique, organisée au Paradis, pour laquelle elle n'eut bien évidemment pas besoin de se travestir. Elle se laissa entraîner par les musiques ensorcelantes aux rythmes endiablés. Ce n'est qu'une fois l'heure fatidique largement dépassée qu'elle regagna son logis, vers deux heures du matin. Après tout, qu'avait-elle à perdre ?

À son réveil, elle se dirigea anxieuse, dans sa salle de bain. Elle découvrit avec soulagement le reflet de la femme séduisante qu'elle était auparavant, vêtue d'une simple nuisette. Elle vit alors apparaître derrière elle le beau jeune homme qui l'avait draguée toute la soirée et s'était présenté sous le nom de Prince. Il lui enserra la taille amoureusement et déposa dans son cou un baiser brûlant. Que s'était-il passé entre son retour et cet instant délicieux ? Elle comprit seulement que cette seconde désobéissance avait eu le contre-effet de sa première métamorphose.

Cinda et Prince furent un couple heureux, mais ils ne voulurent pas d'enfant, de crainte d'engendrer une progéniture désobéissante, ni de chat.



La revanche de Cendrillon

Il était une fois, une jeune fille qui se prénommait Laura. Sa vie était devenue un enfer le jour où son père, veuf, s'était remis en ménage avec Amanda, une femme cupide et irascible. Elle avait un fille Lucie qu'elle adulait et à qui elle passait tous ses caprices.
Elle avait pris immédiatement en grippe la pauvre Laura. À force de cajoleries, la marâtre avait réussi à ce que son compagnon ne s'intéresse plus à son enfant et l'envoie gagner sa vie dès ses seize ans. Lorsqu'elle ne servait pas de bonne à domicile, la jeune fille se retrouva donc, employée dans un fast-food. Son salaire servait d'argent de poche à Lucie. Laura cherchait désespérément un plan pour se sortir de cette infortune.
À l'heure tardive où la malheureuse serveuse rentrait chaque nuit, toute la maisonnée dormait. Elle prit donc l'habitude de se connecter sur Internet en toute discrétion. L'amour, pensait-elle, la sauverait et elle s'inscrivit sur un site de rencontres sous l'avatar de "Cendrillon ", bien évidemment ! Il ne lui fallut pas longtemps pour qu'elle soit attirée par le profil d'un garçon au nom évocateur de " Prince Charmant". La coïncidence était trop belle pour qu'elle ne s'y arrêtât pas.
Elle prit donc l'habitude de se confier à ce jeune homme adorable et très en empathie avec ses malheurs. Cependant, Laura, qui n'était point sotte ni crédule, ne put s'empêcher de penser que le statut de cet étudiant en pharmacie n'était, en fait, qu'un "conte d'apothicaire" ! Trop d'invraisemblances émaillaient ses courriers. Après avoir admiré le beau visage du garçon, elle avait aussi soupçonné qu'il l'avait amélioré, sur Photoshop, à l'aide de la baguette magique ou de tout autre procédé.
Ses doutes s'amplifièrent avec le temps. Désabusée, elle pensait arrêter là cette histoire, lorsqu'une nuit, sa belle-mère, réveillée par une soif inopportune, la surprit devant l'écran. Trop heureuse de tourmenter sa belle-fille, Amanda, l'obligea à désactiver son profil et à se déconnecter.
Par ce geste, cette femme, comme une mauvaise fée aux pouvoirs maléfiques, avait transformé irrémédiablement Laura, qui était devenue, en un instant, une personne sans scrupule et prête à tout pour se venger des souffrances endurées depuis des mois.
Une idée machiavélique germa aussitôt dans sa tête.
Elle se rapprocha de sa demi-soeur et elles devinrent complices assez rapidement. Lucie n'était pas très futée et il était facile de la berner. Laura la poussa à s'inscrire sur le site de rencontres. Comme la jeune bécasse ne savait pas taper et lisait à la vitesse d'un escargot, ce fut Laura qui se chargea de tout. Elle lui proposa de dénicher le garçon de ses rêves en utilisant le nom de Cendrillon. Bien entendu, elle retrouva vite son "Prince charmant" qui la cherchait depuis l'arrêt brutal de leurs échanges. Comme Laura le soupçonnait déjà, elle fut vite convaincue que les intentions du faux prince étaient loin d'être aussi pures qu'elles le promettaient...
Le rendez-vous pour la première rencontre entre les deux tourtereaux fut bientôt fixé. Lucie, tint à s'y rendre seule. Elle craignait que Laura, beaucoup plus jolie qu'elle, ne lui fasse de l'ombre.
Laura la regarda partir un sourire diabolique sur les lèvres.
On ne revit jamais Lucie !
Le père de Laura divorça peu après et accepta que sa fille reprenne ses études.
Elle créa, cinq ans plus tard, un site de rencontres baptisé : Cendrillons et Princes charmants.


Fée de quartier


- C'est toi la plus belle ! déclare un petit blond avec ferveur.
- Ouais. La plus chiante aussi, rigole Bert.
C'est sûrement le plus âgé, lui.
- T'es con ! rit Alice.
Alice, tout le monde l'appelle Cendrillon.
Elle est battue par ses deux frères, des gars violents. Sa mère est alcoolique et quand elle a vraiment trop bu, elle enferme sa fille dans un placard, pour la journée ou pour la nuit. Le père a disparu en mer.
Elle est trop belle, Alice. Pas de bol : ils sont tous amoureux d'elle, ici.
Je n'aurais jamais dû la suivre.

Ce soir, tout le monde est dehors : c'est la Fête du quartier.
Il y a une vieille sono et une piste de danse pourrie où on peut danser des trucs pourris sur des musiques débiles. Alice fait sensation en arrivant en scooter. La classe ! Un scooter volé, sûr. C'est quand même pas l'assistante sociale qu'a pu lui donner. La petite robe noire qui lui moule tout ce qu'il faut, peut-être, mais pas le scooter.
Une déesse, cette Alice. Alors, quand elle a tourné des hanches devant moi et m'a proposé de la suivre, j'ai dit oui. On a roulé vers la forêt.

Dans le bois, elle s'est adossée à un arbre et elle a dit tout doucement :
- Viens, Prince charmant.
Elle m'a attiré contre elle, bien câline. Elle sentait la vanille, ses yeux scintillaient d'un éclat incroyable. Venimeux. Irrésistible.
Et puis elle a sifflé entre ses doigts.

Une dizaine de garçons sont sortis d'une cabane en bois.
J'avais même pas remarqué qu'il y avait un cabanon, ici. C'est là qu'ils attendent le signal, les salauds. Il y a des rumeurs qui courent au lycée : Alice fait du gringue aux gars pour les emmener dans la forêt. Sa bande de petits cons s'amuse à les torturer avant de leur couper la langue. Les langues, Alice les fait bouillir dans un chaudron à minuit tapantes. Elle voltige dans les airs comme un dragon et disperse aux quatre vents les bouts de langue bouillie. Comme ça, les gars ne pourront jamais retrouver le pouvoir des mots.

C'est à cause de ce conte d'apothicaire que je ne me suis pas méfié d'Alice.

Ses gars m'ont attaché à un arbre.
Ils portent tous les mêmes frusques : jean's élimés, baskets sales. Des mômes délinquants, semant la violence et la peur, juste pour s'amuser à détrousser les gens.
J'ai une trouille bleue...

Bert se campe devant moi, l'oeil allumé, avec un air de diable à ressort enfermé depuis trop longtemps dans une boîte.
- Il a peur, hein ! jappe Bert, en me reniflant comme un petit animal à manger.
- Il est doux ! se tortille Alice en caressant ma joue de ses doigts fins. Allez, Prince charmant ! Courage, me chuchote-t-elle à l'oreille.
Bert sort une lame de cutter. Une baguette magique de voyou, en somme...
- Tire la langue, mon mignon !
- Donne ta langue à Chasseur, mon minou, rit Alice.
- Chasseur ? C'est pas dans Cendrillon, ça !
Pas question de montrer que j'ai peur. Mieux vaut ouvertement se foutre de sa tronche.
Le Bert gronde, les yeux sauvages, la lame en l'air.
- Attends, Bert ! dit Alice, en se frottant conte moi. Alors, tu te fous de la tête de Cendrillon, toi ? T'as pas peur ? Il est quand même moins con que les autres, lance-t-elle à Bert, amusée.

D'un coup elle me tire les cheveux en arrière et m'embrasse comme une femme !
- Prends-lui ses pompes, Bert ! Elles sont trop classe tes Doc' Martens, Prince charmant !
Des Doc'Martens toutes neuves ! Tout mon argent de poche...
Et puis dans un clin d'oeil cruel, elle susurre:
- Rentre à pied, bon Prince. Je te retrouverai, va. Tu pues drôlement des pieds, mon chou !
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PostPosted: Sat 27 Apr - 08:28 (2019)    Post subject: Publicité

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