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Les textes du jee N°141

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Jeu 23 Fév - 01:53 (2017)    Sujet du message: Les textes du jee N°141 Répondre en citant

Quand il écrit « Voyage »...

Quand il écrit « Voyage »
Sur une page blanche,
Des éclats de buccins sonnant à ses oreilles,
Annoncent le retour de galions lourds d'ébène,
De poivre, de safran, de porcelaine et d'or .
Il entend les marins descendant des échelles,
S’élançant sur les quais, légers comme des elfes,
Vers des bouquets de mains alourdies du désir
Qui brûle le regard des femmes dans les ports.


Tous ses mots sur la page
Cisèlent le silence,
Aussi mystérieux que des anges qui passent
Dans les festins servis sur des lins damassés
Quand les oncles lointains reviennent d'Amérique
Et parlent de là-bas avec des voix blasées .

Il se lève soudain,
Pour marcher dans sa chambre
La tête pleine encore
De soie, d'ivoire et d'ambre.
Il aperçoit dehors
Le ciel gris de novembre.
Il se sert du vin noir
Pour larguer les amarres
Et se faire porter par la houle des mots.


Oh ! Partir en voyage sur un très haut navire,
Se frayant un passage dans un fjord reculé,
Entre des blocs bleutés coupés de la banquise
Qui éraflent la nef avant de dériver.

Parcourir à cheval des déserts de pierrailles
En suivant les chemins des conquérants mongols
Et des chasseurs de loups qui franchissent les cols
Pour filer à travers la steppe et les broussailles…

Des termes empruntés aux récits de voyages
Arrivent à grands flots sur ses feuillets noircis,
Fascinants souvenirs qu'il croyait engloutis :
Il se laisse enivrer par l'afflux des images...

Lorsqu'il s'endort enfin grisé de mots sonores
Il se sent receleur de trésors dérobés.

Il rêve qu'il rencontre,
Dans un café désert,
Une femme inconnue,
Au regard de sirène.
Ils boivent du thé vert
Qui embaume la menthe...
Il lui parle longtemps
Des sources des rivières,
De digues submergées aux marées de septembre,
De sentiers s'accrochant aux pentes des volcans
Et de maisons creusées dans les flancs des falaises
Au-dessus de vallées inondées de soleil.

Séduit par son silence, il l'invite au voyage.
Il trouve les mots simples,
Choisis juste pour elle.
Charmée, elle se lève,
La rue sombre les happe...

Ce serait un matin…
Ils marcheraient de front
Sur une longue plage,
Après avoir roulé
Longtemps vers le Levant.
Ils n’auraient pas parlé
Pendant tout le voyage,
Ecoutant la radio,
Station « Manche-Océan ».
Ils auraient entendu
Des chansons en anglais,
Ils auraient fredonné des refrains oubliés
D'où auraient ressurgi un vieux sous-marin jaune
Et des prénoms aimés qui vont très bien ensemble.

Ils iraient sur la digue dans le vent de l’aurore…
Les hôtels seraient vides,
Tous les rideaux baissés,
Les auvents démontés.
Et la mer serait grise
Mais leurs coeurs battraient fort.

Alors ils partiraient vers des terres étranges
Où des pierres se dressent
Au milieu des genêts,
Pour écouter ensemble
De lointaines légendes
Au pied de hautes tours veillant sur les guérets.

Quand il s'éveillerait, il aurait un peu froid.
Et tout en frissonnant, il déploierait pour elle
Un manteau de velours adorné d'hirondelles
Dont les pans voleraient à chacun de ses pas…

Mais elle serait loin,
Pâle muse fragile
Echappée à son rêve,
Envolée vers des îles
Où les mots trop clinquants
Et les clichés faciles
Se trouvent balayés au premier coup de vent.

Il entendrait frapper tant de mots à sa porte
Qu'il les accueillerait dans ses alexandrins
Pour partir à nouveau vers ces pays lointains
Qu'il ne verrait jamais . Mais après tout, qu'importe ?





Harry Angel



La radio grésille un vieil air de blues. Une voix du passé. Comme sa vieille Chevrolet Habana 1950 qui croise sur la route 90 dans le feulement de son 6 cylindres. La berline incarne une époque de légende, si ce n'est sa vieille sono vétuste...
Cette voiture, il l'a achetée aux enchères dès son arrivée aux États-Unis. Une bonne affaire. Depuis, il roule. Que cherche-t-il ? Où va-t-il ? Des questions sans réponses.
Las des autoroutes trop rectilignes, il a décidé de profiter un peu des panoramas au sud de La Nouvelle-Orléans et de Bâton Rouge. Les routes y sillonnent des paysages de grandes prairies humides parsemées de marais qui forment la terre des Cajuns.
Il a tout fait pour laisser derrière lui des valises qui le retenaient plus qu'elles ne l'incitaient à partir. Mais maintenant, lancé à 60 miles par heure entre ciel et bayou, que poursuit-il ? Une station essence à un croisement de deux routes perdues lui donne une occasion de s'arrêter. Il va garer la Chevrolet et demande le plein au gamin crotteux qui s'approche.
Dans la boutique trône un point café. Comme le carburant pour les voitures, le café régénère les conducteurs usés par la route. Dehors, le gamin s'active sur le pare-brise avec un torchon noir de cambouis. Le café est brûlant, du jour... C'est déjà pas si mal. Il se sent plutôt bien. Ce sont ces saveurs, ces visages, ces crépuscules de l'extase qu'il est venu chercher. Sinon, à quoi bon plonger ainsi au tréfonds du pays ! Emprunter le Pontchartain Causeway, louer un aéroglisseur et aller taquiner l'alligator au coeur du bayou, passer une nuit à danser dans les clubs de La Nouvelle-Orléans ? Pas pour lui. Il préfère la poésie des expériences anodines, sentir la fatigue de la route lui raidir la nuque et se réjouir du simple réconfort d'un grand mug de café, comme dans un tableau à la Hopper.
De retour sur la route, il file vers Lafayette. Quelques baraques isolées brisent la monotonie du trajet planté de vieux arbres biscornus. La route semble flotter sur les étendues saumâtres. À un carrefour, dans un hameau peuplé de poules et de gamins oisifs et mal fagotés, une stèle attire son attention. Il s'agit d'un monument érigé à la mémoire d'Évangéline, cette Acadienne qui traversa le pays pour retrouver son fiancé, Gabriel. L'histoire raconte qu'elle ne le retrouva que pour le voir mourir dans ses bras. Lajeunesse était son nom. Gabriel Lajeunesse et Évangeline Bellefontaine.


La musique s'arrête. Applaudissements.
 Merci, merci à tous... Cette chanson est intitulée « Diggin' my potatoes » et a été écrite par un chanteur de Blues surnommé Washboard Sam, parce qu'il jouait d'une planche à laver. C'est à lui que nous devons le prochain morceau que nous allons vous interpréter : Memphis Slim...

Quelque chose est brisé. Je me sens comme sorti d'un mauvais rêve. Je jette un billet sur la table. Je prends ma veste et sors m'allumer une sèche. La nuit est fraîche. Le ciel étoilé. Sur le parking, j'aperçois la Chevrolet garée sous un saule. Seule la devanture du Johnny Favorite's Club dispense une lumière blafarde et tresse des ombres inquiétantes. Une sirène de police déchire la nuit, au loin.
Ce que l'histoire ne dit pas, c'est que Gabriel aussi parcourut le pays à la recherche d'Évangéline. Je me sens un peu comme ce Gabriel. Je creuse mon chemin. Me retrouvera-t-on ? Moi, ai-je une Évangéline qui me cherche ? Je pressens que quelque chose m'échappe ou me fuit, comme une identité sourde. Lajeunesse n'est pas éternel.





Triste cœur, ventre affamé


L'archer trouva l'arbre dans la clairière. « Un chêne à la ramure folle, il n'a plus d'âge » avait précisé le maître d'armes avant de persifler « Tu veux tester sa magie ? » L'archer avait fixé le cou du vieux, la blessure d'une flèche tout entière incluse dans son œil viseur, puis, renonçant au sang, s'était mis en route.
Le jeune homme étreignit le tronc autant que ses bras pouvaient enlacer de bois. Le front sur l'écorce, bas-ventre affolé et sexe durcissant, ses pensées comme ses gémissements pleins de cet homme puissant, inconnu, qu'il sentait vouloir en lui mais ne savait ni n'osait aller chercher, l'archer, qui possédait l'œil absolu, garçon invincible dont on assurait que la reine l'enchaînerait à son lit, lui, l'ambigu, prisonnier de son statut d'élu, désirant fuir, envieux d'un ailleurs où il ne se mentirait plus, l'archer, se soumettant au flux de la sève, renversa la tête. Son œil pénétra la frondaison.
On narrait le pouvoir du chêne des pendus, les visions qu'il délivrait à certains, le voyage salvateur en ses fibres. L'archer avait écouté et cru. Il se tenait accolé à l'arbre dont les feuilles bruissaient, pucelles du vent. Puis ce ne furent plus des feuilles mais l'apparition de corps aux cous penchés, des corps serrés, comme entrés dans la danse. Le tournoiement des pendus entraîna à sa suite l'archer, dont l'esprit entama le voyage. Son œil, qui toujours avait scruté au-delà du commun, ne lui cacha rien de ces vies achevées en cassure. Il partit.
Il vit ce pays de cerisiers fleuris et la petite au vêtement de soie, suavement balancée alors que se levait le jour, que son pied droit avait perdu sa chaussure quand le cou avait rompu sa ligne et que son père agenouillé, dévorant, posait sur lui sa bouche sale.
Il vit dans Jérusalem orageuse un homme éperdu d'avoir trahi le compagnon aimé, aimé insensément au point de le vendre, de se vendre plutôt que de supporter l'attente des foules envers l'adulé qu'on ne pouvait que suivre, perdu à soi et à tout excepté à cet homme qui rassasiait désaltérait. Son corps, son sang... l'archer les sentit en lui aussi pendant que celui qui se mettait la corde au cou songeait au baiser qu'il avait donné pour trahir, au sel divin sur ses lèvres, au pardon qu'il quémandait pour avoir goûté comme éternel cet instant d'amour.
Il vit une contrée enflammée où luisaient les peaux sombres de femmes pendues aux branches d'un arbre sans nom. Sous les corps des mères mortes qui ondoyaient, les fils observaient le secret de la vie, n'y décelaient que déchirures. L'archer les savait naître à la vengeance.
Il vit, sur les terres du Nord, les servantes infernales récolter, telles mandragores sous les gibets, le sperme des suppliciés. L'une d'elles, ayant perçu la présence spectrale de l'archer, lui tira la langue. En dégouttait l'élixir viril.

Il retourna à son corps. Quel voyage avait offert l'arbre, quelle leçon, les pendus ? Les mêmes désespérance et désillusion, ici ou ailleurs ? Se pendre là, maintenant ?
Alors, une main forte et baguée se posa sur la sienne pendant qu'une autre se perdait dans ses cheveux. L'archer sourit au murmure de l'inconnu providentiel « Ne te brise pas déjà, mon joli mignon. On a mieux à faire. T'as voyagé avec les pendus, toi aussi ?... Notre avenir ?... bah, profitons encore, je préfère lécher ton cou plutôt qu'une corde. Le moment venu je leur écrirai une ballade, à ces foutus pendus, et prions Dieu que tous nous veuille absoudre !»





ROBINSON

Robinson était un enfant de l’Après-Guerre, il était si doux et si solitaire qu’à York on le traita de sauvage et le surnomma Vendredi. Il refusa de s’adonner aux joies pures du rugby. On lui en reconnut le droit mais il en abusa au point de ne jamais casser de bouteilles de bière sur le crâne des adversaires. M. Crusoë, son père, était désespéré...
Vendredi, découvrit la musique. Ce fut une révélation. Il communia avec garçons et filles dans les grandes messes musicales où les adolescents venaient saisir les hoquets tumultueux que leur lançaient en pâture des musiciens généreux et désarticulés.
Un jour de l’été 1965, il décida d’aller en avion au festival de l’île de Wight. Soudain, alors que l’appareil jouait à cache-cache avec les nuages, il y eut une cavalcade dans l’allée puis on entendit : « Je suis Français, je n’ai plus d’argent, l’Ambassade de France a refusé de m’en prêter. Je vous détourne donc sur Orly. Dans votre intérêt restez tranquilles ».
Déjà, l’appareil avait viré, il se posa bientôt. On servit un repas infect aux voyageurs. Des sommeliers manipulaient comme s’il se fût agi d’explosifs des bouteilles de vin qu’ils reniflaient avec des mines soupçonneuses. Ainsi lestés, Robinson et ses compagnons repartirent. Hélas, un passager palestinien qui voulait sensibiliser le monde au drame que vivait son peuple exigea que l’avion atterrît à Beyrouth d’où il gagna Baghdad, Pékin, Nagasaki, Melbourne grâce à trois Sikhs enturbannés, des Chinois dissidents, une Arménienne, un lutteur de sumo, un Aborigène têtu. Sa seule arme étant un boomerang, on ne le prit pas au sérieux. Moscou, n’ayant que mépris pour le mouvement révolutionnaire aborigène dont l’idéal tribal laissait peu de place à une pensée marxiste-léniniste structurée, refusa d’accueillir l’appareil. Les pays de l’OTAN furent solidaires de l’Australie : l’avion ne pourrait bientôt plus revenir à son point de départ faute de carburant.
.Il fut vite trop tard : l’avion perdit altitude et vitesse. Il se posa sur l’océan où il se disloqua. Les passagers hébétés s’accrochèrent aux débris qui flottaient. Vendredi décida de nager jusqu’à ce que mort s’ensuivît. Soudain, alors qu’il était proche de l’épuisement, il aperçut une île dont il se rapprochait à une vitesse étonnante. Alors, sa raison vacilla et il hurla : « Dieu existe ! Dieu est un courant marin ! »
Une vague le jeta sur le sable.


Voilà maintenant plusieurs mois que Vendredi est seul sur son île. Il a mis au point un piège qui retient les poissons à marée basse, volé le feu au volcan, découvert une source, construit une cabane. Il vit un bonheur absolu où les jours n’ont plus de nom, un présent immobile qu’il peut gaspiller. C’est comme si des pépites d’or jonchaient le sol et que, ne pouvant être monnayées, elles n’avaient pas d’autre raison d’être que leur brillance.



Non, Vendredi ne rêve pas : il entend une musique syncopée et voit venir un grand jeune homme au visage de cuivre et aux longs cheveux noirs qui se déhanche au rythme d’un rock diffusé par un magnétophone qu’il tient sur l’épaule.
[jl1] - Bonjour, écoute ça : Jimmy à Wight… Je connais tout le monde sur ces îles mais ton visage ne me dit rien. Vendredi raconte son odyssée.
-Moi, je suis G.O. au Club Mod’, sur l’île voisine. Mon nom est Vendredi mais on m’appelle Robinson parce que je ne suis pas un sauvage. Je suis tourné vers le modernisme… Je vais t’emmener et tu pourras repartir avec les touristes. Bon, allons-y.
-Non, répond Vendredi.




Une île.

Allongé sur son lit, les mains sous la nuque, Vincent regarde le plafond. L’ampoule suspendue fait un rond de lumière jaune sur la peinture. Autour, la pénombre. La rumeur sourde de la rue ronronne doucement derrière les vitres fermées. Vincent rêvasse, imagine. La mer, un bateau doucement balancé par la brise, posé tel un oiseau sur la crête des vagues. Un bateau bleu avec une voile blanche, c’est ça. Mais le bleu de la coque se confond avec celui de l’eau. Tout est calme. Vincent tient la barre, les yeux sur l’horizon.
Il lui semble sentir la tiédeur de l’air sur son visage, apercevoir la blondeur du sable de l’île, au loin. Un oiseau, un grand oiseau blanc traverse le ciel, venant caresser de son aile la voile gonflée de vent. Sur l’île, peut-être un palmier au tronc rugueux se dresse contre les nuages. Vincent a hâte d’accoster, d’enfoncer ses pieds dans la chaleur des grains rêches, de les laisser couler entre ses doigts ouverts. Comme ce sera bon !
C’est la carte que lui a envoyée le cousin Max. Il l’a reçue hier, il l’a longuement contemplée, il la connaît par cœur. Il se souvient surtout de l’oiseau, avec ses deux grandes ailes déployées. Être ce marin ou mieux, cet oiseau, s’envoler comme lui vers d’autres horizons. Mais il est là, entre les murs verdâtres de sa chambre, les murs lépreux qui le cernent et qu’il ne quitte presque jamais. Alors il se lève et les poings serrés, s’approche d’une table en formica. Une pile de cartes postales y trône. Il la balaie d’un revers de main rageur, et les cartes s’éparpillent sur le sol poussiéreux. L’une d’elles retient son attention. Une forêt sombre, de grands arbres serrés, un mur de briques rouges, à gauche, au fond. Il la ramasse, l’observe un moment, puis la retourne : « Temps superbe, région magnifique, passons de bonnes vacances. Baisers. A bientôt. Max. »
Encore le cousin Max. Max voyage. Tout le temps. Et il lui envoie toujours des cartes postales. Sur celle-ci, un temple bouddhiste avec ses statues dorées, ses chaussures qui attendent sagement la fin de la prière à l’entrée. Sur celle-là, une rivière serpente au milieu de rochers ronds comme des galets. La fraicheur de l’eau, les senteurs de mousse s’exhalent dans la chambre. Sur cette autre, c’est écrit en allemand. Vincent ne connaît pas l’allemand. Ni l’Allemagne. Peut-être est-ce la Bavière. Des forêts profondes, des châteaux mystérieux. Vincent soupire. Tout le monde imagine ça au sujet de la Bavière. Peut-être un jour ira-t-il vérifier.
Mais lorsqu’il lève les yeux, le mur qui s’écaille lui fait face. Ces lambeaux de peinture sale, comme une peau qui pèle après la brûlure du soleil, se décollent, se détachent, finissent par tomber par terre, laissant nue la chair blafarde de la cloison. Un derme ravagé, scrofuleux, ruiné. Sur le sol, les cartes sont toujours éparpillées. Vincent s’accroupit, les ramasse, ouvre un tiroir de la table et en sort une boite de punaises. Puis, patiemment, il trie les cartes postales et les accroche une à une sur le mur galeux.
Deux heures plus tard, la paroi est recouverte d’îles, de forêts, de châteaux, de montagnes enneigées ou pas, de plages, de ponts, de monuments exotiques, tous les endroits où le cousin Max a voyagé.
Alors, approchant une chaise face à la tapisserie colorée, Vincent s’assoit et regarde. Il imagine, il rêve. Bientôt, il part. Il s’envole, comme l’oiseau blanc. Il voyage à son tour. Il rejoint peut-être le cousin Max là-bas, loin, très loin de sa chambre.




Principes et vertus


En mars 67, à l'heure où commence cette histoire, Igor a consommé tous ses rêves. En 30 ans d'activité salariée pour l'État, il a eu le temps de peser le pour et le contre. Ivan, à 20 ans, surfe encore sur la vague idéologique de la collectivisation des biens. Embauché pour contrôler l'une des entrées du sovkhoze, fier dans son uniforme, il fronce les sourcils ce soir-là lorsqu'il voit Igor se présenter face à lui. Celui-ci pousse une brouette démunie de ridelles sur le plateau de laquelle reposent de multiples brassées de foin.
Soupçonneux, Ivan arrête Igor d'un geste ferme du bras.
– Halte-là camarade, où vas-tu ainsi ?
– Je rentre chez moi camarade…
– Et que transportes-tu ?
Igor sourit.
– Du foin… tu le vois bien. Pour mes lapins. Je le fais depuis toujours. J'ai même une autorisation pour ça. Tu veux la voir ?
– Évidemment.
Igor sort de sa poche un papier chiffonné. Ivan l'épluche longuement. D'abord par scepticisme, ensuite parce que la lecture administrative n'est pas toujours simple à déchiffrer. Quoi qu'il en soit, il doit se rendre à l'évidence. Le document stipule qu'Igor est autorisé à sortir une brouette de foin par jour.
Le sourire goguenard de celui-ci agace pourtant Ivan. Il flaire l'entourloupe. Il sait aussi que s'il venait à découvrir un trafic, il entrerait dans les bonnes grâces du chef du sovkhoze. Il ne souhaite pas demeurer garde toute sa vie…
– Si tu n'y vois pas d'inconvénient camarade, je vais fouiller ta brouette.
– Fais comme tu l'entends camarade, accepte Igor de bonne grâce.
Une minute plus tard, tout le foin gît au sol. Ivan n'a rien trouvé au milieu. Pas plus que sous la brouette qu'il a retournée et examinée sous toutes les coutures.
– C'est bon, lance Ivan, tu peux tout ramasser et rentrer chez toi.
Il espère voir souffler le vent de la rébellion sur le visage d'Igor. Peine perdue. Celui-ci recharge sa brouette et le salue d'un :
– Bonne soirée à toi camarade.

Une année a passé. Chaque soir, le même rituel s'est déroulé. Sourire narquois contre sourire suspicieux. Foin renversé à terre. Brouette inspectée.
Identique constat de conformité.

Les dix années suivantes marquent une évolution dans leurs rapports. Au fil des mois, Ivan a eu loisir de réfléchir à tout ce qu'il a vu et surpris.
Sans parler des rumeurs semant encore plus le doute dans son esprit.
Désormais, il est moins persuadé de servir une noble cause. L'égalité des discours n'est pas celle des faits. D'aucuns s'élèvent quand d'autres rétrogradent… ou disparaissent.
L'ardeur au travail est presque vertu négligée.
Il n'empêche que certains soirs, Ivan prie Igor de s'arrêter. Il renverse son foin… mais l'aide désormais à le recharger.
Une certaine connivence s'est établie entre les deux hommes.

Arrive enfin un soir de mai 82. Igor quitte le sovkhoze pour la dernière fois de sa vie. Il vient d'être mis à la retraite. Avant qu'il ne franchisse les portes, presque en signe d'amabilité, Ivan fouille dans la brouette. N'y trouve rien.
Il s'y attendait.
– Tu peux passer camarade.
– Merci camarade, lui répond Igor.
Il n'a pas fait dix pas au-delà des portes qu'un appel le freine dans son élan.
– Igor ?
– Oui Ivan, répond-il en se retournant.
– Je n'ai pas été dupe toutes ces années. Je sais très bien que tu volais…
– Si tu le dis…
– C'est sans importance aujourd'hui. Mais ne me laisse pas mourir idiot. Puisque tu ne reviendras plus, dis-moi ce que tu dérobais au sovkhoze…
Igor le fixe d'un air matois. Puis laisse tomber :
– Mais des brouettes camarade…


Terminus


Je ne sais pas ce que j’attends de ce voyage. Probablement rien. Ma famille s’inquiète et mes collègues ne savent que dire. Les mots sont vains car je suis seul et je n’aurai de cesse que je ne sois parti, même si j’ignore comment j’en reviendrai.
« Pourquoi ? » m’a-t-on demandé, « est-ce que tu crois… ? ». Non, je ne crois rien, et ma seule raison, c’est « parce que ». « Parce qu’ »il faut que je le fasse, c’est tout.

C’est un voyage commencé qui n’aura plus de fin. Mes pensées sont les paroles d’un vieux vinyle rayé qui hoquète les mêmes mots, mon esprit est prisonnier d’un train qui n’arrivera jamais.
Toujours le même paysage, le même endroit, le même instant. Toujours dans mes yeux, dans ma mémoire, le choc du même regard.
Cette fille, comment l’oublier ? Elle m’a regardé et j’ai su que je ne m’en remettrai pas. Un seul regard pour bouleverser une vie, le croirait-on ?

Je connais la ligne par cœur. Je peux dire où se situe le train les yeux fermés, au seul martèlement des roues, au seul balancement des essieux. Il était en pleine forêt, à vitesse maximum, il s’en fallait d’un quart d’heure avant la gare de Villers et c’est avant le passage à niveau de la D 51, à l’approche de la clairière, que les yeux de cette fille se sont accrochés aux miens. Exactement là. Dès lors ma vie a été liée à la sienne.
Je ne l’ai pas revue. Aujourd’hui elle est morte. J’ignorais tout d’elle, c’est lorsque les journaux ont parlé de son suicide que j’ai appris son nom et son âge. La question depuis me taraude : qu’a voulu me dire l’intensité de son regard, lorsque je l’ai croisé. Pourquoi moi ? Je ne sais pas.

Je sais seulement que si je refais le voyage, si j’y pense très fort, je pourrais, pour moi seul, remonter le temps, le stopper et le faire revenir en arrière. Je pourrais, si j’y pense encore plus fort, soutenir le regard de cette fille et avoir le temps de lui parler, lui dire qu’elle ne doit pas, qu’il ne faut pas, qu’elle n’est pas seule, qu’il y a d’autres solutions, lesquelles, je ne sais pas, mais je chercherai à gagner du temps, à la retenir, à la détourner de son projet fou, à changer le reflet de désespoir et de proche délivrance que j’ai vu dans le regard qu’elle m’a jeté.

Je n’ai pas voulu qu’on m’accompagne à la gare, c’est quelque chose que je dois accomplir seul. Le train est à quai et j’appréhende, le cœur battant, d’y monter. Les contrôleurs me doublent pour gagner la tête de la rame et le conducteur, en passant près de moi, s’arrête, curieux hasard. Sans être familiers, nous nous connaissons de longue date.
Il sait mes problèmes actuels et au lieu de se détourner, gêné, comme le font trop souvent les gens à qui mon état de dépressif fait peur, me serre longuement la main avec un sourire de réconfort qui me donne enfin le courage de monter en voiture avant la fermeture des portes.

Maintenant le train file, comme il filait l’an dernier, à vitesse maximum, quand cette fille a surgi sur la voie et que son regard m’a détruit, quand j’étais au poste de conduite et que j’ai écrasé en hurlant le poussoir du freinage d’urgence.
Qu’a-t-elle voulu me dire, à moi, rien qu’à moi, quand elle m’a regardé, juste avant le choc. Merci ? Ou pardon ?
Le train est resté bloqué près de trois heures, c’est au moins ça pour un accident de personne. Un autre conducteur a terminé le voyage à ma place. Mon corps aujourd’hui va d’un point à un autre mais ma vie s’est arrêtée là-bas. Elle n’est jamais repartie.



Partie remise

L'Eyjafjallajökull, mon rêve de toujours à portée de vue dans quelques petites heures ! Cet endroit de la planète m'attire irrésistiblement depuis mon adolescence. Pourquoi ? Difficile, même pour moi, la principale intéressée, d'en discerner la raison initiale. Mais, ce mot imprononçable, qui me fascine, en est probablement la cause. J'adore voir la tête ahurie des gens lorsque j'annonce, l'air blasé, la prochaine destination de mes vacances :
- Je pars admirer l'Eyjafjallajökull à Seljalandsfoss prochainement...
Je me garde bien de donner de plus amples renseignements, c'est trop réjouissant de distinguer les points d'interrogation passant devant leurs yeux.
Eyjafjallajökull, ce nom dépaysant, je sais le prononcer sans hésiter, ni bafouiller. Cela fait donc son petit effet. J'ajoute après quelques secondes :
- Nous nous y rendons pour notre anniversaire de mariage.
A ce moment, mon interlocuteur, toujours déconcerté, demande généralement :
- C'est où exactement ce Eyja....?
Je réponds alors :
- En Islande, c'est un volcan au milieu de plaines aux multiples couleurs. Une chute d'eau dégringole d'une belle hauteur et il est possible de se glisser à l'arrière de celle-ci en empruntant un petit chemin boueux.
J'ai tellement consulté de catalogues et lu de livres sur cette contrée, que j'ai, parfois, l'illusion de connaître le coin à l'égal des Islandais!
Si les Trolls n'avaient pas été facétieux, je devrais être rentrée de cette destination depuis quinze ans déjà. Nous devions nous y rendre pour notre voyage de noces. Hélas, nous annulâmes par la faute d'une voiture hors d'usage. Notre pécule fut plus raisonnablement employé pour l'achat d'un nouveau véhicule. Logiquement, ce n'était que partie remise : le temps de reconstituer une cagnotte. Seulement, cinq ans plus tard, ce fut l'arrivée de nos jumelles qui contraria à nouveau notre projet. Nous ne leur en voulûmes pas ! Pour les dix ans, j'y croyais ferme, mais un licenciement économique mit fin à nos espérances. Plus d'aurores boréales ni de volcan à l'horizon...
Cette fois-ci, tout est sous contrôle : voiture, enfant, boulot, zéro problème!
Thierry s'est occupé de l'achat des billets d'avion, des hôtels, des excursions. Un amour !
Douze jours de bonheur à venir !
A l'aube, dans le taxi qui nous emporte vers l'aéroport, je ferme les yeux et je me laisse bercer. Je vois, derrière mes paupières closes, les fumerolles monter vers le ciel et, au loin, le majestueux Eyjafjallajökull dominant le spectacle...
Le taxi stoppe devant le terminal. Le hall est bondé de gens circulant en tous sens, les yeux rivés vers les écrans où les horaires et les destinations sont affichés. Nous faisons de même pour constater, avec consternation, l'annulation de la plupart des vols. Des informations sont données par les hauts parleurs : ce n'est pas possible, je ne veux pas y croire !
L'Eyjafjallajökull est entré en éruption, d'énormes nuages de cendres inondent la planète. Les avions ont l'interdiction de décoller. Le danger est trop grand. Il est impossible de savoir quand le trafic reprendra.
Anéantie, je réalise que, demain, je ne contemplerai pas, la chute d'eau aux arcs en ciel. Je m'assieds sur un banc et j'ouvre le livre, d'un auteur Islandais, Arnaldur Indrason, glissé dans mon bagage à main, pour me plonger dans une ambiance nordique durant le vol. Il ne sera pas dit que je ne m'approcherai pas, par la lecture au moins, de ce pays qui semble sans cesse vouloir se dérober sous mes pas...



Voyageur sans bagages

« Attachez vos ceintures, départ imminent pour Bastia. » J’ai frissonné de plaisir. Mon premier voyage en Corse. Je n’imaginais pas qu’il allait m’entraîner à Ajaccio puis jusqu’au sud du pays dans de petits lieux reculés portant les noms de Tarabuccia ou L‘Ermitage de la Trinité et que j’y apprendrais quelques mots de cette langue que les natifs chantent si bien. J’y ai marché entre les chemins verts et les arbousiers du maquis et aperçu l’île de Frigoli.
A peine rentré, j’ai pris la direction des falaises du Roussillon, ce »Colorado provençal », gravi la pente qui mène au village perché de Gordes, flâné sur son marché des potiers où j’ai été tenté d’acheter quelques pièces artisanales et terminé mon excursion dans les ruelles des Baux de Provence et au sein de sa magnifique cathédrale d’images.
Quittant ce site ensoleillé, juste le temps de souffler un peu et j’ai repris l’avion, puis le ferry pour débarquer à Stroma, une île sauvage tout au Nord de l’Écosse, peuplée de pêcheurs qui alimentent les conserveries. Stroma et ses petits pavillons typiques ouverts sur la rue, son unique pub grouillant d’animation. Stroma et ses habitants vivant presque en autarcie, attachés à des coutumes ancestrales qui prennent le pas sur la légalité.
Sautant du coq à l’âne, j’ai répondu à un clin d’œil que m’a fait le Japon, un Japon insolite, celui des temples bouddhistes et des odeurs d’encens où je me suis livré à la méditation.
Puis c’est le Maroc qui m’a fait signe. Je ne suis pas allé plus loin que la frontière avec l’Espagne, là ou des femmes surtout, pour un salaire de misère, la franchissent chaque jour pour se charger au vaste centre commercial de Ceuta, de ballots de marchandises qu’elles rapportent, dos moulus, jambes flageolantes.
Rio de Janeiro, Berlin, la Suède et la Finlande et leurs frimas, les States et leur gigantisme, tout m’attire. Même si ma destination de prédilection reste en toutes saisons la Bretagne où un ami m’a accompagné un jour d’Erquy à Belle-Île en mer où l’eau reflétait toute la palette d’un peintre », m’a fait découvrir Saint-Malo et ses fortifications. Depuis, je retourne fréquemment me promener sur la lande qui « mugit », ou écouter la mer « qui pousse parfois d’interminables soupirs. »
Je ne saurais citer tous mes voyages dont les souvenirs me reviennent ici en foule. Des voyages qui ne me causent pas la moindre fatigue, le moindre souci de décalage horaire. Pour lesquels je n’ai nul besoin de passeport si je franchis des frontières. Pour lesquels je m’embarque sans le moindre bagage sinon ma soif d’évasion et d’émotions. Au cours desquels je ne crains ni canicule, ni froid glacial même s’il m’arrive souvent de percevoir la caresse d’un soleil, la morsure d’un vent d’hiver.
Si la maladie m’a cloué dans un fauteuil, mes mains sont toujours assez habiles pour tourner les pages, mes yeux se sont toujours passés de lunettes, et mon esprit, ma mémoire, mon imagination ne me font pas défaut. Chaque livre que l’on pose sur mes genoux est un titre de voyage, chaque chapitre une étape dans ma découverte d’un paysage, d’un horizon nouveau. Je me laisse emporter par les mots, les images de mes amis auteurs, je vis les aventures de leurs personnages. Chaque mot FIN sonne à la fois le bonheur du retour, le cœur chargé de souvenirs et l’irrésistible envie de repartir ! Ma bibliothèque, mon train, mon bateau, mon avion... Ah ! On m’appelle : destination, La Havane ...




Envol


Je suis une poussière d'étoile, j'ai ma place dans l'univers quand une très forte envie me saisit, prendre corps.
Un énorme grain de folie entre deux êtres sur la planète Terre, désir d'un instant, je me glisse en eux sans qu'ils n'aient rien demandé. En apesanteur, au rythme des battements de cœur résonnant avec légèreté dans la chaleur de ce cocon, mon esprit s'enrobe de chair et de sang. Au terme de mon séjour dans cette matrice, me voilà expulsée au petit jour, dans la lumière naissante de l'aurore.
Un cri, je sens les vibrations de son écho m'inscrire dans la vie.
J'ouvre mes yeux, mes bras pour accueillir le monde. Je découvre la gravité d'une atmosphère lourde, froide, un toucher que je voudrais plein de douceur, des illusions.
Je voudrais me propulser, mais mon regard, les bouts de mes doigts, de mes orteils se heurtent à une paroi opaque, granuleuse, aux aspérités rugueuses. On me raconte..mon arrivée … un cataclysme...on s'en remet avec une attendrissante maladresse.
On me garde dans cet espace clos où mon corps est nourri, blanchi, réchauffé devant les flammes de la cheminée, une boule féline ronronnante posée sur mes genoux réchauffe mon âme. Je me forge des chaînes de reconnaissance en me conformant à toutes les dissonances de cet antre.
Dans le rougeoiement des braises, je m'invente des voyages en mon âme d'enfant, mon petit félin ronronnant sur mes épaules, entre le clair obscur des flammes, je m'envole dans un petit avion, le ciel s'ouvre en une mer immense, je me glisse sous les ponts de Paris, je plonge dans les ombres et lumières marines, je traverse des pluies d'éclatantes gemmes.

Mes rêves d'adolescente trop sage s'autorisent enfin à faire des places des pistes de danse, mon corps prend forme et s'éveille sous son enrobage. Vie en mes yeux, mon sourire, une rencontre, des mots échangés avec adresse. Un matin, comme une fenêtre sur un morceau de ciel,
j'ouvre une lettre bleue et lumineuse :

« Chère Clara,
parfois le bonheur
est dans le pré
parfois aussi
le bonheur est dans l'après
c'est à peu près
ce que je voudrais
te dire
c'est peu
mais c'était prêt
aussi
à te dire

Amitié
Amour Amuser Amande Améthyste Âme Amorce
Amérique Amener Amaryllis Amarante »

Oui, c'est prêt à entendre !
Je sens mon corps se tendre comme un arc, chaque syllabe décoche une flèche, perce les maillons de mes chaînes...
Avec légèreté, je m'amuse à sauter à cloche pied sur les mots comme sur les pierres d'un passage à gué, jusqu'à l'embouchure, la mer...
Oubliée la mappemonde ! Je largue les amarres, sans boussole et sans voile, guidée par les étoiles, je cingle sous le pavillon de ma Détermination vers des frondaisons où chantent tous les oiseaux du monde, vers les coupoles d'or et de lumière. Des chemins fleuris d'amaryllis me conduisent à des palais d'améthyste au-delà des aurores boréales vers mon Eldorado...
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév - 01:53 (2017)    Sujet du message: Publicité

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