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Le silence est d’or !

 
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Jeu 30 Nov - 00:25 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Le silence est d’or !

Article paru dans le télégramme de Brest daté du 23 février : « le corps de l’homme repêché avant-hier près de la plage de Trégarec a été identifié… Les enquêteurs privilégient la thèse de l’accident. »

Le vent du large faisait onduler les fougères autour de la cabane. Depuis le haut de la falaise mes yeux mouillés d’embruns voyaient le gris sombre de la mer agitée se confondre avec celui du ciel menaçant. Derrière moi la lande était déserte. Aucune voiture, aucun bateau, nul indice de présence humaine, si ce n’était le corps au crâne défoncé que je m’apprêtais à précipiter dans le vide.

Il y a vingt ans de ça… j’en avais huit. J’étais une petite fille joyeuse et volubile. Mes parents étaient fiers de moi. J’étudiais le piano, le chant, faisais de la danse classique. Ce dimanche de printemps il me proposa de l’accompagner pour une balade en forêt. Je le suivis, en confiance. Lui, c’était Tonton Loïc, notre voisin, l’ami de mon père.

A mon retour, rien n’avait changé en apparence. Mais les semaines suivantes, mon comportement intrigua mon entourage. Je sombrai dans un mutisme profond. On fit venir un docteur qui, ne décelant rien de sérieux, me prescrit des médicaments. J’abandonnai la musique, la danse, et mes résultats scolaires chutèrent brusquement.

Comment leur dire ? Comment décrire à la famille ce que celui qui en faisait presque partie m’avait fait subir ?

Quand il a posé sa grosse main sur mon genou, avec un regard bizarre, je n’ai rien pu dire. Les mots restaient coincés dans ma gorge. Ensuite j’ai laissé faire. Et après je me suis murée dans le silence. Pour toujours.

Quand il venait à la maison, je me conduisais normalement. Il me prenait sur ses genoux, me racontait des histoires. Il essayait de me faire rire, je me taisais. Je me sentais tellement coupable.

Un jour que tante Anne était venue me garder, j’eus une crise de larmes subite. Elle me demanda ce qui se passait, et je lui racontai tout. Deux jours après on la découvrit morte dans sa baignoire, les veines tailladées. Tonton pleura beaucoup, pas moi, je n’en avais pas la force. Elle n’avait laissé aucun mot. Le silence m’emprisonnait dans sa toile invisible, comme un monstre hideux.

« La parole est d’argent, mais… » Se taire, enfouir la boue à l’intérieur de moi. C’était la bonne solution, je pensais. C’est ce que disaient les adultes ; on se tait à table, on ne bavarde pas. Aujourd’hui, je hais le silence, et les proverbes idiots.

Je vécus ainsi avec mon terrible secret. Vingt ans à me taire. Enfin, je décidai de guérir. J’attirai Tonton dans cette cabane, le fit boire. Il ne me reconnut pas avant que je lui fracasse la tête d’un coup de hache. Il me fut facile de porter le cadavre au bord de l’à-pic, et de le pousser. La marée haute atteindrait bientôt son corps disloqué imbibé d’alcool, et on croirait à une chute accidentelle. Le crime parfait !

C’était ça ou tout déballer, parler aux journalistes, écrire un livre. J’ai choisi de rester fidèle à ce satané silence, l’ignoble compagnon de ma vie. Avec un regret pourtant : je ne pourrais dévoiler ma vengeance sans risquer la prison.

Son corps bascula dans le vide. Je ne pus, alors qu’il se fracassait sur les rochers, que pousser un cri qui couvrit le bruit des vagues et de l’orage. Un long cri qui expulsait de mes entrailles tout le poison qu’elles contenaient depuis si longtemps. Alors, dans le fracas du tonnerre, le vacarme de la tempête, et le cri déchirant d’une bête blessée, le silence est mort !
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MessagePosté le: Jeu 30 Nov - 00:25 (2017)    Sujet du message: Publicité

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Lucie
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MessagePosté le: Jeu 30 Nov - 15:27 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Le texte est bien écrit, bien conçu, je ne vois pas grand chose à souligner.
Si ce n'est le titre que je n'ai pas trouvé approprié, le silence se trouve ici rempli de douleur plutôt que d'or.
J'aurais voulu qu'elle le brise moi ce silence cette petite fille.
En tout cas le texte transmet bien les sentiments du personnage
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sophax
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MessagePosté le: Jeu 30 Nov - 22:23 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Mon cher Alain, je ne te voyais pas du tout derrière ce texte. C'est une surprise de découvrir que tu en es l'auteur, une agréable surprise, puisque cela sous-entend que tu me livres ici une facette de ton art que je n'avais pas encore soupçonné.

Cependant, il y a dans le choix de cette intrigue une certaine forme attendue qui ne m'a pas séduite. Comme je le disais en d'autres pages, le thème du silence de la victime, comme celle des chocs post traumatiques, ne m'a pas emballé. Trop de facilités sans doute. Le versant du bourreau, lui aussi condamné au silence, m'aurait peut-être plus parlé.

Il y a dans le second paragraphe une petite accumulation qui, dans des formules comme "le gris sombre de la mer agitée", n'aide pas à s'envoler, sans vouloir faire écho à ta chute. De plus, la phrase "Il me parut facile de porter le cadavre au bord de l'à-pic" me semble être un exemple des raccourcis pratiques pour mettre sous le boisseau une difficulté solutionner pour que le texte tienne debout. Une femme ne saurait dire, si tant est qu'elle ait déjà tenté de le faire, que porter un homme est chose facile. Trait d'éclat toutefois, les deniers mots et la distorsion du poncif silence est d'or en silence est mort. Bref, je n'ai pas plus adhéré que cela à ta proposition, et c'est bien une des premières fois que je soies amené à faire ce constat. Comme quoi, tout arrive.
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Jodie
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MessagePosté le: Ven 1 Déc - 13:11 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Ce qui est bien de passer après Sophax c'est que je peux m'appuyer sur ses paroles, ainsi :
"Cependant, il y a dans le choix de cette intrigue une certaine forme attendue qui ne m'a pas séduit [...] le thème du silence de la victime, comme celle des chocs post traumatiques, ne m'a pas emballé [... ] Le versant du bourreau, lui aussi condamné au silence, m'aurait peut-être plus parlé." : je cite, presque tout, car j'ai ressenti la même chose à la lecture de ton texte, Alain K. Subjectivité, subjectivité quand tu nous tiens !
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plumeétoilée
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MessagePosté le: Ven 1 Déc - 13:42 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Ce texte fait partie de ma "sélection"... entre autres pour son thème, car ce genre de choses existe, malheureusement, dans la vie réelle !

Ceci dit, je trouve qu'un peu plus de finesse, en suggérant par exemple, ici ou là, aurait donné plus de force à ce texte. En fait, ne peut-être pas dire de suite que c'est elle qui a commis le meurtre, par exemple... le suggérer.
Ensuite, le suicide de la tante est un peu brutal... on dirait qu'entre la révélation de l'horrible secret et le suicide, il ne se passe rien. Bon, je sais aussi que le texte à présenter comporte un nombre de caractères limité Smile ! Et ceci explique sans doute cela...
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BB1
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MessagePosté le: Ven 1 Déc - 14:14 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Texte fluide et bien écrit. Je ne l'ai pas choisi pour 2 petites raisons:
Le sujet m'a paru sans surprise
Le premier paragraphe est décalé chronologiquement par rapport au deuxième, sans qu'on en voit l'intérêt
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Armorique
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MessagePosté le: Ven 1 Déc - 16:00 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Sur mon podium.
J'ai aimé l'idée que la seule fois où elle parle de manière "impétueuse" à sa tante cela ne sert à rien et surtout pas à la sortir du silence.
Le titre aurait dû, à mon avis, être "Le silence est mort" , cela représente beaucoup mieux l'histoire il me semble...
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MamLéa
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MessagePosté le: Sam 2 Déc - 11:01 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Un thème délicat, le texte n'a pas retenu mes suffrages.

Le silence n'est pas mort puisqu'elle va devoir continuer de ne rien dire sur ce qu'elle a vécu, et en outre, ne pas dévoiler son crime.

Je ne pense pas non plus qu'il lui ait été facile de déplacer le corps de cet homme.
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danielle
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MessagePosté le: Dim 3 Déc - 13:02 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Un texte auquel j'ai été sensible sans toutefois le retenir dans ma sélection. Trop de silence, à mon goût, et la vengeance ne rompt pas ce silence. Et je doute qu'elle apporte la guérison.
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janis
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MessagePosté le: Dim 3 Déc - 19:42 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Un texte bien construit qui raconte une histoire terrible, malheureusement banalisée par l'abondance des reportages et des fictions contemporaines qui traitent du sujet des viols commis par des proches sur des enfants qui gardent le silence craignant à juste titre ce qui peut arriver s'ils parlent( Comme l'illustre bien le suicide de la "tante"). Schéma trop convenu donc, comme cela a déjà été souligné dans quelques critiques précédentes. Mais ce qui fait l'originalité de ce texte, c'est que l'histoire est racontée par la victime du premier crime et qui, pour se venger, se rend coupable du second.
Cependant, il me semble que dans cette narration à la première personne qui commence par une confidence au présent, dans un style familier "Il y a vingt ans de ça" , l'emploi du passé simple n'est pas pertinent. D'ailleurs, la narratrice, hésite, passant à un moment au passé composé, et ce passage fonctionne très bien car il rend les événements évoqués plus réels, plus en lien avec le présent qui est le moment de la narration. Quand il a posé sa grosse main sur mon genou, avec un regard bizarre, je n’ai rien pu dire. Les mots restaient coincés dans ma gorge. Ensuite j’ai laissé faire. Et après je me suis murée dans le silence. Pour toujours.
Une remarque aussi sur la conjugaison: dans la phrase qui suit, où tous les verbes sont au passé simple:"Je sombrai dans un mutisme profond. On fit venir un docteur qui, ne décelant rien de sérieux, me prescrit des médicaments. J’abandonnai la musique, la danse, et mes résultats scolaires chutèrent brusquement".,si l'on veut utiliser ce temps, il faudrait écrire prescrivit au lieu de prescrit.
Ainsi, ce n'est pas à cause de son manque d'originalité que je n'ai pas retenu ce texte, mais parce que j'ai trouvé maladroit le choix du passé simple de cette narration, qui de surcroît se termine par un retour au présent:"Le silence est mort". ( Mais j'ai peut-être été trop influencée par un prof de grammaire de la fac qui insistait beaucoup sur l'opposition entre le passé simple et le passé composé.) Surprised
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Lun 4 Déc - 13:39 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Réponses et explication de texte de l’auteur (le mieux placé pour le faire) :

D’abord merci pour vos critiques. Qu’elles pointent sur des sujets attendus ou me surprennent, elles ne peuvent que m’être utile.

J’ai écrit cette histoire, contrairement à mon habitude, un peu à la va vite. J’ai eu du mal à interpréter le sujet, à vrai dire je n’ai pas encore compris la citation, et, prenant conscience qu’il en était de même pour les autres auteurs, je me suis contenter de traiter de la dualité silence/parole. M’inspirant (par facilité ?) d’une actualité récente, qui a suscité des réflexions entre autres sur les violences sexuelles commises sur des enfants (et la durée de leur prescription – sur laquelle j’ai des avis qui ne transparaissent pas forcément dans ma nouvelle et qui tiendraient trop de place en étant abordés ici), j’ai choisi pour thème celui, malheureusement banal, de l’agression d’une petite fille par un proche de sa famille, sur lequel je n’entre pas dans les détails, de son occultation par la victime (la forme ici du silence), et de sa vengeance libératrice.

Pour rebondir sur les commentaires que vous m’avez fait l’honneur d’exprimer, et sans répondre à chacun nommément, mais par thème :

Le titre, auquel fait écho la phrase finale, ce dont je ne me suis rendu compte qu’après coup (et je l’ai gardé parce que ça sonnait bien), est empreint d’une ironie amère. Le silence, glorifié dans le proverbe, est l’ennemi de la narratrice. Il l’enchaine, est la cause de sa souffrance, elle ne peut s’en délivrer. Quand elle tente de le faire, et c’est là qu’on pourrait dire qu’elle aurait mieux fait de se taire, la catastrophe qui s’ensuit, le suicide de sa « tante », est tellement douloureuse, et pour tout le monde, que la fillette se retrouve encore plus enchaînée par le silence ; comme par un nœud coulant qui se resserre à mesure qu’on fait des efforts pour s’en échapper. Le silence, qui est d’or, car sa rupture a causé un événement dramatique, est en fait la pire des choses. La fille, devenue femme, réalise que la seule manière de s’en sortir, et surtout de se venger, est de privilégier l’action à la parole.

Sur la facilité pour une faible damoiselle de déplacer un corps, qui ne me semblait pas si importante (j’aurais dû éviter le verbe porter, qui suggère qu’elle l’a soulevé), la taille imposée ne m’a pas permis d’entrer dans les explications, je laisse le lecteur en trouver. La meurtrière est une bodybuildeuse d’un mètre quatre-vingt pour 87 kilos. Sa victime est un frêle gringalet. Elle a fait rouler son corps sur un tapis, qu’elle a tiré sur la courte pente herbue et humide qui descend vers le sommet de la falaise. C’est un peu comme ça que je voyais les choses, mais plutôt que d’assortir le texte de détails explicatifs pas très passionnants, je me suis limité à les résumer dans une proposition, « il me fut facile… » ; au lecteur de trouver pourquoi.

La contrainte du nombre de signes m’a obligé à élider certains détails ou descriptions qui seraient présents dans un texte plus long.

Pour ce qui est du timing, de l’ordre et de la disposition des paragraphes, c’est voulu et assumé. De même que le choix du narrateur. Rien à dire là-dessus. Remarque : le début, l’article de journal, était en italique dans la VO. Ça ne passe pas dans la présentation sur le forum (à moins d’inclure des balises, mais ce n’est peut-être pas autorisé). Je les ai rétablis ici.

« Le silence n'est pas mort puisqu'elle va devoir continuer de ne rien dire sur ce qu'elle a vécu, et en outre, ne pas dévoiler son crime. » : objection retenue, il y a une contradiction, que je laisse le lecteur lever, si c’est possible. C’est surtout le cri qui « déchire » le silence.

Bien que cette histoire ne soit pas une profession de foi, elle sous-entend quelques opinions personnelles sur le sujet. Faire silence, ne pas s’exprimer plutôt que dire une bêtise, imiter celui des trois singes orientaux qui occulte sa bouche, est une attitude « à la mode » résumée dans le proverbe. C’est un élément de sagesse, mais pas toujours. Dans certaines situations, comme celle décrite ici, il est préférable de faire éclater la vérité. Et en corollaire, il y a le pouvoir exorbitant des proverbes et expressions toutes faites, qui sont de plus en plus utilisés comme arguments imparables et se substituent à la pensée réfléchie. Tendance d’un monde 2.0 gouverné par tweeter et les chaînes info à vouloir tout réduire. Et à laquelle je ne sacrifie pas dans ce commentaire…

Pour Janis, dont je vois apparaître le long commentaire détaillé (ben oui, ne croyez pas que j’ai commencé il y a cinq minutes), je vais conclure avec une réponse à sa réponse :

Et d’abord avec : « il faudrait écrire prescrivit au lieu de prescrit » : tout à fait, c’est une erreur. Classique avec certains verbes du troisième groupe, qu’on conjugue dans sa tête comme « dire », où le passé simple est identique au présent.

J’ai eu du mal avec les temps, mais pas vraiment avec les passés simple et composé, qui sont en fait très proches l’un de l’autre. J’ai pris le parti d’utiliser surtout le premier, en principe réservé à l’expression écrite. 2e § : tout à l’imparfait, 3e § : « il y a 20 ans… » : présent qui a valeur de passé, puis imparfait (j’étais une petite…, j’étudiais…, je faisais…, action prolongée dans le temps) puis passé simple, « il me proposa ». Le personnage ne s’adresse pas oralement à quelqu’un, disons qu’elle écrit ses mémoires, ou un journal intime dans un style précieux. Comme dans les nouvelles ou romans écrits à la première personne.

En général tout est au PS ou à l’imparfait. Le PC a été ( !) parfois préféré au PS pour renforcer l’aspect « parfait », « accompli » de l’action. « Quand il a posé » plutôt que « posa », « j’ai choisi » et non « je choisis », mais la nuance est très faible.

Et pour la dernière phrase, outre que le présent (ayant valeur de passé « parfait », c’est compliqué le français ; ça équivaut à « a mouru », ben non, je suis en direct, après vérification dans le Bled, pas au Maghreb dans le livre, conjugaison 26, c’est un PC, avec un PP irrégulier), que le participe passé donc permet l’assonance avec le titre… Eh bien, il n’y a plus rien à dire, c’est un PC identique au présent avec le verbe être, ce qui doit être rare !

Ce qui m’a posé problème, et ça m’arrive souvent, c’est de passer du plus-que-parfait, « m’avait fait subir », au passé composé (ou simple), « il a posé ». Il serait plus correct, mais plus lourd, de continuer avec le PQP, « il avait posé », « je n’avais rien pu dire ». J’ai utilisé le PQP comme « lanceur » en le larguant en douceur sans qu’on remarque trop qu’on perd un étage de temps (si vous avez du mal à comprendre, vous êtes pardonnés, j’ai tant de mal à expliquer ça). Pour éviter l’accumulation de « avais, avait, avaient » que je vois souvent dans les textes, même chez les meilleurs.

J’arrête ici pour ne pas que la critique soit deux fois plus longue que la nouvelle. Mr. Green
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janis
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MessagePosté le: Mar 5 Déc - 02:27 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Je vois Alain que tu mets beaucoup d'énergie à défendre ton point de vue. Permets cependant que je rectifie un peu le tir. Si je dis , en parlant d'un soldat" il est mort en 1917", il s'agit bien d'un passé composé( auxiliaire être au présent, plus participe passé irrégulier); mais lorsque tu écris "le silence est mort" dans ton texte, il s'agit du verbe être au présent suivi de l'adjectif mort( compare avec "il est vivant" pour vérifier). De même , on ne peut pas dire que "il y a" est "un présent qui a valeur de passé", c'est juste un présent, dans une locution qui annonce un fait antérieur, éloigné du présent de la narration par le nombre d'années cité.
En revanche, tu as raison de dire que la nuance , ou le différence de valeur est très faible entre le passé simple et le passé composé. Tout dépend du contexte( littéraire ou pas, style soutenu ou familier...)et des conséquences ou des prolongements que les faits évoqués ont encore au moment de la narration. On pourrait en discuter pendant des heures, parler de l'opposition que font les grammaires entre discours et récit, et évoquer le système des temps et leur concordance, les relations dans les "couples" imparfait/passé-simple, et présent/passé-composé. Finalement, c'est souvent une question de feeling...
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Mar 5 Déc - 13:15 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

Merci Janis de prolonger cette intéressante discussion. Cependant, avant tout, permets-moi d’exprimer un désaccord, mais ça n’a rien à voir avec la grammaire : je ne défends pas un point de vue. Mon but n’est pas de voir mon hypothèse de départ validée sous les applaudissements, mais de parvenir à la vérité. Et je n’éprouve aucune gêne à devoir remettre en cause ce que je croyais juste. Je ne suis là, comme les autres, que pour faire avancer le schimib, schmili, schilmib…

Pour « il y a », je suis d’accord, c’est un présent, un vrai. Il y a, aujourd’hui, 20 ans qui nous séparent, qui se sont écoulés depuis l’action, passée, qui va suivre.

Par contre, pour l’autre proposition, je maintiens, après réflexion, qu’il s’agit bien d’un PC. (En me réservant le droit de changer d’avis par la suite). Ce qui créé la confusion, c’est que le verbe se conjugue avec l’auxiliaire être, et que l’adjectif dérivé du verbe est un participe passé qui n’en a pas l’air. Si la forme « mouru » était valide, j’aurais écrit : « ce jour-là, le silence a mouru ». En prenant un synonyme, le plus proche lié au verbe avoir : « a expiré ». C’est comme « il est arrivé », « il est resté », et pas comme « il est grand », « beau », « rouge ». On ne pourrait dire : « ce jour-là, il est vivant », si l’action est située dans le passé. Exemple : « Michael Jackson est mort » : présent ; « Michael Jackson est mort le 25 juin 2009 » : passé composé. Autre exemple : Nicoletta ; quand elle chante : « Il est mort le soleil… », à ce point de la chanson on peut hésiter. Mais quand elle poursuit : « … quand tu m’as quittée… », on sait qu’il s’agit du PC.
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janis
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MessagePosté le: Mar 5 Déc - 14:24 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

OK, Alain, milzeskuz, je n'avais pas relu ton texte assez attentivement et je n'avais pas repéré que la dernière phrase commençait par "Alors", et que la présence de ce mot fait le lien avec les verbes précédents au passé-simple.
Sans doute aurais-je écrit, pour rester dans la continuité du récit: "Alors... le silence mourut." Mais ce n'est que MHA.
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Mar 5 Déc - 14:35 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

janis a écrit:
Sans doute aurais-je écrit, pour rester dans la continuité du récit: "Alors... le silence mourut." Mais ce n'est que MHA.

Ben oui, et ne prends pas mal mon pinaillage qui n’est que la manifestation d’un penchant maladif, mais j’ai préféré le PC au PS (ce qui n’est pas l’indice d’un positionnement idéologique dans les formations de gauche, mais un sacrifice accordé à la concision) en raison, voir plus haut, de l’assonance avec le titre.

J’ai d’ailleurs été servi par cette bizarrerie propre à ce verbe, unique en son genre, dont le PP rime avec « or », tout en se conjuguant avec l’auxiliaire être. (Les autres rimes des PP sont, merci Bled, é, i, u, er, in, ai, ô (pour le verbe clore – j’ai clos)).

Exemples :
J’ai chanté
J’ai fini
J’ai connu
J’ai offert
J’ai repeint
J’ai défait
J’ai clos

Ainsi la proposition au présent du proverbe, sujet (le silence) – verbe (être) – attribut (d’or) équivalent à un adjectif, entre en résonance avec la dernière phrase, au passé. Elle n’en diffère phonétiquement que par une consonne (D – M). J’ai vu ça comme un hasard, mais je le garde !
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ptit lu
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MessagePosté le: Mar 5 Déc - 15:55 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

J'arrive un peu tard, l'essentiel me semble avoir été dit. Le titre est un des éléments sur lesquels j'ai tiqué. J'ai bien aimé que la tante ne dise rien, mais il m'a semblé qu'il manquait un chouilla d'inattendu. Plus long, ce beau texte gagnerait en force.

Tu as très bien su te mettre dans la peau de cette malheureuse fillette. Un exercice pas si aisé que cela...
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Alain Kotsov
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MessagePosté le: Mer 6 Déc - 13:07 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

ptit lu a écrit:
J'arrive un peu tard

Oui, tu ne peux plus rien pour le « pauvre » tonton.

ptit lu a écrit:
Tu as très bien su te mettre dans la peau de cette malheureuse fillette. Un exercice pas si aisé que cela...

A qui le dis-tu, je me sentais un peu à l’étroit dans une taille 8 ans ; et dans les 3500 caractères.
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janis
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MessagePosté le: Ven 8 Déc - 10:56 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or ! Répondre en citant

J'ai bien compris Alain, que je devais renoncer à te convaincre de ne pas faire cohabiter PC et PS dans le même discours! Razz
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:41 (2017)    Sujet du message: Le silence est d’or !

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