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Les textes du jeu 155

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Ven 25 Mai - 19:54 (2018)    Sujet du message: Les textes du jeu 155 Répondre en citant

Chaos

L’embrasement du ciel paillette tes yeux noirs,
Les éclairs te dessinent un visage de moire,
Dans tes cheveux d’enfant, des filaments ivoire
Trahissent ton malheur, les tourments de l’Histoire.

Tu regardes le ciel, enfant noir, enfant blanc,
Que la fureur des bombes enflamme à chaque instant.
Ton destin se joue là, sur l’échiquier géant
Où s’affrontent des pions entêtés et méchants.

La mort te fait danser au Grand Bal de la Guerre,
Jusqu’au bout de la nuit, elle est ta cavalière,
Qui tisse ton linceul, suaire de lumière,
Quand les obus crépitent et le ciel étincelle.

Tu rêves de festins et de moments joyeux,
De cerfs-volants glissant vers l’horizon soyeux,
D’aubes d’or, de jours bleus, de couchants silencieux,
De musique festive et de chants mélodieux.

Comment faire cesser la folie meurtrière,
La fureur des combats, le chaos de la guerre ?
Lorsque tous les canons tomberont en poussière,
La terreur quittera l’abri de tes paupières.





Lisa

Lisa a retrouvé les couleurs de son refuge imaginaire, une débauche de jaunes, de verts, d’oranges, une déclinaison de roses, et du blanc aussi. Dans cet endroit magique tout est apaisé, calme. Un parfum d’herbe fraîche mêlé à celui dégagé par la multitude de fleurs flotte dans l’air. Aujourd’hui cependant, quelque chose lui semble différent, il y a d’abord cette lumière blanche, intense, au fond du vallon. Et puis ce bruit répétitif, léger mais bien présent, comme un filigrane sonore, un bip régulier. Cela l’intrigue un instant mais Lisa se laisse vite distraire par un magnifique papillon turquoise et rose. Elle décide de voler quelques minutes avec lui. Voler c’est ce qu’elle préfère.
Lisa vient de plus en plus souvent dans ce coin de paradis. Elle se souvient avec terreur de la première fois. C’était il y a un an, quand Fabrice, le nouveau compagnon de sa maman, s’était fâché très fort. IL l’avait enfermée à clef dans la cave. Lisa était terrorisée par cet endroit sombre et humide. Puis elle avait entendu les cris de sa maman, ses hurlements, ses gémissements, des coups sourds contre les murs. Alors Lisa, pour ne plus entendre, avait imaginé une prairie magique, colorée, peuplée de petits lapins très doux, d’écureuils facétieux et de jolis papillons.
Plusieurs fois, elle a dû se réfugier là, au milieu de ses amis, parce que sa maman hurlait encore sous les coups. Mais un jour IL s’en est pris à elle, parce qu’elle avait renversé du chocolat chaud sur son pantalon à lui. IL l’a frappée, au visage, très fort, puis l’a tirée par les cheveux pour la mettre à terre. IL hurlait en lui donnant des coups de pieds dans le dos, les jambes. Sa maman n’était pas là pour la défendre. Mais elle ne lui en veut pas.
A l’école, le lendemain, la maîtresse a bien vu que Lisa n’était pas comme d’habitude, elle toujours si joyeuse et impatiente de répondre semblait repliée sur elle-même, dans tous les sens du terme.
IL a pris goût à battre Lisa, toujours en l’absence de sa mère, jurant à la petite fille que si elle en parlait à qui que ce soit elle ne reverrait plus jamais sa maman.
Hier, Lisa a cassé la grande bouteille de bière qu’IL l’avait envoyée chercher à l’épicerie. Cette fois, IL ne s’est pas contenté de la punition habituelle, les coups ont visé la tête, le visage surtout. IL s’est arrêté de frapper lorsque ses forces ont manqué. Lisa ne bougeait plus. Son corps meurtri respirait encore. IL a appelé les pompiers. Une chute idiote dans les escaliers de la cave leur a-t-IL dit.
Dans sa prairie magique, Lisa suit le papillon, il se rapproche de la grande lumière. Le bip s’est accéléré, soudainement. Lisa entre dans le grand halo blanc. Le bip n’est plus qu’un long trait sonore.
Aux urgences de l’hôpital, l’infirmière prévient la jeune interne. Malgré tous leurs efforts ils ne parviendront pas à la ramener à la vie….



Aller sans retour


L'enfant s'était muré dans un profond mutisme et ne répondait à aucune des questions de l'officier de police, accoudé de l'autre côté du bureau. L'air buté, il regardait obstinément ses mains posées à plat sur ses genoux et n'avait pas desserré les dents depuis près de deux heures. La patience de l'homme était mise à mal, et pourtant, il en avait interrogé des gosses. Celui-ci se montrait particulièrement rétif. Il l'aurait bien giflé s'il en avait eu le droit, mais il savait que ça ne servirait à rien. Quelle tête à claques et pourtant, quelle bonne bouille !
- Puisque c'est comme ça, je vais chercher mon chef. Elle parviendra peut-être mieux que moi à te tirer les vers du nez !
Leila, sa supérieure, le remplaça derrière le bureau, fixa le môme sans rien dire. Au bout de quelques minutes qui parurent interminables, il leva timidement ses grands yeux noirs et dévisagea la femme.
Leila ébaucha un sourire.
-Tu aimes les Katlama ? dit-elle, en Farsi, d'une voix douce.
Le visage du gamin s'illumina.
-Tu t'appelles comment ?
- Marjan.
T'es donc une fille ! Tu viens d'où ? Et où sont tes parents ?
Une larme roula sur la joue de Marjan qui, mise en confiance, se décida à parler, d'abord en sanglotant. Elle s'exprimait dans un français correct, avec juste un léger accent.

- J'habitais près de Kaboul. Un jour, nous avons a été bombardés. Les maisons de mon quartier ont toutes été détruites ou brûlées. Mes parents ont été ensevelis dans les ruines. Je me suis enfuie avec Farid, mon grand frère. C'est lui qui m'a dit de faire croire que j'étais un garçon, que c'était plus sûr que d'être une fille. Il m'a trouvé des vêtements, coupé les cheveux, et je suis devenue Mehran. Ça veut dire "gentil", ça me va bien. On a marché, marché très longtemps. Nous devions de trouver à manger sans être repérés, mais Farid est malin. Près de la frontière, on a rencontré un homme et sa sœur, en fuite eux aussi. Ils avaient également perdu toute leur famille. Ils nous ont proposé de nous joindre à eux. Ainsi, on aurait l'air d'être une famille, ça pourrait aider. Ils voulaient aller en Europe. À Paris, nous serions sauvés.
Le voyage a été très long. Après plusieurs mois d'errance et avoir traversé des tas de pays, nous sommes enfin arrivés en France, et on s'est retrouvés ici. On a rencontré des gens comme nous. Ils squattaient un vieil immeuble abandonné, vivant de petits boulots et de travail au noir. Des Français gentils nous aidaient. Grâce à eux, j'ai pu aller à l'école. Ils disaient qu'on pourrait bientôt avoir des papiers. Le couple avec qui on s'était sauvés a disparu un matin. Je crois qu'ils se sont fait prendre et qu'on les a reconduits à la frontière. Cette nuit, c'est le feu qui m'a réveillée. Il y avait une épaisse fumée.
- Et les pompiers t'ont recueillie et conduite ici.
- Je voudrais retrouver Farid. Et mes amis avec qui je faisais voler des cerfs-volants dans le terrain vague. Ça nous rappelait Kaboul.
Leila ne répondit pas, la fillette apprendrait assez vite qu'elle était la seule rescapée de l'incendie. Elle alluma l'ordinateur.
- Je dois faire mon rapport, mais n'ai pas peur. On va s'occuper de toi, te chercher un foyer. Reprenons au début. Quelle est ta date de naissance ?
- Le 1er avril. J'ai 8 ans.
-Tu es donc née 98...
- Un bélier, comme moi, dit le policier de retour juste à ce moment. Signe de feu ! s'exclama-t-il en secouant l'allumette avec laquelle il venait de rallumer sa pipe.




"Grabouillages"

Après avoir jeté un coup d'oeil intéressé aux tableaux accrochés aux murs de la galerie d'art, le petit Léo vient se planter devant l'artiste assis derrière la table couverte de prospectus et de reproductions diverses. Il l'interpelle :
- J'ai "crois" ans et à l'école je fais de la peinture, comme toi. Même que mon frère y dit que c'est que des "grabouillages". Et toi, ton frère y te dit ça aussi ?
Marc ne répond pas, un peu interloqué devant ce bout de chou au discours amusant et péremptoire. Léo ne s'offusque pas du manque de répartie de son interlocuteur et tout en désignant différents tableaux, il poursuit sans se décontenancer :
- Ci-là, il est joli avec toutes ses couleurs, mais ci-là , ça va pas, les bateaux c'est pas comme ça qu'il faut les dessiner et pis la mer, c'est pas jaune !
À cet instant, Eva, la mère du petit, très occupée jusque là à admirer les différentes oeuvres exposées, constate que son fils s'est éloigné d'elle sans qu'elle s'en aperçoive. Elle vient d'entendre sa voix haut perchée à quelques mètres d'elle. À coup sûr, il est en train d'importuner le peintre installé à l'entrée. Elle se rapproche vivement et gronde le gamin :
- Léo, veux-tu bien ne pas embêter le monsieur. Excusez-le, il aime bien discuter avec les grandes personnes et il ne se rend pas compte qu'il les ennuie.
- Pas du tout, répond l'homme aimablement, votre fils m'a donné son avis sur ma peinture avec une grande franchise et ça n'est pas si fréquent... Je ne vais peut-être pas en tenir compte, mais toutes les critiques sont bonnes à prendre, surtout celles d'un futur acheteur potentiel, ajoute-t-il avec humour.
Eva sourit de la plaisanterie et sort du magasin en souhaitant une bonne soirée à cet homme agréable et pas prétentieux. Elle tient fermement la main de Léo qui lance un tonitruant " au-revoir monsieur, à "bentôt"" en franchissant la porte.
Marc termine sa journée de bonne humeur grâce au rayon de soleil apporté par le sympathique garçonnet. Sitôt le dernier client parti, il tourne le verrou et saisit la grande toile aux couleurs vives qui ruissellent et giclent en tous sens, celle qui avait eu l'honneur de recevoir l'approbation du bambin.
Il la pose sur un chevalet, prend ses pinceaux et dessine de mémoire le portrait de ce gentil gamin. Une peu plus tard, Marc se recule et apprécie son oeuvre. Le visage de Léo lui semble conforme à l'original : le regard pénétrant, la bouille ronde, l'intelligence qui s'en dégage, tout y est.
Le peintre, satisfait, l'ôte de son support et la positionne avec soin au centre de la vitrine. Il est certain que cette adorable frimousse va faire tourner bien des têtes dans sa direction. Mais ce dont il rêve encore davantage, c'est que Léo repasse devant sa devanture et se reconnaisse.
Le jeune critique d'art devrait être content, enfin Marc l'espère...

HAIKU

Un regard d’enfant
Est plein de couleurs magiques
Inconnues des grands.



Petite bouille ronde


Il quitte le sous-sol, effondré, et rejoint la cuisine. Elle ne l’a entendu ni descendre ni remonter l’escalier de bois qui, pourtant, a tendance à grincer. Elle est restée concentrée sur son « œuvre », enveloppée dans sa blouse informe constellée de taches, le pinceau à la main, visage blême et émacié. Il a à peine regardé le nouveau tableau auquel elle s’est attelée une semaine plus tôt. Il en connaît par cœur le thème : une floraison de couleurs vives laissant place en son centre à une adorable petite bouille d’enfant que ni l’un ni l’autre ne pourra jamais oublier. Elle n’est jamais contente de ses prestations, s’acharne, veut atteindre ce qu’elle considère comme la perfection. Un rapide coup d’œil aux murs a arraché à l ‘époux un soupir d’inquiétude et de désespoir : elle a entrepris son quatorzième essai. Le dernier ? Il a bien peur que non. Il sait qu’il a tout essayé, qu’il n’y a rien à faire pour la sortir de son chagrin et de son obsession, qu’elle s’y complaît.

Elle remet couche sur couche de couleur, il faut que ce soit un festival de lumière, un éblouissement. Comme ce soir du 14 juillet, deux ans plus tôt. Ils étaient allés tous les trois assister au feu d’artifice organisé par la municipalité. Côte à côte, ils admiraient les flèches lumineuses, les gerbes multicolores qui se succédaient, tourbillonnaient, se rejoignaient, s’emmêlaient. « Petite bouille ronde », c’est ainsi qu’ils l’appelaient souvent, affectueusement, ne pouvait retenir ses cris de joie : « Une blanche, une bleue, maman ! Une jolie verte, papa ! Un soleil, un feu ! » Ses cris de plaisir, ses rires faisaient chaud au cœur de la mère qui appréciait elle aussi avec des yeux d’enfant le fabuleux spectacle. Au bouquet final, elle ne put s’empêcher d’applaudir, comme le reste de la foule. Lorsque le père les rejoignit, chargé de boissons fraîches et de crêpes, elle chercha à reprendre la menotte du petit à son côté. Il n’était plus là. Elle cria son nom. Il ne pouvait être bien loin, il avait dû faire quelques pas. On le chercha sans succès jusqu’au matin, et bien des jours encore.
Si le père parvint tant bien que mal à surmonter son désarroi, celui de la mère, accru par un sentiment de culpabilité, la fit chavirer vers une sorte de folie. Peindre à la perfection le tableau fourmillant de lumières et de couleurs qui avait enchanté son chérubin de trois ans, fixer sur la toile la frimousse émerveillée du petit, ses yeux brillants de plaisir, ses joues rondes éclairées d’un sourire, était devenu son but, son unique raison de vivre.
Ce soir, alors qu’elle accorde une pause à son bras fatigué et examine son travail, une étrange lueur s’éveille dans son regard : on dirait bien qu’elle a rempli sa mission, ce quatorzième essai semble la remplir de satisfaction. Elle reste là, songeuse, une heure, deux heures. Des émotions contradictoires, bonheur et espoir, déception et épuisement se bousculent dans son esprit, agitent son corps de frissons. Puis elle regarde à sa droite, tend désespérément une main : pas de menotte chaude à serrer dans la sienne. Insensée, que s’était-elle imaginé ? Elle finit par s’effondrer, secouée de sanglots.
Chez les voisins, on célèbre un anniversaire : aux rires et aux chants se mêle dans le jardin le bruit des feux de Bengale.
Il y a bien longtemps que la fête est terminée lorsque dans le calme de la nuit d’été retentissent deux nouvelles détonations.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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MessagePosté le: Ven 25 Mai - 19:54 (2018)    Sujet du message: Publicité

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