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Les textes du Jeu N°180

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Mon 20 Apr - 15:53 (2020)    Post subject: Les textes du Jeu N°180 Reply with quote

Le goût du risque

Le temps tournait à l’orage. Je relâchai ma vigilance une fraction de seconde afin de jeter un coup d’œil vers le ciel et j’aperçus les nuages qui se coagulaient comme des caillots de sang noir. L’implacable scénario se répétait. J’avais l’impression d’être projeté cinq ans en arrière. Tout s’enchaînait selon la même logique. Pourtant, il me semblait impossible d’échouer à deux reprises ! Je possédais les ingrédients, maîtrisais le dosage précis et, bien sûr, je connaissais la recette. Mais je me sentais fétu de paille malmené par le vent, marionnette manipulée avec maladresse. Je me retrouvais au bord du gouffre alors que c’était à moi de souffler les répliques, de tirer les ficelles, de mettre les autres en joug. Je vivais le même cauchemar, à peine sorti d’un trou noir ! Après des années de purgatoire, j’avais bénéficié de quelques semaines de répit. Dans une soudaine poussée de panique, je m’imaginai à nouveau allongé sur mon lit étroit, cherchant à faire le vide en moi pour ne plus percevoir les bruits ni la conversation des autres. Ne plus sentir les odeurs et réussir à fuir la promiscuité qui m’était imposée. À force de concentration, je parvenais parfois à me recroqueviller et, à l’intérieur de ma coquille, je façonnais l’illusion des grands espaces. Comme cela semblait étrange ! Se replier sur soi-même pour mieux s’ouvrir au monde et grignoter un maigre espace de liberté. Depuis le puits sans fond de mon imagination, à l’abri du repaire que formaient mes paupières, je gambadais dans des prairies vertes et grasses, suivais le vol gracieux d’hirondelles ou la trace argentée d’un ruisseau... Mais, depuis peu, je goûtais à nouveau à l’ivresse d’une existence libre, et voilà que les événements que j’étais en train de vivre se précipitaient pour me broyer. J’étais un récidiviste. Je m’étais laissé aspirer dans une spirale infernale, incapable de résister.
Au lieu de chercher à fuir, j’étais paralysé, spectateur immobile de la scène qui se déroulait sous mes yeux et dont j’étais l’acteur principal. Je la reconnaissais, pour l’avoir déjà vécue. Je me trouvais réduit à implorer le ciel strié de veines bleues et gonflées d’où s’écoulait à présent une pluie lourde. J’aurais dû courir mais les cris me clouaient sur place, comme cinq ans auparavant. Les images défilaient et se superposaient à celles figées dans ma mémoire, et je ressentais la même impression d’impuissance qui m’avait, à l’époque, contraint à capituler. J’aurais dû menacer, me couvrir en prenant des otages mais le hurlement des sirènes et les premières déflagrations avaient eu, une fois de plus, raison de moi.
Comme lors de mon premier hold-up, je sortis seul du sas de la banque, les mains en l’air, et je sentis les gouttes s’écraser sur mon visage. Il pleuvait également à verse, la première fois, au moment où les policiers m’avaient plaqué au sol pour me passer les menottes aux poignets. Cette fois-ci, avant qu’ils ne m’empoignent, j’eus le temps de lever les yeux. Un éclair perça le couvercle noir du ciel et me fit un clin d’œil. Ce fut la seule variante, le seul infime détail qui différait de la version originale et modifiait légèrement la rediffusion du film. Un clin d’œil qui m’aveugla, comme m’avaient aveuglé ma folie des grandeurs et l’appât du gain.

S'entendre


Mardi 13 avril 2020

Oui, confinée.
Hier, tout était gris,
j'ai entendu la pluie.
Elle était partout,
dans ma rue, sur les toits.
J'ai entendu les oiseaux,
dans ma rue, sur les toits,
j'ai entendu les hirondelles.
Elles sont de retour, depuis quelques jours,
dans le ciel, par-dessus les toits.
Je les entendais,
on s'entendait ensemble.
La pluie tombait aussi sur ta ville.
Je l'imagine douce,
et je l'ai entendue s'écouler sur ton palmier,
sur les roses du jardin le long des berges du fleuve.
Oui, je les imagine douces.
Tu me racontes l'éclat des roses?
Leur parfum ?
J'aimerais...

Samedi 18 avril 2020

Tu m'as raconté l'éclat des roses,
leur parfum.
Tu m'as raconté une rose particulière,
précieuse.
Avec délicatesse, tu lui as posé un masque pour la protéger.
Confinée,
et oui, surtout préservée, me voilà rassurée !

PS: Mon sourire est derrière le masque.


Se couper de tout

Je n'écoutais pas ce que martelait ma mère et ne perçus plus que la lumière lorsqu'elle se manifesta, nimbant blanc le sac de courses posé sur la table. À travers la transparence du sac, je reconnus la marque des lames de rasoir de mon père.
Ma mère rangeait ses achats, m'engueulait. Je bougeai alors et ce fut comme si je me détachais de mes gestes. Mes mains ouvrirent le sac de courses, déballèrent, subtilisèrent le sachet de lames de rasoir et le cachèrent sous mon pull. J'avais la sensation rassurante d'avoir vécu cette scène auparavant. Je gagnai ma chambre, ignorant les reproches de ma mère qui n'avait pas digéré mon silence lors de la séance chez le psy qu'elle m'obligeait à consulter.
Dans ma chambre, je déchirai le sachet et les lames s'éparpillèrent sur le tapis. Sur elles, la lumière scintillait. Elle me consolait, enveloppait l'instant que je vivais dans le cocon d'un film adoré dont on se récite le script quelques secondes avant que son contenu se déroule, dans l'attente des ombres et des couleurs, des dialogues, d'une expression de l'acteur, mémorisés parce que visionnés tant de fois. Moi, seule dans ma chambre avec les lames vierges à mes pieds était un film, Mon film, et j'avais le sentiment de le connaître par cœur.
Ce que je m'apprêtais à faire avait déjà eu lieu. La fille-moi d'un univers parallèle, me devançant sur l'échelle du temps, avait déjà agi, une autre agissait maintenant, puis ce serait moi et après une autre et ainsi de suite sur une infinité de plans cosmiques. Pourquoi aurais-je désobéi à ce qui s'avérait régi par des lois universelles ? Inutile de se soucier du bien ou du mal attaché à la pulsion qui me donnait à fourmiller. Elle devait se réaliser sans questionnement aucun à la différence des fois où je m'étais divertie avec des choses acérées, coupantes. La pulsion devait se réaliser car elle était excusée par la lumière du déjà vu.

Quand plus tard ma mère entra sans frapper dans ma chambre, la lumière ne la guidait pas car sinon elle aurait été informée de ce qui l'attendait. Non, pas de déjà vu pour ma mère, mais plutôt un plan choc, brutal. Elle ouvrit la porte et, grâce au miroir de poche que je tenais devant moi, je vis s'encadrer ma génitrice sur le seuil, s'ouvrir sa bouche et s'y coincer un cri. Ma mère me découvrait orante à genoux sur le tapis, entourée de lames de rasoir dont celles qui avaient entaillé mon dos et mes flancs nus de multiples stries et estafilades. Mon dos balafré était ce sur quoi avait buté le regard effaré de ma mère. Je savais ce qu'il me restait à dévoiler car la fille-moi me précédant dans l'espace temps avait déjà assisté à l'évanouissement de sa mère. La mienne, de maman, réagit comme attendu quand je tournai mon visage vers elle. Ma figure, que j'exécrais depuis toujours : enfin parée à mon goût ! Figure défigurée, hachurée de dizaines de blessures sur l'entier de sa surface. Mes chairs ouvertes et saignantes se délectaient de la brûlure que je m'autorisais enfin, de cette expiation à avoir osé vivre jusqu'alors. Maintenant, je me révélais dans la plaie.
Ce qui fit sombrer ma mère avec un cri de chacal, ce fut mon sourire s'ouvrant sur des dents ensanglantées par mes lèvres déchirées. Ma mère s'évanouit de trop d'hémoglobine mais surtout de trop de jubilation dans mes yeux, dans mon sourire rouge, dans cette offrande de haine sauvage que je lui dédiais et que chez sa fille de seize ans, elle n'avait jamais su voir.

SGV

« Docteur, je vais pas bien. Pas bien du tout. Aidez-moi ! Je sais pas ce qui m’arrive. Je deviens fou. C’est, c’est arrivé dimanche… Au moment où… »
« Allons, calmez-vous. Allongez-vous sur le divan, voilà, comme ça. Cessez de vous agiter. Détendez-vous. »
Le docteur Eselmutz tendit au patient, petit homme nerveux au crâne dégarni, un cachet et un verre d’eau. L’homme se dressa brusquement sur sa couche, se saisit de la pastille, avala le verre d’un trait. Il désigna sa bouche de son index, cligna des yeux et fit descendre sa main jusqu’à son estomac.
« Là ! Voilà ! Clac ! C’est fait » dit-il d’une voix sèche et saccadée avant de se rallonger, agité de tremblements. Le praticien lui tamponna le front avec une éponge humide.
« Tout doux. Tout va bien. Allez, racontez-moi.
- C’était dimanche, l’après-midi, après le déjeuner. J’ai… mais je voulais pas continuer, c’était juste pour essayer, comme ça, pour voir. Et crac ! Deux heures affreuses. La nuit j’ai pas dormi. Gnii ! Grr ! Lundi matin j’ai téléphoné. Votre secrétaire n’a pu me fixer rendez-vous avant aujourd’hui jeudi. Et me voilà, enfin !
Il accompagna ce dernier mot d’un large geste, en étendant les bras.
« Continuez.
- D’abord y’a eu cet avion dans le ciel. Au-dessus de Paris. Et tout d’un coup pif ! Paf ! Vrrrrrr. Boum Boum ! Fchhh. L’avion en feu. Yououou. La sirène. Le parachute qui s’ouvre. Plouf ! Dans l’eau.
- Je vois…
- Vous connaissez, docteur, la sensation de déjà-vu ? Quand vous avez l’impression d’avoir vécu la même situation dans le passé ?
- Oui, très classique.
- Eh bien c’était ça, mais bien pire que les fois précédentes. Je revivais la chose, mais ça disparaissait pas. À chaque seconde je savais exactement ce qui se produirait la seconde suivante. Et je pouvais pas m’en détacher. Une angoisse…
- Oui, certainement aggravée par le confinement…
- Après, le brouillard. Le sauna. Des jambes nues, poilues, mais on voit pas le haut ; ce type qui a rasé sa moustache. Et cette musique, ta tata, tata tata ; tea for two…
- Levez-vous, je vais vous prescrire des calmants. Revenez dans une semaine. Voici votre ordonnance, et votre…
- Ah, mon ausweis. J’en aurai besoin, y’a plein de patrouilles en ce moment.

Le soir, Eselmutz participait à un apéro confiné via Skype, avec quelques confrères.
« Quatrième patient aujourd’hui, syndrome GV. L’épidémie s’étend.
- Oui, cher collègue, intervint le docteur Schmurz, chez moi déjà six. Pour le coronavirus on trouvera une solution, mais pour ça…
Le professeur Kirchbaum but une gorgée de spritz et déclara :
« Quinze à l’hôpital de Maldy, vingt à Graville.
- Rien chez nous, s’étonna Van Vliet.
- Ça ne touche que la France. Pensez, 27 fois depuis 76, sans compter la sortie en 66.
- Quels sont les symptômes, Eselmutz ?
- Le malade semble oublier un temps les précédentes diffusions. Il est surpris de prévoir le scénario. D’où une sensation de déjà-vu très angoissante. Il y en a même qui se prennent pour de Funès…
Schmurz précisa :
« On a failli voir la même chose avec le grand bleu en 88, mais alors les visions étaient rapprochées. Avec la Grande Vadrouille, elles sont espacées de plusieurs années. Vingt fois ou plus, phénomène inédit. Le patient se branche sur la chaine pour voir le début du film, mais il s’accroche, et entretient sa psychose.
- Moi-même j’ai connu ça, ajouta Kirchbaum. Nous avons décidé, lors d’une prochaine épidémie, d’imposer au ministère de la santé d’interdire la diffusion du film, ainsi que « le Père Noël », « les Bronzés » et « les Ch’tis ».

Trois petits tours et puis s’en va

— Joyeux Noël ! Bonne fête ! — Merci ! Joyeux Noël.
— Oh, quel paquet ravissant.
Embrassades, rires, joyeuses étreintes, enfants surexcités, c’était la fête, il était minuit et dans la tradition familiale, c’était le moment des cadeaux. Une montagne de paquets attendait dans la pièce où, dans la soirée, trois des oncles s’étaient rendus avec des airs de conspirateurs afin « d’ouvrir la cheminée pour le Père-Noël ».
L’affaire avait pris du temps « mais c’était coincé, on a eu du mal », avait dit Paul en refermant la porte. Les petits trépignaient. Au douzième coup de minuit, depuis le couloir, Alban avait frappé vigoureusement sur une casserole, donnant le signal.
— Écoutez, la trappe se referme, il est passé ! avait dit Julien.
— Ouiiii ! Ça y est !
On avait alors ouvert la porte et lâché les lionceaux en riant !
Tous les ans, la cérémonie se perpétuait avec la même complicité pour le bonheur des plus jeunes. Bientôt, chacun cherchait son nom sur les étiquettes et ce ne fut plus que papiers déchirés et rubans lacérés.
Au milieu des exclamations ravies, Line ouvrit le paquet ravissant et se figea. Un vase. Mais pas n’importe quel vase. LE vase. Un véritable vase en cristal avec un délicat effet craquelé sur un côté et un fond épais d’un bleu pur. Celui-là même, exactement, qu’elle avait vu quand ils avaient visité Baccarat dix ans plus tôt avec Julien. Elle l’avait trouvé magnifique et voulu aussitôt. Un désir irrépressible.
— Ah non, avait dit Julien, tu en as déjà plein et puis tu as vu le prix ?
— Mais il est tellement beau !
— Justement, on aura peur de le casser.
— Et si je l’achète pour offrir ? Pour maman, pour son anniversaire, et ne viens pas me dire qu’elle ne mérite pas quelque chose de valeur.
Julien avait haussé les épaules avec un soupir qui en disait long. Line avait acheté le vase et caressé l’espoir de changer de cadeau pour sa mère au dernier moment. Mais Julien veillait au grain. Elle dût se résoudre à offrir le précieux Baccarat, non sans une pointe de regret. En glissant le certificat d’authenticité dans l’emballage, elle se consola en songeant qu’elle profiterait du vase à chaque fois qu’elle irait chez ses parents. Dix ans plus tard, elle le recevait. Sa mère, au lieu d’afficher un sourire complice montra une surprise effarée.
— Maman ? demanda Line d’un ton lourd de sous-entendus.
— Je ne sais pas, balbutia celle-ci.
— Oh ! fit Célie, la tante de Line.
Aucun doute, elle reconnaissait le vase. Paul, son fils, ouvrit la bouche de stupeur et regarda sa femme Margaux, qui eut un geste de dénégation. La cousine Alice donna un coup de coude à Alban qui lui-même tira discrètement sur la manche de Chloé, laquelle ouvrit des yeux ronds et regarda Carole. Même les cris joyeux des enfants semblaient s’être dissous dans le pesant silence des adultes. Silence annonciateur d’orage. Line le sentait gronder en elle, ayant perçu tous les échanges avec l’acuité des gens qui se sentent floués. Un ange passa.
Non, pas un ange, juste la petite dernière et son sourire désarmant.
— Maman, l’est bô le vase.
Line regarda sa fille, puis toute la famille, et dit :
— Oui ma chérie, splendide ! le père Noël a fait un très beau cadeau à maman.
La tension se relâcha. L’esprit de Noël, songea Line, résolue à accepter le présent sans chercher à savoir en quelles mains il était passé. Après tout, elle l’avait tant désiré, ce vase ; elle le tourna en tous sens, jusqu’à ce qu’elle sentit une fine marque gravée sur le fond. Made in Taïwan.

3919

– Mon mariage avec Julien fut un échec douloureux. J'étais tombée folle amoureuse de lui dès le jour où je l'ai rencontré dans une boite de nuit. J'y étais allée seule, pour essayer de ne pas penser à ma triste vie. J'avais arrêté mes études et étais enceinte de deux mois. Julien accepta de m'épouser et reconnut même la petite Livia. C'est après la naissance de notre Léna que tout a commencé à mal tourner. Léna pleurait beaucoup, mangeait peu, dormait le jour et nous réveillait plusieurs fois par nuit. Excédé, Julien se mit à découcher et à boire, à ne plus supporter la moindre contrariété et à s’en prendre aux enfants. Il leva même la main sur moi, me reprochant d'être une mauvaise mère, me jetant des insultes, et jurant de me tuer.
Craignant pour les petites, je n'osais pas me plaindre. Au chômage depuis ma seconde maternité, je dépendais totalement de lui. Et où serais-je allée ? À qui aurais-je pu demander de l'aide, moi qui n'avais plus mes parents et étais fille unique ?
Le drame se produisit un soir où il rentra tard. Son haleine empestait le mauvais vin. Léna était dans mes bras, braillant sans vouloir avaler la moindre goutte de son biberon. Il m'arracha le bébé des bras et se mit à secouer violemment la petite, pour la faire taire. Je hurlai pour qu'il cesse. Alertés par mes cris, les voisins Intervinrent et réussirent à le maîtriser. Quand les secours arrivèrent, Lena était morte.
Julien fut condamné. À sa sortie d'un trop bref séjour en prison, il tenta de reprendre contact avec moi, me harcela jour et nuit au téléphone. J'eus recours au juge d'application des peines pour que soit respectée la mise à distance imposée par le tribunal. Je repris une vie presque normale grâce à de nombreuses séances avec un psy.
Je trouvai un emploi de caissière qui suffit à payer le loyer et à subvenir à nos besoins. Ma puce, qui a aujourd'hui 5 ans, était dans son lit et n'avait pas deux ans quand le drame eut lieu. J'ignore encore si elle eut conscience de ce qui s'était passé ce soir-là. Pendant longtemps, elle réclama souvent son papa, demandant pourquoi ses copines à l'école en avaient un et pas elle.

Et puis j'ai rencontré Kevin. Un homme doux et attentionné. Ma fille l'adorait, le considérait comme son vrai père. Comme il gagnait bien sa vie, je démissionnai de mon job dès la naissance de Louise.
Mes suites de couches furent difficiles, surtout moralement. Je me refusai à Kevin qui se consola en retrouvant d’abord ses vieux copains dans le bar du quartier puis en faisant la tournée des troquets de la ville. Il ne rentrait jamais ivre, mais une écœurante odeur de bière soulignait sa présence dans chaque pièce de l’appartement. Invariablement, il s’écroulait dans le canapé et ronflait jusqu’au matin.

Ce soir, il est arrivé en braillant parce que le repas n'était pas près, criant et gesticulant, et me menaçant avec le couteau laissé sur la desserte. J'ai eu alors une sensation de déjà vu ! J'ai réussi à le désarçonner en lui mettant un coup de genou dans l'endroit le plus sensible de son individu, et j'ai eu juste le temps de m'enfermer dans la salle de bain avec les deux petites avant qu’il ne reprenne ses esprits, et de composer le 3919.
J'ai cru que la porte ne résisterait pas à ses assauts !

– Il n'y a ni mort ni blessé, cette fois, mais vous me croyez, n'est-ce pas, Monsieur le Policier ?

Comme un poisson dans l’eau

Ma tasse de café à la main, je me dirige vers mon fauteuil. Le salon est plongé dans le noir. Il n’est que 13 heures à l’horloge mais Cathy a déjà fermé les volets. J’aimerais croire que c’est à cause de la chaleur mais je pense plutôt qu’elle déprime. Se couper ainsi de l’extérieur et dormir la majeure partie du temps est un signe. À son réveil, nous parlerons. Il est temps.
J’allume la lampe, m’installe et prends mon livre. Mon stylo ! Bon sang ! Où j’ai bien pu le laisser ? Dans la cuisine certainement. Je finis mon café et repars avec ma tasse. De nos jours les livres sont truffés de fautes et j’ai absolument besoin de mon stylo. Il est bien là, à côté de la cafetière.
Allez ! Un autre café mais le dernier, sinon je vais me transformer en pile électrique. Tiens ! Il n’y a plus de dosettes. Pourtant je suis certain d’avoir rempli le pot ce matin ! Qu’à cela ne tienne, je vais goûter un peu de mon Chivas régal 25 ans d’âge. Juste un peu !
15 heures. Mon verre à la main, je me dirige vers mon fauteuil. La lampe est encore allumée et les volets déjà fermés. Cathy ne va pas bien ! Il faut vraiment qu’on parle. Ce n’est pas bon de vivre ainsi, dans le noir. Et ça déteint sur moi ! Y a qu’à voir les dosettes !Je n’ai quand même pas bu tant de café ! Vingt-quatre dosettes depuis ce matin ? Une discussion s’impose.Mais d’abord mon whisky. Je prends le livre et …
Mon stylo ! C’est pas possible ! Je l’avais à l’instant ! Il faut avoir un stylo pour lire ! Où est-il ?
La cuisine bien sûr ! Il est à côté de ma tasse et de la cafetière qui n’a plus de dosettes ! Bizarre car je suis certain d’avoir rempli le pot ce matin. Je regarde l’heure à la pendule : 16 heures. Et si je goûtais ce fameux whisky oublié dans le bar.
Ça alors ! La bouteille est sortie ! Je n’en bois jamais ! Je verse une dose dans un verre et me dirige vers mon fauteuil. Il y a déjà un verre sur la table, vide. Cathy ! Ça me fait de la peine qu’elle se soit mise à boire. Ça et les volets fermés en pleine journée. Et cette lampe encore allumée !Il faut vraiment que l’on discute tous les deux, dès qu’elle sera réveillée. Tout en buvant le nectar ambré, je me plonge dans mon livre. C’est d’une nullité déconcertante ! Déjà la ponctuation me rebute. Mon stylo, vite ! Où est-il ? J’étais sûr de l’avoir pris. Je regarde la pièce autour de moi : pas de stylo en vue. J’ai dû le laisser dans la cuisine.
17 heures. Il est là en effet, près de la cafetière. J’ai envie d’un café mais je constate qu’il n’y a plus de dosettes. Bizarre, j’ai rempli le pot ce matin…de toute façon il est trop tard pour un café. Je vais me servir un verre de ce sublime single malt 25 ans d’âge, je l’ai bien mérité.
Je ne trouve plus de verres dans le bar ! Ho Ho ! Ils sont tous sur la petite table, à côté de mon livre ! Cathy ! Oh non il faut que cela cesse ! Je n’en peux plus ! Pour commencer : ouvrir les volets !
Je n’en crois pas mes yeux : 18 heures et dehors il fait nuit, en plein été. Mon fauteuil se met à tourner avec les verres remplis de dosettes de café. Mon stylo vient chercher mon livre et ramène les dosettes à la cuisine, me bouscule et me jette sur le sol qui tourne de plus en plus.
Lorsque je reprends connaissance, Cathy est avec un pompier. Elle dit qu’elle dormait, que le bruit l’a réveillée, que ça ne peut plus durer. Elle parle de moi, de syndrome de Korsakoff, de trouble du rythme circadien.
Je la regarde et lui dis : Cathy, il faut qu’on parle…
Mais j’ignore de quoi.

L’épilogue

– Une immense joie m'habite lorsque je retrouve mon loft dans La Trique, ville située en haute seine, arrivant du tribunal correctionnel en fin d'après-midi. Et pour cause, je viens d’obtenir la condamnation de l'individu que j'avais traduit en justice pour viol.
C'est le prologue du récit d'un terrible événement marquant la vie de Marie Pitch, mon pseudonyme d’écrivaine pour mes lecteurs.
Trois mois avant l’audience, un jour j’avais ouvert ma porte à un démarcheur au demeurant sympathique, jeune, et loquace. Il portait une casquette et une paire de lunettes à l’esthétique nette et le rendant plaisant. A travers ses accessoires son regard trahissait un intérêt manifeste pour mes yeux bleu-ciel et mes cheveux blonds bordant mon visage sensuel au dire de mes amies. Le seuil de ma demeure franchi, comme mû par des bas instincts l'individu m'approcha au point de toucher mon épaule, geste que j’interdis par une prise de distance machinale ainsi que mon regard embrasé par l'effroi, mais pour toute réponse il me saisit par droite encore proactive, il me ferma la bouche avant de s’affairer à me dévêtir. Mes débattements frénétiques, mes hurlements, mes morsures et mes griffures pour me dégager de son étreinte échouèrent sous le rapport de force. Vainqueur, il assouvira sur moi ses envies bestiales. En état de choc, j’éprouvai des réminiscences en flash. Lorsque j'émergeai, j'aperçus les objets perdus par le sadique : son couvre-chef et ses verres qui traînaient au sol à mes côtés, puis derrière le masque qui était tombé je crus reconnaître un visage, celui de mon nouveau voisin sans l'ombre d’un doute. Il avait aménagé à proximité il y’a une semaine et d'emblée quelque chose m’avait rebutée à son égard ; une sorte de perversité. Au prix d’un effort et malgré la peur j'étais parvenue à cerner les détails de son visage ainsi que le contour de sa chevelure, le tout évoquait en moi une réapparition. Le jour même des faits je me suis présentée au service de police et je me suis efforcée au mieux de mes capacités à dresser le portrait-robot de mon violeur ; j'étais sûre de moi dans les descriptions que je fournis et qui correspondaient au portrait de Monsieur Candide le voisin. Plusieurs jours plus tard en parcourant une série de photographies de la police, j'ai de nouveau identifié mon agresseur. S’il était possible de le condamner à mort, mon souhait serait sa mort et je voulais être le bourreau.
Le procès eut lieu quatre ans après le drame. Interrogé, monsieur Candide, du bras gauche indexa d’un grand geste le public pour le prendre à témoin avant de clamer son innocence. Au cours de l’audience, debout à la barre je livrai dans les détails le motif de ma plainte. A la fin des débats le jugement du tribunal fut sans appel : Monsieur Candide fut condamné à une peine de prison ferme de sept ans malgré les arguties de son avocat commis d’office. Ce fut ma renaissance car je pouvais espérer mettre un jour une croix sur ce qui s’était passé.
Le renouveau de ma vie forge celui de mon regard intérieur sur la paramnésie ou le déjà-vu ; apaisante retombée du douloureux épisode de ma vie, dont voici l’épilogue :
– Onze années après sa condamnation, des analyses de nature génétique ont démontré que monsieur Candide n'était pas mon violeur car un autre homme répondant au nom de Valentin venait de plaider coupable plus tard.

L'homme a créé Dieu à son image

« Quel est ce vieillard barbu trônant au ciel, bénissant les hommes ou leur tendant une main secourable, ce Pater Familias qu'on ne représente que chenu et d'un âge vénérable, maître de nos destinées ? La Bible dit « Dieu a créé l'homme à son image », le contraire me semble plus juste. L'homme a besoin de croire que sa vie et sa mort sont entre les mains d'un Dieu qu'il imagine paré des qualités qu'il attribue aux hommes. La création de Dieu est un serpent qui se mord la queue. Dieu est né de l'imagination des hommes qui ne pouvaient supporter l'idée du néant après la mort. Il est réconfortant pour certains de penser que rien ne s'achève avec la mort et qu'une autre vie les attend au royaume des cieux. Quelle belle histoire ! Nous voici donc, simples mortels, devant Saint Pierre qui possède les clés du Paradis et nous permet d'y entrer ou nous oriente vers le Purgatoire (la petite porte à droite) ou vers l'Enfer (la porte à gauche). Cette conception simpliste, presque enfantine, de l'après-mort n'est que le refus d'un néant qui nous effraie. C'est donc avec ferveur que l'illusion d'une vie post-mortem règne dans de nombreux esprits et fait accepter l'idée de la mort comme un passage pour accéder à la vie éternelle et y retrouver les personnes que nous aimions... »
Le stylo me tomba des mains. Oui, mais je n'aimerais pas croiser au Paradis, si jamais j'y accédais, mon voisin qui se pique de vertu et ne manque jamais de dénigrer les gens qu'il connaît, sous couvert de les aider à s'améliorer, en dénonçant leurs défauts. Il y prend un certain plaisir qui me donne l'envie de faire acte de violence à son égard et je me découvre un certain sadisme à m'imaginer lui planter des aiguilles dans les mains, lui frotter le visage d'orties et lui envoyer un coup de pied bien placé qui le ferait tomber à genoux, tout larmoyant. Oui, oui, oui, à bas les hypocrites, les langues de vipère, les faux-jetons...Voilà que je m'emballe ! Allons, remettons-nous à philosopher ! Je reprends le stylo et, alors que je m'apprête à écrire une phrase sublime pour continuer mon texte, un éclair me foudroie : que suis-je en train de faire ? Je plagie Voltaire, oui, c'est bien clair dans mon esprit. Cette pensée que je développe et dont je suis fière, qui m'était familière car, pensais-je, elle sortait de mon esprit fécond, c'est une citation de Voltaire « Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme mais l'homme qui a créé Dieu ». Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! Crénom, voilà que maintenant je me prends pour Don Diègue ou plutôt pour Corneille !

Réminiscence

Depuis quelques semaines je me lève le matin sans trop savoir comment occuper ma journée. Avant c’était assez rare qu’un tel sentiment d’indécision m’envahisse dès le réveil. Maintenant cela m’arrive de plus en plus souvent. Cela m’arrive même tout le temps.
Pourtant mes rituels matutinaux sont bien réglés. Je me lève, j’ouvre les volets du bureau, j’allume l’ordinateur. Pendant qu’il se réveille tranquillement je vais dans la cuisine. Bois un verre d’eau, prépare mon thé, ouvre les autres volets de la maison.
Le thé infusé, je retourne dans le bureau où je le bois par petites gorgées devant l’ordinateur. J’ouvre ma boîte courriel, réponds à un ou deux messages, en écris un ou deux autres. Visionne deux ou trois diaporamas truffés de paysages somptueux où d’animaux émouvants. Un petit tour sur mes forums favoris et je me mets enfin au travail.
Travail… Le mot est un peu fort, je l’admets volontiers. Disons que je me mets à l’écriture de mon journal. Ma vie, même moi je ne la trouve pas passionnante. Je n’imagine pas un instant qu’elle puisse passionner un hypothétique lecteur. Alors j’y raconte mes rêves, mes cauchemars. Les livres que j’ai lus.
Ensuite je prends mon petit déjeuner en parcourant le journal local.
C’est là que commence cette sensation bizarre. De déjà vu, de déjà lu, de déjà vécu. Souvent il me faut vérifier la date du journal, tant le sentiment d’avoir devant moi l’exemplaire de la veille ou de l’avant-veille m’accable. Je me rassure en me disant qu’au fond les nouvelles sont toujours un peu les mêmes… Qu’il n’y a pas là de quoi s’inquiéter…
Le reste de la journée est à l’avenant. Entre petits rituels et habitudes.
Après la douche je sorts pour ma promenade quotidienne. Une heure, pas davantage, dans mon quartier. Un parcours qui ne change pas beaucoup.
Ensuite, si le temps le permet, je gratouille un peu dans le jardin. Arrache une mauvaise herbe ici, coupe une petite branche là, balaye des feuilles déposées par le vent sur la terrasse.
Et c’est déjà l’heure de manger.
Pour rien au monde je ne sacrifierais à ma petite sieste digestive. Vingt minutes, pas davantage.
Au réveil je suis plein d’envies. Je veux m’atteler à des réparations en retard, finir de tailler la haie ou de désherber le jardin. Le temps de me décider, d’hésiter, de tergiverser, de procrastiner et j’en arrive au constat qu’il est trop tard pour attaquer. Le mieux est d’attendre le lendemain.
Je me pose alors devant l’ordinateur. Regarde une série de vidéos débiles qui me laissent l’esprit en compote.
A vingt heures j’allume la télé et subis le journal en buvant un verre de vin. Avant de me préparer un plateau télé et de choisir un film à regarder en mangeant.
Le film terminé je zappe. M’abrutis encore un peu d’images.
La journée est finie. Je vais me coucher l’esprit un peu nauséeux. La journée est finie et j’ai l’impression de l’avoir déjà vécue. De l’avoir déjà vue. De l’avoir déjà traversée. La veille. Et puis l’avant-veille aussi. Et puis encore la veille de l’avant-veille… Comme si la même journée se répétait à l’infini.
J’ai appelé un numéro vert.
Un psychologue m’a expliqué que je ressentais là, d’une façon peut-être un peu brutale, un des nombreux effets du confinement.

Double vie

Impossible ! Complètement impossible...Les mots tournent dans ma tête tandis que j’essaie de me raisonner.
Et pourtant, je vous jure que j’ai déjà vécu cette scène… Il n’y a pas si longtemps… combien de temps ? difficile à dire. Mes idées sont brouillées par la fatigue et la culpabilité. Mais ces cris, ces larmes, ces insultes même… Je les reconnais !

Peut-être est-ce mon épilepsie qui me joue des tours ? J’ai parfois cette sensation de paramnésie - comme disent les docteurs- au début d’une crise… Il parait que c’est le cerveau qui déraille. Je guette ma respiration, mais non. Tout est normal. J’en viens limite à le regretter !

Deux à aimer, ça avait l’air facile ! La femme de ma vie et la fille de mes rêves… Moi qui avais tout organisé, tout prévu, tout calculé… Certes ça me stressait un peu, parfois… mais c’était si grisant aussi, et je me disais que je pourrais assurer. Je m’étais préparé à tout, sauf à ce qui m’arrive à présent…

Elle va m’en vouloir, c’est certain ! Il parait que c’est de famille, du côté de mon père.
Double jeu, double amour, double souci.
Je pourrais lui promettre que je ne l’ai pas fait exprès, que je ne voulais pas la faire souffrir comme ça, elle, ma véritable âme sœur. Mais cela ne servirait à rien… Trop tard !

Après tout, c’est un peu de sa faute aussi. Quand j’évoquais le sujet, elle me disait qu’elle ne voulait rien savoir, qu’elle était heureuse de toute façon. Sauf que là, maintenant qu’elle découvre l’autre, la deuxième, son visage décomposé fait peine à voir…

Ma lâcheté naturelle menace de prendre le dessus. Tout plaquer, tout nier, tout renier… Partir en courant et les laisser seules à leurs hurlements. Reprendre ma main qu’on est en train de broyer. Vengeance dérisoire…

Je ferme les yeux pour tenter d’oublier un instant ce déjà-vu qui a chamboulé mon existence. Mais la douleur qui me vrille les doigts me ramène à la réalité. Il va falloir assumer, mon vieux.
Changer d’appart, de voiture… de nom peut-être ?

- « Monsieur, ça va ? Vous voulez un verre d’eau »
Ma main endolorie peine à saisir le verre. Je bois lentement, dans un état second. Je ne réalise pas que c’est fini, deux fois fini, pour de bon cette fois-ci.
Je vois à peine la dame qui m’a servi la boisson me tendre deux petits paquets en disant :
- « Félicitations, vous avez deux magnifiques petites jumelles ! »

La boucle du temps

Pour le pionnier que j’étais, le principal risque du voyage temporel n’était ni la destructuration partielle ou totale du véhicule en plein transfert, ni une mauvaise rencontre au point d’arrivée. Je redoutais surtout d’être piégé dans une boucle temporelle. Créée par une erreur de programmation ou une défaillance mécanique, une telle boucle m’obligerait à revivre sans cesse une même séquence, à tout jamais.
Étant l’un des premiers chercheurs – avant même ce cher Professeur Gooseneck – à être passé de la théorie à la pratique, j’avais bien étudié le sujet et m’étais préparé à cette éventualité. J’avais délibérément conçu une machine fort simple : elle se déplaçait dans le temps mais pas dans l’espace. Par contre, j’avais soigné tout ce qui touchait à la sécurité. Un système veillait à ce que la machine ne se matérialise pas dans une zone déjà occupée par un autre objet. Un altimètre empêchait l’atterrissage sur un sol trop bas par rapport au point de départ, afin d’éviter une chute que les amortisseurs ne pourraient absorber. Et il y avait le détecteur de boucle temporelle, chargé de lancer immédiatement une procédure automatique de retour à la date de départ.
C’est pourquoi je fus très surpris, et passablement désappointé, le jour où j’eus cette sensation diffuse de déjà vu. J’étais parti faire un tour dans les années 2150, histoire de vérifier que ma maison ne serait pas concernée par la montée des eaux. Alors que je parcourais le jardin sous un timide soleil d’avril, j’eus la nette impression d’avoir vécu ce moment, à l’identique. Je ressentais le même malaise que dans ces rêves que j’ai l’impression d’avoir déjà faits.
Mais je ne dormais pas. Il ne pouvait donc s’agir que d’une boucle temporelle. Comment avais-je pu me laisser piéger ? J’étais persuadé de la validité de mes calculs. Le temps passa – ou pas, d’ailleurs – et je ne cessais de faire ce parcours autour de la maison. Mon mal-être allait croissant et j’étais au bord de la folie quand une sorte de scooter sans roues se matérialisa au milieu du jardin, chevauché par un homme en uniforme.
– Monsieur Thomas Ripley ? interrogea-t-il d’un air sévère.
Son attitude me fit comprendre qu’il n’avait aucun doute sur mon identité et cherchait surtout à m’intimider.
– C’est moi, répondis-je en essayant de paraître naturel.
– Officier Everard, de la Patrouille du temps. Monsieur Ripley, nous vous avons placé en stase temporelle depuis plusieurs semaines, car vous avez refusé à plusieurs reprises de régler votre contravention.
Mon premier sentiment fut le soulagement : la boucle ne venait ni de mes calculs ni de ma machine ! Mais que pouvait me reprocher cette Patrouille dont personne n’avait jamais entendu parler ?
– Mais, officier, je n’ai rien modifié : vous ne pouvez me reprocher aucun paradoxe !
– Il ne s’agit pas de ça, Monsieur Ripley. Je vous rappelle qu’en 2051, vous êtes encore en période de confinement. Pour contenir l’épidémie, vous ne devez pas vous éloigner à plus d’une demi-heure de chez vous. Or vous en êtes à plus de cinquante ans. Vous êtes donc redevable d’une amende de cent crédits, soit…
Il sortit une petite calculatrice de sa poche de poitrine.
– … 121 euros et 47 centimes. Liquide, chèque ou carte de crédit ?
– Et si je refuse de payer ?
– On vous remet dans la boucle jusqu’à la fin du confinement.
– Mais cela ne s’arrêtera jamais, vous le savez bien !
– Liquide, chèque ou carte de crédit ?
Cela aussi me donna une impression de déjà vu.

Les jours s’égrènent

J’ai perdu la notion du temps depuis que je suis ici. Il s’étire, se copie à l’infini dans la reproduction de ces jours que mon calendrier égrène, mais aujourd’hui quelqu’un me rend visite, l’infirmière vient de me l’annoncer avec un enthousiasme surjoué. Se peut-il que ce soit quelqu’un d’important ? Son nom ne m’évoque rien.
Je me hâte de terminer ma collation, je n’aime pas que l’on observe lorsque je mange. L’homme fait son entrée sans se présenter. Quel grossier personnage. Il s’approche, dépose un baiser sur ma joue et un bouquet de fleurs des champs sur ma table de nuit. Je me rebelle, proteste contre cette familiarité. Il me sourit. Me prend délicatement la main. Il ne dit rien, dépose juste son regard sur le mien, ce qui me trouble beaucoup. Soudain j’ai une sorte de réminiscence, il me semble déceler quelque chose de familier en lui, dans ce geste anodin. Je n’arrive pas à me souvenir précisément ni ou ni quand, mais j’ai le sentiment de l’avoir déjà vu.
Ses propos sont délicats. Il m’appelle : ma chérie. Les souvenirs se sculptent dans ma tête, sa voix fait écho, se réverbère à l’époque de mes vingt ans, s’associe au jeune homme qui, intimidé, s’agenouilla un jour à mes pieds et demanda ma main. Cette main que cet inconnu en ce moment même tient. Je ne l’écoute pas vraiment, mon esprit est ailleurs, dans ce passé auprès de celui à qui j’ai dit « oui ». Ce quidam me questionne avec vivacité sans vraisemblablement attendre de réponse de ma part me semble-t-il. Te souviens-tu de Maryse, de Tata Claudette, de ce restaurant, de ce voyage à Milan ? Non, je ne me souviens pas et ce vieillard finira par comprendre sa méprise, je ne suis pas la personne qu’il pense connaître. Je le laisse monologuer attendant juste son départ. Ce temps, interminable en présence de cet individu, finit par se caler et mon visiteur enfin s’éclipse. En me disant : « à demain ». Il était temps… Comme il est loin celui de mes vingt ans.
J’ai perdu la notion du temps depuis que je suis ici. Il s’étire, se copie à l’infini dans la reproduction de ces jours que mon calendrier égrène. Mais aujourd’hui quelqu’un me rend visite, l’infirmière vient de me l’annoncer avec un enthousiasme surjoué. Se peut-il que ce soit quelqu’un d’important ? Son nom ne m’évoque rien.

En vert et contre tout !

Je n’en crus pas mes yeux lorsqu’en entrant dans la chambre, j’aperçus la silhouette plantée devant l’armoire à glace. Lorsqu’elle se retourna ver moi, fit quelques tours sur elle-même comme une gamine pour faire admirer sa nouvelle robe, je me laissai tomber dans un fauteuil, partagé entre le rire et la surprise.
« – C’est un nouveau jeu, ma biche ?
Liz, très sérieuse, rétorqua :
– Un jeu ? Enfin, mon amour, tu n’as pas oublié que nous sommes invités au mariage de notre nièce ! Je ne vais pas y aller en pantalon et tee-shirt. Que penses-tu de cet ensemble, chic non ?
– Euh… tu crois…
Je devais vivre un mauvais rêve : c’était bien mon épouse qui se pavanait dans un manteau vert cru (je déteste le vert), de coupe large, autrement dit sans forme, orné de boutons dorés, ouvert sur une robe en tissu – vert évidemment – constellé de marguerites, la tête coiffée d’un galurin assorti à la pèlerine et rehaussé d’une énorme rose blanche. Mais il y avait pire : les chaussures à talons carrés, sûrement très confortables, d’un vert plus pâle, véritables écrase-merde – passez-moi l’expression –, le petit sac en vernis accroché à son bras, et les gants de dentelle noire comme en portait ma grand-mère pour aller à la messe.
– Liz, qu’est-ce qui se passe ? Tu me fais une blague ? Carnaval c’était le mois dernier. Tu as demandé son avis à notre fille ? Dis-moi que tu ne vas pas te pointer à la mairie et à l’église déguisée en prairie ambulante ?
Elle se renfrogna et me répliqua qu’à quarante et un ans, il était temps qu’elle adopte des habitudes vestimentaires de son âge si elle ne voulait pas se couvrir de ridicule.
Quarante et un ans et alors ? Qu’arrivait-il à ma Liz qui avait conservé la fraîcheur et la sveltesse de ses vingt ans ? Liz dont la silhouette s’accommodait parfaitement des mini-jupes, des jeans slimfit, des robes ajustées soulignant sa taille de guêpe.
Elle me jeta un regard noir et continua à parader devant le miroir et à travers la chambre.
Je ne la quittai pas des yeux car une drôle de sensation m’avait brusquement envahi : une sensation de...déjà vu, voilà, et qui n’avait rien de spécialement agréable. La reine d’Angleterre ? Oui, il y avait un peu de ça. Mais non, c’était quelqu’un de plus proche et penser à cette personne m’irritait, me donnait des crampes d’estomac. La lumière se fit brusquement et je hurlai :
– Ta mère, on dirait ta mère !
J’avais trouvé : ma belle-mère, vieille bique mal embouchée, grenouille de bénitier qui désapprouvait et critiquait le moindre de mes gestes, la moindre de mes paroles.
Liz éclata enfin de rire :
– Je t’ai bien eu ! Figure-toi que ma mère a eu le culot de m’offrir la tenue qu’elle portait au mariage de mon cousin il y a cinq ans. Pour me faire faire des économies et pour que je consente enfin à m’habiller comme une femme de mon âge… et de mon rang. Elle est partie vexée parce que j’ai dit que je réfléchirais. En attendant, j’ai eu envie que ce cadeau me serve au moins à quelque chose. Ton petit cœur a supporté le choc ?
Et comment ! Il s’est mis à battre la chamade tandis que le fatras de verdure échouait sur le tapis, que je retrouvais ma beauté en string, seins nus, cheveux en cascade sur les épaules.
Quelle nuit ! Nous enchainâmes les fous-rires – je proposai notamment de revêtir l’épouvantail du jardin de l’ensemble vert– des étreintes folles diverses et variées. Impossible que le matelas ait pu avoir une impression de déjà supporté, déjà entendu, déjà vu !

Voyage oublié

Le jour où j'ai eu une sensation de déjà vu, ce fut une nuit ! Je me réveillai vers 3 heures du matin avec dans la tête les images très précises du rêve qui venait de s'achever. En temps habituel, que le songe soit agréable ou pas, je l'oubliais sitôt les yeux ouverts. Il ne me restait qu'une impression plaisante ou non. Cette fois, tout était intact, les détails toujours précis et présents et j'avais de surcroît la quasi certitude que rien n'était fantasmé. Il me semblait avoir déjà vécu, dans la réalité, toutes ces scènes et pourtant cela me semblait incroyable.
Cela avait débuté par un voyage vers une île sur un gros bateau, genre ferry, La mer était agitée et j'avais très mal au cœur. Je vomissais sur les chaussures d'une passagère qui criait et ma mère s'excusait tant et plus ! Puis, sans transition, je me retrouvais devant une petite maison blanche aux volets bleus dont la porte de la cuisine s'ouvrait en deux comme celle d'un box pour chevaux. Je partageais la chambre de mes parents et mon lit était recouvert d'un plaid en patchwork très coloré que je trouvais magnifique. Puis, on se promenait tous les trois en vélo. La petite route serpentait joliment et parfois les côtes étaient abruptes. Mon père s'essoufflait, râlait et je l'encourageais en riant ... Au détour d'un chemin nous nous arrêtâmes pour admirer la vue. Nous surplombions une crique déserte, la mer léchait le sable doré et étincelait de mille feux. Soudain, j'étais à nouveau sur le gros bateau et maman pleurait sur l'épaule de mon père.
C'est à cet instant que j'avais repris conscience.
C'était vraiment étrange ce sentiment d'avoir déjà assisté à ces scènes hautement improbables, puisque je n'avais, à ma connaissance, jamais mis les pieds sur un ferry-boat ni passée de vacances sur une île. Il devait s'agir d'un délire nocturne... Toutefois, je décidai d'en parler à mes parents afin de tirer cette histoire au clair.
Dans la matinée, je filai chez eux et leur racontai mon rêve.
Ils se regardèrent éberlués.
- C'est perturbant ce que tu racontes, me dit maman, cela me parait inimaginable que tu puisses te rappeler, avec autant de détails, véridiques qui plus est, ces vacances ratées à Belle-Île en mer. Tu avais à peine cinq ans et nous sommes restés quatre jours à peine !
Ce n'était donc pas une invention de ma part ces bribes de souvenirs. J'interrogeai encore :
- Pourquoi n'est-on pas resté davantage et pourquoi pleurais-tu au retour ?
Maman, avait l'air perturbée et ce fut mon père qui me répondit :
- Avant notre départ, ta grand-mère n'allait pas très fort et nous étions inquiets de la laisser ainsi. Hélas, nos craintes étaient justifiées car on apprit son décès trois jours après notre installation.
- C'est pour cela que maman pleurait au retour ?
- Bien sûr ! répondit-il. Mais ce qui est étrange et qui bouleverse ta maman c'est l'extraordinaire coïncidence entre ce souvenir remonté à la surface seulement maintenant et précisément aujourd'hui.
étonnée, je le questionnai :
- Qu'y a-t-il encore de si insolite ?
- Tu n'as pas fait le rapprochement, mais nous sommes le 30 mars et c'était il y a 20 ans, jour pour jour, que ta mamie mourait, alors avoue que c'est troublant que ce soit justement cette nuit que tout cela te soit revenu en mémoire...
Je ne sus que dire et je pris ma mère dans les bras pour lui faire un câlin de la part de cette aïeule qui avait peut-être désiré que je vienne consoler sa fille, en ce jour anniversaire, par ce moyen détourné.
Qui sait ?

Inspiration



Je la tiens, mon inspiration ! Une nouvelle et peut-être tout un roman après. Cela peut se situer à n’importe quelle époque, je verrai si ça se précise. Le début vient tout seul.
Je suis roi, enfin ! Je succède à Papa ! J’ai fait mettre à mort mon frère A…
Pourquoi A ? Je dois avoir un personnage en tête, du déjà vu. Il finira bien par revenir et me permettra de compléter et peaufiner. Mais mon histoire, elle est originale…
Il voulait aussi le trône. Il ne m’aurait pas plus épargné s’il avait gagné. Maintenant, à moi de faire mes preuves. Pour montrer à quel point je peux être juste, que je protège les faibles contre les puissants, voici mes deux premières plaignantes, deux putains. À tous les coups elles doivent avoir à se plaindre de leur maquereau, presque trop facile.eau. Elles se prosternent comme il se doit. Il y en a une qui tient un bébé.
̶ Ô mon roi ! Cette femme m’a volé mon enfant parce que que le sien est mort-né !
Je me demande d’où m’est venue cette formulation, « ô mon roi », mais elle sonne bien.
̶ Ô mon roi ! N’écoute pas cette menteuse ! C’est son enfant qui est mort-né ! C’est elle qui m’a volé le mien !

Elles me montrent qui son front qui son nez en invoquant des ressemblances. Et les voici qui s’invectivent… et quel langage, ce ne sont pas des putains pour rien ! Elles vont bientôt en venir aux mains. Et l’objet du litige qui se met aussi à brailler ! Hé ! Je ne suis pas supposé simplement regarder ! Quoi décider ? Tirage au sort ? Un partage, une semaine l’une, une semaine l’autre ? Attention, un allaitement, ça ne s’interrompt pas comme ça. Bien sûr, j’aurais dû me renseigner avant au lieu d’imaginer je ne sais quoi. Qu’est-ce que je fais sur ce trône ? Est-ce qu’A ne s’en serait pas sorti mieux que moi ?

Chloé, tu arrives à point. Je crois que je la tiens, mon histoire ! Je n’en suis qu’au début, mais lis ça !

Ma chère et tendre lit. Je l’ai connue plus enthousiaste face à ma prose.
–Joe, je suppose qu’il va ordonner de couper le bébé en deux et d’en donner une moitié à chacune…
̶ Je ne sais pas encore, mais je trouve ça un peu trash…
̶ Attends ! La suite, c’est qu’une des deux va dire : « OK, qu’on le partage ». Mais l’autre va protester : « Donne-le lui plutôt à elle ! ». Et comme c’est quelqu’un de bien il décide que la mère, c’est la deuxième, et il lui fait remettre l’enfant entier.
̶ Chloé, tu as trouvé ça comment ?
̶ Joe, enfin, c’est l’histoire du jugement de Salomon, premier Livre des Rois dans la Bible. A, c’est Adonias.

Déjà vu le 13 avril 2020

L’année dernière, j’ai voté Emmanuel Macron aux élections présidentielles. Je vote toujours Macron. Il fut un temps où d’autres candidats se présentaient. Maintenant, il ne reste que lui ; c’est plus simple. Je travaille pour lui, enfin pour le gouvernement. Je reçois des tableaux statistiques sur l’évolution du covid. Je renvois des analyses et des graphiques colorés au ministère de l’intérieur. Travailler pour les autorités me confère de nombreux avantages. Le plus vital est d’être ravitaillé chaque semaine par un drone qui dépose sur mon balcon un carton estampillé RF. J’évite ainsi les courses alimentaires, devenues trop dangereuses. Même le drive et la livraison à domicile sont risqués. Le covid mute en permanence. Depuis 2048, il est létal à 100%, toutes tranches d’âge confondues. En l’absence de vaccin, le confinement est continuellement prolongé. Chaque tentative de sortie s’est traduite par une reprise de l’épidémie et un retour en catastrophe au confinement. Un confinement de plus en plus strict. Il y a bientôt dix ans, mon voisin de palier, au chômage, a tambouriné à ma porte durant des jours. Je n’ai pas ouvert. Je n’en n’ai pas honte. Le colis hebdomadaire suffit à peine à me nourrir. Affamé, il est sorti sans autorisation. Un drone l’a abattu au carrefour. Son cadavre est resté sur place. Les bêtes sauvages et la pluie ont nettoyé l’asphalte. Il a eut un fin rapide et indolore, j’en suis heureux pour lui. La plupart des habitants du quartier, infectés, étouffés, massacrés par le coronavirus, n’ont pas eu sa chance. Je suis le dernier habitant de l’immeuble, peut-être de la rue. Je vieillis seul. J’ai eu une vie sociale, pourtant. Une vie confinée. Des études en distanciel, des amantes en ligne, un télétravail. Je me suis marié en 2029 par visioconférence ; ma femme a reçu mes paillettes congelées par colis express réfrigéré. Elle a accouché à son domicile d’un garçon. Après, on a e-divorcé. Elle et notre fils ont succombé au covid35, contaminés par un emballage alimentaire. J’ai muré les portes et les fenêtres de l’immeuble sur quatre étages. Sur le toit, j’ai installé un récupérateur d’eau et une éolienne. Tant que le drone ravitailleur assure sa noria, je survis. Ma confiance dans les autorités s’altère. J’erre sur le dark web où circulent des rumeurs insensées. Presque toute la population aurait péri. Les usines robotisées tourneraient pratiquement sans ouvriers. Les membres du gouvernement succomberaient un à un. Emmanuel Macron lui-même aurait été victime du covid49. Ses allocutions récentes ne seraient que des compilations d’archives. Justement, le voici en train d’annoncer une hypothétique date de sortie... Son allocution me semble effectivement composée d’anciennes séquences vidéos, maladroitement montées. Macron, visage numériquement vieilli, sur fonds d’ors élyséens, conclut :
« Le lundi 11 mai ne sera possible que si nous continuons d'être civiques, responsables, de respecter les règles, et que si la propagation du virus a effectivement continué à ralentir »
Durant cette phrase, une impression de déjà vu m’anéantit. Je connais ce discours, je l’ai écouté trente ans plus tôt, à l’orée du confinement, en 2020. Ainsi, les rumeur colportaient la vérité. Le président Macron est bel et bien mort. Tout n’est que manipulation, artéfact, complot... La date du 11 mai 2050 comme le reste. Le confinement sera éternel. Nous ne sortirons jamais plus. Tant mieux.

Une fois de trop

Hier samedi, mon amie Laurence m’avait annoncé qu’elle allait se marier dans quinze jours avec son copain William.
Je restai stupéfaite et au contraire de ce qu’elle espérait, je me mis dans une colère qui la stupéfia.
— Mais enfin Carine, qu’est ce qui te prend ? Je t’annonce mon mariage et tu te mets dans un état ! Explique !
Je ne pouvais pas lui expliquer que j’en avais assez de ce genre de comportement de sa part et ce qu’elle m’annonçait m’irritait au plus haut point ?
C’était la troisième fois que des copines m’annonçaient leur mariage et Laurence ne comprenait pas ma colère ?
Je m’approchai d’elle et lui dit à voix basse en la secouant :
— Laurence tu ne peux pas faire ça !
— Et pourquoi ?
— Parce que Camille et Aline nous ont déjà annoncé le leur et tu le sais très bien. Pourquoi avoir choisi la même date ? C’est petit et mesquin surtout pas très cool pour elles.
— Et bien justement. Tu n’as rien compris. C’est volontaire. Crois-tu qu’elles se soient gênées pour ne rien nous dire et préparer cela derrière notre dos ?
— Mais pas du tout, tu sais très bien que leurs maris sont frères et que c’est bien plus facile de faire cela le même jour, pour les frais et la famille.
— Et moi, tu as pensé à moi ? Toujours la dernière prévenue, toujours la dernière roue du carrosse. Rappelle-toi quand vous êtes parties toutes les trois en Espagne, qui est restée seule pendant tout le mois d’aout à Paris ? J’en ai assez de ne jamais compter…
Je l’interrompis et lui fit remarquer qu’elle était à ce moment-là avec Johan et qu’elle se fichait pas mal de ce que l’on pouvait faire.
Elle se mit à pleurer ou plutôt geindre :
— Personne ne m’aime, je suis sûre que vous vous êtes concertées et que vous le faites exprès contre moi. Je vais partir, laisser tout tomber, mon mariage et le reste. Je vais aller dans un pays où on ne me fera de mal.
— Laurence, tu vois cette petite crise de larmes, tu nous la fais chaque fois que tu crois que toute la terre est contre toi, ça ne prend plus avec moi, tu as tellement fait des caprices de ce genre ! Aujourd’hui encore ! J’ai vraiment une fois de plus, une sensation de déjà vu comme lorsque je t’avais annoncé que j’attendais un bébé.
Je te répète que Camille et Aline nous avaient prévenues et ce jour-là évidemment tu as fait celle qui n’écoutait pas et qui t’en fichais et tu t’es dépêchée de trouver une parade : te marier le même jour qu’elles. Je te plains, fais ce que tu veux mais je n’irai pas à ton mariage mais à celui des deux autres amies.
Laurence me quitta sans un mot, en pleurs. Je n’y pris pas garde. Elle était coutumière de ce genre de scène sauf que cette fois…
On l’a retrouvée noyée dans la Seine, le jour du mariage de Camille et Aline.

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“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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PostPosted: Mon 20 Apr - 15:53 (2020)    Post subject: Publicité

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