forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum

forum du cercle maux d'auteurs
Ouvert à tous les passionnés de lecture et d'écriture!

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Les textes du jeu 160

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> NOS JEUX D'ECRITURE -> Jeu 160
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
danielle
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 11 624
Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Lun 8 Oct - 08:33 (2018)    Sujet du message: Les textes du jeu 160 Répondre en citant

Vogue la Galère

D’abord y’a eu le kawa. Bouilli, infect. Puis Caboche, mon clebs, qu’a bouffé mes deux tartines. J’ai voulu lui filer une rouste, il s’est barré par la porte entrouverte. Comme un con j’y ai couru après. Je me suis gaufré dans une bouse bien puante. Le joufflu au beau milieu ! La bouse c’est le père Matthieu. Enfin, c’est les vaches au père Matthieu. J’y ai dit au Matthieu de pas faire bouser ses vaches devant ma piaule. D’après lui ses bêtes sont pas humaines, elles font où elles veulent, quand elles veulent.
Obligé de changer de grimpant et de me décrasser. Vite fait, vu qu’au turbin ils apprécient pas de poireauter.
Huit heures sur un chariot à transporter des palettes de farine, de blé, d’orge, de son… À supporter des chefaillons vachards, croyez-moi, c’est pas de la tarte.
Heureusement à la pause y’a Lucie.
Sauf que Lucie elle s’est radinée quand j’avais fini mon casse dalle. Juste pour me dire qu’elle voulait plus me voir. Avant de filocher des deux galoches elle s’est retournée :
— En plus tu pues !
Là-dessus elle avait pas tout à fait tort.
Le soir j’avais plutôt la gouache que cette foutue journée soit derrière. J’ai pris un kil de jaja, un Duralex, et me voilà sur une chaise de la cuisine à siroter pépère.
C’est là que ça c’est mis à tambouriner à la porte. Un raffut de ouf.
J’ai ouvert. Y’avait pleins d’uniformes. Et aussi un type qui gesticulait, la gueule enfarinée.
— C’est lui, qu’il beuglait. Arrêtez-le ! C’est un usurpateur !
D’où qu’il sortait des mots comme ça çui-là avec son air con et sa vue basse ?
Le chef des perdreaux, la vareuse dégoulinante de galons, m’a dit de prendre fissa quelques affaires et de le suivre. Il avait des questions à me poser.
J’ai proposé de sortir un deuxième Duralex pour jaspiner tranquille dans la cuisine. Mais le pandore voulait pas. Au poste c’est mieux qu’il répétait.
Au poste ça c’est gâté. Des types se relayaient pour me poser des questions débiles. Pour eux, moi, c’était pas moi, j’étais un usurpateur. Usurpateur de quoi j’ai demandé. D’identité m’a répondu un gradé avachi aux cheveux gras.
D’après ces gonzes je serai pas Robert Lebrun, surnommé Dédé par une bizarrerie des surnoms. Je serais un autre, bien moins recommandable que ce brave Dédé, ouvrier modèle chez Fluid’Céréales, Farines en tous genres, toujours prêt à rendre service à son voisinage. Je me poirais : qui voudrait piquer l’identité d’un gonze comme moi ! Et puis je pensais à mon Caboche qu’allait trouver le temps long.
— Dis-nous ton blaze, et t’iras voir ton clebs !
— Robert Lebrun, dit Dédé. J’ai pas d’autre blaze. Si je suis un usurpateur, pourquoi vous l’accouchez pas qui je suis ?
— D’accord, a dit le poulardin. Le juge aime bien quand les types avouent gentiment, sans faire d’histoire. Mais c’est comme tu veux. Nous on pense que le sixième Tonton flingueur c’est toi. Robert Lebrun c’est juste ta couverture. Alors avoue ! Signe ta déposition et je t’apporte un sandwich et une bière.
— Pauvre cave ! J’en veux pas de ta moussante ! Moi c’est du rouquin que j’écluse. Du bon pinard de nos vignerons ! Et comment je pourrai être Tonton ? J’ai pas de frère, pas de soeur ! Les vieux quand ils m’ont vu rappliquer ils ont arrêté la bagatelle j’crois bien. Alors Tonton, pas possible ! Flingueur en plus ! J’vais jamais à la chasse bande de branques !
Branque ça leur a pas plu. Ils m’ont soulevé, m’ont jeté dans une cellule au milieu de clodos pas bien frais.
Moralité : café bouillu, journée foutue…

Un trio inquiétant

Après une journée épuisante à la caisse de Casino, je m’écroulai sur mon canapé, envoyant valser mes baskets. Un verre de whisky pour me retaper – ma seule faiblesse dans une existence sans reproche – suivi d’un goûteux bourguignon et d’un gentil film à la télé, tels étaient mes projets pour la soirée. Zut de zut, la sonnette retentit. Un importun à expédier vite fait bien fait.
J’ouvris et me trouvai face à deux gendarmes, un maigre et un gros, façon Laurel et Hardy, encadrant une inconnue très excitée qui pointa un doigt dans ma direction en hurlant :
– Arrêtez-le, c’est un usurpateur !
Hardy, lui, s’adressa plus courtoisement à moi :
–Monsieur Jean Rossi ?
– Pas du tout, je m’appelle Paul Bois.
– Vous êtes un ami de M. Rossi ? Il vous héberge ?
–Quoi ? Je ne connais pas de Rossi, je suis ici chez moi.
–Hum ! D’après l’interphone, la boîte aux lettres, votre porte d’entrée même, il semble bien que cet appartement soit au nom de Rossi.
Mes cheveux se dressèrent sur ma tête quand j’aperçus l’étiquette de papier scotchée sous la sonnette : « Rossi ». Je ne comprenais plus rien.
– Usurpateur, voleur ! reprit la fille.
Je laissai entrer le trio. Les choses allaient s’éclaircir, il ne pouvait en être autrement.
–Papiers d’identité, grinça Laurel.
Mains tremblantes, je sortis de mon portefeuille ma carte qu’il m’arracha des mains.
–Jean Émile Rossi, né le 14 juin 1990 à Auch, énonça-t-il.
– Mais c’est de la folie, bégayai-je.
Hardy consentit enfin à me donner une explication.
– Mme Livois, ici présente, fiancée de M.Rossi, parti à Rome pour un mois, est venue nous faire part de son inquiétude. Passant dans le quartier, elle a vu de la lumière à la fenêtre. Puis elle vous a aperçu un soir et suivi discrètement. Jugez de sa surprise quand elle vous a vu entrer à plusieurs reprises chez son ami.
– Usurpateur ! En plus, il m’appelait avec un portable prépayé pour me narrer Rome et ses beautés. Mais la voix de Jean est inimitable.
Je m’effondrai sur le canapé, la tête dans mes mains pendant que les pandores et la harpie inspectaient l’appartement. Elle, surtout…
–- Du whisky ! clama-t-elle. Jean ne boit pas d’alcool. Des baskets ? Il ne porte que des Mephisto.
S’adressant aux gendarmes :
– Venez, que je vous montre les tableaux.
Le trio revint de la chambre avec deux toiles encadrées, de grande valeur d’après la fille, dont Rossi avait hérité d’une tante pleine aux as et qu’il avait l’intention de vendre.
– Je ne sais pas où cet individu a rencontré mon fiancé, toujours trop bavard. En tout cas, il a flairé la bonne affaire. Entré dans sa peau, il empochait le pactole et disparaissait. Et Jean, tu l’as fait disparaître aussi ?
Je nageais en plein cauchemar. D’autant que la fille poussa un nouveau hurlement en extirpant de sous le canapé un torchon souillé de rouge.
–Usurpateur et assassin ! et elle éclata en sanglots.
– Va falloir nous suivre, dit Hardy, cette histoire n’est pas claire.
Je tremblais de tous mes membres. Moi, brave garçon tout simple, droit, honnête, qui me suis fait une petite vie bien tranquille avec mon emploi de caissier, j’étais au bord des larmes.
La fille, elle, cessa brusquement de pleurer pour se tordre de rire avec les deux autres en s’exclamant :
– Poisson d’avril, de la part de ta sœur ! Regarde, le double de tes clés qu’elle m’a filé. Notre copine Sandra n’oublie jamais les bonnes vieilles traditions !
Elle avait fait fort, cette fois, Sandra ! Mais c’est parce qu’elle m’aimait bien, ma sœur.

Sacré spectacle

Acte 1.
Dans la pièce, une bouteille de vin et un verre vide sur une table, deux chaises. La porte s'ouvre, un type apparait, la tête enfoncée entre les épaules, trainant des pieds. Il porte un pardessus gris et une barbe de trois jours. Il rentre chez lui après une journée qui visiblement a dû être épuisante. Il a juste le temps de s'assoir et d'enlever ses godasses qu'on tambourine dehors. Il maugrée :
– On va m'emmerder encore longtemps ?
Il ouvre et tombe nez à nez avec un homme encadré de deux gendarmes. L'inconnu le montre du doigt et crie :
˜ Arrêtez-le, c'est un usurpateur !
– Des conneries. Foutez moi la paix !
– Il veut en mettre plein la vue à tout le monde.
– Lui ? Il a pourtant pas l'air brillant.
– Il prétend être sorti de la cuisse de Jupiter.
–Moi ? Mais non, je cherche juste à guider tes pas, à te conduire sur le droit chemin.
– Blablabla. Et qui va me payer l'ardoise de trois cent euros au restaurant ?
– Tu nous a invités et tu as voulu garder la note pour toi. Maintenant tu me trahis !
– Embarquons les. On verra tout ça au poste.
Les gendarmes le saisissent par les poignés et comme il résiste, ils lui passent sans ménagement les menottes derrière le dos et le trainent sans qu'il se soit rechaussé.

Acte 2.

La pièce est vide. Arrive un groupe d'individus un peu débraillés. Six hommes, quatre femmes, qui s'agitent en tous sens sur un vague air de reggae. Brusquement la musique cesse. On entend un roulement de tambour et une voix off déclamer :
– Le dénommé Zig Zog est accusé d'imposture et de rébellion. Il a prétendu avoir des pouvoirs magiques du fait de sa naissance et a tenté d'entrainer avec lui une bande de va-nu-pieds. Selon décision de justice de ce jour, il a été condamné à la peine capitale. Il sera fusillé demain à l'aube.
On voit les mines interloquées des participants qui se répondent en écho :

–Il va être fusillé ! Il va être fusillé !

Acte 3.

Maintenant le gars marche lentement et pesamment vers son supplice, il est suivi par plusieurs comparses qui pleurent. Des bruits de foule et des huées se font entendre. Il tourne sur la scène pendant dix bonnes minutes. Soudain il est plaqué sans ménagement face contre le mur avec deux autres types de part et d'autre qui l'apostrophent, l'un pour l'agresser, l'autre pour le défendre :
– T'as vu comme t'es gaulé, t'es pas un caïd.
– Courage, mec, on va en avoir besoin. Et ne fais pas attention à lui, je le connais, il est complétement louf.
– Merci. Tes paroles te sauveront.
Sur ces mots, il se retourne, arrache sa chemise et présente de face son torse bombé et nu. L'instant est solennel, l'ordre retentit, martial. En joue, feu ! On entend un bruit de mitraille. Les trois condamnés s'écroulent tels des pantins désarticulés. Les autres accourent et se prosternent en se lamentant.

Dans la salle à peu près vide, un gars au premier rang rugit :
– Pas mal du tout, le phrasé est bon, vous commencez à bien posséder vos rôles. Max, il faudra plus de fluidité dans les jeux de lumière. C'est trop haché. La répétition est terminée pour aujourd'hui.
Au troisième rang une silhouette sombre ne s'est pas fait remarquer jusque là. Elle prend la parole d'une voix mal assurée pendant que les acteurs sur scène se relèvent :
– Je découvre. Si je peux me permettre un avis, cette mise en scène de la passion du Christ est un peu osée. D'accord nous faisons du théâtre contemporain d'avant garde mais nous allons avoir tout le clergé sur le dos.
– Que voulez vous, on ne peut faire plaisir à tout le monde et à son pape !

La mue du serpent

L'homme que je ne connais pas a déclaré aux autorités que je lui ai volé sa vie ; volé, au sens cambrioleur du terme. Depuis trois heures que ces gens, accusateur et gendarmes, ont sonné à ma porte, que, profitant de mon épuisement ils m'ont embarqué, j'entends une histoire absurde, celle d'un usurpateur que je ne suis pas... ne sais pas que je suis ?
Que ne saurais-je pas ? Selon cet homme au physique caméléon, j'ai dérobé sa beauté, sa réussite et ses amours. Il paraît que cela remonte à longtemps, que nous avions dix ans... La rentrée des classes : passé le portail de l'école, il me vit, moi, le nouveau, serein et déjà roi du préau ou plus exactement, mon accusateur Se vit, tel qu'il était en réalité, nonobstant le mensonge des miroirs. J'étais le serpent qui l'avait dévalisé, lui abandonnant sa mue. « J'examinais chez ce gamin mon superbe visage, racontait le plaignant, mes cheveux brillants et la vie riche que j'aurais dû détenir. J'écoutais ma voix sourdre de la gorge de ce voleur. » Pendant que je subis la narration d'un mauvais Kafka, je ne parviens pas à me rappeler quelqu'un qui, à l'école, ait ressemblé à ce fou. Ce fou, dont la logorrhée n'a pas d'issue. Devrais-je l'étrangler ?
Vingt ans qu'il me surveille, explique-t-il, ou plutôt qu'il ne me perd pas de vue pour ne pas égarer sa vie subtilisée, pour la protéger de mon venin. Même lycée, même université, même diplôme, même employeur. Nos maisons : en face à face. Et là, j'explose, apostrophe les hommes en bleu « Mais enfin, intervenez ! Ce type est aliéné total ! Je fréquente mes voisins et il n'est pas l'un d'entre eux ! » L'accusateur grimace, « Voyez comment le serpent ment », siffle-t-il. Je rêve, sans doute. Le monde est en inversion carnaval, peut-être. Et soudain, je m'interroge : connais-tu tes voisins ? Bien sûr que non, tu en ignores tout et ce cinglé a pu te frôler pendant vingt ans sans que tu l'aies remarqué, car les insignifiants, tu ne les as jamais regardés.
Il énumère maintenant nos voyages, hôtels en commun... avec violence, il évoque les êtres convoités que je lui ai pris, et allons donc ! Quand lui butait sur le seuil du platonisme, je me livrais à la luxure grâce au corps parfait qui est le sien et dont il aurait fait meilleur usage. Il pleure, ce gnome... le culot ! Il déplore mes perversités et je réalise que le voyeur a espionné de A à X mon intimité. Et ce serait moi, le voleur de vie ?
Il confie enfin ses matins conquérants, quand une idée qui le rendrait enviable au bureau l'avait visité la nuit. Il terminait sa journée entre haine et rancœur car le serpent voleur, moi, avait déjà présenté son innovant concept à notre staff, durant la réunion à laquelle j'avais exprès omis de le convier. Je m'indigne « J'ignore jusqu'au nom de cet homme ! Il n'est pas mon collègue ! » L'autre ricane.

Plus personne ne rit. Devant moi, les preuves jetées par l'accusateur : j'aurais tué ses parents qui allaient avoué comment j'avais tout enlevé à celui qu'ils avaient élevé. Il exigeait que l'on prévienne les miens, de parents. Il fallait avertir ces gens que, lui, leur véritable enfant les aimerait, une fois le serpent en prison. Je sens quelque chose lâcher et fuir en mon cerveau, car, penché sur la table, je regarde des photos - prises par le gnome trop terrorisé alors pour intervenir, s'est-il défendu - photos sur lesquelles j'assassine un homme et une femme qui me ressemblent trait pour trait et que, pourtant, je jure ne pas connaître.

Étourdissant demi

Je lâche un :
— Ce n’est pas bien poli de montrer du doigt.
Eh oui, la surprise annihile immanquablement mon bon sens !
Monsieur le roquet est chanceux. Trois gendarmes pour l’escorter jusqu’à ma porte. Trois uniformes pour me présenter « le calomnieux hurlant ». Je m’empresse d’ajouter :
— Que puis-je pour vous, Messieurs ?
D’un ton glaçant, le plus gradé des militaires m’interroge :
— Où étiez-vous, le 3 septembre, aux alentours de 18h00 ?
— Aucune idée !
— Papiers, chaussures et vous nous suivez.

J’obtempère. Mes poignets ont suffisamment souffert aujourd’hui. Traumatisant pour eux le désossage. Leur imposer les menottes serait pure hérésie. Tandis que nous rejoignons le véhicule de gendarmerie, je me creuse les méninges. C’est certain, j’ai déjà croisé mon accusateur, ce sans gêne qui me traite, moi, l’honnêteté incarnée, d’usurpateur. Mais où ? Son visage familier ne s’intègre à aucun lieu fréquenté et ne s’est jamais invité sur mon écran de télévision. Monsieur le roquet nous quitte après trois chaleureuses poignées de main et un regard haineux. Les uniformes et moi roulons quarante bonnes minutes puis nous nous garons devant «Les glaïeuls». En cœur, les trois gendarmes demandent :
— Vous connaissez cet endroit ?
Pris d’un rire nerveux, je réponds :
— Bien sûr !
Le benjamin s’agace :
— Ça vous fait rire ? Et la détresse de Monsieur SALOP, elle vous fait rire aussi ?
— Quelqu’un lui a fait du mal ?
— Vous ! Se faire passer pour le fils d’un homme qui perd la mémoire, quelle honte ! Pour votre information, il est fauché comme les blés !

Soulagé, j’explique. Porter le patronyme SALOP était handicapant. Las des moqueries et bien décidé à ouvrir ma casse automobile, j’ai effectué les démarches pour en changer. Depuis plus de vingt ans maintenant, je m’appelle Monsieur MALOP. Pour autant, je reste le fils de mon père. L’ambiance à l’intérieure de la voiture se détend. Les gendarmes vérifieront et l’affaire sera classée sans suite. Mais une question me taraude : pourquoi l’infirmier-accusateur était-il si hargneux ? Bien que mal à l’aise, le gradé accepte de m’éclairer. Monsieur le roquet, avisé de ma deuxième visite par une aide-soignante - accessoirement sa maîtresse -, m’a filé et logé. Mais l’ancienne école que j’habite est divisée en quatre appartements. Pas grave, le futur plaignant disposait d’éléments suffisants pour alerter la gendarmerie. Et surtout, oui surtout, ce monsieur est le fils de mon père ! Mon paternel, jongleur émérite, ne s’est pas méfié. Au moment de poser ses valises dans cette maison de retraite, sa mémoire s’est fait la malle. Pas le temps de mettre le personnel de l’établissement dans la confidence.
Sacré Papa ! Ta double vie a frisé la perfection ! Et moi, vais-je être à la hauteur du défi ? Adoucir mon demi-frère pourrait s’avérer bien plus complexe qu’adoucir mon nom de famille.

Incompréhension

-Tu veux que je t'en raconte une bien bonne ?
- L'autre jour, j'venais à peine de rentrer du boulot, j'était complètement HS. La journée avait mal commencé. Je m'étais rétamé la figure sur le trottoir en sortant de l'immeuble, mais je n'étais pas remontée me changer, car j'aurais raté le bus. Au moindre retard, ils nous foutent dehors ! Donc, le soir, je suis crevée et j'ai même pas le temps de sauter dans mon survêt qu'on sonne à la porte. J'hésite un moment avant d'aller ouvrir et à faire comme si que j'étais pas là. Ça insiste, alors j'entrebâille et qu'est-ce que je vois ? Je te le donne émile des gendarmes et un grand escogriffe qui braille : " Arrêtez-là, c'est une usurpatrice !"
Tu sais comment j'suis, j'allais pas me laisser traiter avec des mots que je ne connais même pas. Du coup, j'ai voulu refermer la porte, sauf que le gendarme m'en a empêché avec son pied. Il a insisté, presque aimablement, pour que je les laisse entrer. J'ai obéi en grognant et je me suis retrouvée entourée comme une criminelle. Mon pauvre studio a rapetissé d'un coup avec tout ce monde.
J'ai repris mes esprits vite fait et ni une ni deux, j'ai demandé:
- C'est de quoi est-ce exactement qu'il m'accuse ce type ?
- D'être une usurpatrice !
- C'est à dire ? que j'ai dit, j'ai "usurpaté " quoi ou qui ?
Le mec a crié alors :
- Elle le fait exprès, et en me regardant fixement, il a ajouté, ne jouez pas les idiotes et avouez tout de suite.
Là, j'ai commencé à en avoir par-dessus la tête et j'ai hurlé :
- Causez-moi avec des mots que je comprends et je pourrais voir à répondre.
Le gentil gendarme a repris la parole :
- Ce monsieur vous accuse de vouloir prendre la place de sa femme.
Alors là, je suis restée comme deux ronds de flan, j'ai éclaté de rire et j'ai dit :
- Et pourquoi que je ferais un truc pareil ? Vous avez vu sa tronche de cake, ça donne pas envie, non mais franchement !
Apparemment ma réponse a pas plu à mon accusateur, il s'est mis en pétard :
- Elle joue les débiles, mais en attendant elle a soutiré de l'argent en mon nom à plusieurs personnes et a détourné des grosses sommes en se faisant passer pour mon épouse et ...
Je lui ai coupé le sifflet :
- Pauvre naze, si j'avais fait ça, tu crois que je serais toujours dans ce studio minable et que je ferais des ménages matin et soir dans des bureaux à deux heures de chez moi ?
Les gendarmes se sont regardés avec un air un peu idiot et l'un des deux a dit :
- Ecoutez, madame Armande Boujaud, vous allez nous suivre à la gendarmerie et on va tirer tout ça au clair bien tranquillement.
- Comment que c'est que vous m'avez appelée ? que j'y ai dit aussi sec.
- Armande Boujaud ! qui m'a dit.
- C'est pas moi ! Moi c'est ALINE Boujaud. L'Armande, c'est l'autre poufiasse du deuxième qui se prend pour une duchesse et qui m'adresse même pas la parole; elle peut pas me piffer car on est "synonymes" et que le facteur il se trompe tout le temps de boîte à lettres. Comme si c'était de ma faute ! Vous vous êtes trompés d'étage.
T'aurais vu leurs tronches. Ils m'ont demandé mes papiers pour être sûrs que j'racontais pas des bobards. Ils se sont même excusés pour l'erreur. L'autre crétin, par contre, a fait demi-tour sans un mot. Un mal élevé c't'homme-là.
Je me suis retrouvée seule en un instant.
Enfin, avec tout ça, j'ai un nouveau mot à mon vocabulaire : "usurpatrice", j'suis pas "prête" à l'oublier celui-là.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Lun 8 Oct - 08:33 (2018)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> NOS JEUX D'ECRITURE -> Jeu 160 Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com