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Incidences

 
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Vieufou
Conjonction volubile

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Localisation: astéroïde B612
Masculin Cancer (21juin-23juil) 羊 Chèvre

PostPosted: Tue 27 May - 23:13 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

1er accessit à l’Écritoire d'Estieugues
(comme elle prend part à d'autres concours je risque de l'enlever bientôt. En attendant, bonne lecture.)

Incidences


- Bonjour monsieur Martin, veuillez entrer, je vous en prie. Salut Nathan, je suis le docteur Huxley. Nathan, Je vais discuter un moment avec ton papa, tu veux bien ? Pendant ce temps, tu peux jouer dans la salle d’attente, il y a des livres et un jeu de construction.
- Je suis juste à côté, Nath, il n’y en a pas pour longtemps.
Mais mon fils, dans son monde, s’était assis par terre près de la caisse de jouets et semblait déjà m’avoir oublié, tout occupé qu’il était à en sortir des planchettes de pin d’une dizaine de centimètres de long, qu’il commença à empiler les unes sur les autres, la mine sérieuse.
- Citrine, vous avez pris les places pour le congrès de novembre ?
- Oui, docteur !
- Merci, mon petit. Ah, oui… Vous annulerez le rendez-vous de jeudi avec madame Gerfaut, s’il vous plaît. J’ai un bridge avec monsieur le maire.
- Bien, docteur.
Le praticien s’effaça pour me laisser passer. J’abandonnai à regret mon fils à la surveillance de la secrétaire et entrai dans le bureau, le psychiatre sur mes talons. Il ferma la porte derrière nous. Le cabinet ne comportait pas de divan, comme je l’avais escompté, mais deux fauteuils qui se toisaient silencieusement de chaque côté d’une table basse, sur laquelle trônait crânement une boîte de mouchoirs presque pleine. Le mur, au fond de la pièce, était recouvert de diplômes et de photos de Huxley, serrant la main de plusieurs hommes, certainement des confrères ou des sommités de sa profession, dont les visages m’étaient inconnus. Un gros bureau en acajou supportait sans grincer près d’une tonne de dossiers et de revues, pour la plupart médicales, à n’en point douter.
- Asseyez-vous.
Il m’indiqua un des deux sièges et prit place dans l’autre.
- Tranquillisez-vous, ma secrétaire surveille Nathan.
Le docteur avait repéré les œillades anxieuses que je lançais vers la porte depuis qu’il l’avait refermée, regrettant que la vision aux rayons X ne fasse pas partie de mes talents.
- Alors, monsieur Martin, qu’est-ce qui vous amène ?
- Voilà docteur, je me fais du souci pour mon fils. Il m’est arrivé des choses, disons… étranges dans mon enfance, et j’ai peur que cela se reproduise avec lui.
- Vous avez frappé à la bonne porte. Nous reproduisons tous inconsciemment des phénomènes, des schémas de pensée ou de fonctionnement hérités de nos parents, qu’eux-mêmes ont reçus de leurs aïeux, souvent sur plusieurs générations. Traits de caractère, comportements, non-dits et secrets de familles, susceptibles d’engendrer des troubles de la personnalité, si ce n’est des névroses ou autres désordres mentaux. Appréhender, comprendre ces mécanismes aide à les maîtriser un peu mieux, à vivre avec et non à en être dépendants. Je pense pouvoir vous aider à voir plus clair dans tout cela.
Ayant acquis au cours de mes études quelques notions de psychologie, je ne voyais que trop bien où il voulait en venir. Je le coupai dans son élan salvateur.
- J’ai peur que ce soit plus compliqué et plus grave que cela, docteur.
- Expliquez-moi…
- Ça va vous paraître étrange, mais je crois qu’il a hérité du même don que moi. Enfin, de la même malédiction, je veux dire.
- Racontez-moi ça, voulez-vous ?
Je lui narrai les évènements qui avaient conditionné ma vie de manière inconsciente depuis ma plus tendre enfance. Je me livrai sans retenue, comme le font tous les patients réellement désireux de trouver une solution à leurs problèmes dès qu’ils sont allongés sur le divan de leur psy, à croire que la position aide à l’introspection. Je m’aperçus que c’était plus facile que prévu de me confier à ce parfait inconnu dûment diplômé, avec ou sans divan, qu’à quelqu’un de mon entourage. Un carnet et un crayon étaient apparus dans ses mains sans que je m’en aperçusse et le docteur griffonnait des notes au fur et à mesure de mon récit, un sourcil levé en signe d’intense concentration.
- L’été précédant mes neuf ans, il m’est arrivé une chose pour le moins étrange. J’étais seul, les enfants du voisinage étant tous partis en vacances. Mon père travaillait à l’usine, et ma mère faisait des ménages chez quelques vieilles dames de notre paroisse. Je passais donc la quasi-totalité de mon temps livré à moi-même, à jouer dans le jardin, à construire des cabanes dans le petit bois attenant à la maison ou à me baigner dans la rivière proche. Le soir tombait, la lune luisait dans le ciel de juillet. Avec deux tubes de plastique collés bout à bout, coiffés d’un entonnoir grossièrement fixé en leur sommet par du scotch d’emballage, je m’étais fabriqué ce qui ressemblait vaguement à une fusée, pourvu qu’on eût de l’imagination, ce dont je débordais. J’avais dessiné des drapeaux, des hublots, et collé sur ses flancs trois ailerons en carton découpés dans une vieille boîte à chaussures. Sur le porte-bagages du vélo de ma mère, j’avais piqué un tendeur avec lequel je m’étais bricolé un lanceur. J’espérais dépasser le toit de la maison avec mon engin, et peut-être, qui sait, aller jusque sur la lune. Mes premiers essais échouèrent lamentablement. Après deux chutes, je dus procéder à des réparations de fortune, avec le reste du rouleau de scotch et une bobine de ficelle. Alors que je lançais mon astronef rafistolé pour la troisième fois, j’eus un bref étourdissement. Je vis le jouet passer devant la lune, et un frisson me parcourut le corps, comme sous l’effet d’une forte bourrasque. Il n’y avait pourtant pas de vent ce soir-là. Je lançai au ciel un cri de victoire : La fusée dépassa enfin le toit de la maison. Je m’attendais à la voir infléchir sa course et retomber dans le jardin comme lors de mes deux premiers lancers mais elle poursuivit son ascension, sans doute emportée par ce souffle jailli de nulle part. Très vite, je ne parvins plus à discerner les drapeaux peints au feutre sur ses flancs. Mon cri s’étrangla dans ma gorge. L’engin, que ne propulsait nul moteur hormis l’élan que lui avait donné l’élastique, continua de s’élever vers la lune, devint un minuscule point qui disparut à ma vue, me laissant bouche bée. Ce soir-là, j’allai me coucher, troublé. Je n’arrivai pas à fermer l’œil avant une heure tardive. J’avais rouvert le volet de la fenêtre de ma chambre, et je contemplai l’astre nocturne en me demandant où pouvait bien être passée ma fusée jusqu’à ce que mes yeux se fermassent tous seuls. Sans doute la retrouverais-je à mon réveil, cabossée, dans le champ voisin. Il n’en fut rien. Je ne revis jamais mon jouet. Le lendemain, comme des millions de gens de par le monde, nous étions tous attablés devant le poste de télévision familial. Armstrong faisait un grand pas pour l’humanité.
J’interrompis mon récit. Le psychiatre avait posé son stylo. Il me regardait, les yeux arrondis par l’étonnement, la bouche ouverte en un rictus plutôt comique.
- Vous tentez de me dire que c’est votre fusée…
- Qui a aluni ce jour-là, oui, docteur.
- Permettez-moi d’émettre un faisceau d’hypothèses. Serait-il envisageable que votre imagination d’enfant ait pris vos désirs pour des réalités et associé les deux faits en un seul ? Ne pensez-vous pas que le vent ait pu emporter votre fusée jusque dans un arbre voisin ? Qu’elle ait atterri sur le toit d’une grange des alentours ? Elle a très bien pu tomber dans une gouttière, à l’abri des regards, et y rester coincée. Ne croyez-vos pas qu’il s’agissait…
- D’une coïncidence ? J’y ai cru, du moins au début. Mais je me suis mis à faire attention aux informations. J’écoutais la radio jusque tard le soir, en sourdine, caché sous mes couvertures à la lueur d’une lampe de poche pour ne pas être découvert par mes parents. Je découvris d’autres phénomènes identiques. Quelques mois plus tard, une catastrophe ferroviaire eut lieu au Brésil, faisant plus d’une centaine de morts, à l’heure même où, dans l’après-midi, sur le tapis de ma chambre, je jouais innocemment à faire dérailler mon train électrique, lancé à vitesse maximale, en posant mes petites voitures sur la voie. Dans le courant de l’année suivante, un tremblement de terre provoqua un glissement de terrain qui raya de la carte une ville du Pérou, faisant entre 50 et 70 000 victimes. Ce jour-là, dans le jardin, je m’étais acharné, par ennui plus que par méchanceté, à détruire une fourmilière, armé d’une bêche. Je me mis ensuite à me méfier de mes moindres jeux et des conséquences qu’ils pourraient entraîner. Je préférai même laisser les moustiques se repaître de mon sang plutôt que de les écraser, de peur d’être à l’origine du crash d’un avion de ligne quelque part dans le monde, et supportai héroïquement plus d’une piqûre cet été-là. Ça peut paraître ridicule, dit comme cela, mais allez savoir ce qui se passe dans l’esprit d’un enfant. Enfin, vous le savez, vous… J’étais complètement paniqué. Je devins renfermé, secret. Je perdis mon innocence, ma joie de vivre s’envola. Mon entourage eut à subir ma mauvaise humeur grandissante sans en comprendre les causes. Mes résultats scolaires s’en ressentirent, ainsi que mes amitiés. J’eus le malheur de parler de mes étranges découvertes à mes copains. Aucun n’accorda de crédit à mes divagations et ils se détournèrent de moi en riant, me traitant de taré. Ils en parlèrent autour d’eux et très vite, un vide se créa autour de moi à la récréation. Toute l’école me regardait désormais de travers et riait sous cape sur mon passage. Heureusement, pas un de mes camarades ne fut assez courageux pour venir me provoquer ouvertement, m’humilier publiquement. Ils se contentèrent de me mettre au ban de l’école. Mais taré, je savais bien que je ne l’étais pas. Combien de catastrophes avais-je ainsi générées, sans le soupçonner, au cours de mon enfance ? Combien d’êtres humains avaient perdu la vie à cause de mes actes, de mes jeux innocents ?
- Vous essayez de me dire que les activités auxquelles vous vous consacriez dans votre enfance ont influé sur…
- Pas influé, docteur. Provoqué serait plus juste.
J’avais envie de lui parler de toutes les autres catastrophes dont, à l’époque, j’avais retrouvé la trace dans les vieux journaux que ma mère remisait dans un cagibi pour allumer le feu dans le poêle en fonte de la cuisine, et que je pouvais relier avec une quasi-certitude à des jeux auxquels j’avais joué au même moment, à quelques heures près, mais devant l’air mi-sceptique, mi-amusé du psychiatre je préférai me taire. Le silence qui s’ensuivit, peuplé de tant de fantômes, remplaçait à mon sens tous les discours. Le docteur Huxley se racla la gorge.
- Voulez-vous un verre d’eau avant de poursuivre ?
- Volontiers.
Ma bouche était sèche. C’était la première fois que je laissais toutes ces années de culpabilité refoulée franchir le seuil de mes lèvres. Le psychiatre se leva et me tourna le dos un instant, m’empêchant de lire sur son visage ce qu’il pensait de mon histoire. Il revint s’asseoir et me tendit un verre d’eau, la mine impassible. Il s’en était servi un, lui aussi, mais à en juger par sa couleur ambrée, il ne s’agissait pas d’eau. Des gouttes de sueur commençaient à perler aux tempes du spécialiste.
- Poursuivez, je vous prie…
La voix chevrotante, je repris mon récit.
- Heureusement, ça s’est arrêté brusquement, à la puberté. J’ai fini par refouler ces phénomènes, par tasser ces évènements et leurs désastreux effets dans les tiroirs de ma mémoire, et en jeter la clé. Je réussis à me persuader que mes constatations n’étaient que des affabulations, des fantasmes de gosse, des inventions, des chimères. Je n’ai plus jamais raconté cela à quiconque, jusqu’à aujourd’hui. J’avais trop peur qu’on me prenne pour… vous savez quoi, hein… un fou, ou quelque chose dans ce genre. Les gens n’auraient pas compris. Et puis j’avais déjà payé le prix fort de mes élucubrations à l’école.
- Eh bien, il est avéré que nos actes ont tous des conséquences sur notre environnement, je ne vous apprends rien, je suppose, mais de là à se sentir responsable de toutes les évènements qui se produisent sur la planète… Vous dites qu’à l’adolescence, ces « phénomènes » ont complètement disparu ?
- Oui, jusqu’à aujourd’hui.
- Mais pourquoi aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous pousse à venir vous confier à moi de la sorte ?
- Cette nuit, j’ai rêvé, ou plutôt je me suis rappelé, lors d’un rêve, d’un évènement de même nature qui s’était produit le jour de mes trois ans. Un souvenir refoulé bien plus profondément que les autres, et pour cause. Je suis persuadé que c’est ce jour-là que ça a commencé. À l’époque, la télé n’était pas encore entrée dans tous les foyers. Le propriétaire du bistrot de la gare avait donc acheté un poste noir et blanc et tout le quartier s’y retrouvait quotidiennement pour suivre les informations, les débats politiques, les grandes rencontres sportives et les reportages internationaux. C’était bon pour la vie du quartier, et encore meilleur pour le chiffre d’affaires du bar. Ce jour-là, les adultes discutaient politique en regardant une émission qui passait en direct dans la petite lucarne. On y voyait des gens bien habillés descendre d’un avion et monter dans une grosse voiture noire décapotable. Je n’avais bien entendu à l’époque aucune idée de l’identité de ces personnes, ni de leur importance. Je me souviens cependant d’une belle dame très élégante, guère plus âgée que ma propre mère, à qui une autre femme remettait un énorme bouquet de roses. Moi, j’aurais bien voulu donner un aussi gros bouquet à ma maman, ce jour-là, tellement j’étais content de mes cadeaux. Mes parents m’avaient offert un cheval à bascule, sur lequel j’avais chevauché tout le matin, ivre de joie. Je n’avais pas pu l’amener au bar, mais mon oncle Tim m’avait offert un pistolet à fléchettes pour jouer aux cow-boys. J’avais amené l’arme en plastique avec moi et m’amusais à viser les adultes présents dans l’assistance, une fléchette engagée dans le canon, sans toutefois presser la gâchette, mais en faisant des pchh, pchh que je jugeais très convaincants avec ma bouche. Maman m’avait prévenu que ce jouet pouvait être dangereux et demandé de bien faire attention de ne blesser personne avec. Soudain, ce qui devait arriver arriva. Mon doigt engourdi se crispa involontairement sur la détente et le coup partit, propulsant le projectile à travers la salle. La fléchette ne percuta heureusement aucun adulte mais vint ricocher sur l’écran de télévision, juste à l’endroit où passait la voiture décapotable, avant de terminer sa course par terre, sous une table.
Aussitôt les adultes s’agitèrent, et se mirent à parler vite, fort, tous en même temps. La femme du boucher fondit en larmes. Je m’attendais à des remontrances et je sentais déjà une boule d’angoisse croître en moi, comme la fois où j’avais cassé un vase en lançant mon ballon dans le salon malgré l’interdiction maternelle, mais personne ne semblait faire attention à moi ni à ma fléchette, mis à part mon père et mon oncle, qui me regardaient avec un drôle d’air. Penaud et un peu inquiet, je m’empressai de récupérer le projectile, dans l’indifférence quasi-générale. Tous les yeux étaient rivés sur l’écran. Je me souviens de l’état de stupeur qui s’abattit sur toutes les âmes présentes ce jour-là. Je comprends mieux à présent la manière bizarre dont mon père et oncle Tim me regardèrent à partir de cet instant. Vous comprenez, maintenant, ce que j’essaie de vous dire ? Docteur Huxley, j’aurai quarante et un ans le 22 novembre prochain. Ce jour-là, le jour de mes trois ans, j’ai tué Kennedy ! Vous pigez pourquoi mon esprit a refoulé ce souvenir jusqu’à aujourd’hui ?
Un pli soucieux que je ne lui avais pas encore vu barra soudain le front dégarni du psychiatre. Dans sa tête aux innombrables tiroirs, je venais à coup sûr de rentrer dans celui des patients gravement atteints. Incurables, peut-être. Internables, sans doute.
- Mais je vous l’ai dit, ce n’est pas pour moi que je viens vous voir, repris-je, des inflexions plaintives dans la voix. C’est pour Nathan. Aujourd’hui, c’est son troisième anniversaire et…
- Écoutez, monsieur Martin, je vais vous parler franchement. Je ne vois pour le moment pas de raison de prendre votre fils en consultation. Par contre nous devrions travailler, vous et moi, sur cet étrange sentiment qui vous habite. Ne vous inquiétez-pas pour Nathan, ça va aller.
- Vous croyez, docteur ?
Interrompant la discussion, un fracas sourd se fit entendre derrière la porte, que j’avais enfin renoncé à essayer de percer du regard.
Huxley haussa juste un sourcil. Je me levai d’un bond, bousculant le fauteuil et me précipitai vers la porte, que j’ouvris à la volée.
Pendant que je parlais avec le psychiatre, Nathan avait patiemment bâti, en empilant les éléments du jeu de construction, deux tours d’une quarantaine de centimètres de hauteur chacune. Un avion miniature à la main, il venait d’en abattre une, dont les planchettes éparses jonchaient à présent le sol autour de lui. Il me vit et un sourire illumina son visage. Je n’eus pas le temps d’arrêter son geste.
- Brrrrrrr…
Imitant un bruit de moteur entre ses lèvres pincées, il précipita son avion sur la deuxième tour de bois, qui s’abattit avec un cliquetis sonore sur la moquette de la salle d’attente. La secrétaire me sourit, inconsciente de ce qui se tramait devant elle.
Je regardai du coin de l’œil le docteur, qui m’avait rejoint dans la pièce.
- Vous croyez ?
J’attrapai Nathan, le hissai dans mes bras et l’entraînai à toute vitesse hors du cabinet. Une fois sur le trottoir, je repris mon souffle, sous les yeux écarquillés et légèrement inquiets de mon fils.
- Ça va, papa ? J’ai fait une bêtise ?
- Non, chéri, tu n’as rien fait dont je ne puisse être fier. Ça va aller, fils, c’est le docteur qui l’a dit.
Je réalisai que je n’avais même pas réglé la consultation dans ma fuite précipitée. D’ailleurs, songeai-je ironiquement, le docteur n’avait rien tenté pour me retenir, manifestement soulagé de me voir quitter son cabinet de la sorte.
- Je t’aime, mon papa…
- Moi aussi, Nathan. Je t’aime fort. Ça va aller, t’inquiète. On rentre, on loue une vidéo et on se commande une pizza, d’accord ?
- Youpiiiiiii ! T’es le meilleur papa du monde ! Avec des champignons. La pizza, pas toi !
Il laissa éclater son rire cristallin, celui qui me fait fondre en toute circonstance.
Je lui souris et ébouriffai de ma main libre sa tignasse blonde, ce qui le fit râler et en tira une grimace des plus comiques.
- Oui, mon gars. Avec des champignons. Et une glace en dessert. Après tout, on n’a pas tous les jours trois ans !
Une fois dans la voiture, je n’eus pas le cœur d’allumer la radio. Je redoutais déjà ce que j’allais y apprendre.
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Gelée, l'eau boude la langue

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PostPosted: Tue 27 May - 23:13 (2014)    Post subject: Publicité

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cab
Conjonction volubile

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Joined: 09 Aug 2013
Posts: 998
Féminin Lion (24juil-23aoû) 鷄 Coq

PostPosted: Wed 28 May - 12:21 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Okay
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Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle apprend à nager.
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janis
Conjonction volubile

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Joined: 05 Jun 2010
Posts: 4,077
Localisation: bretagne
Féminin

PostPosted: Thu 29 May - 09:49 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Bravo, Vieufou! Magnifique idée, et le récit est parfaitement mené. Le jury de Cours-la-Ville a fait preuve de talent, en reconnaissant le tien.
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mimimouche
Conjonction volubile

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Joined: 05 Jun 2010
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 羊 Chèvre

PostPosted: Fri 30 May - 06:46 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Excellent texte ! Okay J'ai adoré l'histoire et la façon dont tu l'as menée. Bravo Vieufou !
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Mimi "Dans ma vie, j'ai eu beaucoup de problèmes, mais la plupart d'entre eux ne sont jamais arrivés." Mark Twain
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rascasse
Conjonction volubile

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Joined: 01 Nov 2012
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PostPosted: Sun 15 Jun - 05:47 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Salut Fred

    J'ai beaucoup aimé la manière habile et caustiquement drôle avec laquelle tu mènes la conduite de ton texte. La confrontation entre l'évidence et le trouble, la conviction et la négation, suit un crescendo pour le moins hallucinant et dérangeant pour le praticien. Un petit regret tout de même (attention, tout personnel et donc... ) j'aurais conclu le texte sur le jeu auquel l'enfant s'adonnait dans la salle d'attente.
   Manière de coquàlâner, j'espère que tu as reçu mon petit courrier.
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J'apprécie tout particulièrement les heures pas encore mais déjà plus
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Vieufou
Conjonction volubile

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Masculin Cancer (21juin-23juil) 羊 Chèvre

PostPosted: Sun 15 Jun - 07:34 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Rhôôô ! Embarassed merci à tous !
Okay Rascasse, merci pour cette critique fort élogieuse (comme je les aime... Twisted Evil )
effectivement , les quelques lignes de la fin sont peut-être superflues. Mais bon, validées quand même par le jury de l'Ecritoire. Je ne pense pas que cela t'eût coûté la première place pour autant !
Pour ânacoquer, j'ai bien reçu ton courrier, que je vais prendre le temps et le plaisir de lire dès que j'aurai le cerveau dégagé.
j'espère que tu as toi aussi bien reçu le recueil et ton prix. Sinon, la poste va m 'entendre !
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rascasse
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Joined: 01 Nov 2012
Posts: 663
Localisation: Frontignan (34)
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PostPosted: Sun 15 Jun - 07:41 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

Non... non. Pas de conflit avec les PTT chères à nos parents. Tout est bien arrivé à bon port. Normal... en bord de mer !
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Vieufou
Conjonction volubile

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Localisation: astéroïde B612
Masculin Cancer (21juin-23juil) 羊 Chèvre

PostPosted: Sun 15 Jun - 07:45 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

ça m'aurait ennuyé. avec un grand-père receveur et une grand-mère téléphoniste, je me serais senti trahi !
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Vieufou
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PostPosted: Sun 15 Jun - 07:53 (2014)    Post subject: Incidences Reply with quote

au sujet de la façon dont j"ai abordé la chute de la nouvelle,
passer par ce petit moment de tendresse et de complicité me permettait de réhumaniser ces deux monstres que sont le père et le fils !

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