forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum

forum du cercle maux d'auteurs
Ouvert à tous les passionnés de lecture et d'écriture!

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Les textes du jeu 157

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture -> Jeu 157
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
danielle
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 11 624
Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Ven 20 Juil - 20:43 (2018)    Sujet du message: Les textes du jeu 157 Répondre en citant

Récréation

21h et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et qu'Eric se retrouva devant l’écran noir de sa télévision. Il était en slip kangourou, vautré sur le canapé, un pack de bière fraîche à ses côté, prêt à s'enthousiasmer pour son équipe favorite et tout se compliquait d'un coup.
- Merde, manquait plus que ça, se lamenta-t-il, agacé.
Sur ces fortes paroles, il jeta un coup d’œil par la porte vitrée. Il ne faisait pas encore sombre, la pluie tombait avec abondance. Il se serait cru dans une serre tropicale tant l'atmosphère était moite. L'eau risquait de monter, il devait aller sur la terrasse, s'assurer que l'évacuation n'était pas bouchée par des feuilles mortes. Il serait de toutes façons trempé. Il enleva en maugréant son seul vêtement pour le préserver et sortit. Pris par sa tâche, il s'habitua rapidement à l'eau qui coulait dans ses cheveux, le long de son dos. Il s'activa, retira la matière gluante et regarda satisfait le flux qui s'écoulait maintenant normalement dans l'égout. Ce qui ne l'empêcha pas de sentir bientôt un petit vent plus frais l'envelopper, lui frôler les jambes, sans que ce soit forcément désagréable. Même le contraire. Lorsque la douche cessa, il faisait nuit, il avait oublié son match, ses sens étaient en éveil. Il vit l'ombre d'une chauve-souris passer rapidement, il se sentit bizarrement heureux, en harmonie avec la nature environnante maintenant que la pluie et la boue l'avaient baptisé. Il était libre de toute entrave. Poussé par une force inconnue, il mit ses sandales, s'aventura, sortit sur la petite route. Il vit alors dans l'obscurité Claire, sa voisine qui était là, elle aussi trempée et toute nue. Il ne fut même pas étonné, juste un peu admiratif devant cette chair abondante. Elle lui fit signe et le plus naturellement du monde elle l'emmena vers le centre du village. D'autres personnes convergeaient dans le plus simple appareil, bientôt il y eut foule. Fait étrange, on s'apostrophait, on se causait sans gêne aucune. Rien n'était incongru, on se saluait en se caressant le sexe comme on se serait serré la main ou fait la bise la veille encore. Certains, les plus polis, mettaient beaucoup d'application dans ces civilités. Quelle était l'objet du rassemblement? Personne ne savait trop, on avait eu envie de venir, c'était tout. Monsieur le Maire se crut obligé de prendre la parole, son discours ne sembla pas aussi officiel et empesé que de coutume:
- Mes chers administrés, je vois votre entrain, Mesdames, vos yeux brillants, Messieurs, votre vigueur. Moi-même, avec dix ans de moins, … Non, non, ne riez pas, ne perdons pas de temps en vains discours, nous allons boire de ce petit vin blanc directement sorti de ma cave. Amusons-nous, faisons des bêtises, tout est bien sûr permis ce soir.
Ces paroles guillerettes furent vivement applaudies et perçues comme une invitation, s'il en était encore besoin, aux débordements festifs. Après les salutations prodiguées à l'envie, on trinqua à qui mieux-mieux. Du désir de l'ivresse à l'ivresse du désir, tous s'enhardirent. On vit des silhouettes courir, on entendit des cris amusés, on s’agglutina, on se dispersa, on ne savait plus très bien qui était avec qui. La bacchanale s'étirait dans l'herbe fraîche au clair de lune. Le diable qui s'était installé dans une cave d'où il contemplait par le soupirail le spectacle, afficha un large sourire dans l'obscurité. Il avait mis en scène ce petit divertissement et pouvait maintenant tranquillement reprendre son somme, en attendant de récolter ses dividendes, en terme de crises de jalousie et de scènes de ménage le lendemain.



La tête

21 heures et quelques minutes. Le coup d'envoi du match de football venait d'être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Gabin se trouva devant l'écran noir de sa télévision.
S'ensuivit un hurlement à la hauteur de la dramatique spoliation, puis, instantanément, on put entendre une bordée d'injures et de grossièretés dignes de figurer dans une anthologie de la vulgarité du vingt et unième siècle !
Les éclairs et le tonnerre continuaient à illuminer la pièce et à gronder de manière menaçante. Gabin se leva lourdement et se dirigea vers le compteur électrique. Il manipula sans succès l'interrupteur, accompagnant son geste du jurons variés. Le vocabulaire ordurier de cet homme semblait sans limite.
Les minutes passaient et Gabin ne pouvaient envisager l'éventualité de ne pas assister à ce match qualifié de "crucial", de "dantesque" et d'autres qualificatifs tout aussi dithyrambiques les uns que les autres par les médias. Ce colosse de cent et quelques kilos se sentait démuni comme un petit enfant à qui l'on aurait ôté brutalement son doudou.
Malgré son désarroi, une idée surgit soudain dans le crâne de Gabin. Son plus proche voisin habitait dans une ferme à un peu plus de deux kilomètres de chez lui, avec un peu de chance la foudre aurait peut-être épargné son logis.
Il saisit ses clefs de voiture et sortit sous la pluie diluvienne. Il conduisit, malgré une visibilité quasi nulle, sans lever le pied de l'accélérateur. Les dieux du stade devaient être avec lui puisqu'il arriva sans accident devant la maison de Jeannot Le Sueur. Gabin se précipita vers la petite véranda, l'espoir chevillé au corps, car il venait d'apercevoir à travers la vitre de la salle à manger la clarté d'un poste de télévision. Miracle, il allait voir le match !
La première mi-temps ne devait pas encore être achevée. Tout n'était pas perdu...
Notre homme frappa à plusieurs reprises à la porte avant qu'elle ne s'ouvre devant son propriétaire hébété par cette visite impromptue.
Après un bonsoir des plus succincts, Gabin affirma péremptoirement :
- Je viens regarder le match chez vous voisin, car mon poste est foutu.
Tout en parlant, il écarta Le Sueur pour s'approcher au plus vite de l'objet de son désir. Il manqua s'étouffer en voyant l'image. Ce n'était pas du foot !
- Changez la chaîne, intima-t-il en criant, c'est de la daube ça.
- De quoi j'me mêle, répondit le Jeannot , j'regarde encore c'que j'veux, et pis j'aime pas le foot.
- Vous rigolez, Ford Boyard c'est pour les gonzesses, faites pas ... Passez moi la manette que j'rectifie le tir.
Le malheureux voisin, comprenant que cet homme, avec qui il n'avait pas échangé plus de trois phrases de toute sa vie, voulait lui imposer un spectacle dont il n'avait rien à faire et ceci sans la moindre des politesses, réagit soudain :
- Sortez de chez moi ou j'appelle les flics !
- Je sortirai quand l'arbitre aura sifflé la fin du match mon petit bonhomme renchérit Gabin au bord de l'implosion.
Alors Jeannot saisit son téléphone, son envahisseur le voyant faire se rapprocha de lui aussitôt et lui mit un coup de boule puissant qui envoya le pauvre fermier à terre, totalement K.O.
Calmement, l'amateur de football changea la chaîne et s'affala sur le canapé.
Le score était de 0 à 0, Gabin soupira d'aise, il n'avait rien raté.

Quelle poisse !

21h et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Jean-Marie se retrouva devant l’écran noir de sa télévision.
Merde ! S’écria –t-il.
Il descendit au rez de chaussé et trouva sa femme debout devant la fenêtre.
— C’est toi qui as tout fait sauter ?
— Ben à vrai dire je crois bien que oui…
— En faisant quoi ? Ce que je sais c’est qu’il faut remettre le compteur !
— Tu ne pourras pas, j’ai essayé mais je viens d’avoir Eliane sur son téléphone, elle a fait couper le courant dans notre rue pour éviter d’autres accidents.
— Et ? D’abord pourquoi déranges-tu la mairesse, si c’est toi qui as fait une bêtise ? Et que peut-elle faire hein ?
Il était furieux.
Sa femme le regarda fixement et lui dit :
— Regarde par la fenêtre et dis-moi ce que tu vois…
— Ma voiture ! Explosée ! C’est cela que j’ai entendu ? Ce n’était pas la foudre !
— Ben non…
Il était fou de rage et en même temps sa femme avait l’air tellement mal qu’il vint près d’elle.
— Raconte.
— Et bien voilà, deux jeunes gamins jouaient devant la fenêtre et hurlaient : on va gagner, on va être en finale ! Ça m’a énervée. Je venais juste de commencer une belote virtuelle sur mon ordinateur. Et naturellement j’avais misé gros comme toujours. 1000 jetons pour une smicarde c’est beaucoup, mais c’était sa passion et elle était très raisonnable. Si elle gagnait elle continuait, mais si elle perdait elle ne rejouait plus avant d’avoir récupéré le minimum de 250 jetons rien que par les cadeaux des autres joueurs. Elle mettait parfois des semaines avant de se « refaire » mais y parvenait. Ce soir, elle avait atteint sans difficulté 2000 jetons. Elle ne se faisait pas d’illusions, avec cette coupe du monde de foot, les hommes étaient tous devant leur téléviseur et ne jouaient avec elle que des jeunes gens ou des femmes pas très à la pointe du jeu. Cela lui laissait donc la possibilité de gagner. Elle considérait la belote, du moins la coinche comme un jeu de réflexion et de concentration.
Alors je leur ai balancé un seau d’eau. Ensuite je ne sais pas, cela a été si vite mais ils sont partis en courant en jetant quelque chose sur ta voiture et boum !
Jean-Marie était anéanti. Que dire ? Qui sait s’il n’aurait pas fait pareil ?
Alors bon prince, Il prit Jocelyne dans ses bras et d’un geste protecteur, lui dit que ne c’était pas grave, l’assurance allait rembourser. C’était ennuyeux mais il n’y avait pas mort d’homme. Les gendarmes allaient les retrouver ces deux petits cons, ne t’inquiète pas.
— Merci Jean-Marie, tu es gentil. Mais j’ai un aveu à te faire, je n’ai pas payé le renouvellement de l’assurance voiture et cela fait deux mois que nous ne sommes plus assurés.
Pour ne pas la frapper ou casser quelque chose, il attrapa la télé et la jeta par la fenêtre. Putain de match, c’est à cause de ça que ce malheur est arrivé.
Il prit son blouson et sortit en claquant la porte.
Si je les retrouve je les tue.
Il ne les a pas retrouvés et depuis il prend le bus…


L’ESPRIT DE COUBERTIN


Vingt et une heures et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Samira et Mathias se retrouvèrent devant l’écran noir de leur télévision.
Samira a une peur panique de l’orage. D’instinct elle se blottit contre Mathias. Contrarié par la panne, Mathias se serait bien passé de jouer les anges gardiens. Il se fait rassurant pourtant, en affirmant que ce n’est qu’un petit orage de rien du tout qui allait rapidement s’éloigner.
Propos démentis par les trombes d’eau martelant les fenêtres, le vacarme apocalyptique du tonnerre et les éclairs illuminant sans discontinuer le ciel de leurs zébrures nerveuses.
— Il parait qu’il faut compter après chaque éclair, dit Samira d’une voix apeurée.
Les premières minutes d’un match sont rarement décisives. Mathias accepte de se prêter à ce jeu imbécile.
— Un… deux…
— Un…
— Un… deux… trois…
— Il s’éloigne ! lance t-il victorieux.
Agacé, il se lève pour essayer de remettre le compteur. Farfouille dans la cuisine.
— Merde ! C’est tout le quartier qui est privé de jus. Et la pizza n’est même décongelée !
Enervé il vient se rasseoir à côté de Samira, devant l’écran noir.
— Heureusement les bières du frigo sont fraîches. T’en veux une ?
Un roulement de tambour gargantuesque couvre ses paroles.
Apeurée, Samira se serre contre Mathias qui décapsule sa bière en se décalant. Timide elle lui propose son portable. Il a cassé le sien le matin même, en marchant dessus au saut du lit.
— Tu veux que je regarde une finale de Coupe du Monde sur un timbre poste ? T’y connais vraiment rien en foot toi ! J’te l’avais dit, on aurait dû aller avec mes potes à la fan zone. Mais bon, passe toujours ton timbre poste !
Après avoir pianoté quelques instants sur l’écran, Mathias jette rageusement le portable.
— Putain ! Pas de réseau !
— C’est à cause de l’orage…
— T’as au moins fait Saint-Cyr pour trouver ça toute seule ?
Le match a débuté il y a plus de vingt minutes. Samira est de plus en plus effrayée par la violence des éléments, la fureur de la pluie, le boucan infernal du tonnerre et la fulgurance des éclairs. Mathias est de plus en plus énervé par l’écran noir qui le nargue de son silence. Il se lève, tourne dans le salon, répond par des jurons aux grondements enragés. Il en veut au monde entier. À EDF, à SFR, à ces bons à rien de la FIFA qui organisent une finale un jour d’alerte météo. Il décapsule sa troisième bière qu’il siffle d’un trait.
— C’est la mi-temps…
Samira n’y connaît rien, mais elle sait la durée un match. Quand il regarde le foot, Mathias profite de la mi-temps pour se lancer dans un coït rapide, histoire de faire baisser la tension accumulée pendant les premières quarante-cinq minutes.
Ce soir Mathias n’a pas l’âme câline.
— T’es conne ou quoi ? C’est la mi-temps ! Et qu’est-ce que tu veux que ça me foute ?
Samira se tasse sur le canapé. Mathias continue de tourner. Il ouvre sa septième bière. Donne des claques à l’écran noir à chacun de ses passages. Compte tenu du temps additionnel, le match touche à sa fin. Il n’en a vu que le coup d’envoi. Il ouvre sa douzième bière.
Dehors la pluie se fait lancinante, les éclairs ne zèbrent plus qu’un horizon lointain. Dedans les claques sur l’écran noir se font de plus en plus violentes, les jurons de plus en plus rapprochés. D’un coup la lumière revient. Dans un léger bruit de succion l’écran noir retrouve ses couleurs. Mathias lui jette un regard chargé de haine. Il voit le capitaine de l’équipe de France pleurer et les bleus rejoindre le vestiaire en silence, tête basse.
L’orage s’est tu.
Dans le calme revenu, l’appartement résonne d’un rot aux relents acides de houblon fermenté.
Sur le canapé, Samira pleure sans bruit.


ERMITAGE


21h et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Bob Le Carpentier se retrouva devant l’écran noir de sa télévision.

« Putain ! C’est pas vrai ! Juste au moment où… ».

Effectivement, après 15 secondes et quatre passes au centre du terrain, Abo venait d’adresser une balle en cloche à l’ailier gauche, Val, démarqué et pas hors-jeu. A peine Val avait-il récupéré le ballon, et reculé d’un pas pour le transmettre à l’avant-centre, Ruy, posté au point de penalty, que l’écran s’éteignit. Alors, le temps s’arrêta.

Les yeux de Bob étaient encore impressionnés par le fantôme de l’image rectangulaire qui venait de s’évanouir. Il y distinguait toujours les silhouettes bleues et jaunes des joueurs sur le fond vert de la pelouse, les montants et les filets de la cage de but, et la petite boule claire virevoltante qui ne demandait qu’à y entrer.

Il ouvrit la fenêtre. La cité était plongée dans l’obscurité. Au-delà du pont, dans la vieille ville et les hameaux disséminés dans la vallée, aucune lumière n’était visible sous le ciel sombre zébré d’éclairs. Seuls les phares des rares voitures éclairaient l’air chargé de pluie sous les réverbères éteints.

Ça et là, des coups de klaxon retentirent. Aucun doute, la France venait d’ouvrir le score.

Bob se désolait. Serait-il privé de la retransmission de cette finale qui s’annonçait mythique ? Il avait justement acheté ce nouvel écran plat panoramique à l’occasion de la coupe du monde 2022. Si la panne s’éternisait, comme l’année passée où elle avait duré deux jours, il verrait le match, certes, mais en différé, en connaissant le résultat. Aucun intérêt !

Il prit sa décision.

D’abord il appela Sam de son portable :
« Salut Bob, t’as vu le penalty ?
« Ne me dis rien ! Tais-toi et note. »

Ses instructions transmises, il prépara un sac de voyage, emballa l’écran dans un drap, et descendit au garage.

Comme il démarrait, la radio hurla : « Val ajuste son tir… ». Il éteignit juste à temps, et obtura ses conduits auditifs avec des boules Quies ©. Puis il prit l’autoroute en direction de Gap, vers le petit chalet isolé qu’il possédait dans la montagne. Après 30 km, la voie s’éclaira. Il atteignit le péage 10 mn avant la fin du temps règlementaire, évita le regard de l’employé, de peur d’y déceler la joie ou la déception, et emprunta la route en lacets qui menait au refuge.

Le lendemain, il ferma les volets, alluma son portable et, faisant fi des autres messages, ouvrit celui de Sam, dont il téléchargea sur son PC la pièce jointe : le match enregistré en direct. Il connecta la télé, posa sur la table des chips et une bière, et s’affala dans le canapé.

La première mi-temps fit somptueuse ; un pénalty pour la France, et 3 partout.

La deuxième fut à l’avenant. Menés 5 à 4, les bleus égalisèrent à 30 secondes de la fin. La Marseillaise retentit dans les gradins. Les prolongations seraient les plus palpitantes jamais vues dans l’histoire du foot. Elles le furent, au-delà de toute espérance. 7-5 après la première période, 2 buts à remonter pour la France. Un coup franc direct des 40 m, magnifiquement ajusté, redonna l’espoir ; puis un corner dans la dernière minute qui trompa deux défenseurs et le gardien, mit les équipes à égalité. Tirs au but !

Bob tremblait. On sonna avec insistance. Il éteignit le poste, alla ouvrir. Un homme se tenait devant lui.

« Mon chien s’est échappé, vous l’auriez pas vu ? Pendant le match… Ah ! Le dernier pénalty arrêté par Mbé, fantastique ! On est les champions… »

L’homme fut surpris de recevoir un magistral coup de poing sur le visage. Le nez en sang, il bredouilla :
« Dévolé, ve favais pas que vouv étiez brévilien. »



Scène de ménage

21h et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Marco se retrouva devant l’écran noir de sa télévision. Beuglant des injures à destination de l’orage, du poste, du décodeur et de la box– tant qu’à faire– ! il se rua vers la chambre à coucher d’où il comptait bien déloger son épouse en train de regarder une série policière sur une petite télé branchée sur l’antenne collective. A condition qu’elle marche…Il fut très surpris de trouver le lit vide. Mais pas le temps de s’inquiéter de l’absence de Lisa, priorité au match ! Plein d’appréhension, il mit le récepteur en route : miracle, maillots et shorts de couleur apparurent. Il avait déjà perdu douze bonnes minutes de jeu. Il s’installa donc et se passionna bruyamment pour les passes, les jeux de jambes, les corners et tutti quanti jusqu’à la mi-temps. Foin du debrief des spécialistes, il était temps de savoir où était Lisa ! Dans la cuisine, en train de préparer un gâteau ? Dans la buanderie, à repasser ? Traversant le hall, il remarqua que son sac et son blouson n’étaient pas à leur place habituelle. Lisa était sortie ? C’était fort de café. Il bondit dans la chambre de leur fille.
– Tu sais où est ta mère ?
– Euh, ben… Elle a dû aller prendre un verre avec des copines…
– Elle a dû ? Ne mens pas, ELLE EST ALLEE… hein ? Tu es dans la confidence. Et moi, pauvre imbécile….
– Papa, arrête ton cirque. D’ailleurs, quand tu es devant ta télé, la maison pourrait bien prendre feu, tu ne t’en apercevrais même pas.
Ulcéré, Marco se réinstalla devant la seconde mi-temps sans remarquer que l’orage avait cessé. Malgré ses efforts, il peinait à se concentrer sur la partie. Un aiguillon de frustration lui titillait le cerveau et l’estomac. « Sortie avec des copines… » C’était nouveau ça. Il s’apprêtait tout de même à savourer la victoire de ses favoris lorsque Lisa entra dans la chambre. Elle esquissa un mouvement de recul en apercevant Marco qui se mit à rugir.
– Depuis quand madame sort-elle se pinter avec des copines ?
– Depuis que Monsieur monopolise la télé, répliqua-t-elle reprenant de l’assurance.
– Et madame ne demande pas la permission ? Ma mère n’aurait jamais fait ça !
– Je ne suis pas ta Mama, Marco, je suis ta femme, qui fait ce qu’elle peut pour ménager ton incurable mentalité de macho. Je sors : ni vu ni connu, et basta.
– Mais ce soir, tu es faite comme un rat ! C’est qui, ces copines ?
Il se leva et s’approcha, menaçant.
– Une nouvelle coiffure, du parfum, et c’est quoi ce tee-shirt à paillettes ?
– Des choses que tu ne remarques jamais d’ordinaire. Oui, je me suis fait couper les cheveux, oui, ce tee-shirt est neuf et j’utilise toujours la même eau de toilette.
– Avoue, c’est avec un type que tu sors en cachette ! Tu me trompes, avec la complicité de ta fille, en plus !
– Suffit avec ta stupide jalousie. C’est toi qui me trompes avec ta télévision. Football, tennis, formule 1, golf, tu as toujours un truc super important à regarder. On ne fait plus rien ensemble. Chacun devant sa télé, tu parles d’une vie, j’ai besoin d’air, moi !
– Et tu t’envoies en l’air !
– Arrête avec ces bêtises. D’abord, qu’est-ce que tu faisais, installé dans la chambre ? Tu me fliquais ?
–Pff, la télé du salon ne marche plus, la guigne !
Lisa avait l’habitude de ce genre de scènes, elle savait aussi que Marco finissait toujours par demander pardon, parce qu’il était fou d’elle. Mais cette fois, l’occasion était trop belle de corser le scénario. Elle lâcha d’un ton badin.
– Ah bon ? Cool, Marco ! Une chance que le beau brun qui m’a raccompagnée m’ait laissé ses coordonnées : il est dépanneur télé.


ORAGE ! Ô DESESPOIR !

21 h. Et quelques minutes. Le coup d’envoi du match venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que Luc se retrouva devant l’écran noir de son téléviseur.
-Tonnerre de Brest ! s’écria-t-il bien qu’il fût à La Motte-Beuvron. Un fracas qui déchire un crépuscule à ce point, c’est pas courant ! »
Mais voilà qui devait expliquer le retard de Jo et de Lu, sa femme. Luc avait beau dire : « En voiture, vous craignez rien : vous êtes dans une cage de Faraday », Luce qui n’était pas une lumière répliquait « C’est pas une Faraday, notre auto, c’est une Jacob Delafon »
-Tu confonds toujours tout, disait Luc, « Jacob Delafon » c’est la marque des sièges d’occase qui ont remplacé ceux d’origine ».
Le téléphone de Luc sonna.
-C’est Jo. On vient pas par un temps pareil.
-La télé est en panne mais ils .vont vite la rétablir. Max m’a appelé : l’E.S. mène déjà par trois coups de boule à Zéro. Zine ed Dine est en grande forme. Cette soirée foot devant la télé avec vous deux à l’occasion du derby Elite Solognote /Entente de Romorantin, je l’attendais avec impatience.
Luc était désemparé : les « cro » achetées par Jo ne risquaient pas de s’abimer, il ne pouvait hélas pas en dire autant de la pizza « gargantua » qu’il avait rapportée à la maison. Où aller ? Comment sortir de cette impasse ? Chacun avait sa petite idée, même Mika, le célibataire, qui n’invitait jamais personne chez lui car le ménage n’était pas vraiment sa préoccupation première voulait recevoir chacune et chacun, plus le berger allemand que la pizza géante, qu’elle s’appelât Gargantua ou Pantagruel, n’effrayait nullement, plus le caniche nain qui se contenterait des olives, plus le chat siamois qui rêvait de filets d’anchois, plus le poisson rouge qui était plutôt rose pâle (« c’est psycho-somatique » avait dit le véto.°)
La situation était devenue inextricable. Alors, Luc prit une décision courageuse : chacun fait comme il veut, reçoit ou est reçu, mange de la pizza, des harengs-pomme vapeur ou des brochettes d’agneau ou n’en mange pas. On reconstruit un groupe ou bien on préfère la solitude... quant au football, ma foi, si on ne l’aime pas trop, si l’on ne fait pas vraiment la différence entre un corner et un coup franc, on a le droit de le dire sans passer pour un demeuré.
Alors, les choses s’organisèrent. Luc resta ferme sur ses positions : le mâchon nocturne devait se dérouler chez lui, il serait donc là au service de ses amis. C’était faire preuve de discernement car il parvint à placer 1/125 de sa pizza; Lu lui promit qu’elle viendrait puisque l’orage sévissait maintenant ailleurs. Jo avait opté pour un bar qui disposait d’un écran immense et qui avait failli s’appeler « le Cou fran » car, lorsqu’il avait ouvert, le patron avait déclaré qu’il voyait mal pourquoi il devrait payer pour que l’on peignît sur l’enseigne « des lettres qui ne servaient à rien » Luce ne souhaitait qu’une chose : fuir son appartement. Elle arriva chez Xavier en même temps que Max. Les accents d’une prière adressée à Saint Dédé Deschamps Elysées leur parvenaient.
-On ne va pas les troubler dans un tel moment de recueillement, dit Max, je propose une promenade : nous pourrions aller nous perdre dans les bois.
-Nous perdre ou nous trouver...


Juju


21h et quelques minutes. Le coup d’envoi du match de football venait juste d’être donné lorsque le fracas du tonnerre déchira le crépuscule et que l'on se retrouva devant l’écran noir de la télévision.
J'avais invité mon beau-frère Yann, un Breton roux et futé comme un renard. Nos femmes avaient organisé une soirée pyjama, et regardaient "Les demoiselles de Rochefort" sur le poste de la chambre d'amis. Je descendis au sous-sol vérifier le tableau électrique. Il n'y avait aucun dégât, seul le compteur avait disjoncté. Je remis le courant, espérant bien profiter d'une bonne soirée entre hommes, quand Julie apparut dans l'encadrement de la porte, se tenant le ventre à deux mains.
- Je viens de perdre les eaux !
- Déjà ! Ça fait juste 8 mois que…
- Il faut me conduire à la mat'.
- Et tu comptes y aller dans cet accoutrement ?
Julie s'exhibait en effet dans une ridicule nuisette rose ornée d'une Kitty entourée de cœurs blancs. Ses cheveux étaient hérissés en multiples couettes nouées par des papillotes multicolores. Ses pieds nageaient dans d'énormes pantoufles en forme de licorne. Le moment n'étant pas à la rigolade, je retins mon envie de rire.
- Et ta valise ?
- Ma sœur est en train de la faire. Il manque seulement la layette qu'elle m'apportera quand le bébé sera né. La clinique dispose de quoi subvenir aux urgences.
- Et aux écervelées comme toi ! pensai-je.

Ma compagne n'avait pas spécialement désiré ce bébé, mais lorsqu'elle avait été victime des premières nausées matinales, elle avait tout de suite compris et souhaité garder l'enfant. Elle ne s'était pas hâtée pour les préparatifs, si bien que la chambre n'était pas encore aménagée et qu'elle n'avait acheté aucune layette. Juliette, sa sœur jumelle, lui avait promis de lui céder celle de son fils. Kévin venait tout juste de passer au 2e âge. Nous nous étions promis d'aller dans la semaine acheter un berceau, une table à langer, ainsi que des biberons, car elle ne voulait pas allaiter argumentant que ça déformerait sa poitrine, qu'elle avait fort jolie avant que la grossesse ne l'alourdisse, ce qui ne me déplaisait pas.
- Au moins, t'en as plein les mains, profites-en, ça ne va pas durer, disait mon beauf quand nous comparions les deux sœurs.
- On peut y aller ! s'écrièrent en chœur Julie et Juliette. Cette dernière portait un minuscule bagage qui ne devait pas contenir davantage que quelques affaires de toilette, une chemise de nuit et, à n'en pas douter, un nécessaire de maquillage.
- Vous n'avez pas oublié le carnet de maternité ?
- Heureusement que Juju y a pensé !
Les deux femmes avaient enfilé une robe identique, mais de couleur différente. Je détestais leur manie de s'habiller de façon semblable, à une nuance près qui permettait de les différencier. Elles étaient la copie conforme l'une de l'autre, et j'avoue qu'il m'est arrivé de douter de l'identité de celle qui se trouvait dans mon lit. Mon beau-frère avait eu la même impression. Nous aimions en quelque sorte la même femme : ça créait des liens entre nous !

Une pluie violente frappait le pare-brise et de grands éclairs zébraient le ciel sans discontinuer. Je roulai prudemment et nous arrivâmes bientôt à la clinique où Julie devait accoucher.
Nous dûmes sonner plusieurs fois avant que le gardien de nuit, occupé à regarder le match, nous ouvre la porte.
Quant à Julie, elle se tordait de douleur, les contractions étant étonnamment rapprochées pour une primipare.
- Le petit Jules, à l'épaisse chevelure rousse, poussa bientôt son premier cri au moment même où un violent coup de tonnerre fit vaciller les lumières.
- Buuuut ! hurla à cet instant Yann qui suivait le match à côté, sur le téléviseur du salon d'attente.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Ven 20 Juil - 20:43 (2018)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture -> Jeu 157 Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com