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Le cimetière

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture -> Critiques constructives Jeu 162
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Silicate
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MessagePosté le: Mer 21 Nov - 17:28 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

Le cimetière

La scène se passe dans un cimetière. Un de ces cimetières dont pas une croix ne dépasse et aux alignements parfaits.
Combien de fois ne sommes nous pas venus en famille dans ce cimetière ? Mes parents m’interdisaient de courir mais me laissaient aller partout à ma guise et j’avais bien compris que des soldats étaient alignés là dans la mort comme on les avait alignés dans la vie.

Aujourd’hui ils sont une vingtaine, garçons et filles, qui travaillent là et rient ensemble alors que quelques décennies plus tôt on leur aurait donné l’ordre de s’entretuer. Ils auraient obéi, se seraient entretués et à ceux tombés loin de chez eux on aurait accordé un repos éternel en terre étrangère. Aujourd’hui, les petits enfants des combattants viennent sceller une réconciliation par-dessus les tombes dans l’espoir d’un monde meilleur.

Ils n’ont certes pas connu les conflits, mais certains en ont recueilli le témoignage. Comme Günther, qui parle, ce soir, à la veillée, dans un très bon français. Il raconte Hans, son grand-père, si loin de sa Bavière natale, dans la peur, la boue et le froid. Hans qu’une déflagration jette sous une pluie de terre et de ferraille. Hans qui reprend ses esprits au fond d’un cratère, s’étonne d’être vivant et regretterait presque de retrouver son cauchemar éveillé. Hans qui se demande s’il ne veut pas rester là un peu, sans se faire voir, avant de devoir quitter l’entonnoir où d’autres corps, eux, ont trouvé leur fin.
C’est alors qu’un des corps se redresse, lui aussi miraculeusement indemne. Un Franzose… qui n’a pas lâché son arme. Et la peur étreint Hans quand il réalise qu’il n’a plus son Mauser.

La voix de Günther se tait un instant. Dans le silence, chacun se demande ce qu’ils ont pensé, les deux soldats ennemis, quand ils se sont regardés, immobiles, au fond de leur trou.
Pour le Français, ce n’est pas compliqué à deviner. Il est armé et devant lui, à sa portée, un Schleu. Un de ces sales frisés qui ont déferlé sur la France et à cause de qui tant de frères d’armes sont morts sur la Somme. Ce boche va payer pour les autres. La Rosalie va en faire son affaire.

Quand Günther reprend à voix basse, c’est pour dire que Hans a compris. Il sait qu’il est perdu, il met les mains en l’air, en un geste dérisoire qui lui donne pourtant une seconde de répit : le Franzose retient son élan. La scène se fige ; combien de temps restent-ils ainsi ? Aucun d’eux ne saurait le dire quand une nouvelle déflagration les couche à terre. La même peur au creux des tripes, le même rictus sur leur visage terreux. De tous les côtés, ça marmite. Mais le Franzose a baissé son Lebel et tous les deux, au fond du trou, attendent que ça se calme.

Günther ne pourra pas terminer son récit parce qu’une petite voix altérée s’élève pour lui prendre la parole. La petite voix bouleversée de Colette, qui raconte comment le soldat français a reconnu son semblable dans le malheureux désarmé à sa merci. Un homme comme lui, éprouvé dans les mêmes souffrances. Ennemis parce qu’on leur avait dit de l’être, mais dont aucun n’aurait choisi de plein gré d’aller en tuer d’autres dans cette infâme boucherie.
Dans leur trou d’obus, ils ont échangé leurs prénoms. Emile. Hans. Et sans encore le savoir, ont changé leur regard sur la guerre.

Comment je le sais ?
Mais si, vous avez compris. Parce que par-dessus les tombes, Colette, la petite fille d’Emile, et Günther, le petit-fils de Hans, vont renouer à leur échelle les fils de l’Histoire : ils vont devenir mes parents.
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MessagePosté le: Mer 21 Nov - 17:28 (2018)    Sujet du message: Publicité

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MamLéa
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MessagePosté le: Mer 21 Nov - 21:30 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

La situation des deux soldats est réaliste et émouvante mais je n'ai pas accroché à ce texte qui m'a semblé assez banal (ce qui m'étonne de ta part, Silicate !)
Je me suis mal repérée dans les diverses générations. Qui est le narrateur ?
Le titre aurait pu être plus percutant et tu aurais pu éviter dans ton incipit de signaler que la scène ce passait… dans un cimetière.

Des bricoles orthographiques :
- pas une croix ne dépasse … des autres ?
- ne sommes nous pas venus en famille -- > ne sommes-nous pas venus en famille (tiret)
- les petits enfants -- > les petits-enfants (tiret)
- je pense qu'il faut une majuscule au sale "Frisé" et à "Boche" .
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“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre ma plume à la première oie qui passe.”
Fred Allen
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Silicate
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MessagePosté le: Mer 21 Nov - 23:42 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

MamLéa a écrit:
...Je me suis mal repérée dans les diverses générations. Qui est le narrateur ?

Le narrateur (ou la narratrice, au choix) est l'enfant qu'auront Günther et Colette, et qui raconte comment ses parents se sont rencontrés, dans un programme de réconciliation par dessus les tombes, après que ses arrières-grands-pères, Hans et Emile, se sont aussi rencontrés dans leur trou d'obus.
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Jodie
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MessagePosté le: Jeu 22 Nov - 13:13 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

A un cheveu de mon podium. J'ai aimé le début de ton texte, Silicate, ainsi que la "rencontre" entre Hans et Emile (à vrai dire surtout le passage concernant Hans seulement) mais moins ce qui suit et la toute fin. Il m'avait semblé reconnaître ta plume mais j'ai eu l'impression que ce texte a été écrit... comment dire... trop rapidement, non ? J'ai comme l'impression qu'il manque un truc, un petit quelque chose qui aurait fait la différence... mais je peux me tromper.
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ptit lu
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MessagePosté le: Jeu 22 Nov - 13:45 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

Je n'ai pas aimé la phrase d'accroche. Elle met une distance entre le lecteur et le narrateur et distille une certaine froideur qui m'ont gênée. Ce détail a fait la différence au moment de départager les textes.
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Donaco
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MessagePosté le: Jeu 22 Nov - 21:18 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

C'est un bien beau texte, surtout lorsque est évoquée la compassion qu'ont pu ressentir les soldats l'un pour l'autre. Il y a une belle progression dans cette scène qu'on imagine très bien d'un point de vue cinématographique. Belle chute également lorsque l'on comprend qui sont Günther et Colette.

J'ai trouvé l'idée originale et les scènes bien écrites, notamment le passage où l'on se demande ce que les deux soldats ennemis ressentent, l'un et l'autre, face à face. Ce qui m'a gênée est de ne pas bien savoir qui est le narrateur car il y a une double voire triple narration ici (avec la voix de Colette).
Et puis, c'est un sujet qui mériterait d'être délayé, cela ferait une très belle nouvelle.
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MamLéa
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MessagePosté le: Jeu 22 Nov - 21:50 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

Donaco a écrit:

Et puis, c'est un sujet qui mériterait d'être délayé, cela ferait une très belle nouvelle.


Je partage cet avis. C'est souvent le cas dans nos jeux.
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Pierre
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MessagePosté le: Ven 23 Nov - 07:24 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

Belle écriture, belle histoire. Ces deux hommes dans leur trou d’obus, démontrent combien l'humanité est au-dessus de tout. J’ai bien aimé.
« des soldats étaient alignés là dans la mort comme on les avait alignés dans la vie. » Voilà résumé dans une phrase magnifique la cruelle bêtise de la guerre…
Petite critique. J’ai un peu achoppé sur ce passage : «Aujourd’hui ils sont une vingtaine, garçons et filles, qui travaillent là et rient ensemble alors que quelques décennies plus tôt on leur aurait donné l’ordre de s’entretuer. Ils auraient obéi, se seraient entretués et à ceux tombés loin de chez eux on aurait accordé un repos éternel en terre étrangère. » qu’il m’a fallu lire à plusieurs reprises. Quelques virgules supplémentaires auraient étaient les bienvenues. Peut-être…
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Ven 23 Nov - 20:43 (2018)    Sujet du message: Le cimetière Répondre en citant

Le thème de la réconciliation, très à la mode par les temps qui courent (Angela, lors de son récent séjour à Paris n’a-t-elle pas laissé son casque à pointe au vestiaire ?), comporte un aspect consensuel, bateau, on pourrait dire pour être encore plus à la mode : « bisounours ». Il fallait, pour ne pas sacrifier à la banalité, le présenter en s’affranchissant d’une linéarité classique qui le ferait tomber dans le « déjà vu ». Conséquence : l’ordre chronologique est bouleversé ; et j’ai eu du mal à m’y retrouver.

Première époque : « La scène se passe… ». Un peu bizarre comme entrée en matière.

(ça me rappelle, mais sans rapport direct avec le sujet, une BD comique traitant de Dracula qui commençait ainsi : « la scène (ou l’action) se passe dans les Carpates, et de commentaires ; ça se nomme un zeugma, je crois).

Bon, c’est une façon d’ouvrir le décor, comme un metteur en scène de théâtre, plus proche du scénario que d’une œuvre romanesque. Une distanciation brechtienne dirait un pédant, ce que je ne crois pas être. Pourquoi pas ? Je reprends. Temporairement on est aujourd’hui, c’est dit, au point zéro de l’échelle du temps. Les enfants ou ados qui s’ébattent parmi les tombes sont les petits enfants des poilus et des fritz qui reposent six pieds plus bas du sol qu’ils foulent.

Deuxième époque : le jeune Günther, qui ne doit être tout jeune aujourd’hui (je parle de notre aujourd’hui, de 2018) raconte l’épisode emblématique qui a vu son papy épargné par l’ennemi d’alors, le Franzoze qui n’a pas lâché son Lebel. A cette époque les Français ne lâchaient rien !

Remarquons au passage la subtile conservation du temps présent, qui maintient la dynamique du récit, alors que l’action se décale dans le passé de plusieurs décennies. Au fait, il manque (peut-être) un repère chronologique pour situer la première époque dans le temps, qui permettrait de la situer dans l’échelle du temps. La rencontre entre Colette et Günther a dû, selon mes calculs, se produire au cours des années soixante, peut être en liaison avec la rencontre historique entre de Gaulle et Adenauer ?

Troisième époque : séparée de deux, trois, cinq ? décennies de la première, peut-être aujourd’hui, notre aujourd’hui 2018. Le texte y bascule dans l’interrogation, voire le fantastique, ou une fin ouverte. Comment le narrateur, ou trice, a-t-il.elle prit connaissance de l’idylle qui l’a fait naître, dans un champ de tombes ?

On n’en saura rien, et c’est peut-être tant mieux.

Pour (essayer d’) être constructif : le texte a les qualités de ses défauts. Il est un peu ardu de s’y retrouver dans ces couches temporelles. Et le titre pourrait être plus original. Comme c’est le dernier duquel je me suis attelé au commentaire, c’est celui que j’ai le plus relu. Ce qui lui accorde une once de plus-value, car j’y ai décelé des choses non remarquées à ma première lecture. Ce qui ne change rien. Au pied de mon podium

Remarque : répétition du verbe « s’entretuer ».
Remarque bis : « frisé » : sans majuscule car c’est un adjectif. Pour « boche » et « fritz », selon moi, les deux sont valables ; sans grande importance.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:32 (2019)    Sujet du message: Le cimetière

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