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Bach et Gould sont sur un bateau, Wertheimer tombe à l’eau

 
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MessagePosté le: Ven 27 Juil - 00:16 (2018)    Sujet du message: Bach et Gould sont sur un bateau, Wertheimer tombe à l’eau Répondre en citant

Le naufragé (Thomas Bernhard) et les variations Goldberg (Jean-Sébastien Bach)

Premièrement, soit un musicien allemand plus tout à fait d’actualité quoique indémodable : Jean-Sébastien Bach. Prenons une œuvre dont la légende dit qu’elle a été écrite pour faire passer les longues heures d’insomnie d’un personnage dont le nom ici n’a pas d’importance : les variations Goldberg (le nommé Goldberg étant le joueur de clavecin du personnage sus-cité).

Deuxièmement, soit un pianiste canadien contemporain mort en 1982, Glenn Gould, qui était – dit-on – un interprète de génie et dont la légende dit qu’il ne jouait jamais sans sa chaise aux pieds sciés qui le faisait se tenir assis bien plus bas que le clavier.
Quand je pense combien j’ai souffert devant mon piano étant gamine parce que paraît-il je ne tenais pas mes avant-bras et mes poignets à l’horizontale, je ne m’étonne plus de n’avoir eu aucun avenir pianistique mais ceci est une réflexion personnelle qui n’a aucune importance pour la suite parce que je n’ai jamais eu l’ambition d’être musicienne. Il n’empêche que le jeu des pianistes me fascine, sans doute parce que je mesure à plein le degré de mon incompétence et que je m’émerveille de savoir qu’il existe des gens capables de tirer le meilleur d’un piano.
Pour terminer sur Glenn Gould, il est dit aussi que son interprétation enregistrée des variations Goldberg est une référence, et je ne parle pas de ce qu’il a pu produire en concert, je n’y étais pas.

Troisièmement, soit un écrivain autrichien contemporain mort aussi, voyez-vous ce hasard, la même année que Glenn Gould donc en 1982, j’ai nommé Thomas Bernhard. J’avoue que je ne le connaissais pas mais il n’est jamais trop tard pour combler une lacune.

Il a écrit, outre quelques choses pas très folichonnes, cette fiction où il fait intervenir Glenn Gould : pour faire très bref, c’est l’histoire de trois élèves pianistes qui se rendent à Salzbourg pour y suivre l’enseignement d’un maître : il y a Glenn Gould, il y a un nommé Wertheimer, à qui Glenn Gould donne le surnom « le sombreur » et il y a le narrateur, dont on ne sait pas le nom mais ça n’a pas d’importance.
Et le narrateur nous raconte comment Wertheimer et lui, tous deux promis à une belle carrière de pianistes, ont raccroché direct en entendant Glenn Gould jouer les variations Goldberg. Terminé, rideau, pas la peine d’espérer quoi que ce soit de l’avenir, Glenn Gould étant inatteignable, la carrière de pianiste ne vaut plus le coup d’être vécue, il faut songer à se reconvertir (je résume la pensée du narrateur et de Wertheimer).
Or donc, pour Wertheimer, ça finit mal, vu qu’il finira par se suicider – après la mort, dans le roman, de Glenn Gould, - ce n’était pas pour rien que celui-ci l’appelait le sombreur et vous aurez déjà compris, je suppose, que « Le naufragé », c’est lui.

Le style de cette narration est très particulier, avec des « pensai-je » qui ponctuent des phrases longues et des répétions qui semblent autant de ruminations du narrateur. On a l’impression que celui-ci tourne et retourne ses idées noires comme autant de facettes, autant de variations, de l’examen de leur vie à tous trois, du pourquoi du comment, depuis leur rencontre avec Glenn Gould jusqu’à la mort de Wertheimer.


J’ai essayé de me procurer « Le naufragé » à la bibliothèque mais Thomas Bernhard n’a pas l’heur de faire figure de best-seller ; je n’ai trouvé qu’un seul livre regroupant plusieurs titres, et à feuilleter comme ça vite fait, ça n’engendre pas la gaîté.
Bernhard a écrit beaucoup de récits plus ou moins autobiographiques, sa jeunesse se passe juste avant et pendant la seconde guerre, et il ne semble pas porter les institutions de son pays à cette époque dans son cœur. J’ai l’impression que je vais me confronter à un univers très dur, très sombre, à beaucoup de colère, à une obsession de la mort… Je compte quand même le lire mais il va me falloir m’armer d’une force d’esprit à laquelle n’incite pas cet été caniculaire qui ramollit les corps et les cerveaux… Et en plus, le seul bouquin que je voulais et qui n’y était pas, c’était « Le naufragé », cette fiction dans laquelle apparait Glenn Gould, ce qui est bien contrariant.


Mais pourquoi donc vouloir à toutes fins lire du Thomas Bernhard, êtes-vous en droit de vous demander ? Parce que bravant ma paresse casanière, je suis allée l’autre soir écouter un programme musical mettant en scène des extraits lus du « Naufragé », entrecoupés des variations Goldberg.
Je suis assez contente de me dire que même le fin fond du fond de la province sait offrir à ses habitants une vie culturelle qui n’a pas à rougir de sa qualité.


Maintenant, on va s’intéresser un peu à ceux qui étaient sur l’estrade pour ce programme musicalo-littéraire.

Soit un jeune homme d’origine britannico-taïwanaise né en Californie et ayant étudié en différents endroits du monde, ce qui lui permet de parler quatre langues, le mandarin, l’anglais, l’allemand et le français.
Pour bien me complexer encore, voilà que c’est un surdoué du piano. Et en plus il compose. Et il a déjà une belle carrière internationale de pianiste alors qu’il n’a que vingt-six ans. Et comme ça, pour faire joli sans doute, il n’a rien trouvé de mieux que d’avoir une maîtrise de mathématiques pures qu’il a obtenue en français (cela sous-entendrait-il qu’il y ait des mathématiques impures ? oh, ça va, je plaisante), bref je serais curieuse de connaître son QI, à Kit Armstrong, c’est le nom du jeune prodige.
Vingt-six ans, donc. Et ne voilà-il pas qu’à l’âge de vingt-deux ans, passant pour je ne sais quelle raison par la verdoyante Thiérache où paissent de placides vaches laitières, dans ce pays de bocage s’étendant sur le nord de l’Aisne et le sud du Nord, il tombe en arrêt devant une église tristounette mal bâtie (menaçant ruine, oui), art déco, en plein centre d’Hirson, chef-lieu de canton sis à quelques kilomètres de la Belgique (oui, on ne le sait pas, mais l’Aisne est un département frontalier) et hop, il l’achète, avec l’approbation de la ville et de l’épiscopat qui préfère voir une ancienne église, fût-elle désacralisée, occupée par un musicien plutôt que par une boîte de nuit comme ça a failli être.
Kit fait faire des travaux, en fait son domicile, son espace de travail, et une salle de concert. Et ce soir-là, il y jouait les variations Goldberg (de Jean-Sébastien Bach, je rappelle).

Et pour finir, soit maintenant... comment dit-on ? un récitant ? Entre deux variations, le programme nous donnait en effet à entendre des extraits du « Naufragé », lus par Didier Sandre (euh…pardon monsieur Wikipédia, je ne connais pas cette personne, vous pouvez me dire quoi à son sujet ?), acteur et metteur en scène de théâtre, pensionnaire de la Comédie française, d’une excellente diction et bel homme au demeurant (eh quoi ? j’ai bien le droit de le dire si je le pense).


J’ai passé deux heures splendides, qui valaient bien les autres deux heures casse-pied à faire la route mais on n’a rien sans rien.
Seul bémol de toute l’affaire : l’église aurait bien besoin d’être insonorisée. Ça nous aurait évité, vers la vingt-huitième ou vingt-neuvième variation, d’avoir à subir les bruits extérieurs ambiants, genre foule en délire, klaxons et rodéo automobile dans la ville… ah tiens (pensai-je), y’avait match ce soir ? Ah, ils vont en finale ? Oui ben on se calme, quoi…
C’est là qu’on voit la maîtrise des grands : Kit Armstrong a continué à jouer, virtuose magistral et imperturbable, et Didier Sandre à lire, sans l’ombre d’un changement de ton, incarnation profonde de son texte.
Et puis il y a eu les applaudissements et les rappels en ovation debout, parfaitement ! (je ne suis pas quadrilingue, moi).

En ville, se sont ensuite rencontrés deux antipodes (image hardie) : d’un côté les agiteurs de drapeaux grimés en bleu-blanc-rouge, de l’autre, la petite foule sortant de l’ex-église Sainte Thérèse.
À chacun ses enthousiasmes, à chacun ses états de grâce. Dans les deux cas, une intense émotion.
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MessagePosté le: Ven 27 Juil - 00:16 (2018)    Sujet du message: Publicité

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