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Les textes du jeu N0°113

 
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danielle
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Thu 23 Oct - 07:43 (2014)    Post subject: Les textes du jeu N0°113 Reply with quote

Une grande surprise


Ali venait de terminer son service militaire. Il rentra à la maison. Sa mère, sa veuve mère était folle de joie. Elle avait préparé quelques plats à base de verdures. Et elle était contente d’avoir au moins un œuf pour faire une omelette à son fils bien aimé.
Après avoir embrassé et serré bien fort sa maman, entre ses bras, le fils dit : « Maman, devine qui vient dîner ce soir ? » Subitement, les traits du visage de la pauvre femme changèrent de direction et pendirent vers le bas. Elle perdit ses couleurs et devint toute blanche. Elle n’arrivait pas à sortir un mot de la bouche. On aurait dit qu’elle avait avalé sa langue. Cependant elle essaya de ne rien montrer à son fils. Elle s’en doutait, l’ami de son fils devait passer par là pour aller à son village. C’était le soir et comme la coutume le voulait, il fallait lui proposer de dîner et de passer la nuit chez eux.
Le jeune invité entra à l’intérieur. La mère s’efforçait toujours d’être joyeuse. En même temps elle était très inquiète. Qu’est-ce qu’elle allait offrir à cet hôte. D’habitude, quand elle avait des invités, elle mettait à table tout ce qu’elle avait chez elle. Ce jour-là, elle n’avait qu’un œuf. Dans tous ses états, elle commença à étaler une nappe sur le tapis et posa dessus une table basse et ronde en bois. Le jeune homme avait sans doute compris la situation et dit : « Je n’ai pas faim, je ne mangerai qu’un œuf. » Et ceci par politesse, car chez ces personnes il était mal vu de ne rien vouloir manger.
La pauvre dame continua de mettre la table. Elle apporta les couverts et les plats à base de plantes. Ensuite elle alla pour faire l’omelette. Elle cassa l’œuf.
Soudain, les yeux de la brave dame s’illuminèrent, et elle retrouva toute sa joie.
L’œuf avait deux jaunes.


LE CHOIX

Elle rentrait du bureau, sa voix me parvint, radieuse: – Devine qui vient diner ce soir ? Et l'air badin elle alla vers le salon où je lisais. Ses paroles résonnèrent comme un défi : - Guy tu ne trouveras pas. Ma réplique fusa, péremptoire : - Je le sais Ginette, d'ailleurs j'attendais tant ce moment ; papa doit ramener de Kigali une jeune fille. Affectueuse elle me fit la bise, avant d'ajouter : - Mon trésor, tu seras surpris…
Ginette est ma mère adoptive et aussi ma confidente. Nos conversations ont au fil du temps débridé ses souvenirs emplis de notre histoire. Engagée volontaire au sein d'une association caritative, elle est animée depuis l'adolescence par le désir de voler au secours des malheureux aux quatre coins du monde. Orpheline, la philanthrope avait auparavant bénéficié de l'altruisme et de la charité d'autrui pendant la dernière guerre en Europe. Cet élan l'a conduite en 1994 au Rwanda où elle a croisé ma génitrice. Là-bas, à l'époque la terreur régnait, avec les affres supposées : désastres économiques, désolation, atrocités humaines au quotidien, destins compromis pour les enfants en gestation. Seules alternatives pour les femmes enceintes : l'abandon des nouveau-nés et le don des aînés à des occidentaux fortunés. Elle m'a ramené de ce pays où par ailleurs la tradition admet le don de sa progéniture à une autre personne en signe d'amitié.
Ainsi je suis une offrande, faite il y' a 20 ans par une jeune femme à une étrangère. Mon existence posait un dilemme pour celle qui m'a enfanté : me préserver d'une mort précoce en me donnant à autrui ou nous mettre en danger en me gardant à ses côtés. L'instinct propre aux êtres vivants a sans doute guidé son choix. Survivre. L'enfant qui doit arriver aujourd'hui a également été adoptée par mes sauveteurs en vue de me remplacer, car je dois m'en aller, rejoindre mon âme sœur pour bâtir notre foyer.
Au seuil de l'âge adulte une part d'inconnu entoure encore mon existence. Elle se traduit par un faisceau de sentiments fait doutes, de curiosité, d'envie et de résignation. Mes interrogations demeurent inassouvies, mes convictions incertaines, mes peurs latentes. Savoir à qui je ressemble demeure une soif insatiable. Le visage de ma conceptrice me manque. Le sentiment d'être la chair d'une chair restée lointaine et inaccessible me hante. Ce besoin inassouvi a souvent suscité en moi la quête illusoire de percevoir à quoi ressemblait celle qui m'a enfanté. Furtif, j'observe les femmes d'origine africaine aperçues dans les rues de Paris, élancées, à la démarche altière. L'arrivée prochaine d'une autre pupille démontre la force et la persévérance de Ginette dans son élan humanitaire. Le jour prévu, nous étions aux aguets. Quelques instants avant l’heure du diner, alerté par le bruit des grelots mus par la sonnerie de l'entrée ; j'accours pour accueillir l'invitée. La maîtresse de maison terminait à peine les présentations quand les grelots résonnèrent encore ; nous n'attendions pas d'autres invités. Curieux de savoir qui était à la porte, j'ouvre et trouve cette fois dans l’embrasure une africaine qui m'enveloppe aussitôt de ses bras, avec chaleur. Nos étreintes font exploser mille sensations, mille sons et mille images devant un entourage silencieux et ému.
C'était bel et bien une surprise. Ma famille d'accueil avait ourdi le tour, me tenant dans l'ignorance. Ma mère et moi sommes à présent réunis, heureux.


Léopoldine

Sur la table, un texte, composée de quelques mots. "Je vous rejoindrai ce soir au dîner". Pas de signature.
Victor Hugo, qui en a vu défiler des phrases, se gratte la tête et se demande qui a bien pu écrire ce billet? « Devine qui vient diner ce soir ? » Il se répète inlassablement. Sans arriver à en être sûr.
-Et si c'était ce diable de Mr Bachelet? Depuis qu'il a prit la tête de la maison d'édition, il en trouve des choses à redire sur mes poèmes. Ou alors c'est encore un journaliste, qui souhaiterait tout savoir, avant tout le monde?
Pourtant, l'immense poète reste sur ses gardes. Qui peut bien vouloir le déranger pendant ses congés et pour quelles raisons?
Ce soir, il en aura la réponse.
Il s'agit de Julien Hugo, son petit-fils. Du haut de ses dix-sept ans, il a galopé sur les routes de France.
Bientôt, très bientôt, il lui annoncera une terrible nouvelle.
Il s'est porté volontaire, car les autres, ceux de son clan, sont trop terrassés par le chagrin. Tous, sauf le célèbre patriarche qui vit dans l'insouciance, plongé dans ses pensées romanesques. A quelques centaines de kilomètres de là, sur les rives de la Seine, un évènement s'est produit. Rien ne sera plus comme avant.

Au fur et à mesure qu'il approche, il sent l'aura de ce monument de la littérature qu'est Victor Hugo prendre vie. Il lui arrive d'entendre dans un jardin ou sur un parvis, les vers de son célèbre aïeul. Voilà un mois, il les voyait sur des brouillons éparpillés un peu partout dans le bureau. Comment ,en si peu de temps, ont-ils pu atterrir dans la mémoire de millions de français? Le génie y est sans doute pour beaucoup.
Partie de la ville, l'industrialisation a commencée à dévorer la campagne. Bientôt une voie de chemin de fer passera tout près de ce village. En cette fin de siècle, tout se modernise à une vitesse monstrueuse. Son grand-père est visible sur une des premières photographies, exposée dans la mairie.
Il arrive dans une auberge. C'est sûr, il est ici. L'aubergiste à fait vider les lieux pour ne pas déconcentrer le poète dans ses méditations.
Une fois à l'intérieur, le voilà qui hésite. Il doit trouver le moment propice pour lui annoncer la nouvelle. C'est à cet instant là que Julien écrit le billet et le glisse sous la porte.
L'heure à sonné. Victor Hugo est assis dans la salle à manger. Il est seul. Julien s'avance, sûr de lui.
L'écrivain est ravi de le voir. Sans doute s'attendait-il à un éditeur.
Le silence s'installe. Julien sait qu'au bout de sa langue, il tient une balle de fusil.
Le poète le fixe d'un regard impavide, le stress s'empare du jeune homme. Dans sa tête, les idées fusent. Tout va trop vite. Il bafouille, ses phrases n'ont aucun sens.
Le serveur jette un journal sur la table. Immédiatement, le grand auteur est frappé d'un mal profond. En gros titre est écrit : Mort de Léopoldine, fille de Victor Hugo.
Un cri puissant lui déchire le coeur. Un jour, il s'apaisera, se cristallisera et l'on lira…."Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne…"


A l’abri de son absence

La chaleur engourdit lentement ses membres. Elle qui grelottait il y a si peu de temps commence déjà à sombrer dans la mélancolie que distillent les ondes brûlantes dans son corps. Le regard un instant dans le vide, Anastasia déguste ses pensées avant qu’elles ne lui échappent.
Elle sait que quelqu’un la porte dans son cœur depuis des années. Très loin là-bas, les pieds traînant dans la neige, il a certainement maintes fois ressassé leur rencontre, les beaux moments de leur histoire naissante, les rires, les confidences. Elle espère, naïve ou égoïste, qu’aucune autre ne l’a remplacée à ses côtés. Ils sont si vite devenus amis que tout leur est apparu naturellement commun. Une belle amitié, de la simplicité la plus élégante, de la sincérité la plus rare. Lorsqu’Anastasia a dû quitter le pays, la douleur les a déchirés, même s’ils se sont promis de ne rien laisser les éloigner.
Une première année a passé. L’absence multipliait les messages, les appels qui soignaient le manque de l’autre. Et parce que cela ne suffirait pas, parce qu’un message ne veille jamais sur nous durant notre sommeil, parce qu’il ne nous enrobe pas de sa plénitude, Théodore lui avait demandé de regarder le ciel, la nuit, à chaque fois que le chagrin se saisirait de son cœur, en lui assurant que dans la lueur des étoiles elle verrait l’expression et la profondeur de ses yeux. Romantique, elle s’était prêtée à cet échange un peu irréel. Elle aimait à présent ce moment de solitude où elle se retrouvait face à l’immensité, divine et chaleureuse, comme si de son manteau la voûte céleste l’enveloppait pour la réconforter.
Cela fait maintenant trois ans qu’elle n’a pas revu Théodore. En dépit de l’oubli qui efface lentement les contours de son visage, elle continue de contempler les étoiles durant de longues heures ; elle s’attache à leur brillance et ses yeux dansent sur les lignes que leur alignement trace dans la nuit. Elle a même pris l’habitude de leur parler, surtout à celles de sa constellation préférée, le lion. Chacune de ses étoiles est une pensée pour Théodore, c’est pourquoi elle c’est à la constellation qu’elle se livre. Elégante, elle lui rappelle le physique vigoureux de Théodore, son tempérament dominateur mais majestueux, noble dans tout ce qu’il entreprend. Le soir venu, lorsqu’elle a fini ses activités, elle lui raconte ses journées, ses peines, et surtout lui confie son désir de revoir un jour son cher ami.
Ce soir, elle la cherche avec avidité. La jeune femme affectionne particulièrement ces nuits précoces qui assombrissent les journées au cœur de l’hiver. C’est à ce moment-là de l’année qu’elle peut lui parler le plus longtemps. Comme si Théodore était là. Elle se hâte de remettre sa petite chambre mansardée en ordre et de dresser la table. Il n’y a jamais personne chez elle, alors le rangement est rapide.
Le visage collé à la fenêtre glacée, Anastasia tourne enfin le regard vers sa constellation. Fébrile, elle cherche presque ses mots. Elle la trouve rapidement, un peu dissimulée par les nuages, et, l’âme en fête, lui susurre : « Devine qui vient dîner ce soir ? ».
Derrière la porte, Théodore l’entend et sourit déjà.

Invitation

Devine, mon amour... Devine
Qui vient dîner ce soir, chez nous.
J'ai sorti la vaisselle fine
Et débouché du vin d'Anjou...

Ce soir, c'est notre anniversaire,
J'ai invité nos souvenirs.
Ils ont accepté sans manières.
Ils sont en route. Ils vont venir...

Ils arriveront un par un
En effaçant sur leur passage
Les années grises du chagrin
Et la mémoire des naufrages.

Le vent s'enroulant aux lilas
Et lissant les troncs bleus des hêtres
Portera le bruit de leurs pas
Jusqu'au balcon de ma fenêtre.

Ils auront marché sur la dune
En écrasant quelques œillets,
Et bu de longs rayons de lune
Si bien qu'ils seront un peu gais.

Les yeux débordant de mots tendres,
De rencontres sous les tilleuls,
De baisers rendus sans attendre,
Ils viendront toquer à mon seuil.

Ils m'offriront des campanules
Et me serreront dans leurs bras
Sous le satin du crépuscule,
M'enveloppant de leur émoi.

Ils me diront des phrases lentes,
Rêves murmurés tant de fois
Dans le vide froid de l'attente ,
Avec les accents de ta voix.

Ta voix parlera de croisières
Sur le Nil ou sur la Léna,
Et nous descendrons ces rivières,
Très lentement jusqu'aux deltas.

J'aurai déployé sur la table
La longue nappe de lin bleu,
Les sièges seront confortables,
Le couvert sera mis pour deux .

Nos souvenirs auront pris place
Dans la pénombre d'autrefois ;
Nous nous assiérons face à face :
Je dînerai seule… avec toi.

La tête ailleurs

Où est ma liste ? Quelle poche je choisirais en dernier ? Raté. Raté. Raté. Raté. Raté. Raté. Voilà. Oui, la dernière. Zut, ma femme m’avait demandé d’aller au Delhaize. Tant pis, je suis au Colruyt.
A la caisse, deux dames discutent juste devant moi : « Il est temps que ça se termine cette affaire du trou ». Je me demande de quel trou elle parle. La rue Béliard s’est effondrée, mais on n’en fait quand même pas toute une affaire ?
Un gars me demande s’il peut passer avant moi, parce qu’il n’a qu’une bouteille de vin. Un barbu. Je suis aussi barbu que lui mais je peux le définir comme ça parce que nous sommes quand même une minorité. C’est peut-être pour ça qu’il ose me montrer sa bouteille en levant légèrement les sourcils, genre, « ce n’est pas un problème pour toi. » Je suis en retard mais je dis oui quand même, peut-être parce que nous faisons partie d’une minorité. Poussé par ce début de franche camaraderie, je lui signale qu’il a un 2002 alors qu’on est à la mi-2003, et que donc, son vin n’a pas suffisamment mûri, et que je sais bien que tous les spécialistes ne sont pas d’accord, mais pour moi, vendre un vin de l’année précédente est une démarche strictement commerciale qui ne rend pas service au monde du vin en général, et encore moins à sa table en particulier. Il me répond « Je m’en fous, c’est pour offrir » en levant un peu les sourcils, genre, « pour qui il se prend celui-là, je ne lui ai rien demandé. » Je me rends compte qu’au niveau complicité, j’ai peut-être confondu barbus et motards.
Ma femme m’embrasse en souriant. « T’es en retard, t’as pris la vinaigrette aux framboises ? »
« Euh, y en a pas au Colruyt. »
« Pourquoi t’es allé au Colruyt ? Je t’avais demandé d’aller au Delhaize… »
« Je me suis garé et je n’ai plus pensé. »
« Tu ne serais pas un peu distrait ces derniers temps ? »
« … »
A la radio retentit le jingle de l’émission culinaire préférée de ma femme « Devine qui vient dîner ce soir ? »
« A propos, tu me l’as déjà dit mais… C’est qui qui vient ce soir ? »
« Je te l’ai déjà dit ! C’est ma collègue Francine et son nouveau copain ! Va prendre une douche pendant que je fais cuire le bazar, ils seront là dans une demi-heure. Tu n’en profiterais pas pour te raser ? »
Je redescends une mi-temps plus tard, c’est le barbu au vin de merde et sa femme. Il ne me reconnaît pas, vu que je me suis rasé. J’hésite à lui rappeler la scène de tout à l’heure. Je lui dirais avec un sourire : « Vous avez vu que ça peut avoir de l’importance, je vais devoir la refiler à des amis qui nous invitent… Qui sait quel chemin elle va parcourir avant d’être bue par quelqu’un de moins exigeant que moi ? » Je ponctuerais par un grand clin d’œil, genre, « je ne dis pas ça pour te mettre mal à l’aise. » Même si c’est le cas. Je rajouterais : « Le plus gênant, c’est quand on la refile par inadvertance à des gens qui nous l’ont offerte… mais en général, ils ne s’en rappellent pas. ». J’ai envie de faire l’amour ce soir alors je fais semblant de rien.
En fait, le mec est gardien de prison. Ca me fait penser à la conversation de la file à la caisse et j’ai un déclic. Elles parlaient de Dutroux, pas d’un trou. Je souris, le regard dans le vide. Le gars m’observe en levant les sourcils, genre, « il est bête celui-là. » J’ai dû louper une partie de la conversation. Avoir l’air con, je m’en tape, mais il faudrait faire quelque chose pour mes « oublis ». Ça fait deux mois, maintenant. Je devrais peut-être dire à ma femme que j’ai perdu mon boulot.

Table rase

Il était l’heure de dresser la table pour le dîner. Bernard et Madeleine se croisèrent comme de coutume entre la cuisine et la salle à manger, les couverts à la main, sans échanger un mot ni un regard. Après quarante ans de mariage, l’existence commune ne les aiguillonnait plus. L’habitude avait accompli son implacable office. Peu à peu, elle s’était appliquée à émousser leurs transports. Il semblait loin le temps où leurs cœurs bondissaient à l’idée de se revoir après une journée de labeur, et où ils s’empressaient de mettre leurs confidences en perce. Dorénavant, ils ne se comportaient que comme des étrangers contraints de vivre sous le même toit. Un océan de ressentiment les séparait. Parfois, les accès d’une blessure inguérissable les poignaient, en secret.
Une fois la table mise, selon l’ordre des choses, ils s’installaient et mangeaient face à face, toujours dans le même silence, la même solitude. Le repas expédié, on débarrassait en hâte. Chacun vaquait ensuite à ses occupations. Mais ce soir-là, Bernard sentit une atmosphère étrange, inhabituelle. À la dérobée, il épia les gestes nerveux de Madeleine, d’ordinaire si calme. Elle eut beau essayer de contrôler son émotion, ses tremblements la démentaient. D’instinct, l’homme sut que quelque chose se tramait. Penché sur son assiette, il commençait de goûter à la soupe, lentement, aux aguets, quand soudain, après avoir pris sa respiration, Madeleine déclara, d’une voix chevrotante :
— Attends un peu avant de commencer, veux-tu, on ne va pas manger seuls.
S’entendre parler l’étonna.
— Devine qui vient dîner ce soir ? ajouta-t-elle, émue, sans trop savoir ce qu’elle disait.
— Le pape ? proposa le vieil homme, en maugréant.
— Non, répondit-elle avec gravité. Il s’agit de quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Elle nous manque trop, à toi et à moi… Il est temps de pardonner, tu ne crois pas ? Et elle ne vient pas seule.
Bernard se figea. Un frisson parcourut son corps. Il n’en fallait pas plus, il avait compris.
— Et tu m’annonces ça comme ça ! Tu aurais pu me prévenir plus tôt ! balbutia-t-il après un instant, en posant sa cuiller. Il est hors de question qu’elle mette les pieds ici, tu m’entends, je ne veux pas !
Les mauvais souvenirs tachaient son âme comme la nacre visqueuse d’un escargot. Mais des sentiments contradictoires l’agitaient.
La sonnette retentit tout à coup. Le couple sursauta en parfait accord. Ils se dévisagèrent longtemps avant que Bernard ne décide à se lever. Il portait le masque de la colère. Madeleine craignit le pire. L’homme marcha jusqu’à la porte d’entrée, les jambes flageolantes. Il marqua un temps d’arrêt, une main sur la poignée. Madeleine l’avait suivi précipitamment, troublée, suppliante. Le sang lui battait les tempes. Enfin, Bernard prit sa résolution. La porte s’ouvrit, d’un mouvement brusque. Une jeune femme bouleversée, les yeux rougis, se tenait roide sur le seuil, un petit garçon à ses côtés.
Le lendemain, à l’aube, Madeleine se rendit à la cuisine pour faire la vaisselle. Quatre assiettes baignaient dans l’eau grasse de l’évier. Sur la table gisaient les reliefs du repas, pareils à du charbon calciné. Devant ces restes, la septuagénaire se demanda si l’amour, comme un feu, pouvait se ranimer. Au même moment, le petit garçon entra. Il s’approcha d’elle à pas feutrés puis, levant son visage vers le sien, prononça, d’une voix tout ensommeillée :
— Bonjour Mamie !
Ce fut comme un boutefeu. Madeleine sentit soudain son cœur moribond s’embraser.

Virée rouge

Grace était fraîche comme une rose, au sens propre comme au figuré. Fardée et parée de rose de la tête aux pieds, du rose bonbon au rose fuchsia, cette couleur s'était immiscée partout dans sa vie, dans son appartement, jusqu'au moindre bibelot. Bill, un mari attentionné, cuisinier de profession, se plaignait pourtant d'en avoir la nausée. Mais Grace ne pouvait l'en soulager et en ajoutait un peu plus chaque jour. Elle voyait tout en rose, la vie et l'amour.
Cet après-midi-là, elle enfila ses talons aiguilles et descendit à petits pas jusqu'au bazar du coin de la rue, avec la liste des courses réclamées par son époux. D'abord étonnée par les articles, elle les régla sans plus se poser de questions, et les remonta avec peine au 6ème étage. Elle s'en débarrassa sur la desserte près de laquelle son mari cuisinait, s'assit sur une chaise et souffla :
— J'en peux plus, Bill ! Dis-moi, que vas-tu faire d'une bâche, d'une bêche et d'un rouleau de fil de pêche ?
Bill glissait des rondelles de betterave dans un saladier. Éludant sa question, il lança :
— Devine qui vient dîner, ce soir ?
— Encore les Mary ! s'apitoya Grâce, chipant une chips dans le plat apéritif.
— Raté, notre tyran ! Il est temps de régler nos comptes avec lui. Ça ne peut plus durer !
Grace, dont l'estomac criait famine, s'abstint de tout commentaire, et avança ses doigts vers un pétale de rose en chocolat qui décorait le dessus d'une tarte à la fraise. Son mari s'interposa entre elle et le gâteau.
— Grace, ne fais pas l'enfant !
— Qu'est-ce qui mijote ici, chéri ? demanda-t-elle, pointant le fait-tout.
— Des tripes.
Elle fit la moue. Elle observa son mari napper la table, sortir l'argenterie de son écrin dont les remugles parfumèrent le salon, puis mettre le couvert pour trois.
— Crois-tu que ce soit une bonne idée ? soupira-t-elle.
— Ce voisin s'acharne sur nous ; il nous vole, nous réveille toutes les nuits, nous toise dans les escaliers. La guerre est déclarée ! La mienne sera sourde.
Leur persécuteur se pointa à une heure indue. Ils l'accueillirent pourtant avec déférence, mais celui-ci se comporta comme un goujat dès le début du repas. Il goûta les tripes à même le plat, mangea avec ses doigts et répandit de la sauce sur la table. Les dents serrées, Bill attendait son heure...
Lorsque l'importun entama la tarte, Bill se glissa en douce derrière lui, le cœur battant, les mains moites. Sous son air détendu, le trac le tannait. Il passa le fil de pêche autour du cou de l'hôte, tira sec dessus, puis maintint serré. Étranglé, le condamné se débattit, tenta d'ôter ce lasso. Il s'agrippa à la nappe, renversa son verre de vin sur la moquette, essaya de crier, mais en vain. Il s'écroula par terre, inerte, la langue pendante et les yeux globuleux. Victorieux, Bill tendit la bêche à sa femme et lui commanda :
— Descends creuser un trou dans le jardinet, pour l'enterrer !
Mais Grâce laissa choir l'outil. Elle fixait le rongeur, étendu sur sa moquette saumonée tachée de vin et de sang. Du rouge dans cette maison ! Ce grenat jurait dans son univers chamallow. Cette couleur lui monta aux joues. Elle vit rouge et brûla d'envie de gifler son mari pour l'avoir chamboulée. A la place, elle siffla son verre de rosé. Elle s'adoucit aussitôt. Elle jugea Bill, se rappela que toute rose a ses épines, et soupira, navrée :
— Tu dois être sacrément surmené, chéri ! Une simple tapette aurait suffi à tuer le rat !
Bill lui confessa :
— C'est tout ce rose qui me rend fou ! Je suis un homme, un sanguin, nom de Dieu !


Dessert, dessert.


- Devine qui vient dîner ce soir ? m'a t-elle lancé, avec des étoiles dans les yeux.
J'hasardais quelques réponses. Je tombais à côté. Je ne peux encore m'expliquer comment je me suis retrouvé assis à côté de cette icône du rire, dans notre modeste salon. Tout est allé si vite...
Clémence avait eu cette riche idée d’inviter dans notre appartement pour le repas du soir, non pas un comique, mais toute une équipe de l’émission – Comique Ken Cow – amusante dénomination pour un show télévisuel de Ken Lavache. Si ma compagne se doutait un instant d’où provenaient ce titre, ces textes, ces rires…
Ce beau gosse tutoyait les sommets après avoir vouvoyé les bas-fonds crasseux de caniveau sans lune. Les starlettes riaient à son humour et rêvaient de ses nuits, pourtant ce sale type était un imposteur, juste un minet pour vieille mexicaine richissime, une cougar à chats. Exactement son type d’humour, enfin celui que je lui écrivais depuis des années.
Clémence avait mis les petits plats dans les grands. Elle était folle d'excitation et imprévisible comme elle pouvait l'être dans ces moments-là. Le repas avait bien commencé. Elle nous avait concocté son plat favori : une daube de porc aux petits légumes confits. Nos quatre amis, venus pour la circonstance, se léchaient les babines tel le loup apercevant le petit chaperon rouge.
Quand Clémence posa fièrement le plat sur la table, je fus pris d'une envie irrésistible de rire. J’imaginais le porc assis à ma table, vaniteux profiteur, qui du jour au lendemain pourrait retomber dans l'anonymat si j'arrêtais tout… Quelle farce ! Le comique perdrait alors sa superbe.
Les caméras étaient en place, l’enregistrement pouvait commencer. Clémence raffolait de la daube et l’Apollon affichait un œil aguicheur tantôt vers la caméra tantôt vers ma jolie compagne. Le concept de l’émission était simple, Ken Cow animait le repas et faisait rire tout le monde, sauf qu’il n’avait pas prévu de tomber sur moi. Clémence tentait vainement, à coup de pied sous la table, de calmer mes réparties. Je connaissais parfaitement Lavache, et ses mots tombaient à plat. Je le mouchais sans qu’il soit enrhumé, je le recadrais sans que la caméra ait bougé. Les prises se multipliaient, car Ken perdait de sa superbe. Je sentais mon amoureuse moins amoureuse, il était temps de la fermer. La fin du repas se déroula sans soucis, j’alimentais moi aussi une nouvelle bonne humeur, je pensais au dessert. Mon dessert. Des tiramisus en verrine. Un régal. Surtout le sien.
Je disposai toutes les verrines devant les invités. Clémence avait retrouvé son sourire ultra bright. Quand tout le monde goûta à mon délicieux dessert, je ne pus m’empêcher de sourire. Le pauvre… Il avala le tiramisu, le tira mi-dessus sans penser un instant que quelques gouttes de laxatif avaient copieusement arrosé le mascarpone. Surtout le sien. Enfin que le sien…




Comme un papillon


- Devine qui vient dîner ce soir ?

Au feu rouge, Paul a baissé la vitre côté passager. Un souffle tiède a chatouillé mon visage, mon cou, mes bras, m'arrachant doucement à la torpeur qui me maintenait à demi assoupie depuis qu'on avait quitté la maison. Il s’est tourné vers moi et sa question a retenti comme la sonnerie d’un réveille-matin. Je l’ai regardé, hébétée.
Au feu vert, il a redémarré.
A présent, il roule vite, les deux bras tendus en appui sur le volant et l’air qui s'engouffre par la portière me gifle le visage.
—Tu veux bien remonter la vitre, mon chéri ?
Il s’empresse d’obéir et me regarde d’un air navré, comme si j’étais un objet estampillé « Fragile » qu’il avait bien failli briser. Je remets en place mes cheveux et mes idées ébouriffés. Qui donc mon fils peut-il bien avoir invité ? Il vient me chercher une fois par semaine, tantôt le midi tantôt le soir, en fonction de son agenda d’homme pressé. Cette visite est ma seule sortie, j’ai perdu le goût des promenades. Chez lui, nous nous retrouvons tous les trois autour de la table : Paul, Emilie, sa femme, et moi. Je mange peu, je parle peu. J’ai perdu le goût des aliments et je n’ai guère d’appétit pour la discussion. Parfois, Loïc, mon petit-fils, passe en coup de vent. Lui aussi, il est un souffle tiède ! Sa jeunesse, sa gaieté ravivent nos échanges. Je suis heureuse de le voir, de l’entendre. Après son départ, la conversation retombe comme le fait la poussière une fois la fenêtre refermée et l’air à nouveau confiné. La routine se dépose partout, elle prend ses aises, s’incruste, on n’y peut rien. Et la vieillesse, c’est la même chose.
A l’approche du centre-ville, il ralentit, à cause des embouteillages. Les voitures s’immobilisent, on dirait qu’elles s’emboîtent les unes dans les autres, à la manière des cubes de Lego : un rouge, un gris, un noir, un autre rouge. Je revois Paul, enfant, assis au milieu du salon, appliqué à construire un circuit à l’aide des petits cubes multicolores ...
—Alors, tu donnes ta langue au chat ?
Il se penche vers moi, ajoute sur le ton de la confidence,
—Marc ....
Je regarde mon fils, incrédule. Mes yeux s’embrument. Paul se détourne et baisse à nouveau la vitre. Peut-être cherche-t-il un allié dans le roulis de la circulation, dans le ronron de la ville, un fond sonore pour chasser le silence qui plane dans l’habitacle. Peut-être cherche-t-il à couvrir l’écho du passé dont le bourdonnement est étourdissant.
Marc, mon premier amour. Comment Paul a-t-il su ? Toutes ces années, je n’ai parlé de lui à personne. Comment l’a-t-il retrouvé ? Marc est parti il y si longtemps ! Lorsqu’il a compris que ma famille n’accepterait jamais notre idylle ... Un jardinier et une jeune fille de la bourgeoisie ! Je me souviens de nos rencontres clandestines, de ses lèvres tièdes qui effleuraient mes épaules, de ses baisers déposés à la naissance de mon cou, là où ma peau était « douce comme un pétale de rose ». Je me souviens du frisson qui me parcourait alors. Comment pourrais-je oublier ses mains fermes et rugueuses qui couraient sur la soie de mes bas ? Sa barbe qui échauffait la peau de mes joues ? Son rire qui s’envolait comme un papillon ?
—Marc, Marc Coutil, tu te souviens de lui ? On était dans la même classe au collège. Il venait souvent à la maison. Lui, il se rappelle très bien de toi. Sacré Marc, il n’a pas changé ! S’il vient ce soir, c’est pour te voir et te parler. Il dirige une maison de retraite ...

En travers de la gorge

J’ai flairé la menace sitôt la porte franchie. Elle miroitait dans les pampilles des candélabres, se réfractait sur le cristal de notre plus beau Baccarat, le sixième, après qu’Olga eût décimé les précédents à grand renfort de toasts explosivement portés. Importée de Russie quelques vingt ans plus tôt, mon épouse devait son statut à une plastique époustouflante et une soumission prétendue, qui m’avait en son temps paru des plus reposantes. En misant sur ce pur-sang-là, je ne m’étais fourvoyé qu’à moitié. Docile, ma slave ? Allons donc ! Elle m’avait cependant consenti deux enfants, lumière falote de mes vieux jours, l’alcoolique et délinquant Piotr et l’austère Alexandre, abstinent. Autant dire deux sangsues qu’il me fallait sans cesse réhydrater en bon argent, pour leurs basses ou saintes œuvres.
Dorée sur tranche dans un fourreau lamé, mon aimée m’appâta d’un sourire :
— Devine qui vient dîner ce soir ?
Je donnai sur le champ langue au chat, constatant que mes rejetons avaient déjà pied dans la place ; occupés à beurrer des blinis, les chéris. Hors ce cercle familial, nous comptions tant d’amis que tout devenait possible. Je haussai une épaule résignée, entravée du lest d’un regret. Dire que je n’aspirais qu’à une soirée paisible dédiée au repos de l’esprit. Voyant mon peu d’entrain ma moitié eut pitié :
— Ce charmant docteur Heinrich Noc !
Un soupçon gratouilla ma nuque, s’insinua en chatouilles le long de mon rachis. Depuis quelques semaines, ma douce prétendait s’inquiéter de mon état de santé, insistant pour me décharger du poids de notre intendance. Mes quatre-vingt printemps méritaient à l’entendre le repos du guerrier, et je lui savais gré de sa sollicitude. Tout en gardant ma main tavelée sur les cordons de la bourse.
Lorsqu’arriva notre invité, un vieux ponte de dix ans mon cadet qui exerçait encore, la conversation roula sournoisement sur mes trous de mémoire puis mes soucis de prostate. Je voulus mettre le holà, choqué qu’on évoquât le flux de mes mictions à table. Mais ma langue, qui enflait contre mon palais, opposa à mon intention l’inertie d’une limace endormie. J’éructai trois mots inaudibles, un chuintement, un filet de bave.
— Voyez, docteur, comme il m’inquiète, chouina Olga. « Lui autrefois si cohérent ne trouve plus ses mots à présent. Il se fatigue si vite ! »
J’en restai la cuillère en suspens. Ce chien fou de Piotr, mon voisin de table, heurta mon coude à ce moment. Le bouillon barbouilla la nappe.
— Oh, pauvre cœur ! s’exclama mon épouse, te voilà encore maladroit ! Les garçons, emmenez donc votre père s’étendre.
De suite, Alexandre fut sur moi, me soulevant de ma chaise, aussitôt secondé par Piotr. Tandis qu’ils m’escamotaient de la pièce, je jetai un œil aux blinis, les suspectant de receler ces saletés de « traces d’arachides » qui déclenchaient mes allergies. Ma langue soudainement épaissie, le prurit qui gagnait ma peau, ne laissaient place qu’à peu de doutes. Étendu sur mon lit, j’eus droit à une piqûre d’adrénaline dans la cuisse et deux comprimés de Xanax. Je comatai. D’en bas me parvenaient par bribes les lamentations de ma femme, le ton préoccupé du carabin sénile.
En m’éveillant le lendemain, je constatai l’absence d’Olga. Sur la commode, juste un billet : « Je reviens vite, m’amour. » Quand elle reparut vers dix heures, ce fut pour poser devant moi, dûment estampillés, les papiers et l’attestation médicale m’informant que dorénavant, mes biens et moi étions sous son aimante tutelle.

Dîner d’anniversaire

Il n’est que 19 h 15, je n’aurais pas dû rentrer si tôt. Sophie s’active dans la cuisine et je me sens tout à coup impatient de savoir. Quel cadeau elle m’offrira pour mon anniversaire ? Ça n’a pas vraiment d’importance. Le menu du repas ? Les effluves qui parviennent jusqu’au salon sont celles d’un lapin en gibelotte, mon régal. En entrée, je parie pour des St Jacques, mais accommodées suivant une recette insolite piochée sur le net. Et le gâteau sera une surprise, comme il se doit. C’est une spécialiste des petites surprises ma douce, fragile et mutine Sophie.
Je n’aurais pas dû me contenter de sourire quand, ce matin, à mon départ, elle m’a embrassé et soufflé à l’oreille d’un ton de conspiratrice: « Devine qui vient dîner ce soir ? » Je n’y ai plus pensé de la journée. Maintenant, en sirotant un whisky, j’enchaîne les hypothèses quant à l’identité du mystérieux invité. Un seul puisque la table est dressée pour quatre : nous deux, notre fille Chloé... et X ! Aucune crainte que Chloé nous réserve un remake du film de Kramer. Elle nous a déjà présenté un Russe, un Chinois, un Péruvien, que nous avons accueillis à bras ouverts. Et puis, quel que soit l’heureux élu, pourquoi le convier précisément le jour de mes 45 ans ? Un ancien camarade de promotion dont Sophie aurait retrouvé la trace ? Elle connaît tous ceux avec qui j’ai eu envie de rester en relation. A moins qu’elle soit parvenue à faire venir Ben l’Oncle Soul juste pour moi ? Je déraille : il n’en a rien à cirer, Ben, de mon admiration et Sophie est bien trop timide pour oser tenter pareille démarche. Je ne tiens plus en place. Que fait Chloé ? En retard, comme d’habitude. Que monsieur ou madame X se hâte de pointer son nez sinon je me sers un second whisky et je risque de l’accueillir dans un drôle d’état.
***
7h 45. Tout est prêt, la sonnette ne devrait pas tarder à retentir. L’instant crucial approche et le doute me saisit. Je crains de ne pas avoir pris la bonne décision ou plutôt de ne pas y avoir assez réfléchi. J’aurais dû mieux préparer l’affaire. Et si ce dîner allait se révéler une catastrophe ? Pourtant, dès que j’ai su, et ça ne m’a pas pris beaucoup de temps, l’idée a germé dans mon esprit.
Il y a six mois, lorsque Simon est rentré soucieux et irritable, qu’il a continué à se montrer préoccupé pendant quelque temps tout en invoquant des soucis de travail, je me suis inquiétée. J’ai soupçonné une maladie grave qu’il voulait me cacher. Il est si protecteur avec moi. Puis, il y a eu les heures supplémentaires du samedi matin, les coups de fil interrompus dès que j’entrais dans la pièce. J’ai eu mal, ça ne lui ressemblait pas de me mentir. J’ai pris le taureau par les cornes. Simon est un gros dormeur : en pleine nuit, j’ai fouillé sa sacoche, son chéquier, vérifié les appels sur son Smartphone, exploré sa messagerie... Et j’ai compris. Chloé, mise dans la confidence, m’a simplement dit : « C’était avant, maman ! Et il doit avoir si peur de te faire de la peine. »
Toutes deux, nous avons suivi discrètement Simon, puis Simon et son « ami » du samedi matin, heureux et complices. Nous avons fini par rencontrer le second et décider ensemble de ce dîner.
On sonne à l’entrée. Simon a été plus rapide que moi. Dans l’encadrement de la porte se détachent deux silhouettes : mêmes yeux bleus, même cheveux blond paille, Chloé 20 ans, Thierry 24.
Simon chancelle lorsqu’ils claironnent d’une seule voix : "Bon anniversaire, papa ! »


Les poussières de l’instant

Quand les matins gris s’allongent sans fin, il faut faire beaucoup d’efforts pour aimer la fin de l’automne. Lorsqu’un ciel blanc sans limite se déploie au-delà de l’horizon, il faut respirer vigoureusement pour se sentir nettoyé par cette fraîcheur aux reflets bleus.
Près de la porte de la cuisine, une pile de bois bien rangée, des pommes rabougries ramassées hier dans le verger, promesse d’un gâteau au goût de cannelle. Un petit vieil homme sans jambes, au visage poupin, coiffé d’une casquette d’étalonnier, et recroquevillé tel un escargot, dans son fauteuil électrique, donne d’inaudibles ordres et d’illusoires conseils à un promeneur silencieux. Il parle mais ne voit rien de ce qui l’entoure, ni les arbres dépouillés, ni l’amoncellement de feuilles sèches et craquantes à leur pied. Il ne voit que lui-même, enfermé, une écharde enfoncée si profondément dans sa chair, qu’elle en est impossible à atteindre, mais dont chaque mouvement ravive la douleur.
Un vent vif fait le ménage dans les cœurs, ôtant toutes les couches de paresse et d’indifférence, entassées dans l’indolence de l’été.
Derrière la fenêtre, l’âtre brille de mille feux pâles. L’infirme est entré. Il saisit un panier par une anse comme on tirerait l’oreille d’un âne buté. De lourdes châtaignes viennent profaner le bois poli de la table. Il évolue en clair-obscur, dans un étrange labyrinthe, cède à des emballements qui agitent les aiguilles de l’horloge. Tout doit être prêt !
La musique résonne en premier. Elle marque de son souvenir les époques de sa vie. Elle est cette chanson douce que lui chantait sa maman, cette chanson lente sur laquelle il a aimé, l’écho des vêpres, qui, peu à peu, s’éteint.
Fuyant le fracas lugubre de ses espoirs brisés, il pose ensuite les assiettes au rythme syncopé de la pluie sur le toit. Deux verres s’entrechoquent. Fourchettes et couteaux cachent la nudité d’une nappe blanche un peu froissée. Une oie étouffée au poulailler commence à répandre son doux fumet.
L’infirme court dans sa tête sur ce chemin qui monte parmi les herbes sous le noisetier. Le bout incertain du sentier disparaît comme une présence vaporeuse, à la fois étrange et familière, intime et diffuse, dissimulée sous les feuilles.
La porte grince, l’haleine ténue d’une voix qui ne dit rien de particulier, seulement qu’elle est là, proche et lointaine à la fois, insaisissable mais si prégnante qu’il serait vain de la dénier.
Le vieillard frissonne, quelqu’un s’approche, qu’on ne voit pas encore mais qu’on pressent. Son ombre remplit la pièce tel un feuillage d’automne. Il sert le vin rouge sang d’une main tremblante, apprivoise sa peur, et ouvre les bras. Le fidèle gros chat, inquiet, s’y blottit, la patte effleurant tendrement les lèvres de l’invalide qui balbutie : « Devine qui vient dîner ce soir ? ».
Au matin, la nature autour de la maison crie, hurle, de cette voix muette si bouleversante. La tige souple d’une délicate fleur s’est rompue sous le pas lourd du promeneur silencieux. Sur la table à peine maculée, les poussières du dernier instant se sont éparpillées.

Tombés du ciel

Je m'attarde à la fenêtre devant un passage d'étourneaux, je me sens la tête qui tourne.
Francis me nargue à plaisir:
-Si jamais tu veux savoir combien tu as d'amis, prends-toi une maison en bord de mer...

Nous voilà installés depuis deux mois sur la côte et la maison ne désemplit pas. Visites annoncées, visites impromptues...
Aujourd'hui banco : " devine qui vient dîner ce soir ? "
Nous tombent du ciel une lointaine connaissance, un académicien qui vient faire un colloque dans les environs et la copine à Évariste, l'anarchiste !

J'essaie de me consoler Intérieurement: chacun porte en lui tous ses âges antérieurs, un peu comme les poupées russes.
J'entends les jumelles qui caracolent sur leur musique. Francis leur suggère pour la énième fois d'enfiler leurs chaussons.
-T'as fini ta dissert sur « les limites de la liberté » ?
- J'ai juste... un vague plan.
-T'es une vraie quiche. Moi, j'ai plein d’idées, mais comment les organiser ? Je sèche...

Moi aussi, j'ai une équation à résoudre justement, un repas avec deux méconnus. Je me sens vidée, l'inspiration s'est volatilisée...
Elle s'accrocherait à n'importe quoi... Même à une solution de facilité !
Allons bon ! vous avez dit : chaussons, quiche, seiche ? Mais j'ai mon menu servi !

Francis est descendu à la cave et a remonté du vin.
-Mieux vaut boire du rouge que de broyer du noir, lance-t-il.
Je le fusille du regard, mais au fond j'ai décidé d'adopter la zen attitude.
Noir, c'est noir, il me reste l'espoir. Je vais justement faire mijoter les seiches dans leur encre. Ça fera couler des propos tentaculaires.
Pour les chaussons, herbes printanières, coquelicots entre autres, histoire de tenir des discours hallucinants !... Ce sera aussi une belle occasion de tester les emporte-pièce.
Et pour garnir les quiches : des artichauts ( tous nos âges, feuille après feuille).
- Tu veux que je fasse un saut à la boulangerie ? On n'est pas très riches en pain.
- Prends donc des baguettes... tu feras au moins le chef d'orchestre !
Allons bon, riches en pain, la voilà la référence de circonstance ! Richepin, l'anarchiste devenu académicien.
Les filles, jouant de l'opportunité, ont déniché tout plein de chansons susceptibles de faire disserter : les oiseaux de passage ou encore la glu...
- Dis, Maman, tu pourrais peut-être nous faire des cailles rôties !

Circenses Neronis


Néron s'ennuie. S'il habitait Rome, il allumerait son incendie, se réjouirait des effets d'étincelles sur l'Aventin avant de s'endormir heureux, une main sous la toge, mais, dans la banlieue de Mende, Néron, s'il se voulait grossier, avouerait qu'il s'emmerde là sans espoir.
Toc, toc. « Ouais ?
̶ C'est moi.
̶ Malheureusement...
̶ Tais-toi, tu vas m'adorer ! Devine qui vient dîner ce soir ? »
Néron soupire, fait pivoter son fauteuil vers la porte de la chambre. Son frère trépigne sur le seuil, irrésistiblement abruti. À ses côtés, une femme à barbe rousse et vêtue d'une robe vert anis.
« Alors ? Elle est pas belle ma surprise ? La femme à barbe, l'unique... toi qui prétends que si les femmes n'ont pas hérité d'une barbe c'est parce que leur coquetterie ne supporterait pas les miettes abandonnées dans cet amas velu ! Nous allons vérifier tes dires. Et en plus... Oh signorina, s'il-vous-plaît, révélez à mon frère quel est votre petit nom. »
La femme mime une révérence, sa barbe frisant entre des seins laiteux. « Poppée, pour vous servir. »
Néron réprime un sourire. Plus aucune femme baptisée Poppée aujourd'hui, celle-là se prénomme sûrement Élodie, ou Éric. « Je peux ? » demande Néron. Poppée s'approche de l'homme assis. Elle connaît ce besoin que tous éprouvent.
Les doigts bagués de Néron s'agrippent à la barbe, tâtonnent, tripotent, tirent. Les poils roux résistent, ont la consistance de filaments sucrés, qu'en fête foraine il aimerait croquer, roses et tièdes, vaguement écœurants.
« Je la grignoterais volontiers, votre barbe... ah Poppée !
̶ Les hommes expriment souvent ce désir.
̶ Vous vous appelez vraiment Poppée ?
̶ Et vous Néron ?
̶ Mon père était pyromane.
̶ Ma mère à moi, une antiquité. »
Ils rient. Le frère de Néron écarte les tentures, ouvre la fenêtre. Une agitation festive monte, surprend l'homme qui s'ennuyait. Poppée, les mains croisées sur son ventre, murmure « Je viens d'en face ». Or, en face, Néron n'a jamais observé qu'un terrain boueux, craquelé d'une herbe morne, tarmac des oiseaux las. Il se penche à la fenêtre. Dorénavant dressé sur le néant : un chapiteau orange, que surmonte un écriteau garantissant le meilleur spectacle de freaks. Créatures issues de tous les ghettos, cloaques incestueux et bouges infernaux.
Néron tapote ses accoudoirs.
« Je suppose, Poppée, que vous avez beaucoup d'amis, de l'autre côté.
̶ Bah... la femme sirène, l'homme tronc, les siamoises mariées aux géants... rien que de très commun, vous savez.
̶ Invitez-les à vous accompagner, pour le dîner. »
La fausse Poppée, songeuse, caresse sa barbe véritable. L'homme assis lui plaît.
Le frère de Néron, qui a suggéré à la femme de se présenter sous ce nom historique, lui fait signe de le suivre. Ils vont chercher les freaks, il se chargera du dîner.
La porte de la maison refermée, le frère prétendument abruti conte à la femme à barbe le désir de Néron, le gros indolent, de se croire impérial, de posséder son cirque, fût-il composé d'êtres monstrueux pour jouer avec, lever ou abaisser son pouce en guise d'arbitrage ; d'avoir Rome incendiée sur ses nuits vides, fût-ce par la grâce des lumières d'un chapiteau orange, à huit bornes de Mende.
Poppée lève les yeux, voit la face pâle de Néron, lune inquiète, qui les surveille à l'étage. « Je ne veux plus qu'il s'ennuie, confie le frère. Ce gras pervers a planqué dans la maison des tonnes d'explosifs. »

Guess who ?

Matthieu de Rayton regardait, comme fasciné, les six lettres surmontant le sous-titre FIN, démesurées sur l’immense écran panoramique. Ce ne fut qu’au moment où elles disparurent, laissant place au logo d’ARTE, qu’il pressa sur la télécommande. Il se tourna vers Catherine qui rallumait la lumière.
— Dommage qu’ils l’aient passé en colorisé, c’est mieux en noir et blanc. Mais enfin, c’était en VO. C’est toujours ça ! ça valait le coup de se coucher tard.
— Oui, incroyable comme les Américains étaient en retard. Il n’y a pas si longtemps, en 67, l’année de ma naissance.
Joy, leur fille, qui tombait de sommeil, se leva du canapé et leur dit d’une voix molle :
—J’ai pas tout compris, mais j’ai bien aimé.
En montant l’escalier, elle eut une idée qui la réveilla complètement, en comprenant le parti qu’elle pouvait tirer de la vision par ses parents de "Guess who's coming to dinner", ce film qui décrit le choc produit dans une famille pourtant libérale de la décision de la fille d’épouser un homme « de couleur ». Ils ne pourraient s’opposer à son projet d’union.
Peu après, elle confia à Catherine.
— Tu sais, Maman, j’ai quelqu’un dans ma vie.
— Normal à ton âge, répondit la mère en souriant. Moi, à 16 ans, j’avais des aventures. Je le connais ?
— Non... Il est en terminale… Je me suis dit que je pourrais l’inviter.
— Avec joie !
Le samedi suivant, Catherine eut un choc en ouvrant la porte. Devant elle se tenait un grand jeune homme bien fait, africain, qui souriait de toutes ses dents. Elle avait tout imaginé, mais ce qu’elle avait devant les yeux… Ce n’était pas la couleur de peau, qui faisait partie de ses attentes. Non ! Mais son accoutrement jurait avec la mise habituelle des passants qui arpentent les rues de Neuilly : pieds nus, portant un large boubou multicolore, la tête surmontée d’une chéchia rouge, il tenait dans sa main un petit chekeré qu’il agitait en mesure. Joy courut vers lui et l’embrassa avec effusion. On passa à table, les parents arborant un sourire crispé, les amoureux échangeant des propos tendres dans une langue bizarre que Joy dit être le haoussa. Car le Roméo exotique s’exprimait en français avec un accent prononcé et peinait à trouver ses mots. En léchant ses doigts après le poulet, il s’exclama : « y’a bon ! m’dame ! » Le comble de la stupeur fut atteint lorsque Joy annonça qu’ils comptaient se marier.
Les tourtereaux partis, Catherine, catastrophée, n’osait répondre à son mari qui se lamentait :
— On est coincés, comment toi, responsable de la section MLF de Passy en 85, militante de l’OCI-jeunes, peux-tu reprocher à notre fille de s’accoquiner avec un tel hurluberlu ? Elle nous traiterait de ringards.
Joy, ayant tourné le coin de la rue, dit à son compagnon :
— Merci Jean-Luc. Mais tu n’as pas un peu forcé le trait ?
Il quitta son boubou et sa coiffure et répondit :
— Ouf ! J’ai eu du mal à ne pas éclater de rire. Mission accomplie.
— Oui. Ils ont fait un peu la gueule, mais le test est concluant.
Sur le quai elle l’embrassa sur la joue.
— A lundi, merci encore. Je peux passer à l’étape 2.
Un mois après les parents furent soulagés d’apprendre que Joy avait rompu avec M’Béwé. Ils durent accepter le nouveau projet d’union de leur fille, avec Sacha, gothique héroïnomane tatouée sur une joue d’un signe satanique et sur l’autre d’une tête de mort.
Joy se brouilla avec son amante. Catherine, d’abord soulagée, s’en mordit les doigts en ouvrant la porte, le jour-même où Joy lui avait annoncé :
« Devine qui vient dîner ce soir. »

DEVINE QUI VIENT DINER CE SOIR ?

— Devine qui vient diner ce soir ?
— Toi, je suppose…
Je levai la tête de ma casserole et le regardai, perplexe, ma spatule de bois à la main, m’interrogeant sur la dernière impro qu’il avait imaginé. Fred savait se montrer inattendu quelquefois !
Il venait d’arriver, les bras chargés de sacs de course, la mine malicieuse
— Ton premier amour !
Là, j’oubliai ma spatule de l’extrémité de laquelle des perles de velouté au potiron s’égouttaient pour s’écraser doucement sur le sol, près du chat qui commençait à laper délicatement le doux magma parfumé de muscade. Mon chat aussi savait me surprendre à ses heures….
Le velouté pouvait attendre. Je sentais monter en moi un malaise évident. Connaissant les deux hommes, le pire, lui, était prévisible.
Contrôlant mon souffle je commentai :
— Mais tu ne l’as jamais rencontré. Tu ne connais de lui que ce que j’ai bien voulu t’en dire. Pourquoi cette histoire stupide ?
Fred prit un air très satisfait de lui, ce qui curieusement produisait l’effet inverse sur son interlocuteur, à savoir qu’il affichait dans ces cas-là une mine d’idiot du village. Je le lui avais pourtant répété cent fois : l’autosatisfaction exigeait de la subtilité dans la phrase et le maintien. Mais bon…Où voulait-il en venir ?
— Tu connais à peine son nom, insistai-je. Pourquoi inventer cette histoire ?
— Si, si, je t’assure ! Figure-toi qu’il a appelé cet après-midi et laissé un message selon lequel, si tu étais d’accord, il s’invitait à dîner.
— Mais il ne peut pas se présenter comme ça sans me demander mon avis, balbutiai-je, vaguement submergée, cherchant contre toute logique un mot de réconfort.
Fred me regardait hilare à présent.
— Ben, faudrait plus régulièrement vérifier ton répondeur, ça t’éviterait bien des surprises. Il a précisé que, sans réponse de toi, il viendrait. Alors, comme tu vois, en garçon prévoyant, j’ai fait quelques courses. Le potiron, ça n’emballe pas tout le monde et ça peut prendre un air de Toussaint.
Tout en parlant, il s’agite, ouvre les placards, dispose des entrées sur un grand plat, s’affaire autour d’un splendide rôti lardé qu’il arbore fièrement, jongle avec les fromages qu’il arrange sur le plateau muni d’une cloche.
Je le regarde, abasourdie, me racle la gorge pour ânonner :
— Je t’ai déjà dit que je n’aimais pas que tu écoutes mon répondeur. Nous ne sommes pas mariés. Tu n’as pas à t’immiscer ainsi dans ma vie privée.
— Tu sembles oublier que j’en fais partie, ma Lolotte adorée. Mon portable n’avait plus de batterie et je me suis dit que tu avais pu chercher à me joindre. Voilà la raison de mon indiscrétion lorsque j’ai vu le voyant clignoter. Tu ne m’en veux pas dis ? lança-t-il fébrilement, me jetant un regard par-dessus son épaule.
— Mais pourquoi avoir pris cette initiative et de quel droit ? Je ne suis au courant de rien et tu te permets d’organiser à mon insu ce dîner de c… ! Dans quel but ?
Soudain il s’arrêta d’aller et venir , me regarda fixement :
— Nous allons faire connaissance, enfin !!Tu seras entourée des deux hommes de ta vie. Tant de femmes seraient ravies d’être à ta place.
Je sentis soudain l’instinct de mort m’envahir à l’égard de toute la gent masculine que la femme révoltée que j’étais devenue, aurait voulu propulser, en une fraction de seconde dans les feux de l’enfer. Rien ne semblait arrêter Fred qui, en maître des lieux, dressait la table, ouvrait une bouteille de vin, mettait à rafraîchir un Chablis. Il était à présent 20h15, dehors il pleuvait des cordes, je me prenais à rêver que tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Je demeurais aussi figée que la flaque de velouté au potiron que le chat avait fini par délaisser.
C’est alors que la sonnette retentit. Fred se précipita vers moi :
— Viens, il est arrivé.
Je demeurai sans bouger, déglutis avec quelque difficulté, puis le regardai intensément.
— Oui, allons-y murmurai-je
Dans l’entrée, je saisis lentement sa gabardine suspendue à la patère et le poussant vers la porte lui murmurai :
— Devine qui ne dîne pas ici ce soir ?

Amphitryon sous contrainte

- Devine qui vient dîner ce soir ?
Je déteste les énigmes, charades, rébus et tout ce qui s'en suit, et celle-ci, posée à trois heures et demie de l'après-midi, alors que le frigo est vide, que j'ai un énorme rhume et que je me traîne sur le canapé en reniflant et en toussant, me déplaît profondément.
- Ta mère ?
- Mais non, tu sais bien qu'elle est partie à la Martinique hier !
Je suis au courant, évidemment, mais un instant, j'ai craint qu'elle n'ait raté son avion. Un malheur est si vite arrivé...
- Je n'ai pas envie de chercher, tu m'embêtes, dis-le moi au lieu de me soûler avec tes questions.
- Hugo !
- Victor Hugo ?
- Ce que tu peux être bête ma pauvre fille, Hugo Dejoie, mon patron, je t'en parle suffisamment.
Je reste sans voix. D'une part, j'ai horreur que mon" chéri", qui ne l'est pas du tout à cet instant, m'appelle "ma pauvre fille" et d'autre part, je ne me souviens absolument pas que Marc m'ait jamais parlé d'un quelconque Hugo. Dans ma tête, mes neurones, sous aspégic 1000, tournent au ralenti. Mon mari aurait changé de boulot sans me le dire ?
- Je ne vois pas qui c'est ce mec, tu me fais une blague ou bien ?
- Mais non ma choupette, Hugo, qui se trouve à côté de moi, nous fait l'honneur de venir chez nous. Il voudrait que nous puissions discuter de manière informelle de l'avenir de la société.
- Il entend ce que tu dis, si je comprends bien.
- Oui, absolument.
Durant cet échange, je réfléchis et soudain j'ai un flash, je viens de comprendre. Marc ne l'appelle jamais par son prénom, mais il dit toujours "l'autre con" en parlant de son chef.
- Tu veux inviter "l'autre con" à dîner, c'est ça? Tu es certain d'être dans ton état normal ?
- Oui, absolument mon amour, cela va te donner un peu de travail, mais tu y arriveras très bien, j'en suis sûr.
J'entends Marc qui, en aparté, explique au sieur Dejoie que je suis un peu décontenancée devant cette annonce inattendue. Il a tort, je ne suis pas "un peu décontenancée", je suis furieuse, je ne veux pas recevoir à ma table, un type que je ne connais pas et que mon époux traite de noms d'oiseaux. Surtout aujourd'hui, avec ce rhume qui me transforme en chiffe molle. J'explose malgré tout.
- Tu te débrouilles comme tu veux. Il n'en est pas question. Tu l'invites au restaurant, ce sera beaucoup mieux et surtout, je n'aurai pas à le rencontrer.
- Ma chérie, tu...
- Ta chérie, elle est malade, en robe de chambre, il y a rien à manger ici à part deux tranches de jambon qui se battent en duel, alors, pour le bon gueuleton improvisé, tu repasseras. Je ne suis pas Mary Poppins, je ne fais pas de tour de magie, c'est NON.
- Ecoute, je rentre de bonne heure et je t'aiderai à finaliser, merci beaucoup ma puce. A ce soir.
Il a raccroché !
Je crois être transportée dans une quatrième, voire une cinquième dimension, ne lésinons pas! Je pensais m'être exprimée clairement et pourtant il n'a pas eu l'air de saisir le sens de mes paroles. NON, cela veut bien dire NON, ou je me trompe ?
Tant pis pour lui. Je m'habille, rassemble quelques affaires et file chez ma soeur, qui habite à deux rues d'ici.
Avant de fermer la porte, je n'oublie pas de plaquer un post it sur le réfrigérateur sur lequel j'ai écrit rageusement :
DEVINE QUI NE DINERA PAS ICI CE SOIR ?

De sel, de miel, de…

Yves se souvenait : c’étaient des vacances au goût de sel, celui des vagues de l’océan qui les jetaient, épuisés, sur le sable après qu’ils avaient nagé jusqu’à la bouée la plus lointaine qu’avait désignée comme on lance un défi - « Le premier à la dernière bouée ! » - l’un de ces garçons qui s’étaient baptisés par dérision « La Bande de vauriens ». Hésiter, ç’aurait été perdre un temps précieux. Alors, cap sur le gros point rouge que des vagues têtues tentaient d’arracher à la chaîne qui le retenait prisonnier !
Le sel, c’était aussi celui qui brûlait leurs yeux lorsque, dans la touffeur de l’été, durant des heures, ils jouaient au volley-ball sur la plage. Là, de nouveau, on lançait force défis que d’autres relevaient si bien que l’on ne comptait plus les revanches et les belles.
Les belles, c’étaient aussi les plus jolies filles de la côte qui venaient mêler leurs serviettes de bain à celles de ces garçons et leur offrir des instants qui avaient un goût de miel.
Yves se souvenait : il était amoureux de Chloé. Elle était le charme et la féminité personnifiés. Hélas, elle semblait ne jamais remarquer sa présence. Pourtant, un soir, à l’heure où le groupe se disloquait pour rentrer dîner en famille, elle s’était attardée. Il avait fait de même. Ils n’étaient pas allés plus loin que la pinède qui jouxtait la plage. La nuit était venue et ces vacances avaient pris un goût de ciel.
Le lendemain, Chloé regagnait Paris. Jamais, elle n’était réapparue. Jamais elle n’avait écrit.
Yves était désemparé.
Et puis, Elsa était passée par là. Et, un jour, « la Bande de vauriens » avait été invitée au mariage. Ç’avait été une belle fête.
Elsa avait vite compris qu’Yves souffrait d’une blessure qui ne s’était pas refermée : elle avait la certitude que, chaque soir, c’était Chloé qu’il allait rejoindre dans ses rêves. Parfois, il prononçait son nom durant son sommeil. Elsa avait pensé que le temps serait son meilleur allié. Elle se trompait.
Après un hiver maussade et peu pressé de céder la place, l’été triomphant s’était installé sur les plages. Des vagues puissantes faisaient danser de grosses bouées rouges. Yves s’arrêta quelques instants pour regarder une bande d’adolescents qui tentait de rallier la plus éloignée d’entre elles en nageant une brasse appliquée ou un crawl laborieux. Puis il rentra chez lui, Elsa était aux fourneaux.
- Devine qui vient dîner ce soir ! dit-elle.
Il proposa plusieurs noms. Sans succès. Alors, il renonça.
- Chloé ! claironna-t-elle. Je l’ai rencontrée. Elle est là pour quelques jours. Je lui ai proposé de dîner avec nous.
Yves se sentit pâlir.
-Tu as bien fait, dit-il.
Une heure plus tard, Chloé arriva, les bras chargés de fleurs.
La soirée fut un supplice pour Yves : la jeune fille vive et spontanée qui lui avait offert une si belle nuit d’été au cœur de la pinède était devenue une grande bourgeoise. Elle portait des bijoux que l’on devinait hors de prix sans parvenir à les trouver beaux. Sa silhouette s’était épaissie. Attachée parlementaire d’un député de la majorité beau parleur et pétri de certitudes, elle laissait entendre que, par son intermédiaire, c’était pratiquement elle qui présidait aux destinées de la France. Quand elle changea de sujet, ce fut pour dire «Je ne comprends pas comment vous pouvez vivre douze mois par an dans un trou pareil ! Je mourrais d’ennui ».
Yves comprenait que, brutalement, les souvenirs pouvaient prendre un goût de fiel mais il se disait aussi qu’il l’avait échappé belle.

La scoumoune

Tout avait commencé tôt le matin quand, ouvrant ses volets, Hector avait aperçu le chat du voisin traverser la rue de la gauche vers la droite. Ce qui ne saurait être de mauvaise augure si le félin n'avait été un superbe chat noir. Mais Hector n'y prêta pas attention.
Dans sa salle de bain, alors qu'il commençait à se raser, il vit une araignée descendre tranquillement du plafond sur son fil. Il fit de grands gestes pour écraser l'animal, se disant qu'araignée du matin, chagrin. Dans sa gesticulation, il fit tomber le miroir posé sur la tablette du lavabo. Il regretta de n'avoir pas encore pris le temps de fixer solidement ce foutu miroir au mur, depuis le temps que sa femme le lui demandait. En ramassant les morceaux éparpillés sur le carrelage, il s'entailla profondément le pouce qui se mit à saigner abondamment. Il termina sa toilette d'une seule main, ménageant la poupée dont il avait réussi à emballer son pouce meurtri. Heureusement, c'était le droit et comme il était gaucher, il se dit que cela ne l'handicaperait que modérément. Maladroit, il renversa ensuite son café sur son pantalon. Le temps d'en changer, ses tartines avaient pris une couleur noirâtre sous le grill et, l'heure avançant, il dû se contenter d'avaler une barre de céréales, sans prendre garde que celle-ci était périmée.
Sur le trottoir, il aspira un grand bol d'air et marcha d'un pas leste jusqu'à l'arrêt du tram… dont il vit l'arrière s'éloigner au bout de la rue. Il pesta à l'idée qu'il arriverait encore en retard au bureau et que ses collègues ne manqueraient pas de se moquer une fois de plus de sa panne d'oreiller !
La journée ne fut pas particulièrement des plus paisibles. Impossible de retrouver le mot de passe du fichier Excel dont il avait besoin pour la réunion de l'après-midi et dont dépendait un important contrat de son entreprise avec un sous-traitant en Chine. Il y parvint après plusieurs tentatives qui lui prirent un certain temps, constata que le fichier était incomplet du fait que, la veille, il avait oublié d'enregistrer les modifications. Il passa la matinée à recommencer son travail avec acharnement, se félicitant d'avoir bonne mémoire.
Hector se dit que tout cela n'était pas dramatique, qu'il y avait pire dans la vie. Il ne réalisa pas, à midi, qu'il était le treizième à la table du restaurant d'entreprise. Il mis sur le compte du rôti de porc insuffisamment cuit et des haricots blancs, les violentes crampes qui commencèrent à lui tordre l'estomac dès le début de sa réunion, sans penser mettre ces troubles sur le compte de la barre de céréales du matin. En conséquence, il ne se fit pas très convainquant lors de son exposé et les Chinois quittèrent la salle à la fin de la réunion en disant qu'ils devaient réfléchir, qu'ils téléphoneraient, ce qui, vous en conviendrez, est plutôt mauvais signe.
Il décida de rentrer chez lui à pied, espérant bénéficier d'un peu d'air frais et de conjurer le sort qui s'acharnait sur lui. Il contourna une échelle sur le trottoir quand, à ce moment précis, survint un bolide qui l'éclaboussa en passant dans une énorme flaque d'eau.
Ce n'est vraiment pas mon jour, pensa t-il. Un comprimé de Spasfon, une camomille, une bonne douche et… au lit. Ça ira mieux demain.
C'est dans cette perspective qu'il entra au salon après s'être débarrassé de son veston et avoir enfilé ses charentaises, quand sa femme s'écria :
- Chéri, devine qui vient dîner ce soir ?

Question de couleur

J’habite chez mes parents un immeuble pas trop moche dans le vingtième arrondissement. Je viens d’avoir dix- sept ans et je vais au collège Louise Michel. C’est super car en fait j’ai le métro et le tram à la porte. C’est surtout pratique car j’ai mon copain qui étudie à la Cité universitaire et en tram en vingt minutes, je suis arrivée. Je passe des journées avec lui et c’est formidable. Il a beaucoup d’amis et Ils m’ont bien acceptée. Ils veillent tous sur moi comme des grands frères.
Ses parents habitent au Mali depuis plusieurs années. Son père est un grand entrepreneur qui va surveiller ses plantations de coton, et sa mère se fait belle pour le suivre.
Je n’ai rien dit à mes parents. Ils ne comprendraient pas. Ils votent Le Pen alors c’est dire ! Mon père répète à qui veut l’entendre que tous les gens d’Afrique, quel que soit leur pays sont sales, et sentent mauvais. Moi je peux affirmer que Benoit sent bon. On pense se marier quand il aura fini ses études. Il veut être avocat, mais pas défendre le petit braqueur non non, mais avocat des finances. Ses parents lui ont mis cela dans la tête depuis qu’il est gamin. Ils connaissent le sujet et ont bien épaulé leur fils pour qu’il aille dans leur sens.
Un jour que j’étais particulièrement heureuse, je décidai de tout dire à mes parents. Je n’ai pas eu le temps de tout raconter que déjà mon père se leva de table, et en se retenant de ne pas hurler, me dit d’une voix grave et basse : moi vivant, je ne recevrai jamais cet homme ici, que ce soit clair. Et toi je t’interdis de le rencontrer.
Je courus dans ma chambre et ma mère me rejoignit quelques minutes plus tard.
— Ne t’inquiète pas, il changera d’avis, mais il n’a pas tort pourquoi aller chercher un étranger comme petit copain? Tu es jeune ce ne sont pas les français qui manquent, de plus tu es très mignonne …
— Maman, tu sais quoi, je vais l’inviter à dîner un soir, c’est moi qui préparerai tout, d’accord ?
— Je ne sais pas si tu as raison mais effectivement, nous ne sommes pas des tyrans, demande lui de venir mais parle à ton père d’abord, d’accord ?
Le lendemain soir, c’était chose faite ! J’annonçai à mon père en me dirigeant vers la porte :
— Papa, devine qui vient dîner ce soir ?
Ma mère crut devenir folle, elle m’avait demandé de prévenir mon père et je le mettais devant le fait accompli.
D’un bond il vint vers moi, me gifla juste au moment où j’ouvrai et hurla : je ne veux pas de nègre chez moi !
Benoit sur le pas de la porte, livide, outré et vexé le fixa et lui dit : ne vous inquiétez pas, il n’est pas question que je mange à la même table qu’un sale blanc.
Mon père, interloqué regardait Benoit, les yeux hors de la tête. Benoit est blanc. Ses parents sont originaires du Périgord depuis des générations. La honte au front, il bégaya des excuses.
Trop tard, mon amour était parti. On entendit la porte de l’immeuble se refermer.
De ce jour, je n’ai plus jamais adressé la parole à mon père et quand j’ai eu dix- huit ans je suis partie ……….. Au Mali.

Une étrange visite

J’allais ouvrir une autre bière, sûr qu’elle ne viendrait pas, quand j’entendis claquer une portière de voiture, et vrombir un moteur. On allait encore jouer à « devine qui vient dîner ce soir ? ».
L’homme avait l’air perdu. Ce n’était pas le même que la fois d’avant. Ce n’était jamais le même.
Il était vêtu de peaux d’animaux cousues entre elles. À ses pieds, des bottes de fourrure. Un collier d’ossements ceignait son cou. Dans sa main, une lance terminée par une pointe d’os. Sa peau était plissée comme celle d’un vieux. Son teint mat et la rudesse de ses traits disaient une vie dans le vent et la neige. Il parla dans sa langue, dont je ne compris pas un mot.
Elle n’avait pas dû lui expliquer. Je ne savais pas trop quoi faire moi-même. Elle ne me disait rien quand elle annulait un rendez-vous, y substituant ces ersatz. Je le fis entrer. Il traînait un sac muni d’une paire de raquettes à neige artisanales en forme de queue de castor, faites d’une armature de bois et de lanières de cuir tressées.
Je ne sais quel animal il avait combattu pour se fabriquer de tels accessoires. J’aperçus à sa ceinture un coutelas d’os. Heureusement, il n’avait pas l’air agressif.
Je filai dans la cuisine. Tant pis pour le restau, j’allais cuisiner du surgelé. Du saumon, je voulais lui éviter un choc gustatif. Moi, je n’avais plus faim. Je plaçai les barquettes dans le micro-onde. J’avais des esquimaux et des marrons glacés. Sans doute allait-il sortir de son sac une cuisse de caribou séchée. Ma dignité n’en souffrirait pas. J’espérais qu’il ne prendrait pas mes barquettes comme un affront.
Je vins m’asseoir près de lui avec deux bières. Il en prit une en souriant. L’alcool était un langage universel. Il prononça une phrase, peut-être un toast en mon honneur, et but longuement. Je fis de même, ruminant ma soirée romantique avortée. Il fit claquer sa langue contre son palais et rota de contentement.
Le micro-onde bipa. Une odeur d’aneth envahit la pièce. Je retournai en cuisine, disposai le poisson sur des assiettes, cramponnai des couverts et revins au salon. Il accepta l’assiette que je lui tendais et mangea comme si son dernier repas datait de plusieurs jours, ce qui était sûrement le cas.
Pris de court, je n’avais pas pu aller au vidéoclub. Je fouillai donc dans le tiroir du meuble télé à la recherche d’un DVD. Comme je n’étais pas sûr qu’il comprît grand-chose à l’intrigue de Cliffhanger et que je ne voulais pas l’effrayer avec The Thing, je choisis un film moins violent.
Dès les premières images de La marche de l’empereur, pourtant, il se mit à crier et à danser en cercle sur le tapis. Sans doute était-ce le premier téléviseur, le premier film qu’il voyait de sa vie.
Il saisit sa lance et la projeta vers la télé. Elle se planta dans le plasma, là où auparavant se dandinait un manchot, l’air plus vrai que nature. L’image hésita et disparut. Surpris par la détonation et le grésillement qui s’ensuivit, l’homme se mit à hurler. Attrapant son sac, il sauta par-dessus le canapé. Prenant ensuite ses jambes à son cou en abandonnant sa lance, l’individu détala comme s’il avait vu un fantôme, manquant d’arracher la porte d’entrée de son chambranle.
Il allait être nécessaire que j’aie une discussion avec ma dulcinée. La télé était foutue, sans parler du fait que j’aurais pu être blessé. Ce n’était pas la première fois que cette sorcière me posait un lapon mais cette fois-ci, pourtant, les choses auraient pu mal tourner : il s’agissait d’un lapon chasseur.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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PostPosted: Thu 23 Oct - 07:43 (2014)    Post subject: Publicité

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