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Les textes du jeu N°151

 
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danielle
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Ven 19 Jan - 21:11 (2018)    Sujet du message: Les textes du jeu N°151 Répondre en citant

La dinde de Nesreddine

Au 13ème siècle, vers 1240, Nesreddine se promène dans un des grands marchés d’Aksaray. À part du lait d’oiseau, on peut y trouver de tout.
Il vient de gagner un pari avec sa femme, Fatma. C’est un peu comme le « un deux trois silences ! » L’un traitant l’autre de plus bavard, ils se sont lancé un défi. Le perdant serait le premier à prononcer un mot. Quelques heures plus tard, seulement les mouches régnaient dans leur demeure. Fatma s’ennuyant, a décidé d’aller rendre visite à sa copine Ayse. Tant que son tendre époux ne l’entendrait pas le pari serait valable.
Quelques heures plus tard, elle est rentrée silencieusement. Elle a vu une maison vide avec au milieu son mari, là où il était avant qu’elle parte. Elle s’est mise à hurler et Nesreddine fort content, a déclaré avec joie : « J’ai gagné ! » Un voleur leur avait rendu visite et lui n’avait prononcé aucun mot et était resté comme une statue, à sa place.
Maintenant, ils n’ont plus rien. Tout en se baladant, le dos courbé, les bras ballants, il cherche une solution pour gagner un peu d’argent. Lorsqu’il voit la vente d’un petit perroquet à 15 pièces d’or, il court chez lui. En le voyant essoufflé, sa femme demande ce qui se passe. Il ne lui répond pas, au départ. Ensuite, pour ne pas l’avoir sur le dos, il lui dit que ce n’est rien, qu’il lui racontera plus tard. Après, il se dirige vers le poulailler. Heureusement que le cambrioleur n’a pas vu sa dinde. Il la prend et l’emmène rapidement au marché et commence à crier :
-Dinde à vendre ! …. Dinde à vendre ! ….
Pour 20 pièces d’or, dinde à vendre.
Il réunit autant de public que l’oiselet de l’affaire précédente.
Les gens, autour de lui, sont très étonnés. Ils sont curieux. Pourquoi une dinde coûterait aussi cher ? C’est du jamais vu. Avant d’agir, ils réfléchissent. Est ce qu’elle a des plumes particulières, rares ? Quelle que soit sa particularité, ce n’est qu’une dinde. Des yeux, des oreilles, grands ouverts des questions affluent vers ce marchant pas comme les autres :

- Qu’est-ce qu’elle a de spécial ?
-Ses plumes ont des particularités ? On peut les utiliser pour confectionner des bijoux spéciaux et qui ne s’abîment pas ?
-Tous les jours, on peut lui arracher les plumes et comme si de rien n’était elles repoussent avec une qualité et une fraîcheur exceptionnelles ?
-Elle peut pondre une centaine d’œufs par jour ?
-Elle est immortelle et en même temps elle ne vieillit pas ?
-Sans doute, elle a quelque chose que nous ne voyons pas ! Qu’est-ce que c’est ?
-Elle pond de l’or ? Surement, pas, sinon tu ne la vendrais pas.
-Ses œufs ont des pouvoirs qui guérissent les pires maladies ?
-Nesreddine, nous n’avons jamais vu une dinde qui vaut 20 pièces d’or.

Comme s’il attendait cette dernière intervention pour agir, Nesreddine répond :
-Pourquoi pas ? Tout à l’heure, un petit oiseau a été vendu 15 pièces d’or.
-Mais, c’était un perroquet. Il parle comme un humain ! Dit l’un des visiteurs.
-D’accord, mais si lui, il parle, ma dinde, elle peut penser ! Rétorque Nesreddine.


Le secret

« Evoquer ton souvenir une ultime fois, revivre nos moments de communion, exécuter tes dernières volontés.» La voix du maître de cérémonie vibre dans la salle bleue du funérarium de Rueil-Malmaison.
Pensif, je remonte le fleuve paisible de mon enfance, bercé par nos anciennes conversations. Je venais de fêter mes neuf ans, tes mots résonnent clairement à mes oreilles. L’homme que je suis devenu n’a rien oublié : ta voix, tes intonations ainsi que tes gestes.

« — Mamie, j’ai un secret, et jamais tu ne le devineras
— Impossible, Miguel, tu ne peux rien me cacher, je sais tout, je vois tout.
— Alors, dis-moi où vont les morts ?
— Ça, étant vivante je n’en sais rien. Et, je ne connais aucun revenant »

Ces réminiscences m’angoissent au lieu de me consoler. Inimaginable pour moi de ne plus t’entendre, ne plus de toucher, ne plus humer ton parfum. Tes grands yeux bleutés, l’harmonie de tes traits, ton front embelli par des mèches grises folles échappées de ton chapeau, me manquent déjà.

« — Mamie, ce doit être merveilleux là-bas. Ils doivent être en avance sur nous.
— Qui donc ? Où ? Et, pourquoi veux-tu que ce soit ailleurs que sous terre ?
— On ne peut pas vivre sous terre.
— Eh ben, je peux te dire qu’on n’y va pas pour vivre.
— Tu veux dire qu’une fois enterré l’on ne va nulle part ?
— Peut-être que oui, peut-être que non »

Aussi éloignée tu sembles, ta voix égaie encore mes tympans, ton regard bienveillant et malicieux chatouille ma nuque.

« — Mamie, je vois que tu ne sais pas tout dans la vie.
— Une chose est certaine, mon grand, j’en saurai toujours plus que toi.
— Moi je suis sûr du contraire.
— Qu’est-ce que tu pourrais donc connaître que j’ignore ? »

Adieu l’artiste ! Toi qui possédais le sésame du monde merveilleux où tu m’invitais, en te transformant tantôt en clown, tantôt en magicienne ou en Père Noël.

« — Je sais où ils vont les morts.
— Ah bon ? Et comment le sais-tu, Miguel ?
— Je ne peux pas te le dire puisque c’est un secret!
— Tu me caches donc des choses ?
— C’est plutôt toi la cachotière ! »

En quittant la maison funéraire, je fais une halte dans ta demeure. Ton ombre plane, essaie de combler le vide créé par ton absence. Une atmosphère étrange règne dans ta chambre, entretenue par les volets clos.
« — Mamie, je sais que tu sais que les morts vont quelque part.
— Et pourquoi donc je ne le dirais pas, si je le savais ?
— Parce que tu es avec eux, j’en suis convaincu.
— Avec qui donc ?
— Ceux qui vivent dans l’au-delà
— Ah, je vois ! Comme ceux qui peuplent les pages de tes bandes dessinées.»

Sans me dire « au revoir » tu t’en es allée, sans doute pour m’éviter de souffrir davantage.
« — Avoue que tu es une espionne
— Il ne manquait plus que ça !
— Un jour, je te dévoilerai, en vrai
— Un jour, un jour, et pourquoi pas maintenant ?
— C’est mon secret.
— Un jour il sera trop tard, dis-toi bien.»

C’est Moussa mon camarade de classe, originaire du Sud du Mali, qui avait partagé le secret : «Tu sais, dans mon village natal, quand la Grand-mère décède, les petits-enfants font de l’enterrement une fête. Ils déambulent dans le hameau en chantant et en mimant la défunte, dans une ambiance franchement joyeuse ». Et, d’ajouter : «Là-bas, ceux qui laissent au monde une descendance ne meurent pas, on dit qu’ils sont partis à l’ouest»

En cours de voyage ton souffle m’est parvenu, susurrant au passage à mes oreilles :
«— Maintenant, mon petit, je connais ton secret, je sais où vont les morts».

J’aurai bien aimé garder ce secret pour moi seul.




De l'aube au crépuscule

Maud et moi sommes le jour et la nuit.
Elle est grande, je suis petite, elle est blonde, je suis brune, elle vit en couple, je suis célibataire, elle est jeune et je pourrais être sa mère.
Nous nous sommes rencontrées, par le plus grand des hasards, à un pot de départ donné par le directeur de l'hôpital où nous exercions toutes les deux. J'y étais passée à la sortie de mon travail et Maud avait fait un crochet avant de commencer le sien, en soirée.
Si l'on ne se rend pas accompagnée à ce genre de manifestation, on se retrouve perdue dans une foule anonyme. L'hôpital est immense, les services nombreux, le personnel ne se côtoie pratiquement que dans l'exercice de ses fonctions et dans un secteur donné.
Après deux ou trois discours ennuyeux et avant de quitter les lieux, je décidai de faire un tour vers le buffet bien appétissant. Nous nous sommes télescopées Maud et moi à l'instant précis où elle tendait la main vers l'éclair au chocolat qui se trouvait à la droite de celui au café que je lorgnais. Nos mains se sont heurtées et nos doigts ont glissé de concert sur le nappage luisant des pâtisseries. Nous avons ri de notre maladresse commune et avons entamé derechef conversation et délicieux gâteaux.
- Quel est ton job ? m'a-t-elle demandé en me tutoyant d'emblée.
- Je suis infirmière aux soins palliatifs, au septième étage et toi ?
- Infirmière également, à la maternité du troisième, me répondit-elle.
- C'est drôle, tu ne trouves pas, nous nous situons aux deux extrémités de la vie...remarquai-je avec amusement.
- Oui, c'est marrant. Je t'admire de travailler avec des personnes en fin de vie, je ne sais pas si je pourrais. Moi, j'avoue trouver plus cool les bébés et leurs mères. D'ailleurs, il ne va pas falloir que je m'attarde car je prends mon service tout à l'heure. Je travaille de nuit par choix et cela me plaît beaucoup.
- Tu vois, moi c'est la nuit qui ne me convient pas. Je pense que l'angoisse de la mort est plus présente dans le noir et je préfère côtoyer mes malades lorsque le soleil brille...
Sa franchise et sa jeunesse enthousiaste me plaisaient beaucoup. Avant de nous quitter, nous échangeâmes nos numéros de téléphone, car ni l'une ni l'autre n'avions envie que cette rencontre s'arrête là.
Notre amitié se renforça au fil du temps. Je suis devenue la marraine de son fils, elle est passée chaque jour me voir pour me soutenir moralement et physiquement lorsque je me suis cassé la jambe. Nous sommes devenues presque inséparables.
Aujourd'hui, c'est mon départ à la retraite. Maud a encore bien des années de labeur devant elle et je la sens parfois un peu désabusée. Elle s'approche de moi et me glisse :
- Grâce à toi, j'ai pris une grande décision. Je t'ai vue, toutes ces années te passionner pour ton métier. Tu es toujours positive et pourtant se dévouer à des patients si difficiles ce n'est pas aisé. Moi, je vois naître des enfants et à l'inverse de toi, je suis plutôt défaitiste et négative. Ce n'est pas logique. Alors, j'ai réfléchi et postulé pour reprendre ton poste et ma demande a été acceptée !
Je la regarde émue par sa démarche et j'enchaîne :
- Tu es une cachottière, mais je le suis aussi. Je voulais te faire la surprise également. Pour occuper mes loisirs, je vais m'investir bénévolement aux Restaurants du Coeur, prodiguer des soins aux nourrissons et donner des conseils à leurs mamans.
Nous nous sommes souri, attendries.
Les rôles sont inversés, mais nous sommes toujours aux deux pôles de la vie...


Au clair de la Lune

Claire :
C’était un Pierrot lunaire, pâle et absent. Il ne s’est montré dans le jardin de Sam qu’à la nuit tombée.
La fête battait son plein mais il ne s’est pas mêlé à nous, jeunes fous que nous étions, fêtant en ce début d’été la fin de nos années lycée et le sésame que nous avions tous obtenu. Demain nous allions nous disperser et il y avait dans notre excitation joyeuse autant d’impatience à prendre un nouveau départ que d’avidité à profiter les uns des autres une dernière fois.
Quand Sam est allé le voir, je me suis prise à espérer qu’il le convainque de nous rejoindre. Ce garçon avait l’air en dehors du monde, transparent, tombé des étoiles ; d’où sortait-il ? Qui était-il ? Extra-terrestre ou ermite de caverne ? J’ai demandé à Sam.
— C’est Pierre, mon cousin, il est arrivé ce matin avec ses parents, ils ont voyagé de nuit.
— Ah oui, ta mère a une sœur dans le Nord, c’est ça ? Et là, il ne veut pas venir avec nous ?
— Non. Il est très secret, mieux vaut le laisser tranquille.
À la façon dont Sam a dit ça, je me suis retenue d’insister.


Pierre :
Cette fille se démarquait des autres, pas tant par sa peau abricot et ses cheveux blonds-blancs que par sa présence lumineuse, éclatante de vie. Elle irradiait. Solaire.
La musique et les rires m’avaient tiré de ma retraite mais j’avais déjà prévenu Sam : pas sûr d’aller à leur fête.
J’espérais juste en secret pouvoir fêter moi aussi mon bac l’année prochaine, ce serait déjà bien. Pour ça et la joie de vivre qu’ils montraient tous, je les enviais.
Quand Sam m’a aperçu et m’a proposé de les rejoindre, j’ai décliné. Mais…
— Dis moi juste qui est cette fille aux cheveux presque blancs, on dirait un morceau d’étoile atterri au milieu de vous tous.
— Claire. Un nom qui lui va bien, non ? Elle passe sa vie dehors.
— Je vois. Le soleil, le grand air, quelle que soit la saison.
— C’est ça, et très sportive. La mer surtout, voile, planche... Mais c’est une super amie, peut-être ma meilleure, et pleine de sensibilité. Tu veux que je te présente ?
— Je ne préfère pas, tu vois. Et tu ne dis rien, surtout.
— D’accord. Je te laisse.
J’étais fasciné ; elle m’attirait comme la lumière une phalène et ça me faisait mal de ressentir avec la même prégnance le bonheur de savoir qu’elle existait, et l’amère douleur qu’elle ait croisé ma route.


Claire :
Je n’aurais pas pensé qu’il serait venu quand quelqu’un a lancé l’idée d’un bain de minuit. Les plus pressés ont couru sur la plage en semant leurs vêtements derrière eux et ont bientôt frangé la mer d’éclats de rire et d’éclaboussures. Quand il s’est déshabillé à son tour, ça m’a décidée. Je l’ai rejoint en quelques brasses et nous avons nagé l’un près de l’autre, en nous tenant à l’écart du groupe dont l’agitation rieuse fouaillait l’écume.


Pierre :
Elle m’a parlé après que nous sommes sortis de l’eau. Elle m’a pris la main, m’a entraîné le long du rivage et m’a dit se sentir bien à marcher avec moi sous les étoiles. Alors j’ai haï ma peau-prison qui ne me laisserait jamais libre d’en faire autant en plein jour. Je ne lui ai rien dit pour ne pas gâcher l’instant. C’était comme un rêve. Plus tard j’ai osé l’embrasser, et me suis enfui vers la maison avant que le soleil se lève.
J’ai préféré ne pas la revoir.


Claire :
Un an a passé. J’ai su par Sam que Pierre a eu son bac, mais ça s’est arrêté là pour lui. C’était un enfant de la Lune et je ne le savais pas.
Il pensait encore à moi.
Je penserai longtemps à lui, chandelle maintenant éteinte dans sa nuit définitive.





LA CARPE ET LE LAPIN

« C’est lui, pas de doute, pensa Marie en voyant à travers la vitrine de la brasserie le beau garçon attablé devant son demi. Il est encore mieux que sur la photo ». Arrivée place de la Nation avec 15 mn d’avance, elle se réjouissait que Tony l’eût devancée. Elle appela Lola, et tout en lui rappelant la consigne, observa à la dérobée celui que Velcro.com avait désigné comme son âme sœur.

Grand, athlétique, visage harmonieux encadré par une crinière blonde en bataille, barbe de 3 jours, yeux rêveurs d’un bleu azur, c’était le portrait idéalisé du poète romantique. Marie frissonnait en pensant que ce presque inconnu, que séparaient d’elle 5 m et 10 mn, s’apprêtait peut-être à devenir le compagnon de sa vie.

Remisant son portable, elle pénétra dans la salle.

« Il est moins 10, je reste jusqu’au quart, quoi qu’il arrive. »

Marie s’était composé un look très loin de sa photo publiée sur Velcro : Boutons et ridules gommés par Photoshop, dents inégales et jaunies repeintes à la souris, chevelure blonde ondulante issue d’un copier-coller remplaçant un triste chignon poivre et sel ; son portrait virtuel était bien loin de la mine de vieille fille coincée qu’elle affichait alors. Avec son pull verdâtre orné de motifs en forme de poissons, elle était méconnaissable !

« Je veux être aimée pour moi, pas pour mon physique, se répétait-elle. Il est tout en finesse, je vais jouer sur la culture. »

Elle parcourut l’allée centrale. Arrivée à la hauteur de Tony, selon son plan, elle trébucha, heurta la table, et renversa la bière qui inonda son jean.

- Pardon Monsieur, je suis désolée.
- Y’a pas d’mal, grommela le sinistré en fixant son pantalon. Vous êtes Anaïs ?
- Non, moi c’est Marie. Je vous offre un verre pour me faire pardonner ?
- C’est que… j’attends quelqu’un.
- J’insiste. Je partirai dès que votre… copain sera là.

« Quelle emmerdeuse ! pensa Tony. D’un autre côté, être attablé face à un laideron, ça peut jouer en ma faveur. Les meufs adorent ça, le type pas regardant, sympa, pas dragueur. Disons pas comme moi ! Et elle me doit une binouze cette gourdasse. »

- OK, mais surveillez l’entrée. Si vous voyez une belle blonde se diriger vers nous, dites que vous êtes ma… cousine, et partez.
- D’accord. Garçon ? Deux demis !

Marie entama la conversation, abordant les centres d’intérêt mentionnés sur sa fiche confidentielle, censés être partagés par son vis-à-vis.

- Vous aimez Corneille ?
- Assez. J’ai écouté son dernier album. Pas mal, mais un peu dur, les paroles.
- Ah ? Et l’art gothique ?

Tony releva sa manche et exhiba un tatouage représentant une tête de mort coiffée d’un casque à pointe.

- Ça c’est du gothic, s’pas ? Et celui-là, mate un peu !

Sur l’autre bras figurait le logo lapin de playboy.

- Et Picasso ?
- Belle bagnole, mais c’est cher !

Voyant inscrit sur son T-shirt : Zadig & Voltaire, elle comprit qu’il y avait un bug chez Velcro. En fait, le logiciel défaillant avait été réparé à la hâte par un sous-traitant roumain ; les mots-clefs n’étaient pas dans les bonnes cases.

« Du côté de chez Swann, on oublie ! Il ignore la VO »

Pourtant, à 4 h pile, Marie trifouilla dans sa poche, avertissant Lola. La cucaracha résonna et Tony sortit son portable.

- Scusez, un SMS.

« C’est Anaïs, je serai en retard. De 20 mn.
- OK je vs atan. »

15 mn plus tard, Marie et Tony quittaient le café bras dessus bras dessous. Anaïs n’existait plus !

Ils se marièrent, et eurent beaucoup d’enfants. Les enfants de la beauté et de l’intelligence, de la carpe et du lapin.



Quatrain


―Pain au levain, le pain bio qui redonne sa vraie couleur aux cheveux ! scanda un homme aux joues enfarinées, pendant qu'une Asperge aux cheveux décolorés en blond platine, passait devant son étal en mode zombie.
La boutade du boulanger s'adressait au jeune Clovis, mais celui-ci ne se sentit pas visé. En cause, un cerveau anesthésié par une nuit sans sommeil (sauf une petite heure volée dans le train) et des résidus de vapeur de rhum. Rien n'aurait pu atteindre l'adolescent ce matin-là, ni l'odeur de croissant, de poulet grillé, de vin chaud, ni la bonne humeur des forains.
Le pauvre, aussi ! Ce samedi, il était passé d'une fête d'enfer à Paris, avec ses copains lycéens, à la morosité de Livieux, une ville normande qu'il surnomme « Lesvieux », où il n'y a rien à faire, sauf « taper le carton » au bar-tabac du coin, à quelques pas de notre marché campagnard. Clovis accusait le coup !
La faute à son beau-père qui l'avait alpagué pour jouer les garde-malades, à Trifouillis les Oies, à peine rentré dans leur appartement du XVIe.
―Te voilà enfin, Clovis ! Ma mère, Jeanne, est souffrante. Elle a besoin d'aide à Livieux, mais j'ai bien trop de boulot ! Je compte sur toi, petit. Au fait, le train part dans une demie heure.
Clovis avait dit oui à tout : au départ en catastrophe, à l'offense du mot « petit », et au billet de cinq cents euros que lui avait glissé son beau-père avec le titre de transport.
L'Asperge à la queue de cheval redressa son cou dans le snood en laine tricoté par cette Mamie Jeanne, à Noël, repéra de loin quelqu'un, par dessus les parapluies qui commençaient à s'ouvrir à cause du crachin (le spécial normand qui mouille les pulls malgré les cirés jaunes), et le rejoignit au bout de l'allée. C'est Mamie Jeanne qui l'en avait prié, couchée dans son lit en buvant une eau chaude.
―Pourrais-tu passer prendre mon frometon chez le beau fromager à la voix douce ?
Clovis ne trouva qu'un nain, au visage rougeot et à l'accent normand.
―Boujou bien, Messieurs Dames ! éclata l'homme au milieu du bruit ambiant. Goutez au Neufchâtel !
Clovis s'abrita sous sa tonnelle.
―Un fromage frais pour ma grand-mère, s'il vous plait.
―Oh dé ! s'étonna le nain qui s'essuyait les mains sur son tablier. Lequel ?
―Je sais pas, moi, à part la Vache-qui-rit et le Babybel, je boulotte rien d'autre.
―Comment qu'elle s'appelle ta mamie ?
―Jeanne Yvon.
Le nain se mit à sourire.
―C'en est un spécial qu'il lui faut !
Il inspecta l'allée de droite à gauche, avant de plonger sous son étal. Il en revint deux minutes plus tard avec un Camembert bouclé dans un sachet plastique, qu'il tendit à l'adolescent.
―Ça f'ra deux euros.
―Tant que ça !
Le nain ne saisit pas l'ironie. Il s'indigna :
―Eh ! Mais j'peux pas moins ! C'est que je prends des risques, tout de même !
Puis, il baissa le ton après avoir verifié que personne ne les écoutait :
―J'ai même pas l'droit d'le donner, alors motus, l'Parigot !
Clovis dit oui à tout : à l'affront du mot « Parigot », au sachet, au secret (trouvant anormal que l'homme lui demande de taire le misérable prix de son Camembert), pressé de fuir l'odeur de bouc que dégageaient les fromages, avant qu'elle ne lui colle à la peau pour le restant de ses jours.
Il ne comprit l'attitude du fromager qu'une fois rentré chez Mamie Jeanne, lorsque celle-ci ouvrit la boite à Camembert pour en déguster un morceau. La vieille dame s'expliqua la bouche pleine, devant son air horrifié :
―Désolé Clovis, c'est au nombre de vers qu'on sait qu'il est bien fait !



Petits chenapans

Je vous parle d’un temps où les écoles étaient de garçons ou de filles. Je me remémore parfaitement Jean Célestin et Marcel Pontisso, deux élèves qui, cette année-là au primaire, avaient ceci de particulier qu’ils étaient l’un le contraire de l’autre en tous points. Jean était à l’aise en classe où il avait sans difficulté les meilleures notes, sauf en sport, car il était chétif et maladroit, et en chant, sa tuyauterie vocale étant pas mal cabossée. Marcel, le fils du boulanger, s’intéressait quant à lui exclusivement à ces deux matières, où il excellait. Il avait son lieu de prédilection dans la cour de récréation et y régnait en maitre, il nous en imposait, bénéficiant de l’ascendant physique que lui donnait sa forte nature et son année de plus. Inutile de dire que lorsqu’on jouait aux gendarmes et aux voleurs, il était chef de bande, tandis que Jean, qui clopinait plus qu’il ne courait, était le dernier choisi pour rejoindre une équipe.
Les deux garçons avaient quand même un point commun, ils n’écoutaient bien souvent pas la leçon en classe. Jean était d’un naturel effacé, il était fréquemment dans la lune et l’instituteur le faisait régulièrement sursauter en l’appelant d’une voix forte "le cosmonaute" ou en tapant sa règle en fer sur le pupitre, ce qui déclenchait invariablement l’hilarité générale. Marcel lui regardait par la fenêtre couler la rivière et bénéficiait de moins d’indulgence, mais il mettait un point d’honneur à rester stoïque devant l’avalanche des lignes à recopier le soir en punition.
Je me rappelle particulièrement d’un jour où les choses ont mal tourné entre eux deux. C’était lors d’une partie de bille dans la cour, j’ai encore à l’oreille les éclats de voix que nous pouvions avoir lors de telles occasions. Cette fois-là, ils se sont affrontés assez normalement au départ, comparant leurs billes respectives :
- Regarde ma porcelaine, a dit Jean, fier de posséder un tel trésor
- Je te la joue pour trois agates, a répondu Marcel
C’est à la fin que les choses se sont gâtées. Lorsque Marcel, estimant avoir gagné, s’est saisi aussitôt après sa dernière pichenette, de la précieuse bille blanche traversée de flammes colorées.
- Tu triches, tu n’es pas reparti du pot, s’est exclamé Jean tout surpris
- Bien sûr que si, tout le monde l’a vu, a affirmé Marcel, sachant bien que personne ne le contredirait.
- Ah c’est comme ça ? Mais je vais te casser la gueule !
Jean, aveuglé par la colère, a tenté de frapper du poing mais il n’avait aucune chance, il a été violemment projeté à terre. Une humiliation qui l’a fait pleurer, les deux garçons ensuite ne se sont plus adressé la parole.
Me balançant sur ma chaise de bureau, je pense à eux avec plus de mauvaise humeur que de tendresse. Pourquoi ces deux gaillards sont-ils si présents dans mes pensées ? Tout simplement parce que la vie fait des méandres étonnants. J’ai pu constater qu’aujourd’hui ils étaient devenus très proches, partageant des motivations communes. Ils font, si l’on peut parler ainsi, le même métier, ils forment un duo virtuose, mettant à profit leurs compétences complémentaires. L’un est spécialiste du braquage de banque, il découpe les coffres au chalumeau comme personne, l’autre excelle dans l’informatique et la neutralisation des systèmes d’alarme. Ils s’en donnent à cœur joie et mènent grand train. Moi, je suis constamment sur leurs traces, à essayer de les pincer, mais ils savent s’y prendre, les bougres, pour me filer entre les doigts …

Voulez-vous danser, jeune homme ?

Lorsque les présentations furent faites, rapidement, avant la cérémonie – lui, un cousin du marié, elle, une cousine de la mariée – il trembla à l’idée de devoir peut-être sortir de l’église à ses côtés. Ce farceur d’oncle Gérald et ses idées saugrenues... Par chance, il n’y eut pas de cortège. On les plaça toutefois à la même table pour le repas de fête. Estomaqué, il la vit glisser un mot à l’un des serveurs : celui-ci lui apporta un épais coussin qu’elle posa sur sa chaise. Lui n’aurait jamais osé réclamer un petit banc ou un siège réglable !
Ce fut elle qui rompit le silence d’une voix joyeuse. « Bon, eh bien, on va faire connaissance, pour se mettre en appétit ? » En moins de dix minutes, elle prit la direction des opérations, après avoir mouché quelques plaisantins. A Jim, entre autres, enseignant comme elle, qui la plaignait des difficultés qu’elle devait connaître avec ses élèves, elle rétorqua : « Surement moins que vous avec votre bedaine prête à faire péter vos boutons de chemise ! » Quant à lui, qu’une Alice béate avait appelé « notre beau basketteur », il s’en voulut de n’avoir su que grogner, comme d’habitude : « Jamais touché un ballon de ma vie ! » Il resta muet pendant le reste du repas alors que les échanges enjoués allaient bon train, qu’elle tenait la vedette et que lui ne parvenait pas à se sentir à l’aise dans sa carcasse.
Lorsque la soirée dansante commença, ils se retrouvèrent tous deux assis en bord de piste, tandis que les couples se formaient.
– Pas facile de trouver chaussure à son pied pour une danse, pas vrai ? attaqua-t-elle avec un soupir de feinte déception qui le dérida.
– Même avec des chaussures convenables, c’est le parcours du combattant ! ironisa-t-il.
– Je vous ai trouvé bien silencieux durant le repas.
– Vous, par contre, votre assurance m’a épaté.
Et prenant son courage à deux mains, il lui confia :
– Moi, je sens toujours peser sur mes épaules les regards étonnés, moqueurs ; j’appréhende les réflexions en sourdine et je rentre dans ma coquille.
– Oh, moi, j’ai eu ma dose de mots gentils : naine, demi-portion, Mimie Mathy ! répliqua-t-elle avec un rire cristallin.
– Asperge, fil de fer, basketteur, enchaîna-t-il. Il s me gonflent tous avec ça ! Moi qui aurais voulu être danseur classique.
Elle pouffa.
– Et moi, basketteuse ! (Il pouffa !) Croyez-moi, la meilleure défense, c’est l’attaque ! Mais allons plutôt danser !
Elle l’entraîna sur la piste pour une série de slows. Juchée sur ses talons aiguilles, elle reposait sa tête bouclée sur l’estomac du garçon. Elle ne disait plus rien mais levait de temps à autre vers lui sa frimousse mutine éclairée par un sourire serein et de pétillants yeux verts. Il remarquait enfin à quel point elle était jolie, attirante. Il était bien. Des valses succédèrent aux slows ! Ils se laissèrent emporter par la musique, n’entendirent pas la voix de stentor du meneur de jeu : « Changez de cavalière !» A la quatrième injonction, il s’arrêta, non pour y obéir mais pour soulever et serrer contre lui sa cavalière fatiguée qui venait d’envoyer valser ses chaussures à talons. Les bras noués autour de son cou, elle lui susurra à l’oreille :
– Il fait chaud là-haut.
– Torride quand on porte une adorable fillette, murmura-t-il en effleurant ses lèvres d’un baiser.
Et Cyril, 2m, 78 kg, continua de tournoyer, tournoyer avec son précieux chargement : Anne, 1m, 48, 40kg, jusqu’à atteindre la porte de sortie, sous les yeux ébahis de l’assistance.


Le grand saut

- Paraît qu'on monte demain, de bonne heure.
- …
- Pourquoi tu ne dis rien, Julien ? Le grand jour est arrivé. On entre enfin en action. Tu devrais être content.
- J'irai pas, Martial.
- T'as tort, on est les meilleurs, on va gagner. Tu verras.
- Non, j'verrai pas. J'irai pas.
- Mais si, tu viendras, t'auras qu'à me suivre, mettre tes pas dans les miens. J't'aid'rai.
- …
- Quelle tête de cochon ! T'es têtu, quand même. Puisque je te dis qu'on les aura. On a tout pour réussir.
- J'ai trop la trouille.
- La trouille de quoi ? Avec notre nouvel équipement, on est les meilleurs.
- …
- Tu sais, tu prends plus de risques en ne nous suivant pas. Ils ne te le pardonneront pas.
- Jirai pas.
- C'que t'es con ! J'vais quand même pas te tirer en laisse comme un toutou pour te forcer à suivre. Tu l'regretteras, mais au moins, j'aurais essayé.

Il faisait chaud en ce début du mois de septembre. L'équipe avait beaucoup marché, avalant de nuit des kilomètres et des kilomètre de sentiers poudreux, à la lueur d'un magnifique ciel étoilé, mais sans lune. Seul, le nuage de poussière soulevé par le groupe aurait pu témoigner de son passage. Il n'en fut rien et la nuit avait été calme. Ils pouvaient enfin se reposer un peu, panser leurs pieds meurtris, fumer tranquillement une cigarette avant le grand moment, celui que chacun attendait, espérait, mais redoutait aussi.

Julien était un grand gaillard, issu d'une famille d'herbagers éleveurs des vaches laitières dans la verdoyante Thiérache. Costaud et résistant, aucune tâche, aussi rude soit-elle, ne le rebutait. Il avait épousé la blonde Juliette aux premiers jours de l'été. Dans la famille de sa jeune fiancée, on faisait pousser du blé dans des champs immenses, un peu plus au Sud. Les noces avaient été célébrées avant les moissons, celles-ci étaient prometteuses… Julien aiderait. Le bébé allait naître au printemps.
Martial était célibataire. Nerveux et musclé, il se faufilait partout avec la dextérité d'un Sioux. C'était un battant ! Sortant des Beaux-arts, c'était un grand artiste. Il avait obtenu le premier Grand Prix de Rome en sculpture.

Dès le premier jour, Martial s'était pris d'amitié pour Julien, donnant du courage quand cela faisait défaut à Julien qui, malgré sa carrure d'athlète et ses airs d'Hercule, manquait parfois de bravoure. En général, il y était toujours parvenu, mais cette fois-ci, ça semblait compromis, et il se demandait comment il allait réussir à convaincre son ami. À Court d'arguments, il finit par s'endormir, le dos bien calé contre son sac de toile, tandis que l'insomnie de Julien fut rythmée par les ronflements de son camarade.


L'attaque de la côte 350 débuta au petit matin. La bataille fut meurtrière. La "marmite" explosa sans que Martial ait pu faire quoi que ce soit pour l'éviter. Grièvement blessé, il succomba dans d'atroces souffrances, la gangrène ayant progressé malgré l'amputation. Il reçut la croix de guerre à titre posthume pour ses vaillants et multiples exploits. Il avait battu à lui seul le record de "boches" tués par les membres de sa section.
Julien fut fusillé quelques jours plus tard pour refus d'obéissance. Il est aujourd'hui question de sa réhabilitation. Son nom sera-t-il gravé, sur le monument aux morts, à la suite de la longue liste des enfants de Marly-sur-Aisne, morts pour la patrie ?
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Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
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MessagePosté le: Ven 19 Jan - 21:11 (2018)    Sujet du message: Publicité

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