forum du cercle maux d'auteurs Forum Index

forum du cercle maux d'auteurs
Ouvert à tous les passionnés de lecture et d'écriture!

 FAQFAQ   SearchSearch   MemberlistMemberlist   UsergroupsUsergroups   RegisterRegister 
 ProfileProfile   Log in to check your private messagesLog in to check your private messages   Log inLog in 

Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore

 
Post new topic   Reply to topic    forum du cercle maux d'auteurs Forum Index -> BATAILLES DE PLUMES -> Les textes médaillés
Previous topic :: Next topic  
Author Message
malo
Guest

Offline




PostPosted: Sun 9 Oct - 22:15 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Voilà la nouvelle du prix de la librairie la Mandragore publiée dans le Matricule des anges de mars 2011.


 

 
  
 Et regardait Caïn

 

 

            Elles avaient une dizaine d’années, l’âge des balades à bicyclette et des jeux de marelle, celui des brouilles futiles aux promptes réconciliations.
            L’été quarante-trois touchait à sa fin. L’air gorgé de chaleur n’offrait pas de répit à l’impression que tout pesait.
            Huit heures du soir venaient de sonner à l’église lorsque quelqu’un a donné l’alerte : les allemands étaient à un kilomètre du village. Ils avaient trouvé les fillettes réfugiées au couvent et les ramenaient avec eux.
            Aussitôt, les gens se sont cloîtrés, les portes et volets se sont verrouillés. Mêlant prudence raisonnable et lâcheté, chacun s’en est remis à la fatalité, malgré la honte d’abandonner des fillettes à leur sort. Je n’ai pas agi mieux que les autres.
Il est vrai, qu’aurions-nous pu faire ? La population ne comptait plus que des femmes, des enfants, des vieux et quelques estropiés revenus des combats du printemps quarante. Qu’aurions-nous pu défendre avec nos faux, nos balais, nos piaillements de femmes ? Dans notre pays des Terres froides, on connaît l’âpreté des saisons, les crues furieuses de la Bourbre, la pluie, le brouillard, l’hiver blanc qui mange le printemps. Mais soldat de la terre, on n’en devient pas pour autant un combattant de la guerre ou un franc-tireur. Notre rude existence nous avait aguerris contre les éléments naturels, contre intempéries et maladies, elle ne nous avait pas préparés à la lutte contre les autres hommes.
            Comme tout le monde, je me suis enfermée chez moi, mais ma curiosité était légendaire : au bruit des bottes à l’entrée de ma rue, j’ai entrebâillé ma porte.

« Deux petits papillons roux
Tourbillonnent, tourbillonnent… »
 

            Les fillettes s’approchaient d’un pas fragile, serrées épaule contre épaule. L’épaisseur du soir les rendait pareillement grises dans leur blouse informe. A cette distance, je ne distinguais aucun visage, tous étaient semblables.
            Un allemand ouvrait la marche d’un pas volontaire. De loin, il me parut colossal, démesuré. Comme était démesuré le silence posé comme une chape sur l’étrange procession.
             Vouée au passage des grosses charrettes à foin, ma rue est la plus large et la plus longue du village. Il m’a semblé qu’ils mettaient des heures à la remonter. Peut-être s’agit-il d’un effet de ma mémoire qui, répugnant à dérouler la scène, la déroule au ralenti.
En se retournant, l’homme de tête a hurlé quelque chose que je ne n’ai pas compris. Les mots ont déboulé de sa bouche dans un galop confus et rauque. Un murmure d’épouvante s’est élevé parmi le troupeau, ébouriffant sa masse uniforme, précipitant son allure. Après un moment de flottement, d’un bras impérial tranchant net dans le vide, l’homme a ordonné le retour au calme. Le silence est revenu brutalement.
            Tout le monde savait où conduisait ce genre d’expédition. Je le savais aussi. Mais savoir n’est pas comprendre.
            Quelle sorte d’arrogance égarait donc ces hommes ? A quels ressorts accrochaient-ils leurs convictions pour rafler des fillettes comme des porcs ramassent des glands ? On m’épargnait, moi et mes semblables d’église catholique, pourquoi… Toutes questions, vaines questions, s’entrechoquaient sans parvenir à lever un début de réponse hormis la nausée, enchevêtrement d’effroi et d’indignation, qui me montait aux lèvres.
Mes jambes ont faibli et le jour qui déclinait a comme faibli lui aussi. J’allais défaillir, lorsque l’alignement uniforme des façades aveugles a éveillé une peur soudaine dépassant toutes les autres : la peur de l’oubli. En gardant les yeux fermés, mon village choisissait la cécité, organisait son déni. Ainsi, condamnait-il ces enfants à l’oubli. Sur la page vide de l’Histoire, rien n’allait s’écrire. Je me suis redressée. Si le sort de ces jeunes juives se gravait dans mon regard, l’Histoire ne les abandonnerait pas. La volonté de porter un devoir de mémoire m’a tenue debout.
 

« Deux petits papillons roux
Tourbillonnent, tourbillonnent
Deux petits papillons roux
Tourbillonnent dans l’air doux… »
 

            Avec le soir, le vent était tout à fait tombé. Les deux grands chênes de la rue dressaient vers le ciel leur feuillage où ne bruissait aucun oiseau. Seul mouvement dans ce décor figé, la lente procession s’approchait de ma maison. L’homme de tête est passé à quelques mètres de ma porte entrouverte. Je n’ai pas pensé à la refermer. Je n’étais qu’un regard. Toute conscience de moi-même avait cédé sous la détermination qui me poussait à enregistrer image après image chaque détail de la scène.
            Le groupe est arrivé à ma hauteur, un allemand est passé tout près puis un autre. Ceux-là encadraient de près le peloton d’enfants.
 

« … Et tombe la feuille d’automne. »
 

Je mesure un mètre quarante-deux. Une paresse de naissance a empêché que je m’élève davantage. Le monde m’apparaît de ma petite hauteur mais c’est parfois bien suffisant pour dominer la mare d’abjection où l’humain aime parfois à patauger. Je n’ai pas choisi, la nature m’a forgée à l’image des joyeux compagnons de Blanche-neige, des lutins, des gnomes des légendes nordiques. Chacun sa croix. Par coïncidence, ce caprice de la génétique a voulu que ma taille d’adulte ne dépasse pas celle d’une gamine de dix ans.
 

« … Tombe la feuille… »
 

            Tout s’est enchaîné très vite. Il y a eu ce vertige d’une fillette plus fatiguée ou plus fragile que les autres. Son vacillement l’a rapprochée de moi. L’allemand qui fermait le groupe n’était pas près d’elle. Où était-il, je ne sais pas, je crois bien que je n’ai pas même songé à le chercher des yeux. Je ne voyais que ce corps frêle et chancelant à portée de main. J’ai agi sans que ma tête s’en mêle, sans que la plus élémentaire prudence me retienne.
D’un bond, je me suis précipitée sur elle et l’ai attrapée par la manche. En tirant violemment, je l’ai rejetée à l’intérieur de la maison. Plus molle qu’une poupée de chiffons, elle s’est laissée faire.
J’aurais pu rester là, avec l’enfant dans mes bras, la garder à l’abri là, près de moi, j’aurais pu. Mais une fillette en moins…
Sans réfléchir, je suis aussitôt ressortie. Et j’ai refermé la porte derrière moi. Son claquement sec m’a fait sursauter.
Dehors, j’ai titubé un instant. Pourquoi je me trouvais là, dans la rue, devant ma maison, mes jambes seules le savaient. Soudain, un coup sur la nuque m’a fait trébucher. Avant que j’aie le temps de retrouver l’équilibre, on m’a brutalement empoignée par les cheveux et j’ai été projetée, tel un sac, vers mes nouvelles compagnes. On me prenait pour l’enfant que je venais de sauver, je me suis mise en route au même pas que les autres. La conscience du danger et la peur qu’on réalise ma présence commandaient mes muscles.
            Au bout de ma rue, nous avons traversé la place du marché. Engourdis par la chaleur, lourds et lascifs, les grands tilleuls goûtaient la fraîcheur du soir. Les feuillages exhalaient un parfum de fin d’été. Nous nous sommes engagés dans la rue de l’église. En longeant l’imposante maison des Fournels, ornée de géraniums aux fenêtres comme une bourgeoise couverte de bijoux tape-à-l’œil, j’ai entendu des voix. Je ne crois pas avoir rêvé : c’étaient des voix à l’accent rocailleux.
Aujourd’hui encore, je me demande qui a dénoncé les religieuses du couvent. Les Fournels se sont enfuis à la libération, mais ça n’est pas une preuve.
L’église n’a pas sonné quand nous l’avons laissée sur notre droite. Et les chiens du garde champêtre n’ont pas aboyé. Ils s’étaient enfuis depuis longtemps. Effrayés par la guerre et les débâcles successives, les chiens redevenaient sauvages.
            Mon village dormait ou c’était tout comme. Je l’ai quitté sous une garde étroite, mêlée à des enfants, fondue dans le troupeau. J’avais froid malgré la fournaise de l’été finissant.
 

            Ce que je viens de raconter a duré peu de temps.
            Il est possible que ma mémoire rapporte des détails que je ne fais qu’inventer : le parfum des tilleuls, la blondeur de la lune, les géraniums. Je ne saurais garantir les durées, les couleurs, les odeurs. Mais les faits sont exacts. Rigoureusement exacts.
 

            Les allemands nous ont amenées jusqu’à un camion. Au dessus de la colline, la bouille ronde de la lune prodiguait une douce clarté. Le ciel d’un bleu profond paraissait plus vaste, l’obscurité plus lugubre. Ils ont claqué les portes, verrouillé les serrures. Tout s’est éteint.
            Le Camion a roulé à vive allure jusqu’à la gare de Bourgoin où un train attendait en crachant d’énormes nuages de fumée. Malgré l’heure tardive, le quai grouillait d’ombres inquiètes. Les yeux des ombres épiaient, remplis de doute et de terreur. Des enfants pleuraient dans les jupes de leur mère. L’angoisse creusait sur les visages des sillons noirs, ou bien c’est la mort qui écrivait ses premières lignes.
            Mon groupe a été poussé dans un wagon ainsi qu’une trentaine de personnes. Le plus jeune n’avait pas trois ans.
            Le train a roulé pendant plusieurs jours. Au début, les plus nerveux s’agitaient, questionnaient. Quand le train ralentissait, ceux-là nous ralliaient à leur affolement. D’autres gémissaient doucement. Les enfants réclamaient à boire. Quelques hommes exhortaient au calme, prétendant, comme si cela avait du sens, qu’il ne fallait pas gaspiller nos forces. Peut-être que cela avait du sens. Un vieux hochait la tête sans rien dire, le regard effrayant de lucidité. Après quelques jours, nous sommes tombés dans une stupeur muette.
 

Tourbillonnent, tourbillonnent
Deux petits papillons roux

            Un matin, le train s’est arrêté. On nous a débarqués dans une vaste cour.
A nouveau, la multitude des ombres mais amaigries, affamées, tenant à peine debout.
L’ordre nous a été donné d’entasser les valises pour ceux qui en avaient, puis de nous déshabiller. Quelques fantômes blancs, nus et tremblants, refusaient de lâcher leur bagage. On a séparé les hommes des femmes. Ensuite, des sous groupes ont été formés. En pleine lumière, ma difformité crevait les yeux, plus question d’être prise pour une enfant ; j’ai rejoint le groupe des malades, des infirmes, des blessés. Il n’y avait plus qu’à attendre qu’on décide de notre sort.
            Deux officiers discutaient non loin de là. L’un d’eux s’épongeait le front, une précaution presque rassurante, humaine. Derrière le tissu qui dansait, un visage délicat, pâle et froid. Tout à coup, son regard étrangement bleu a rencontré le mien. Son geste s’est interrompu. L’homme s’est approché. Brutalement, il m’a saisie par les cheveux et observée de l’air dégoûté dont il aurait examiné un poisson pas frais. Une grimace lui plissait le nez. Sous ses babines retroussées, luisaient de petites dents blanches. Nous sommes restés face à face pendant un temps impossible à compter, puis j’ai vu son regard s’éteindre jusqu’à perdre toute expression, comme le regard se dissout à fixer quelque chose trop longtemps. Soudain, il a secoué la tête et éclaté de rire, un rire mêlant la surprise, le triomphe et le dédain, un rire de chasseur chanceux.
Son regard redevenu vivant, étincelait. En baragouinant quelque chose, il m’a tirée hors du groupe. J’ai manqué de tomber, mais il me tenait fermement. Après m’avoir traînée sur quelques mètres, il m’a lâchée, alors je suis tombée pour de bon. J’ai compris à ses mimiques et à son geste autoritaire qu’il m’intimait l’ordre de demeurer couchée à ses pieds. Je n’ai pas bougé. Tout autour, des commandements continuaient de fuser, mais sous les schnell, schnell, pas un son humain, rien qu’une profonde angoisse qui suintait. De la multitude humaine, aucune rumeur ne montait. C’est à peine si bruissait le frôlement des centaines de corps nus accablés d’obéissance et d’effroi. Le salut ne pouvait venir que d’une forme d’invisibilité acquise dans la soumission.
L’épouvante me clouait au sol mais plus encore le bon sens qui me dictait de maintenir une parfaite immobilité. Les muscles de mes jambes ont cédé à cette exigence, mes bras sont devenus raides, mon sang s’est figé dans mes veines. Guidée par une sagesse instinctive, la vie a déserté mon corps qui s’est fait arbre, qui s’est fait pierre, qui est mort à lui-même.
Le bout de la botte nazie a tâté ma joue comme on sonde une charogne mais je ne me sentais pas charogne, je me sentais vivante, plus vivante que jamais, ravagée par une tempête de sentiments mêlant la terreur à la rage de l’impuissance. La botte sentait le cuir épais et le savon gras et mon enveloppe terrestre s’abandonnait à son mépris, mais dans ma tête un vacarme s’est déchaîné, une voix stridente s’est mise à hurler. L’écho de ma propre voix se fracassait contre les parois de mon crâne, cavité creuse où plus aucune pensée ne se formait. Je n’avais personne à appeler au secours pourtant j’appelais, j’appelais sans m’arrêter pour me remplir de bruit, pour ne plus rien sentir.
            J’ai remué les lèvres, j’allais crier pour de bon lorsque ma bouche est entrée en contact avec le sol, et mon souffle et ma peau et tous mes sens rassemblés se sont tendus d’un coup.
            Derrière l’odeur de poussière, affleurait un accablement de pré piétiné et d’herbe brûlée. Dans mon pays des Terres froides, l’été promène ces effluences exténuées de foin vieux, d’herbe ratatinée. J’ai gardé mes lèvres collées contre la terre et son parfum indifférent aux guerres et aux frontières des hommes. Dans ma tête, la voix s’est tue.
Comme pour toucher ce que mes mains coincées sous moi ne pouvaient attraper, ma langue a franchi la barrière de mes dents. Des grains épais s’y sont fixés,
de sable,
de terre,
de poussière.
Sans raison, je les ai ramenés dans ma bouche. Injectée de salive, la matière granuleuse s’est faite boue, une boue dénuée de frontière. Alors, toute idée de distance et de géographie s’est envolée. J’étais ici, j’étais chez moi, j’étais partout et nulle part.
Alors, les frontières de mon corps et de mon esprit se sont désagrégées à leur tour. Comme saoulée par l’odeur et le goût âpre de la terre dans ma bouche, j’ai perdu toute notion de dehors et de dedans, de grandeur et de proportion. Je n’étais ni petite ni difforme, j’étais sable et poussière mêlée, je n’étais rien ni personne. La mort a cessé de m’effrayer, ma volonté s’est recroquevillée là où se rejoignent impuissance et résignation, rage désespérée et humilité.
Désincarnée, détachée de ma condition humaine, j’étais prête à affronter toutes formes d’aliénation.
            Les groupes essaimaient vers les baraquements qu’on leur avait désignés, lorsqu’une main m’a brutalement agrippée par le col. L’allemand au teint de craie m’a élevée à hauteur de son visage. Ses yeux parcouraient mon corps avec curiosité. Ma nudité m’exposait de plein fouet à cette inspection obscène mais je me laissais faire. Je ne ressentais rien, aucun désir de repli, aucune impudeur. A nouveau, son rire a explosé tout près de ma figure.
            A nouveau, il m’a traînée sur plusieurs mètres.
            Dans un recoin de la cour, derrière un baraquement, étaient alignées des caisses fermées par des barreaux d’acier. Il m’a poussée dans l’une d’elles. Le fond, tapissé d’une matière noirâtre, dégageait une odeur âcre. Je me suis blottie sur ce lit de déjections, ironie des organes plus têtus que la mort. Le temps s’est arrêté.
Le soleil était couché et la lune dispensait une lumière pâle, lorsqu’il est revenu me chercher. Je l’ai compris peu après, il m’avait trouvé un emploi : ma particularité physique m’avait épargné la mort, elle m’a livrée au cynisme des SS.
 

            Après leurs journées passées à répandre l’horreur comme on sème du blé, les nazis harassés et las cherchaient à se distraire. Mon sauveur m’a hissée au rang d’amuseuse en titre, ce qui ne m’a fait prendre aucune hauteur. Je suis devenue la mascotte du camp, son fétiche, un clown drôle et docile.  
Ma mission n’était pas difficile à remplir : on me donnait des ordres, j’obéissais. J’ai ainsi diverti une galerie de personnages hilares, mais je l’affirme : je l’ai fait sans qu’un état d’âme trouble mon abrutissement, sans qu’un doute ou un sentiment de révolte me rappellent mon appartenance à l’espèce humaine. Etrangère à mon sort, je subissais l’abjection du dehors.
            Tous les soirs, après le dîner, un spectacle était offert dans le grand réfectoire.
Et le spectacle, bien souvent, c’était moi. On me faisait monter sur la table et je devais exécuter toutes sortes d’exercices et de danses. Au moindre verre renversé, je recevais un coup de trique. Je gesticulais en n’éprouvant rien, ni honte, ni colère. Mon corps appartenait au public.
Pour me féliciter, on me lançait des restes que je devais saisir entre mes dents, laper, sucer, mains dans le dos. Parfois, on m’habillait d’une brassière improvisée, une serviette nouée autour du cou et on me barbouillait en écrasant de la purée sur ma figure. Les allemands s’esclaffaient, en jetant sur moi des mots embrumés d’alcool comme on lance des épluchures aux cochons. De temps à autre, mon maître me faisait faire un tour de piste au bout d’une laisse. Je trottinais à quatre pattes. Lorsque mes jambes trop courtes ralentissaient son allure, il tirait plus fort sur la laisse. Je devais faire le beau, japper… Je me pliais à toutes les comédies. J’étais un chien qui ne mord pas, un animal décérébré.
Le spectacle terminé, mon maître me ramenait à ma cage. Avant de repartir, il m’observait longuement, bizarrement, sans ciller. A nouveau, je tombais dans l’abîme de son regard vide. Aujourd’hui encore, je me demande quelle partie de lui-même sombrait dans ces moments là.
            Jour et nuit, je flottais dans un état intermédiaire, entre veille et sommeil, dans une sorte de constante absence à moi-même. Ni vivante ni morte, je n’étais qu’un corps soumis aux événements, à peine un corps.
 

            Une nuit, tandis que je somnolais dans ma cage, deux faisceaux étincelants ont zébré l’obscurité. Mon maître était penché, le regard braqué sur moi mais plus absent que jamais. Il a ouvert la cage et m’a fait signe de le suivre. Je l’ai suivi jusqu’à un baraquement plus petit que les autres dont il a poussé la porte. Nous avons traversé un couloir éclairé d’une lumière avare, puis un salon noyé dans la pénombre. De là, il m’a fait pénétrer dans une pièce au milieu de laquelle se trouvait un lit qui m’a paru gigantesque. J’ai deviné qu’il m’avait conduite à sa chambre. Sans rien dire, il m’a forcée à m’asseoir sur le lit. Alors, je me suis préparée au pire.
Il ne bougeait pas. Debout, face à moi, il regardait mes jambes torses, mon corps trop petit, mes genoux maigres, comme on hésite devant une vieille carne. Etais-je trop laide, trop sale, trop efflanquée ? Son air sévère avait cette gravité dubitative des paysans qui ne savent s’ils doivent abattre la bête ou l’engraisser encore un peu. A t-il changé d’avis, n’a-t-il jamais eu d’intention sur moi, je ne saurai jamais.
Il aurait pu m’imposer ce qu’il voulait, je n’aurais pas lutté, mais contre toute attente, il a attrapé une chaise et s’est installé en face de moi. Aucune expression n’habitait son regard. Lentement, sur un ton que je ne lui connaissais pas, il a murmuré quelque chose. Sa voix n’avait pas cette brutalité à laquelle il m’avait habituée. J’osais à peine respirer. Sans se départir d’une raideur bizarre, l’air lointain, il a continué. Il parlait comme pour personne à voix basse et profonde, une voix presque capiteuse. Mon oreille a fini par se laisser bercer par le bourdonnement continu des mots que je ne comprenais pas. Dans l’obscurité de sa langue étrangère, son monologue coulait tel un fleuve au flux lent. Lent et paisible.
Il a filé ainsi de longues bandes de phrases entrecoupées de silences que soulignait son regard vide. J’ai cessé de le redouter. Cet homme absent à lui-même, ce fantôme de l’absurde, ne voulait que ma présence muette. Peut-être, ne cherchait-il qu’à chasser un doute, un vague scrupule. Il s’en est débarrassé, comme on parle tout haut, à son miroir ou à son chien. A la fin de son monologue, il m’a ramenée à ma cage. Il n’y a pas eu de seconde fois.
 

            Lorsque la guerre a tourné en défaveur de l’Allemagne, l’humeur des nazis s’est assombrie. Finis les spectacles après le dîner, les gesticulations, les rires. Mon maître venait me nourrir en fixant sur moi un regard de plus en plus grand. La défaite de sa santé mentale a précédé de peu celle du Reich. Il s’est mis à parler tout seul. Avec grandiloquence, il s’adressait à des gens qui n’étaient pas là. Moi, j’attendais qu’il me tende la nourriture qu’il était venu m’apporter. Parfois, il l’oubliait dans sa main et repartait avec. Je m’affaiblissais de jour en jour.
            La Croix-Rouge internationale a obtenu la libération de quelques centaines de détenues, avant l’évacuation du camp des femmes en mars quarante-cinq. J’ai fait partie du lot et m’en étonne encore. Mon maître m’a laissé filer. Pour la seconde fois, le mépris de cet officier cruel et fou m’a probablement sauvé la vie.
            Des représentants de la Croix-rouge danoise m’ont transportée dans leur pays, à demi morte de faim et de soif, épuisée. Après m’avoir soignée, ils m’ont rendue aux Terres froides où m’attendait ma famille.
            C’est pourquoi, aujourd’hui, je peux  raconter cette histoire.   
 

            Aucune des fillettes du couvent n’est revenue de l’enfer de Ravensbrück, mais à mon retour du camp, j’ai retrouvé l’enfant que j’avais sauvée. Ma mère l’avait gardée. Elle lui avait donné un toit, une famille, un nom. Malgré les recherches entreprises, personne n’a jamais su qui elle était ni d’où elle venait. Jamais une parole n’a passé ses lèvres, pas une phrase, à l’exception d’une comptine qu’elle murmure parfois :
 

« Deux petits papillons roux
Tourbillonnent, tourbillonnent
Deux petits papillons roux
Tourbillonnent dans l’air doux
Et tombe la feuille d’automne. »
 

L’âge de sa raison s’était figé ce soir d’août quarante-trois. Depuis, elle poursuit une route immobile en toute quiétude. En toute hébétude, aussi, sans doute, mais loin de la guerre, loin de toute douleur et de la noirceur du passé. Et c’est loin des tracas du présent qu’elle chuchote ses mots d’enfant.
            Je me suis attachée à Rose autant qu’à ma vie. Cette grande fille secrète a des yeux immenses et sur son visage lisse, un sourire perpétuel. Elle regarde le monde depuis sa bulle de douceur où tout passe et s’oublie, où la souffrance et la peur ne sont que reflets dans le contre-jour. Je lui parle, même si je ne suis pas certaine qu’elle me comprenne, je persiste car je sais que l’essentiel de ce qu’on dit se trouve en deçà des mots et des phrases. Je le sais depuis qu’un homme absent à lui-même, un fantôme de l’absurde, s’est confié à moi comme à un double sans âme, comme on cherche son ombre lorsqu’on s’est égaré.
            Je n’ai jamais regretté le geste qui m’a valu ces mois d’enfermement, car c’est en plongeant jusqu’au néant de mon être que j’ai grandi en moi-même. Oui, j’ai pris de la hauteur dans ce sommeil d’hiver qui m’a fait tenir, tenir jour après jour. Ma dette est immense, Rose le sait si mes mots lui parviennent. L’avoir sauvée m’a sauvée de la honte de moi-même où ma petite taille m’avait fait tomber.
 

« … Deux petits papillons roux
Tourbillonnent dans l’air doux
Et tombe la feuille d’automne. »
 

 
  


 

 

           


Back to top
Publicité






PostPosted: Sun 9 Oct - 22:15 (2011)    Post subject: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Back to top
Kiko
Guest

Offline




PostPosted: Sun 9 Oct - 23:26 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

T´as copié-collé 2 fois le texte. Tu peux éditer pour ôter la répétition.
Je trouve ça bien. Le style colle à l´histoire, difficile et pesant. Ça va bien ensemble.
J´ai un souci avec le passé composé dès qu´il apparaît avec "quelqu’un a donné l’alerte". On a l´impression que tout est arrivé hier, et tout ça le même jour. Si c´était volontaire, souhaitais-tu que tous ses souvenirs ne fassent qu´un jour?
Regarde cette phrase: "les nazis harassés et las cherchaient à se distraire. Mon sauveur m’a hissée au rang d’amuseuse en titre, ce qui ne m’a fait prendre aucune hauteur" passé simple...Non?

"Je n’ai pas choisi, la nature m’a forgée à l’image des joyeux compagnons de Blanche-neige, des lutins, des gnomes des légendes nordiques" Ça ne colle pas avec le reste. Ça fait gnan-gnan alors que ton histoire a beaucoup de profondeur.

À part ça, bien!! Les images sont belles, la structure, le vocabulaire.
Back to top
PolluxLesiak
Conjonction volubile

Offline

Joined: 06 Sep 2010
Posts: 4,902
Localisation: Lyon
Féminin Bélier (21mar-19avr)

PostPosted: Mon 10 Oct - 06:38 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

J'ai été touchée par cette histoire, belle et cruelle à la fois.Pas de souci avec les passés composés en ce qui me concerne, sauf quand ils se retrouvent intercalés entre deux passés simples.. mais je respecte ton choix qui se justifie sans doute.
Une question : je ne suis pas sûre d'avoir bien saisi le titre (rapport avec Victor Hugo ??) Shocked
_________________
Lyon insolite...
Association Cœurs de Lyonnes
Back to top
Visit poster’s website
malo
Guest

Offline




PostPosted: Mon 10 Oct - 07:06 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Merci de vos retours intéressants. Concernant le titre, effectivement, c'est en rapport avec l'histoire d'Abel et Caïn, et de la phrase de V. Hugo. La culpabilité que ne ressent pas le SS mais qui le traverse et "blanchit" son regard.
Les temps sont effectivement un peu limites mais je les maintiens, il y a une notion de durée dans le passé composé qui me paraît plus juste qu'un passé simple trop expéditif et trop... simple ?
Le côté gnagnan, Kiko, tu as raison. Je voulais souligner qu'elle se voit affublée d'un aspect tirant de ce côté là qui la met en décalage avec sa profondeur. Mais peut-être que je suis passée à côté.
Vos remarques sont très intéressantes. Encore merci.
Back to top
Marixel
Conjonction volubile

Offline

Joined: 20 Jan 2011
Posts: 5,296
Localisation: ...
Féminin

PostPosted: Mon 10 Oct - 11:28 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Je reste sans mots, face à la puissance de ce texte qui se situe dans un contexte historique insoutenable. Une belle réussite, à tous les niveaux.
Il me vient une réflexion, en réponse à ton précédent message : peut-être cet homme, à travers l'observation de la "folie" de la nature capable de produire des êtres difformes, des monstres à ses yeux, cherchait-il inconsciemment, une réponse à sa propre folie et, par extension, la folie nazie ?


Last edited by Marixel on Mon 10 Oct - 14:01 (2011); edited 1 time in total
Back to top
Pilgrim
Conjonction volubile

Offline

Joined: 25 Aug 2011
Posts: 1,374
Localisation: Dans le bunker...
Masculin

PostPosted: Mon 10 Oct - 14:00 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Un texte très fort !
Je m'incline !
_________________
http://www.jacquesflamenteditions.com/280-chroniques-dun-pere-au-foyer/
http://benoitcamus.eklablog.com/
Back to top
Visit poster’s website
danielle
Administrateur

Offline

Joined: 21 May 2010
Posts: 12,510
Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Mon 10 Oct - 19:04 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Comme Marixel, je reste sans voix devant ce texte brillant qui sue l'émotion. Et je me garderai bien de critiquer un passé composé ou une image quelle qu'elle soit! Quel talent, Malo!
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
Back to top
Marixel
Conjonction volubile

Offline

Joined: 20 Jan 2011
Posts: 5,296
Localisation: ...
Féminin

PostPosted: Mon 10 Oct - 19:11 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

La grandeur d'une petite femme sous la plume d'une géante.
Back to top
malo
Guest

Offline




PostPosted: Mon 10 Oct - 21:47 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Ah ben... Merci ! Me voici bien embarrassée. J'ai du mal avec ce que j'écris. Après, je n'aime plus, ne relis plus. Alors là, eh bien, ça fait du bien.
Back to top
Hégésippe
Conjonction volubile

Offline

Joined: 07 Jun 2010
Posts: 1,456
Localisation: Auderghem
Masculin

PostPosted: Tue 11 Oct - 09:36 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Je ne peux rien ajouter, c'est superbe.
Back to top
la mite au logis
Guest

Offline




PostPosted: Tue 11 Oct - 14:30 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Le choix du passé composé me paraît tout à fait judicieux. Il suffirait de changer ce passé simple pour la cohérence des temps :

"Un allemand ouvrait la marche d’un pas volontaire. De loin, il me parut colossal, démesuré." : il m'a paru.

Un texte bouleversant, sur un sujet toujours aussi douloureux.
Back to top
ysiad
Conjonction volubile

Offline

Joined: 11 Jun 2010
Posts: 337
Féminin Balance (23sep-22oct) 鼠 Rat

PostPosted: Wed 12 Oct - 09:56 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

C'est rare de lire un texte de cette qualité et de cette profondeur sur cette période de notre histoire. De bout en bout c'est réussi. Le passage du nazi prenant la naine en aparté pour se délivrer d'un secret qui apparemment pèse trop lourd est extrêmement fort. Deux monstres face à face en somme. Il y a aussi en filigrane une belle étude sur l'idée de sacrifice.
Bravo!
Back to top
Marixel
Conjonction volubile

Offline

Joined: 20 Jan 2011
Posts: 5,296
Localisation: ...
Féminin

PostPosted: Wed 12 Oct - 11:03 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

L'une des forces de ce texte : l'horreur traitée avec une sorte de "pudeur", le refrain est une trouvaille géniale qui rappelle au lecteur qu'il a existé un ailleurs, sinon il ne pourrait poursuivre la lecture.
Le sacrifice, oui, l'abnégation de soi-même au point de se confondre avec la boue, de mourir à l'intérieur de soi, tout en restant vivante, de se réfugier, plus loin que dans sa tête, de devenir invisible à soi-même sans pourtant perdre son esprit ni son humanité. Les passages, à ce sujet, sont remarquables.*

* ...la vie a déserté mon corps qui s’est fait arbre, qui s’est fait pierre, qui est mort à lui-même...J’étais ici, j’étais chez moi, j’étais partout et nulle part...
Alors, les frontières de mon corps et de mon esprit se sont désagrégées à leur tour. Comme saoulée par l’odeur et le goût âpre de la terre dans ma bouche, j’ai perdu toute notion de dehors et de dedans, de grandeur et de proportion. Je n’étais ni petite ni difforme, j’étais sable et poussière mêlée, je n’étais rien ni personne. La mort a cessé de m’effrayer, ma volonté s’est recroquevillée là où se rejoignent impuissance et résignation, rage désespérée et humilité.
Désincarnée, détachée de ma condition humaine, j’étais prête à affronter toutes formes d’aliénation...
Jour et nuit, je flottais dans un état intermédiaire, entre veille et sommeil, dans une sorte de constante absence à moi-même. Ni vivante ni morte, je n’étais qu’un corps soumis aux événements, à peine un corps....


Un texte grandiose.
Back to top
Armorique
Administrateur

Offline

Joined: 05 Jun 2010
Posts: 4,915
Localisation: Dinan
Féminin

PostPosted: Wed 12 Oct - 17:22 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Que dire de plus, texte superbe!
_________________
On ne peut s’empêcher de vieillir mais on peut s’empêcher d’être vieux. Henri Matisse
Back to top
malo
Guest

Offline




PostPosted: Wed 12 Oct - 21:16 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Je dois avouer que je suis troublée et singulièrement touchée par vos commentaires. Quel accueil... Merci.
Back to top
Vieufou
Conjonction volubile

Offline

Joined: 07 Sep 2010
Posts: 2,935
Localisation: astéroïde B612
Masculin Cancer (21juin-23juil) 羊 Chèvre

PostPosted: Thu 13 Oct - 06:17 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Très beau texte, plein d'émotions. Félicitations.
_________________
Gelée, l'eau boude la langue

http://vieufou.unblog.fr/2017/12/08/de-lointains-revages-rroyzz-editions/
Back to top
Visit poster’s website
Marixel
Conjonction volubile

Offline

Joined: 20 Jan 2011
Posts: 5,296
Localisation: ...
Féminin

PostPosted: Thu 13 Oct - 10:20 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Et très bel avatar, Armorique, l'une des photos rapportées de ton lointain voyage, sans doute ?
Back to top
malo
Guest

Offline




PostPosted: Fri 14 Oct - 07:13 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Pilgrim ? tu nous mettrais aussi ta nouvelle en ligne ? Si j'ai bien compris, elle n'était pas loin d'être première ? Un membre de jury m'a dit un jour que le classement sur les 1, 2 et 3 prix ne voulait rien dire. Il s'agit souvent de classer des nouvelles qu'on ne peut comparer.
Back to top
Pilgrim
Conjonction volubile

Offline

Joined: 25 Aug 2011
Posts: 1,374
Localisation: Dans le bunker...
Masculin

PostPosted: Fri 14 Oct - 15:09 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote


C'est très élégant de ta part de m'associer un peu à ton succès mais si ma nouvelle est arrivée finaliste avec la tienne, c'est bien la tienne qui a été récompensée et d'après ce que j'ai lu, ça n'était que mérité !
Ma nouvelle, en effet très différente de la tienne (et un peu bizarre !) n'a donc rien à faire sur ce fil, réservé aux textes primés.
Par ailleurs et pour être tout à fait sincère, je la retravaille et compte lui redonner sa chance ailleurs (je me la réserve donc !).
Je ne désespère pas en effet de convaincre un autre jury (ce qui ne sera pas une mince affaire, vu l'objet !!!). Mr. Green
_________________
http://www.jacquesflamenteditions.com/280-chroniques-dun-pere-au-foyer/
http://benoitcamus.eklablog.com/
Back to top
Visit poster’s website
Mita
Guest

Offline




PostPosted: Sat 15 Oct - 20:10 (2011)    Post subject: Prix du concours 2010 de la librairie La Mandragore Reply with quote

Je suis moi aussi comme envoûtée par cette belle écriture, ample, profonde, charnelle, jamais geignarde ou convenue.
Bravo.
Back to top
Display posts from previous:   
Post new topic   Reply to topic    forum du cercle maux d'auteurs Forum Index -> BATAILLES DE PLUMES -> Les textes médaillés All times are GMT + 2 Hours
Page 1 of 1

 
Jump to:  

Index | Create my own forum | Free support forum | Free forums directory | Report a violation | Cookies | Charte | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group