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Les textes du jeu N°111

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Thu 21 Aug - 22:59 (2014)    Post subject: Les textes du jeu N°111 Reply with quote

Huis clos

Le soleil brille, juste assez pour illuminer le paysage, pas trop pour ne pas alourdir l’atmosphère. C’est la journée idéale pour un tel périple. La famille a rassemblé ses affaires, toujours aussi nombreuses, nettoyé la maison, encore au dernier moment, et confié les clés à un voisin, comme depuis dix ans. Même le chien est parti, loin dans la campagne, chez des amis qui se fichent de l’entendre hurler toute la journée. Il ne reste qu’à embarquer la fine équipe dans la voiture pour rejoindre la destination rêvée et attendue depuis l’été dernier.
Ils sont tous contents de partir, non seulement parce que ce séjour dans le sud est toujours un plaisir, mais surtout en raison du trajet à parcourir. Monsieur adore conduire. Il y trouve une occasion parfaite de prouver son intelligence des situations, sa maîtrise du geste, son rôle de chef de famille. Pour sa femme, ce serait plutôt d’admirer la variété des paysages, bien sûr, mais moins que la bienveillante attention de laisser croire à son mari qu’il dirige tout… Délicatement, elle le guide aux carrefours, lui indique les bonnes sorties d’autoroute, les prochaines haltes à ne pas manquer, tout en dissimulant le GPS, « juste au cas où ». Elle fait même mine d’ignorer les jurons proférés lorsqu’il cale pour avoir embrayé ou débrayé trop vite. Les enfants, quant à eux, ne manqueront pas de se chamailler, même s’ils sont grands, au sujet de la musique à écouter ou de leurs mauvaises connaissances géographiques. Dans la soirée, ils s’arrêteront au beau milieu des volcans d’Auvergne, là où les parents profiteront d’un coucher de soleil romantique tandis que le grand enseignera pauvrement à sa sœur que la chaîne des Pyrénées s’étale sous ses yeux d’ignorante. Ils rouleront toute la nuit et, lorsqu’ils arriveront au bon port, finalement épuisés, ils passeront une journée entière à se remettre de ce long trajet que, dans un sublime paradoxe, ils se promettent chaque année de ne pas renouveler.
Des cinq jours restant, entre plage et embouteillages, les vacances ressembleront irrémédiablement à toutes les autres. Et à celles de tous les autres. Ils en seront ravis, déjà à l’affut de leur prochaine destination estivale…
Mais moi, j’ignore tout de cela. Moi, je n’aime pas les vacances. Je ne pars jamais en vacances. Je ne suis qu’une créature de nuit, un misanthrope qui prie sans cesse de parvenir à éviter la masse des vulgaires, la foule des ordinaires, le rebut des communs. Et je m’en accommode très bien. Leur rêve à eux tous est mon cauchemar, la vision qui m’épouvante depuis toujours. Je crois bien qu’ils me dégoûtent même. Lorsque vient l’été, je ferme portes et volets pour vivre entre jardin et cuisine. Lorsque retentissent les vacances d’hiver, je pousse le chauffage et m’installe dans mes livres. Ma maison, c’est mon seul havre de paix, mon refuge et mon paradis. Ah oui, bien entendu, inutile de vous avouer que j’y vis seul… Qui a dit, déjà, « L’enfer, c’est les autres » ?


ALLERGIQUES

Ouf enfin ! Nous rentrons au bercail au bout d'un périple mémorable à bord notre guimbarde. Une joie communicative anime notre équipe constituée d'André et Jeanne qui ont fêté leurs quatre-vingt ans le mois dernier, Guido le vieux labrador et moi-même Altesse la chattemite. Il faut dire que notre résidence dénommée la Coquette au cœur de Neauphle-le-Château à l'Ouest de Paris, regorge de souvenirs auxquels s'ajoutera l'histoire que nous venons de vivre et dont je dis encore : "On l'a échappé belle". Je dois d'abord parler d'un trait particulier de ma personnalité : une pulsion irrépressible à percer les secrets des autres et qui m'a permis un jour de capter une confidence faite par André à son ami Bébert. Mon allergie aux hommes en uniforme et pour être précis aux gendarmes date du jour de cette intrusion.
Notre dernière aventure avait donc commencé un après-midi lorsque téléphone sonna. J'avais entendu Jeanne hurler: " Papi ! Viens vite, c'est le directeur du jeu auquel nous avons participé lors de la kermesse"
- Qu'est-ce qu'il raconte ?
- Nous avons gagné un séjour à Monaco, l'aller-retour en avion compris
- Ciel ! j'ai pris le billet de ce jeu le jour où j'ai ramené de la brocante une chaise Prie-Dieu
Et telle une rafale, la nouvelle franchit aussitôt le portail de "La coquette" pour se répandre rapidement dans la ville. Il était évident que Papi et mamie voyaient leur aventure avec Guido et moi, mais cette aspiration allait se heurter à une obstruction de taille: la hantise de mamie pour les vols aériens. Cette situation suscita par bonheur la compréhension des organisateurs qui proposèrent alors une croisière en bateau aux Açores. Hélas cette nouvelle proposition devait à son tour être écartée en raison du mal de mer de Guido. Le voyage en voiture pour une autre destination de notre choix en France demeurait l'ultime solution. Cette option obtiendra en définitive l'assentiment de tous les intéressés, et ce fut Deauville que choisiront Papi et Mamie comme destination.
Sur la route, lorsque nous rejoindrons le cortège des automobiles dans la circulation, nous découvrirons un monde étrange où les nouvelles règles, les comportements sociaux déviants sont légion.
Nous arriverons à bon port après avoir bravé les embuches sur notre parcours, pour nous baigner dans l'atmosphère mondaine de Deauville. Pour le reste, le séjour promis sera à la hauteur de nos attentes.
Après 15 jours de bonheur, nos têtes remplies de souvenirs, nous prenons le chemin du retour. En abordant la N4 je suis pris d'effroi lorsque nous avons croisé une patrouille qui éveilla en moi la conversation entre Papi et Bébert. Un contrôle de routine est ordonné par le flic sur un ton placide. Il révèlera une suspension de permis écopée par André dans le passé.
La gravité de la situation me mit en alerte. Alors, de mon panier pour chat posé sur le siège arrière de la bagnole j'adoptai aussitôt une posture de souffreteuse, j'émis un miaulement pathétique accompagné de frissonnements dans le but d'attirer vers moi l'attention de l'agent. Et, au bout de quelques minutes le flic de son ct un comportement inattendu traduit par de la toux accompagne d'une respiration sifflante. Puis apostrophant Andr il ajouta "Conduisez donc votre animal chez le vétérinaire, vu son état. De toute façon cette suspension doit être prescrite depuis". Mamie dis alors:
- André, on dirait que l'agent fait une allergie aux chats
André a alors embrayé …


Discussion familiale

— Ben non, les enfants, cet été on n’ira pas à Saint-Didier et vous savez pourquoi, pas besoin de vous faire un dessin.
La remarque souleva un concert de protestations déçues ou indignées de la part des trois rejetons Boulard.
— Pourquoi on n’irait pas en vélo, ça serait rigolo ? roucoula le benjamin du haut de ses sept ans.
— Mon pauvre coissou, t’as déjà fait cinquante kilomètres sur ta petite bécane ? Laissez-moi rire, on ferait une sacrée équipe tous les cinq. Et la côte de Saint-Just Malmont, vous y avez pensé ? On n’est ni des Poulidor ni des Greg Machin ni des... Nabila.
— Nibali, maman, le vainqueur du tour de France 2014, c’est Nibali rectifia Léo, l’aîné.
— Oui, ben ton Nab... Nibali, je ne le vois pas non plus charrier une grosse valise remplie de vêtements pour un mois à l’arrière de son vélo de compétition.
– Mais y a le car, maman, y s’arrête pile sur la place du village. Tatie Lulu le prend bien quand elle vient nous voir le 15 août, suggéra la cadette.
– Le car ? Enfin Lydia, tout le monde nous connaît dans ce bled, tu nous vois débarquer tous les cinq avec notre barda ? La honte ! Sans parler des deux kilomètres à nous farcir à pied jusqu’à la maison de mémé.
– Si tu m’avais laissé prendre des leçons pour passer mon permis, grogna Léo, j’aurais pu vous dépanner. Seulement chaque fois que j’en ai parlé, t’as embrayé sur des sujets bidons : le prix des légumes (on s’en fiche des légumes, on préfère les patates et les pâtes, hein les mômes ?), le fric pour les leçons (j’avais pourtant trouvé un petit job pour en payer une bonne partie) et puis ton cri de guerre : passe ton bac d’abord...
– T’as pas été fichu de l’avoir ce bac, même pas au second tour !
Le coissou coupa le sifflet à Léo qui se préparait à lancer un gros mot.
– Mais tu l’as, toi, ton permis, maman, je l’ai vu dans le tiroir de ta table de nuit.
– Son permis ? Juste un bout de carton rose, s’esclaffa Léo, ragaillardi. Tatie Lulu m’a dit qu’elle l’avait décroché à l’usure au quatrième essai et que chaque fois qu’elle montait à côté de sa grande sœur dans sa jeunesse, elle faisait presque dans sa culotte tellement elle avait la frousse. « Prie pour que ta mère ne reprenne jamais l’envie de s’asseoir derrière un volant » qu’elle m’a répété plusieurs fois. »
– C’est-y pas Dieu possible, respecte ta mère, chenapan. C’est fort de café, ça, c’est moi qui trinque maintenant. Feriez mieux de vous en prendre à votre gredin de père qui a eu la mauvaise idée d’embugner un poteau avec un canon dans le nez. Ça y est, vous m’avez énervée et vous savez ce qui se passe quand vous me forcez à vous hurler dessus. Ça me déclenche des crises de taqui, taqui...
– Tachycardie maman, compléta Léo. C’est bon, calmos, on restera là la maison à s’emmerder comme des poissons rouges dans un bocal.
– Pas du tout ! Demain on reçoit une livraison de chez Leroy Merlin, peinture et tapisseries. On va retaper ensemble tout l’appartement. C’est la bonne excuse que j’ai donnée aux voisins qui n’arrêtent pas de demander : « Alors, c’est bientôt le départ ? » Mais à Noël, promis juré, on ira huit jours à... à ? A la neige ! (D’ici là môssieur Boulard aura récupéré son papier rose). Vous en rêvez depuis longtemps, du ski, hein ? Tant pis pour votre vieux qui déteste ça. Alors, contents ? D’accord avec moi ? Pour les vacances, faut une voiture.



De mules

« Les vacances, on y va en voiture ! », insistait André Hutin, même s’il était las de la joute engagée depuis deux heures maintenant. Il s’agissait d’une conspiration. Sa femme Angélique et ses deux fils, Pierre et Jacques, multipliaient les circonlocutions afin de lui faire entendre raison et d’éviter ce supplice : partir en voyage, le paterfamilias au volant. Ils se souvenaient de leur dernier périple et revivaient les douloureuses crampes d’estomac qu’ils avaient endurées tout le long du trajet. L’endroit choisi, cette année, était éloigné de cinq cents kilomètres. Une distance vertigineuse. L’épreuve paraissait formidable.
Mais conduire était la marotte d’André. Bien qu’il fût un piètre chauffeur, responsable d’un nombre incalculable de bourdes et d’étourderies, il ne pouvait consentir à ne pas diriger. Que l’on osât remettre en doute ses talents de pilote et que l’on éprouvât de la peur en sa compagnie, cela le faisait sortir de ses gonds. Après avoir voué aux gémonies les hypothèses ferroviaire, maritime, aérienne, cycliste et pédestre proposées par ses contradicteurs, André, à bout de nerfs, ne se domina pas davantage et, intransigeant, finit par hurler :
« Les vacances, on y va en voiture ! Un point c’est tout ! »
Le caractère inflexible du chef de famille était réputé. On se résigna. Du moins, en apparence. Angélique tenait à sa vie et à celle des siens. Elle se devait d’intervenir. La nuit du départ, abandonnant son mari à ses ronflements, elle se rendit en tapinois et en liquette dans le garage. Sans scrupule, elle sabota l’automobile. Son forfait exécuté, elle s’en retourna avec diligence, toute souillée. Passant devant la chambre des enfants, elle y entra pour les mettre dans la confidence.
« Prie avec moi pour que ça marche ! », conseilla Pierre à son frère cadet, avant de s’endormir.
Le lendemain matin, la fine équipe s’installa dans la voiture surchargée de bagages. Le père était concentré. La mère et les garçons, eux, se sentaient fébriles. D’un geste assuré, André tourna la clé de contact. Aussitôt, le moteur vrombit. Puis l’homme essaya de passer la vitesse à trois reprises. Soudain, son regard s’obnubila et ses joues s’empourprèrent. Il fut alors en proie à de vives réflexions.
« Chérie, les enfants, c’est un drame, bredouilla-t-il, après un moment. Je crois bien qu’on est en panne. J’ai embrayé plusieurs fois, mais le moteur tourne à vide… »
Les séditieux se continrent d’exulter. Malgré les autres tentatives du conducteur, il fallut se rendre à l’évidence. Les passagers sortirent donc de la voiture, réprimant avec peine un sourire. André, lui, était abasourdi.
« Alors Môssieur Hutin ! On s’avoue vaincu, pour une fois ? demanda Angélique, d’un ton espiègle. Le train, on ne va pas y couper ! », se réjouit-elle en sortant du garage, goguenarde. Elle laissa son époux méditer aux Fourches caudines.
Non content d’être un redoutable entêté, André se révélait un fieffé vaniteux. Dès lors, un peu plus tard, on entendit un tohu-bohu dans la cour pavée de la maison. Attirés par le bruit, les membres de la famille se rassemblèrent sur le perron. Le père, tel un phaéton, fouettait avec vigueur la mule Tara pour l’encourager à tirer une charrette bringuebalante, celle de l’arrière-grand-père, remisée depuis des lustres dans le hangar. Resplendissant, André se retourna et, devant les mines ébahies de sa progéniture et de sa moitié, s’écria avec morgue : « Les vacances, on y va en voiture, je vous dis, et c’est moi qui conduis ! »


« J’ai un super plan pour cet été ! »

Lorsque Fan a débarqué chez moi sur les chapeaux de roue pour m’annoncer la nouvelle, je l’ai tout d’abord regardée avec méfiance : sa dernière idée géniale nous avait menées en garde à vue pour 24 heures. Elle avait pourtant bien l’air abandonnée, cette vieille masure normande qu’on avait squattée pendant trois jours. Quand les propriétaires sont arrivés, ils ont été plutôt surpris de nous trouver en train de camper dans le salon de leur résidence secondaire. Mais ceci est une autre histoire.
Elle m’a déballé le programme en quatrième vitesse. Celui-ci semblait effectivement alléchant. Puis elle a embrayé sur la difficulté principale, le trajet, qui m’a parut bien compliqué. Mais je lui ai donné le feu vert : de toute façon je n’avais pas de meilleure idée, et Teddie, la troisième de l’équipe, était déjà d’accord.
Le jour du départ, j’ai retrouvé mes acolytes sur le quai de la gare Montparnasse. Sur le dos, un sac de randonnée blindé, et à la main, mon fidèle destrier, un VTT pure race. La première difficulté a été de démonter et glisser nos trois vélos dans des housses de toile que Fan avait confectionnées. Puis nous les avons casés à bord tant bien que mal. Bien sûr, Teddie n’a pas pu s’empêcher de me hurler « En voiture Simone ! », ce qui était un peu facile, mais je ne lui en ai pas tenu rigueur. De toute façon, nous étions déjà repérées, avec nos colis bizarres.
Cette première étape franchie, nous sommes arrivées sans embûche à Auray, petite ville du Morbihan. Là commençait la deuxième étape, la plus compliquée : l’idée économe de notre organisatrice en chef, cette année, consistait à nous faire rallier Quiberon en vélo, ce qui représentait une trentaine de kilomètres. Facile, m’avait-elle assuré.
Me voilà donc suant sur ma bécane, prête à péter une durite. Cela peut sembler absurde, mais je n’aurais pas cru qu’il y avait tant de côtes, si près de la mer ! Il faut dire que la tâche est tout de suite moins facile avec un sac de vingt kilos sur le dos. Loin devant moi, Teddie se prend pour une pilote de ligne, tandis que Fan joue les voitures balai pour me motiver. On ne doit pas traîner ! Sur la nationale, les camions nous doublent en klaxonnant. Je me demande ce qui a le plus de succès, ma figure rouge écarlate où la mini jupe de Teddie…
Enfin Quiberon est en vue. Je prie pour que nous n’ayons pas raté l’embarquement. Nous arrivons juste à temps, la navette pour Belle-Ile-En-Mer est prête à partir. Enfin, nous voilà proches du but ! Une fois au camping (tout à fait légal cette fois-ci), nous installons la tente si durement transportée.
A dix heures du soir, il nous reste tout juste la force de nous glisser dans nos sacs de couchage, ce que nous faisons avec le plus grand bonheur. Fan marmonne : « Ce sera bien, les filles, quand on aura le permis… et une voiture ! », puis elle se roule en boule et se met à ronfler comme un moteur.

La Traction

Lorsqu'il se gara devant notre pavillon de banlieue, les yeux de mon père, derrière la pare brise, brillaient de fierté. Il sortit de la magnifique Traction Citroën flambant neuve et la désignant d'un geste pompeux à notre petite équipe assemblée sur le trottoir, il prononça avec emphase cette phrase:
- Adieu voyages en chemin de fer, désormais nous partirons en vacances dans cette automobile.
Cette nouvelle fit hurler mes frères de joie et les deux grands supplièrent aussitôt papa de les emmener faire un tour. Comme il mourrait d'envie de profiter encore un peu de son carrosse, il céda sans tergiverser davantage à leur demande.
- Je vous prie, dit-il, de vous tenir sagement à l'arrière et d'éviter de mettre vos pieds sur la banquette, c'est fragile.
Xavier et Bernard, fiers comme des paons, grimpèrent sans plus attendre.
Dès le lendemain, j'informais mes copines d'école de cette acquisition. C'était une époque où peu de gens possédait une voiture, aussi fis-je des envieuses. Avec une fausse nonchalance, j'ajoutais:
- Avec notre traction, nous irons dans notre maison de campagne sans souci et sans prendre le train.
Mes amies semblèrent très impressionnées et je bénéficiais d'une aura de gloire, brève mais intense. En effet, la conversation dévia très vite sur Sacha Distel et ses scoubidous : une voiture ne pouvant monopoliser l'intérêt de quelques filles, durant une récréation entière...
Le mois de juillet arriva vite et les préparatifs pour notre départ s'accélérèrent. Evidemment, une malle fut envoyée une semaine avant, car même en disposant plusieurs valises sur la galerie et dans le coffre, cela n'aurait pas été suffisant.
Le jour J arriva enfin.
Nous nous installâmes dans le véhicule aux places convenues par nos parents quelques temps auparavant, afin qu'il n'y ait aucune contestation. Les trois aînés des garçons sur la banquette arrière, mes deux petits frères que j'étais chargée de surveiller sur les strapontins que l'on rabattait et, à l'avant, à côté de papa au volant, maman et Bernadette la plus jeune de la famille.
Après avoir mis consciencieusement son clignotant, mon père a embrayé et nous voilà partis, tous les neuf, réunis pour une dizaine d'heures dans ce minuscule habitacle.
Comment décrire ce périple ? Le terme "épouvantable" est celui qui me vient immédiatement à l'esprit. Entre les vomissements à répétition des deux plus jeunes, les pleurs de la petite dernière, les disputes des trois frères à l'arrière, qui s'accusaient, à grands cris, d'empiéter sur la place de leur voisin, la tension monta crescendo et devint vite insupportable.
Je rêvais nostalgique, à la possibilité, que je venais de perdre, de sortir dans le couloir lorsque l'atmosphère dans le compartiment devenait trop pesante.
Quand nous arrivâmes sur la place du village au terme de notre route, il ne fallut pas nous dire deux fois de descendre. Les curieux, attirés par notre arrivée, nous regardèrent éberlués nous extirper du véhicule. Le point d'orgue de cette maudite journée se situa à l'instant où j'entendis, avec horreur, au fur et à mesure de nos apparitions, le décompte effectué à haute voix par plusieurs personnes.
Un rigolo ajouta :
- Sûr, qui doit y en avoir un de plus, planqué dans la poussette qu'est sur le toit !
Des rires saluèrent cette supposition.
Ce soir-là, je décidai que je n'aurai qu'un seul enfant. J'ai tenu parole.

Se sentir en vacances

Nous étions sur le chemin habituel des vacances depuis une demi-heure. Je pariais sur les gouttes d’eau qui atteindraient le bord inférieur de ma vitre en premier quand un journaliste, interviewant un célèbre écrivain à la radio, lui dit que son nouveau livre, avec son omniprésent chant des cigales, lui évoquait les vacances. Papa a donc embrayé : Moi, je me sens en vacances quand on voit le château de Mornas, tout en haut à gauche après Montélimar. Et vous? Le temps de me remémorer l’éperon rocheux, ma petite sœur de quatre ans bredouillait : Quand on voit l’église. Nous n’avons pas pu, malgré nos questions, obtenir plus de précisions, Maman a coupé court en disant qu’elle était trop petite pour les questions un peu abstraites et que de toutes façons, elle ne se souvenait probablement pas des trajets précédents vu son âge. Comme je ne trouvais pas une idée aussi marquante que le château ou les cigales, je posai la question à Maman, mais elle aussi, avait besoin de temps pour réfléchir. Puis, je me suis souvenu d’une ville encaissée. J’ai dit : La ville en bas. Avec la montagne à droite. La ville en bas à gauche. Une grande ville. Papa a souri, il a regardé maman et il a dit : Nancy et Nancy a dit : L’église à gauche. Maman nous a souri et elle a dit à ma sœur « Quand nous avons choisi ton prénom, nous n’avons même pas pensé qu’il y avait une ville qui s’appelait comme ça. » Mais Nancy a juste répété : La grosse église à gauche. Puis, nous sommes arrivés à Thionville, et maman a montré un bâtiment sur la gauche, une église pas si grosse que ça, mais très proche de l’autoroute. Pas étonnant que Nancy s’en soit souvenue. Les églises, habituellement, se tiennent bien à l’écart des autoroutes. Nos parents étaient muets de fierté devant l’incroyable mémoire de Nancy qui acquiesçait calmement d’un mouvement de tête : La grosse église. Comme si c’était normal qu’elle apparaisse vu qu’elle en avait parlé. J’apprendrais plus tard que ce n’était plus une église, mais une partie de l’hôpital Beauregard. De toute façon, de nos jours, on prie plus dans les hôpitaux que dans les églises. Maman tardait à nous lâcher sa réponse… J’ai commencé à compter le score entre le nombre de voitures qui nous dépassaient et le nombre de voiture que nous dépassions, mais à cause de Maman, c’est la première équipe qui a gagné. Bien après la pause casse-croûte, j’essayais de profiter des embouteillages lyonnais pour croiser le regard d’une fille assise sur la banquette arrière d’une Peugeot 504 quand Maman a soufflé « Lyon ». Voilà ! Vous êtes contents ? J’ai répondu à la question, C’est quand on arrive à Lyon que je me sens en vacances. Maman avait un mari pas bien méchant, mais plutôt tête en l’air et épicurien. Maman avait deux enfants qui considéraient que chaque minute passée sans courir ou hurler était une minute de perdue. Maman allait devoir défaire nos bagages et ne pourrait pas s’empêcher de nettoyer une maison de location déjà propre, de nous courir après toutes les trois heures pour nous badigeonner de crème solaire, de surveiller la piscine parce qu’un accident est si vite arrivé. Maman n’était jamais vraiment en vacances, mais bon, elle avait répondu à la question, même si c’était en levant les yeux, ce que même papa n’avait pas remarqué.



Roulez carrosse !

Chaque année mon amie d’enfance et moi partons en vacances toutes les deux sans nos maris.
Une petite huitaine de jours à Fécamp et nous revenons requinquées et heureuses. L’an dernier, nous y avons fêté nos 40 ans. Nous sommes nées dans le même immeuble parisien, la même année, et nous ne sommes jamais perdues de vue.
Je suis restée à Paris, elle et sa petite famille sont allées s’installer en proche banlieue.
Jusqu’à maintenant nous nous donnions rendez-vous à la gare ST-Lazare, avec un minimum de bagages. Il est vrai qu’à la mer, on s’habille d’un rien.
Cette année, au mois d’Avril, Carine eut la bonne idée de passer son permis. Nous ne l’avions ni l’une ni l’autre. A Paris nous n’en ressentions pas l’utilité et nos maris conduisaient, alors !
Au bout de deux essais elle nous annonça fièrement qu’elle l’avait dans la poche. Quelle bonne nouvelle ! On allait partir en vacances en voiture ! Car tout de suite, elle alla acheter une petite C1 d’occasion.
Début juin, nous voilà décidées et après avoir cette fois sûrement exagéré sur les bagages —nous n’avons même pas pu tout caser — alors on a tout balancé tels quels dans le coffre en se disant que l’on mettrait tout cela dans des sacs en arrivant. Et à nous le soleil et la mer !
Au bout de trente kilomètres d’autoroute A13, mon amie se tourne vers moi et me demande :
— J’ai un trou, on fait comment pour savoir si l’on a embrayé ?
Je ne sais pas conduire, alors j’essaie de rester calme et sans hurler, d’une voix douce je lui demande :
— Pourquoi me demandes-tu cela ?
— Je suis en train de me réciter certains passages du code…
Réponse sans appel.
Je me recroqueville sur mon siège et murmure : OK.
— Ne fais pas la tête mais on pourrait faire équipe toutes les deux, tu prends le code et tu me le fais réciter d’accord ?
Je ne l’entendais plus et soudain j’explosai :
— Mais tu te fiches de qui ? Tu as ton permis oui ou non ?
— C’est que… En fait pas vraiment. J’ai eu le code mais pas la conduite, mais tu ne dis rien à personne, je voulais tellement partir avec toi avec cette voiture !
Nous étions à environ cent kilomètres de Paris, faire demi-tour était impossible, il fallait continuer et surtout en croisant les doigts pour que nous ne soyons pas arrêtées par la gendarmerie.
— Tu fais la tête, ce n’est pas si grave que ça regarde je me débrouille bien… Réponds au moins quand je te parle !
— Je prie, tais-toi et roule….
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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