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Totenkopf

 
Post new topic   Reply to topic    forum du cercle maux d'auteurs Forum Index -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture -> Critiques constructives Jeu N°87
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sophax
Conjonction volubile

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Joined: 02 Jan 2012
Posts: 379
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PostPosted: Tue 23 Oct - 22:50 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Totenkopf

Et puis il y a eu la lettre.
Martha l’avait posée sur la table. Elle était ressortie du courrier comme un lapin d’un chapeau : Franz et Martha Z., .. Av Tercera, La Libertad, Province du Guayas, Équateur.
Franz faisait la vaisselle du petit-déjeuner. Il avait revêtu son tablier. Martha, dans une robe à fleurs, était allée chercher le journal. Dans l’escalier, elle avait croisé la demoiselle du deuxième. Une jolie brune. Étudiante à Salinas. Discrète comme jeune fille. Elles s’étaient saluées, sans plus.
Dans la boîte, il y avait le i]Noticias Ecuador[/i] du 16 mai 1985. Il y avait bien aussi quelques publicités, une facture… Et la lettre.
Elle avait eu un premier élan : l’ouvrir. Mais subitement, la qualité du papier de l’enveloppe, l’aspect des timbres et le cachet qui dès le premier regard lui parurent « exotiques » la retinrent. Bien lui en prit. Le courrier venait de France, Paris. Alors, quarante ans lui remontèrent à la gorge, quarante années de vie, de doutes… Après quarante ans, on pense qu’on peut s’accommoder de tout. Les nuits sans sommeil, la peur, le secret… Mais là, tout était revenu. Elle vacilla.
En entrant dans la cuisine, elle l’avait simplement déposée sur la table. Franz ne n’avait pas bougé. Martha ouvrit un placard, en sortit un verre et une bouteille. Elle se servit une longue rasade de bourbon. Là, Franz se retourna. Martha referma la bouteille, jeta un coup d’œil inquiet en direction de son époux et engloutit d’un trait le liquide mordoré. Franz laissa tomber une tasse qui se brisa dans l’évier.
Il s’essuya les mains sur son tablier et se dirigea lentement vers la table. Il avait pressenti la présence de la lettre. Sans se parler, Martha et lui s’étaient compris. Il s’approcha et examina l’enveloppe soigneusement. Même constat, même craintes. Alors il vint à son tour se servir un verre de bourbon qu’il but, d’un trait.
— Pourquoi l’as-tu montée jusqu’ici ? demanda-t-il.
— Que voulais-tu que j’en fasse ?
— La détruire !
— Hum…
— C’est ce qui était convenu, souviens-toi ?
— Hum…
— Quoi « Hum » ?
— Plus facile à dire qu’à faire.
— Voyons…
— Et bien, détruis là, toi, maintenant…
— Oh non… Tu l’as montée, tu la détruis !
Franz et Martha vinrent s’asseoir autour de la table. La lettre trônait au centre comme une relique ou un malade qu’on était venu veiller. Après un long moment, Martha dit :
— Peut-être n’est-ce rien ?
— Peut-être…
— Alors, ouvrons-la… pour voir…
— Je ne crois pas…
— Moi, ce que je ne crois pas, c’est qu’on nous envoie une simple lettre, comme ça… Rien… qu’une lettre.
— Sauf s’il… Je ne sais pas en fait. Je ne veux pas savoir…
— Tu ne veux pas l’ouvrir ?
— …
— Franz, tu veux l’ouvrir ?
— Non… Si je l’ouvre, j’ai peur que trop de choses restées sans réponses se décollent du fond et viennent tout salir… Je préfère ne pas savoir… Range-la… N’y pensons plus… S’il te plaît.
Martha s’empara de la lettre et se dirigea vers un buffet en bois noir. Elle extirpa une petite clef qu’elle portait en pendentif autour du cou et ouvrit un tiroir. À l’intérieur, il y avait une poignée de lettres. Martha attendit une seconde, se tourna vers Frantz qui lui adressa un regard noir puis jeta l’enveloppe avec les autres avant de refermer le tiroir. Elle plaça la clef au secret, dans son décolleté.
Elle revint s’asseoir. En refermant ce tiroir, elle avait réenclenché un processus. Celui de quarante années à craindre ainsi le moindre bruit, la moindre sonnerie, la moindre lettre. Un processus apparemment sans fin.
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PostPosted: Tue 23 Oct - 22:50 (2012)    Post subject: Publicité

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Mita
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PostPosted: Wed 24 Oct - 07:30 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Un de mes préférés.


L'écriture en phrases courtes, efficaces, sans commentaires ni superflu, j'aime beaucoup, et puis le fait que seul le titre révèle le pourquoi du comment, l'espèce de peur qui court en creux, renforcée par la sobriété du style.
Du bon !
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danielle
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Joined: 21 May 2010
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Wed 24 Oct - 07:39 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Je partage l'avis de Mita: on sent la peur qui monte graduellement, elle nous gagne aussi, on ne saura rien, mais on on imagine...
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"J'ai appris qu'une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie"A. Malraux
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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sophax
Conjonction volubile

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Joined: 02 Jan 2012
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PostPosted: Wed 24 Oct - 22:12 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

danielle wrote:
on ne saura rien, mais on on imagine...

C'est exactement cela Danielle. A l'os...

Merci Mita. Il y a une angoisse tue et jamais affrontée, à l'image de cette lettre dont on ne sait rien mais qui porte tout. Le danger est fantasmé, mais c'est le prix. Pour info, Totenkopf était le nom de la 3ème Panzerdivision SS dont la liste des crimes de guerre est longue comme un dimanche pluvieux.
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Similien
Conjonction volubile

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Masculin Gémeaux (21mai-20juin) 馬 Cheval

PostPosted: Wed 24 Oct - 22:29 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

sophax wrote:
Pour info, Totenkopf était le nom de la 3ème Panzerdivision SS dont la liste des crimes de guerre est longue comme un dimanche pluvieux.

Ah ? J'ignorais cela... Néanmoins c'est tout à fait cohérent avec la compréhension que je m'étais faite de ce texte.

Je l'ai placé sur la première marche de mon podium, principalement pour son atmosphère mystérieuse et sa fin ouverte. Okay
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chrystie
Conjonction volubile

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Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Thu 25 Oct - 14:55 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

J'ai aimé ce texte pour son écriture sobre et ses non-dits, lourds de sens.
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Caspienne
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PostPosted: Thu 25 Oct - 15:19 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Bon, je vais faire ma difficile mais moi c'est au contraire l'absence de suspense qui m'a fait écarter ce texte! Ou plutôt, le faux suspense, parce qu'en effet il y a avec le style sec et nerveux une vraie montée dramatique, mais... après avoir lu le titre, appris que le protagoniste avait un nomp allemand et qu'il vivait en Equateur... une lettre arrive... on se doute bien que c'est un ancien nazi qui se cache. Je pensais qu'au bout il y aurait une révélation plus spectaculaire. Oui, je sais, je suis bien exigeante: mais c'est qu'on fond j'avais trouvé le texte tellement prometteur et bien mené que je me suis vengée de ma déception en ne le classant pas!
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sophax
Conjonction volubile

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Joined: 02 Jan 2012
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PostPosted: Fri 26 Oct - 02:43 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Merci à vous pour vos commentaires. Je suis heureux que le texte ait plu à Similien et chrysrie.

Pour la critique que tu énonces, Caspienne, je suis à 100 % d'accord avec toi au sens où je ne cherche pas ou peu à écrire des textes à chute. C'est rare. Cela m'ennuie pour tout dire, souvent, de coller à la sacro-sainte règle de la chute dans les nouvelles. Toutes les règles m'ennuient d'ailleurs (tiens, c'est vrai, il faudra que je parle à mon psy). Ainsi, ce que j'ai cherché à porter c'est la tension interne et le "gâchis" de ces existences qui tentent de se soustraire à la justice humaine mais n'en sont pas moins en réclusion. Une réclusion symbolique, faite de tensions et frustrations d'une vie menée aux aguets... Les relations qui se tissent autour du non-évènement de cette lettre étaient le vrai centre d'intérêt de mon texte. Maintenant, que cela ne colle pas à tes attentes, cela me chagrine un peu mais je pense que, malgré tout, je ne changerai pas mes façons d'écrire (je dis mes parce que j'aime aussi tester, modifier, changer sans cesse de ton et de forme, comme les quelques textes que j'ai adressés au forum le prouvent). En espérant que je trouve la prochaine fois une meilleure place dans ton choix final. En tout cas merci pour ton avis, très intéressant.
A bientôt.
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Marixel
Conjonction volubile

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Joined: 20 Jan 2011
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PostPosted: Fri 26 Oct - 06:59 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

sophax wrote:
Un processus apparemment sans fin.

Et moi, j'ai noté : "Bon texte mais je reste sur ma faim". Comme tous les textes du jeu, j'ai lu "Totenkopf" une première fois, puis une seconde et j'ai apposé ma note d'appréciation, puis je n'y suis plus revenue avant les critiques constructives, ayant retenu aisément six textes pour constituer mon podium, au cours de mes lectures.

Le fait qu'il existe une chute ou non ne me dérange absolument pas : j'aime me sentir libre quand je lis, j'adore terminer un texte (ou un film) en me demandant quelle pourrait être sa suite, en l'imaginant moi-même, selon mon humeur du moment.

Mais, là, je suis restée sur ma faim parce que, si j'ai compris globalement l'histoire - les indices étaient là, comme autant de petits cailloux sur le chemin de ton texte (les prénoms des personnages, le fait qu'ils résident en Equateur... les quarante années de vie, de doutes… Les nuits sans sommeil, la peur, le secret…") donc je me suis doutée surtout avec le titre, même si je ne connaissais pas la définition exacte de Totenkopf, peu importe, ça ne m'a pas gênée - si j'ai compris globalement l'histoire, dis-je, l'un de mes questionnements m'a un peu "gâché" le plaisir, si je puis parler ainsi.

J'aurais aimé connaître - non pas forcément le contenu de la fameuse lettre qui va s'ajouter aux autres - mais les liens qui unissent le couple à l'auteur de la lettre : s'agit-il d'un fils, d'un frère, d'un père très âgé, d'une association qui traque les anciens nazis ? Le contenu de cette lettre est-il différent de celui des lettres rangées sans les ouvrir dans le tiroir ? - Franz hésite une fraction de seconde :"Sauf s’il…" puis il referme la porte, j'aurais envie de dire le caveau, et il ajoute :" Je ne sais pas en fait. Je ne veux pas savoir…" Mais moi j'aurais voulu savoir ce qui se cachait sous ce "sauf" et surtout sous ce pronom "il" qui m'a alléchée : désigne-t-il un homme ou une menace qui pèserait, planerait sur le couple ? Je me demande si toi-même tu le sais, Sophax LOL Et en écrivant ma dernière phrase, je me dis que peut-être pour toi, c'est une question sans importance alors que pour moi, elle est essentielle et m'a fait écarter ton texte (il aurait suffi qu'à la toute fin, tu glisses une phrase, une allusion, un sous-entendu, même, pour éclairer ma lanterne et satisfaire totalement mon plaisir de lectrice - ton texte se serait retrouvé sur mon podium ou tout près.

J'ai apprécié le style, notamment les trouvailles : "Elle était ressortie du courrier comme un lapin d’un chapeau" "La lettre trônait au centre comme une relique ou un malade qu’on était venu veiller."
Tu décris l'environnement, la vie quotidienne en apposant de petites touches de peinture (la demoiselle du deuxième, les gestes du couple) avec l'alcool en toile de fond, celui qui fait oublier les angoisses, qui soulage les manques, les chagrins, surtout ceux de la femme car lui a tout enterré (ou feint d'avoir tout enterré), et il ne veut pas revenir là-dessus ("comme convenu") même pour Martha qui n'en peut plus de devoir oublier ("hummm...C'est plus facile à dire qu'à faire")
Elle se fait insistante, le relance pourtant mais lui se montre intransigeant : "j’ai peur que trop de choses restées sans réponses se décollent du fond et viennent tout salir… Je préfère ne pas savoir…" Sujet clos : il a parlé, il a toujours tout décidé et elle a pris l'habitude de plier.

Et cette phrase terrible : "Martha attendit une seconde, se tourna vers Frantz qui lui adressa un regard noir puis jeta l’enveloppe avec les autres avant de refermer le tiroir. Elle plaça la clef au secret, dans son décolleté."
Toute une vie dans un tiroir comme un caveau dont elle porte la clé dans son décoletté - puissant symbole que celui du sein (maternel ?) - la clé qui, seule, la relie au passé donc à sa vie, aussi, à la vie peut-être même car on se demande si elle n'est pas morte, elle l'est sans doute à l'intérieur d'elle-même. Le regard noir tue toute tentative de rébellion chez Martha : on se plairait à lire enfin sa révolte ou tout au moins, telle la femme de Barbe-bleue, la voir enfreindre l'interdit, et, en catimini, ouvrir une lettre, celle-ci ou une autre, une seule. Mais non, elle n'osera pas, par peur mais, aussi, parce qu'elle s'est habituée, résignée à filer doux. Je trouve que l'intéressante relation entre l'homme et la femme constitue l'un des principaux attraits du texte.

"Elle revint s’asseoir. En refermant ce tiroir, elle avait réenclenché un processus. Celui de quarante années à craindre ainsi le moindre bruit, la moindre sonnerie, la moindre lettre. Un processus apparemment sans fin."

Il ne peut y avoir de fin, sauf dans la mort physique. Tout au plus, peut-on imaginer que si son mari disparait avant elle, Martha osera enfin s'affirmer en ouvrant les lettres, en affrontant enfin son passé et sa vie. On peut simplement l'imaginer car, en agissant ainsi, elle pourrait éprouver un conflit de loyauté envers la mémoire de son mari, avoir même l'impression de commettre un crime, et surtout elle ouvrirait la (sa) boîte de Pandore....

Tu as écrit un bon texte que tu pourrais certainement étoffer pour en faire une excellente nouvelle ou pourquoi pas un roman ?

Edit: en relisant ma longue Mr. Green critique, je me demande si le couple s'est douté de ce que contenaient les lettres - ce qui voudrait dire que mon questionnement m'aurait fait complètement passer à côté de ton texte. Arf !


Last edited by Marixel on Fri 26 Oct - 13:46 (2012); edited 2 times in total
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Caspienne
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PostPosted: Fri 26 Oct - 08:16 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Sophax, pour affiner ma critique (qui rejoint un peu celle de Marixel), j'ai l'impression que, plus qu'une absence de chute, c'est un flottement dans la deuxième partie du texte qui m'a empêchée de le garder, parce que je me suis demandée quel était le véritable sens de tout ça (pourtant je suis à 100% convaincue qu'il faut un peu de flottement, d'ambiguité, pour faire une bonne histoire!). Visiblement ce couple, qui se cache depuis 40 ans, reçoit une lettre qui leur fait peur, car c'est quelqu'un qui connaît leur passé. Au début, on pense que c'est la première qu'ils reçoivent, que d'une certaine façon, ils attendaient cette lettre. D'où la réaction de l'homme, qu'on imagine être le mari: détruis là, on en a déjà parlé, faisons tout disparaître. Et puis, finalement, non, il est question de l'ouvrir, et puis de la ranger. Bon, pourquoi pas, le choc est tel qu'ils remettent à plus tard le moment d'ouvrir l'enveloppe. Et là, on apprend qu'il y a un tiroir plein de lettres! Donc cette conversation, ils ont déjà dû l'avoir. Et là, le lecteur est un peu perdu: pourquoi cette mise en scène qui a précédé? Est-ce que c'est la même personne qui leur écrit? Est-ce qu'il y a une écriture différente à chaque fois sur l'enveloppe? A mon avis, c'est là qu'il manque un élément, sans que ce soit une "chute" spectaculaire: une liste de noms dans le tiroir avec les lettres fermées, une cachet de la poste tous les dix ans, une photo de famillle où on les reconnaît plus jeunes avec un gamin dans les bras, un article de journal... je ne sais pas. Juste une phrase, en fait. Un mot pour mesurer la peur.
Mais sur l'écriture, ne change rien, moi j'aime beaucoup!
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sophax
Conjonction volubile

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Joined: 02 Jan 2012
Posts: 379
Localisation: Toulon
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PostPosted: Fri 26 Oct - 19:33 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Merci à vous pour ces longs commentaires. J'apprécie. En effet, il y a une incertitude, un flottement, mais cela faisait partie de mon idée, et ni moi, ni vous, ni même eux dans mon projet ne sait ce que contiennent ces lettres. Pourquoi recevoir du courrier de loin ? pas tous de France, peut-être la moindre missive suspecte, le moindre appel au téléphone où la voix n'est pas familière, une silhouette suspecte qui frappe à la porte... Ils ne veulent pas savoir, la crainte est assez vive pour les forcer à nier tout ceci, en quelque sorte. C'est un déni, comme si tout ce qui est avant ou autre que leur vie de maintenant n'existait pas ou plus ou n'avait jamais existé... Je ne cherche pas à tout maitriser. Pour moi aussi, il y a des choses floues, moi aussi j'aime à chercher. J'aime quand toutes les clefs ne sont pas données. L'écriture Ikea, pas pour moi... J'aime dire que je suis un auteur de l'erreur et du doute. Ce n'est pas parce que c'est écrit que c'est juste, vrai, entier, etc... Cette idée me plait bien, comme lorsque tu lis un article ou une page web, il faut savoir déchiffrer, se faire son avis, mettre en profondeur... Il y a un peu de cela parfois dans mes fictions. Mes personnages sont souvent dans le faux, l'oubli, le mensonge, à soi ou au lecteur... Cela me stimule.
Merci encore.
Je suis heureux d'échanger avec vous.
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Marine
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PostPosted: Fri 26 Oct - 22:41 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Un texte dont j'ai beaucoup aimé le style. Je suis entrée dans la scène, ai vu, entendu les personnages, senti leur émotion. Ignorant qui était Totenkopf, j'ai été un peu frustrée de ne rien savoir de cette lettre, même si j'ai bien compris que le secret était volontairement gardé ! J'ai donc classé ton texte en 4ème position.
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Marixel
Conjonction volubile

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Joined: 20 Jan 2011
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Féminin

PostPosted: Sat 27 Oct - 07:05 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

sophax wrote:
En effet, il y a une incertitude, un flottement, mais cela faisait partie de mon idée, et ni moi, ni vous, ni même eux dans mon projet ne sait ce que contiennent ces lettres. Pourquoi recevoir du courrier de loin ? pas tous de France, peut-être la moindre missive suspecte, le moindre appel au téléphone où la voix n'est pas familière, une silhouette suspecte qui frappe à la porte... Ils ne veulent pas savoir, la crainte est assez vive pour les forcer à nier tout ceci, en quelque sorte. C'est un déni, comme si tout ce qui est avant ou autre que leur vie de maintenant n'existait pas ou plus ou n'avait jamais existé... Je ne cherche pas à tout maitriser. Pour moi aussi, il y a des choses floues, moi aussi j'aime à chercher. J'aime quand toutes les clefs ne sont pas données. L'écriture Ikea, pas pour moi... J'aime dire que je suis un auteur de l'erreur et du doute. Ce n'est pas parce que c'est écrit que c'est juste, vrai, entier, etc... Cette idée me plait bien, comme lorsque tu lis un article ou une page web, il faut savoir déchiffrer, se faire son avis, mettre en profondeur... Il y a un peu de cela parfois dans mes fictions. Mes personnages sont souvent dans le faux, l'oubli, le mensonge, à soi ou au lecteur... Cela me stimule.

Oui c'est ce que je disais, à la fin de mon message, à savoir que j'étais peut-être passée à côté de ton texte.

Je suis tout à fait d'accord avec toi quand tu rejettes l'écriture Ikea et moi, aussi, j'aime bien semer des petites graines et, surtout, ouvrir de grands champs de liberté au lecteur, des horizons où il pourra aller vagabonder s'il le souhaite - c'est ainsi que j'aime lire ou écrire, c'est ainsi que je conçois l'écriture : raconter une histoire en ouvrant des chemins, larges ou de traverses, en ouvrant des champs de possibles. Si un auteur maîtrisait tout, je pense qu'il produirait un texte profondément ennuyeux, quant au lecteur, il aurait l'impression d'étouffer ou de se cogner aux barreaux.

Cependant, je pense qu'il aurait été intéressant d'aiguiller légèrement ton lecteur sur la voie du déni* - comme une piste possible parmi d'autres - parce que je n'y ai pas du tout pensé : pour moi, l'homme et la femme savaient qu'ils avaient commis des actes réprouvés par la société et donc condamnables. C'est intéressant, aussi, de comprendre qu'ils ne peuvent plus dormir - sans doute pas tant à cause de l'horreur de leurs crimes que par peur de la traque ou de la supposée traque. Tout au long du texte, j'ai pensé qu'ils savaient ce que contenait cette lettre -et les autres - pas forcément dans ses termes excacts mais dans sa teneur. Alors je comprends bien ton objectif, ta volonté de laisser ou même de créer cet effet de flou ou de flottement mais il me semble - je peux me tromper, cependant Caspienne a ressenti la même impression - qu'une petite phrase par ci, par là, une allusion, un sous-entendu (j'aime bien lire entre les lignes) auraient permis au lecteur de sentir l'incertitude, bien sûr, mais de mieux comprendre qu'elle était voulue, "maîtrisée" donc, et de ce fait, de mieux naviguer dans ton texte.

Mais ce n'est que mon avis, bien sûr, je ne cherche nullement à te convaincre.

*Je trouve l'idée de déni judicieuse : on peut imaginer aussi l'autruche qui se cache la tête dans le sable car peut-être, avec cette nouvelle lettre, l'étau se resserre-t-il.


Je trouve cette discussion doublement intéressante car elle rejoint un point essentiel que je soulevais, hier, sur le fil "Traître" : dans quelle(s) juste(s) mesure(s) l'auteur doit-il guider le lecteur ? Et les critiques constructives - quand elles sont faites avec modération et j'ai envie d'ajouter avec tact - constituent de véritables tremplins de réfléxions sur l'écriture.

Bon week-end sous la froidure
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Anne Veillac
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PostPosted: Sat 27 Oct - 07:56 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

A la première lecture, je n'ai pas compris ce texte. Il a fallu que j'aille sur Internet pour voir ce que signifiait le titre. Après, j'ai compris que ça avait à voir avec la guerre.
Là, en le relisant avant de poster ma critique, tout est extrêmement clair. Il me fallait un peu de temps.
Mais même si j'avais tout compris avant de voter, je ne sais pas si ce texte aurait fait partie de mes choix. J'ai besoin d'aimer les personnages dont je lis les histoires, et là je ne les aime pas du tout...
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SMARTY27
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PostPosted: Sat 27 Oct - 12:55 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

J'ai octroyé la première place sans hésiter à ce texte. Plus que la peur, j'ai perçu le point de saturation que cette énième lettre vient titiller. L'oppression du secret, la liberté à jamais entravée d'exister normalement, comme une casserole à pression alimentée par la peur, le remords peut-être, la promiscuité. Partager à vie, à deux, un pan entier d'existence dont on ne saura pas s'il est regretté.

Certes il n'y a pas de chute mais une porte qui se referme à nouveau sur cette vie, comme la lourde porte d'une prison mentale.
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Eyrlis
Conjonction volubile

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Joined: 03 Sep 2012
Posts: 855
Féminin Lion (24juil-23aoû)

PostPosted: Wed 31 Oct - 11:00 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

J'ai apprécié l'écriture et le style du texte.
Malheureusement, je suis restée sur ma faim après la lecture.
Je ne savais pas ce que "Totenkopf" signifiait et même si globalement je comprenais l'histoire, j'avais l'impression que quelque chose d'essentiel m'échappait et que le texte me donnait réellement envie de savoir ce qu'il ne me disait pas !
Frustrant ! Wink

_________________
"Le récit des choses douces à avoir et des jours doux à passer est vite narré, et guère passionnant à écouter ; tandis que les épisodes déplaisants, palpitants, voire affreux font souvent une bonne ou du moins une longue histoire." Tolkien
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sophax
Conjonction volubile

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Joined: 02 Jan 2012
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Localisation: Toulon
Masculin

PostPosted: Thu 1 Nov - 03:02 (2012)    Post subject: Totenkopf Reply with quote

Merci SMARTY 27... Je vois que tu as du discernement... C'est une joke, no matter. Cela me fait plaisir.
Merci aussi à vous autres qui m'avez fait part de vos jugements et réflexions.
Merci Marixel. J'ai beaucoup apprécié te lire. La petite note était je pense en partie dans le titre, qui par une rapide recherche sur le net, aurait pu livrer certaines clefs pressenties cependant sans cela, et conforter dans une réflexion, tout au moins.
Je vous dis à bientôt, en d'autres pages, pour d'autres textes, peut-être...
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