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Les textes du jeu N°140

 
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danielle
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Jeu 19 Jan - 16:42 (2017)    Sujet du message: Les textes du jeu N°140 Répondre en citant

Une amie dans la tourmente


Hôtel de Paris, Monaco. En ce 23 décembre, il est 12 h 15 et la salle de restaurant est pleine à craquer. Les serveurs, sourire grand chic, costume plus que parfait, effectuent leur ballet habituel de table en table.
Malgré la discrétion absolue qui est de mise dans ce genre d'établissement haut de gamme, on sait que Michel Drucker est ici incognito. Et entre deux bouchées de caviar, au prix inavouable, on murmure que le beau-frère de Madonna serait aussi parmi les convives. La grande classe. Le top of the top du luxe international.

« Bonjour, je souhaiterais une table pour déjeuner.
- Ah madame, je suis désolé, mais c'est impossible, nous sommes complets !
- Oui, je m'en doute, mais pour moi, il y a toujours moyen de faire libérer une place. Vous m'avez reconnue, n'est-ce pas ?
- Euh, non, pardonnez-moi...
- Mais enfin, mon cher, je suis Françoise Hardy, la chanteuse Françoise Hardy ! Il faudra faire changer vos lunettes !
- Excusez-moi, je vais me renseigner, je vous demande un instant. »

Peu après, l'employé revient à pas feutrés et chuchote : « Veuillez me suivre, madame, le directeur de l'hôtel va vous recevoir. »

Quatre heures plus tard. Autre ambiance.

« Et là, le directeur m'a dit d'un ton très agressif que je ne pouvais pas être Françoise Hardy puisqu'elle était morte la veille en s'étranglant avec une arête de poisson. Et qu'il avait appris la nouvelle sur Facebook et que tout le monde en France était au courant et que j'avais un sacré culot de me faire passer pour elle.
- Ah oui, quand même...
- Alors je lui ai dit que j'étais au courant pour le message sur les réseaux sociaux et que c'est moi-même qui l'avait démenti car c'était de la pure intox. Et que c'est justement pour ça que j'avais quitté Paris précipitamment pour Monaco, pour me changer les idées et oublier cette rumeur débile ! Vous me croyez vous au moins ?
- Ah oui, oui, je vous crois carrément.
- A 73 ans et avec tous les problèmes de santé que j'ai eus, ils vont finir par me tuer avec ce genre d'ânerie. Mais bon, si vous me croyez, ça me fait quand même plaisir. Vous me reconnaissez, vous voyez bien que je suis françoise Hardy.
- Ah oui, je vous crois et je vous reconnais. Il n'y a pas de problème. »

A ce moment là, la porte s'ouvre et une jolie infirmière entre dans la chambre en poussant un petit charriot.
« Alors, mesdames Françoise Hardy et Jeanne d'Arc, c'est l'heure de prendre votre traitement. »



Au travers

La faux s'abat, au hasard semblerait-il, pour réunir anonymes, icônes, célébrités. Je les imagine nous bercer de mélodies à tous les temps dans l'amphithéâtre de l'infini du ciel où tout a sa valeur et plus rien n'a de prix.
Et, jour après jour, moi, Vondi Güelau, je continue d'élever mes œuvres partout sur notre planète dans la pureté, communion entre ciel et terre.
Et, ce matin là, moi, Vondi Güelau, sur l'écran du smartphone, je vois apparaître dans le pèle mêle de l'actualité,
« Le grand architecte créateur, Vondi Güelau, est décédé hier soir étranglé par une arête de poisson alors qu'il dégustait un tartare de loup de mer...L'orfèvre de la lumière s'est éteint ».
Hier soir, dans mon sommeil je partageais mes rêves avec l'inspiration déterminante ponctuant calculs numériques, logique mathématique, lois de la physique. Tel un cadeau, le céleste enveloppe mes créations d'un souffle divin et chaque élément prend forme à sa place dans la partition de la vie.
La nouvelle court partout et sur le fil des médias. La flèche de ma future création s'arc-boute, sa légèreté se plombe. Démentir la rumeur ? C'est en vain ! Avec effroi, je contribue encore davantage à sa propagation et même ma pathétique présence est rejetée au journal télévisé, imperméable à la raison.
Famille, amis, collaborateurs, admirateurs, tous éplorés, trop absorbés par les réseaux sociaux dénient mon existence. Je deviens anonyme, à la recherche de mon reflet dans les vitrines, dans les flaques d'eau après l'averse de la nuit, ma silhouette longiligne s'effiloche, tel un échalas, yeux creusés, pommettes saillantes dans mon visage aux traits anguleux, taillé à la serpe. Je me sens déstructuré, un mort à qui on aurait oublié de fermer les yeux. J’erre, un fantôme, à la recherche d'un temps nouveau.
Les médias relayent aussi la barbarie du monde, des édifices mythiques, gisent au sol parmi les corps sans vie. Les coupoles aux feuilles d'or ne tamisent plus la lumière pour caresser les âmes et les apaiser. La lumière crue darde déjà ses rayons livrant les hommes à leur aveuglement.
La mort dans l'âme, mon corps me porte où mes pas me transportent.
Je ne raconterai pas les sombres détours pour exister avec une autre identité sociale. Gardant toute ma richesse, en mes gènes et ma mémoire profonde, dans ma nuit dégringolent les lettres de NOUVEL, GAUDI. Elles se mêlent et me nomment « Donevi Ulagu » à l'aube de ma nouvelle genèse.
Je me redresse, cap en avant, en équilibre sur le fil de mon insatiable désir. Un plongeon, en immersion dans le monde, je fais corps avec les gens, musique des mots, sonorités des voix, notes des cœurs, rayonnement des regards.
En funambule inspiré par ces élans de vie, je m'inscris dans l'univers, accepte les normes, m'applique à dessiner les plans dans le respect nécessaire de la gravité pour me libérer et repousser les limites.
Mon inspiration me porte à créer un joyau d'architecture destiné à sublimer le langage universel de la musique.
Enflammée d’exubérantes étincelles, l'énergie transmutée en lumière chauffée à blanc, insuffle ses couleurs à travers les pores des murs, derme sans frontières de ce palais suspendu entre ciel et eau, volume paré de pierre, métal, verre se jouant de la pesanteur, tout en délicatesse, transparence. Sensibilité épidermique des notes portées, pulsations, rythment de concert les cœurs en symbiose, explosent aux sens du monde en un déploiement d'émotions dans la paix, offrant à chacun son propre éclat.



Sac de nœuds !

Ça faisait déjà une bonne semaine que mon moral avait tendance à rejoindre mes chaussettes.
Déprimer, c’est pourtant pas dans ma nature. Mais allez savoir : la fin de l’année, le froid sibérien et cette avalanche de décès en décembre... Des actrices surtout avec qui je me trouvais des points communs. Morgan la belle : moi aussi j’ai eu ma période splendide. La Reynolds : trois mariages toutes les deux. La Gensac : mon mec aussi me donne du « ma biche » parfois et ça me fait tout chose. Question âge, j’ai encore de la marge mais tout de même... Sans parler de quelques chanteurs et écrivains : je chante pas, mais les scénarios, le roman, j’ai pas mal donné et je veux bien donner encore ! Tout ça m’a fait froid dans le dos. Cerise sur le gâteau, le matin du 27 décembre, ma fille me passe un coup de bigophone, morte de rire : « Mum, accroche-toi ! On annonce ton décès sur Facebook et Cie. Flanby va te faire des funérailles nationales ! »
Ça m’a pas fait marrer du tout ! Un petit coup de remontant et zou, j’ai décidé de réagir. J’ai pas de compte Facebook, pas le temps pour ces conneries. J’ai chargé fifille de poster des démentis bien sentis ! J’ai secoué mon attaché de presse. Journaux, radio, télé : on l’a envoyé sur le houx ! Tous avaient des infos précises et de source sûre : je m’étais étranglée avec une arête de poisson en racontant une bonne blague à table. ( J’avais bien mangé du saumon, la veille, mais sans aucun souci.) J’ai pris le téléphone en personne. Dès que je me présentais, soit on me riait au nez : « On nous l’a déjà faite celle-là ! », soit on me faisait la morale : «Quelle honte ! Un peu de respect pour la grande artiste qui va nous manquer ! » et on me raccrochait au pif.
La grande artiste qui va nous manquer ! C’était sympa mais putain d’ours j’allais pas leur manquer puisque j’étais bien vivante ! J’ai fini par douter : j’aurais passé l’arme à gauche à l’insu de mon plein gré ? Je me suis tâtée, regardée dans le miroir: bien en chair, bonnes joues roses, je pétais de santé. N’empêche que les médias se déchaînaient à propos des démentis qu’ils commentaient avec ironie ou indignation. Le Canard enchaîné: « Son dernier gag : elle cause par-delà la tombe ! ! » Les quotidiens : « Une inconnue se fait scandaleusement passer pour l’actrice comique dont l’enterrement est prévu le 31 à 10 h au Père Lachaise. » On se foutait carrément de ma gueule !
Les condoléances affluaient chez mon homme qui, lui, restait de marbre. « Laisse pisser, ma poule ! »
J’ai voulu aller prendre l’air au Parc Monceau ; un ahuri s’est mis à crier : « La voilà, c’est elle l’usurpatrice ! » Un attroupement s’est formé, ils étaient prêts à me lyncher ! Jai réussi à m’enfuir. Manque de pot, les pelouses étaient verglacées. J’ai glissé. Samu, police, la totale. À l’hôpital, ils ont bien été forcés de reconnaître que j’étais la vraie avec mes carte d’identité, de Sécu, de Mutuelle, tout ça bien en ordre. Y avait que ma jambe droite qui était dans le désordre, fracturée en trois endroits. En dépit de la douleur, c’était bon de me faire chouchouter, de recevoir des excuses. Je me suis entendue avec les autorités pour que les démentis officiels soient notifiés aux médias après le 1er janvier 2017. J’avais envie de passer un réveillon bien tranquille en famille. Pour ce qui est de mon vol plané sur la pelouse, on s’est fendu la pêche quand Marilou a décrété : « Tu l’as pas maudit, le gazon, cette fois maman ! »

La preuve cachée

« C’est affreux, je sais, mais tout est de leur faute. Mon mari et ma secrétaire, complices, peut-on imaginer pareille duplicité ? Ils me voulaient morte, tout ça vient d’eux, même cette rumeur de fin stupide : étouffée par une arrête le soir du réveillon ! C’est répugnant. Je méritais plus spectaculaire, plus dramatique, plus… Grâce Kelly !
Des preuves ? Bien sûr. Mon dictaphone se déclenche seul, il a tout enregistré.

(Clac)
— François, elle se doute...
— Non, rassure-toi.
— Mais elle a appelé son agent pour une conférence de presse, je n’ai pas pu intervenir, elle va tout contrecarrer.
— Mona, nous étions d’accord. C’est la seule solution.
— La seule que nous ayons trouvée.
— La meilleure. L’enfer de nos mensonges ne peut plus durer, Mona. Aie confiance, un autre avenir est possible...
(Clac)

— Vous faut-il autre chose, Maître ? C’est sans équivoque et vous allez plaider le crime passionnel, n’est ce pas ?
L’avocat soupira.
— Il me faudra cet enregistrement, Madame, la police…
— Certainement pas !
Elle avait répondu avec trop de vigueur. Cette affaire n’était pas nette. Une actrice donnée pour morte qui assassine son mari et sa secrétaire… Et pourquoi ceux-ci auraient-ils voulu tuer virtuellement la grande Catherine Dancienne ? Qui elle, ne les avait pas ratés.
La rumeur de sa mort ne désenflait pas, peut-être parce qu’elle avait échappé à la garde à vue. S’y ajoutait maintenant l’annonce du meurtre de ses proches. Quelque chose clochait, dans cette histoire.
— Madame, je voudrais réécouter la bande. Vous dites qu’ils ont lancé la rumeur ? Mais je n’ai pas entendu...
—Ce sont eux, maître, ils le disent plus loin mais je ne peux vous faire écouter. La suite est trop… intime.
Il en fallait plus que cet air de dignité offensée pour tromper un vieux renard comme lui. En trente ans de prétoire, des menteurs, il en avait entendu et il savait en faire autant au besoin. Il sourit.
— Dans ce cas, Madame, je renonce.
Elle sursauta, s’offusqua, supplia, céda à contrecœur et lui fit jurer qu’il ne ferait pas état de ce qu’il entendrait.
Parce qu’elle, « la Dancienne », la grande Catherine, la Sublime Couguar pour Gaspard Ulliel, l’Amie Troublante pour Romain Duris, ne se voyait plus offrir de rôles à sa mesure, on ne lui proposait que de la figuration au rabais. Il voulait entendre ?

(Clac)
— … les ai relancés pour n’avoir qu’une apparition en mère de Depardieu trois secondes derrière une porte. J’aurais dû accepter ?
— Non, quelle horreur ! Mais il y a pire, Mona, Vivre avec son temps a appelé.
— Le magazine ?
— des seniors dans le vent, oui. Pour de la pub.
— Nooon ?
— Si. Pour les fuites urinaires. Oh, Mona… (rnifffl)
— Ne pleure pas François. Nous la protégeons. Fais ce qui est prévu, votre croisière va lui rendre goût à la vie. Je vais gérer la rumeur ici et si un journaliste s’aperçoit que Catherine est bien vivante, on dira que tout n’était que calomnie. Ce que l’on dit déjà.
(Clac)

Un long silence passa, qu’elle rompit avec émotion.
— Ceci doit rester secret, Maître. Ils ont voulu m’éviter une humiliation pire que la mort, j’en suis consciente. Mais qu’ils me pardonnent, je ne peux pas mourir. Je veux redevenir la première et ce sera grâce à eux. Je veux du monde aux Assises, je compte sur vous. Faites durer le procès, mon histoire - crime passionnel, nous sommes d’accord ?- doit faire la une jusqu’à ce qu’un scénariste s’en empare. Et avec la remise de peine que vous m’obtiendrez, Maître, je pourrai revenir jouer mon plus beau rôle : le mien. »

La débandade

Personne ne me croit. J’ai beau démentir, on n’en démord pas. On ? La rumeur, ce poulpe insaisissable et insatiable qui se repaît de ragots, ce monstre tentaculaire qui s’empare des commérages, les digère et les propage.
Tout a commencé juste avant Noël : nous étions en plein tournage quand nous avons appris le décès de Rocco. Amélie, une des assistantes, a surgi, l’air grave. Elle a annoncé la terrible nouvelle et les techniciens ont aussitôt interrogé leur smartphone et les réseaux sociaux. C’était la débandade sur le plateau ... et sur le lit où, avec ma partenaire, nous jouions une scène capitale. Coupé dans mon élan, je me suis recroquevillé sur la tristesse qui pénétrait peu à peu en moi, se répandait, m’envahissait. Je ne voulais la partager avec personne. Le grand Rocco, mon mentor : c’était un choc. Celui qui, le premier, m’avait donné ma chance en me proposant un rôle dans l’un des films qu’il produisait, n’était plus.
Au-delà du chagrin, l’annonce de sa mort m’a immédiatement plongé dans un état d’angoisse indicible : et si j’étais le suivant sur la liste, pour clore la série noire de l’année 2016 ? Après la disparition d’Alban en mars puis celle de Gabriel en août, c’était au tour du plus célèbre d’entre nous. Trois décès par accident : celui de Rocco avait été provoqué par une course poursuite sur la RN20. On apprendrait quelques jours plus tard que l’occupant de l’autre véhicule était toujours en fuite et que la famille de Rocco avait porté plainte contre X : un comble pour les héritiers de la plus grande star du Porno !
Jusqu’alors, en studio, régnait une atmosphère de cour de récréation, avec ses mesquineries, ses moments de franche rigolade - souvent aux dépens de l’un ou de l’autre – ses coups bas ... J’avais connu meilleure ambiance. Le lendemain matin, à notre arrivée, une cohésion toute neuve soudait l’équipe : poignées de mains plus franches que d’habitude, tapes réconfortantes dans le dos, accolades. La Grande Famille du Porno était en deuil.
Nous étions censés reprendre le tournage mais j’en étais incapable. Les clins d’œil, les sourires un brin moqueurs auraient dû me servir de stimuli mais j’étais impuissant à canaliser la peur qui m’assaillait et virait à la panique : j’allais, moi aussi, être victime d’un accident. Dans mon esprit, je ne saurais dire pourquoi, c’était une certitude et, malgré les railleries que je percevais sur le plateau, je ne parvenais pas à me ressaisir. Alors, une petite phrase postée sur les réseaux sociaux a mis le feu aux poudres. Il était question de « la faiblesse d’une autre star du X », de « sa défaillance », de « sa mort programmée ». Il n’y avait plus qu’un tout petit pas à franchir ...
Et voilà pourquoi on croit à présent dur comme fer que je suis mort. Dur comme fer : si mon outil de travail l’avait été, rien ne serait arrivé ! On m’a trouvé un remplaçant. On ? Le producteur et le réalisateur du film. On a estimé qu’un figurant, pour les gros plans, ferait tout aussi bien l’affaire. On m’a demandé de prendre des vacances, le temps que je retrouve mon potentiel. Au repos forcé, j’essaie de prouver que je suis vivant, en postant photos et vidéos sur les réseaux sociaux. En vain. J’ai donc décidé de tirer ma révérence : bye bye 2016 ! Après tout, entre le lit et le canapé, l’ordinateur et la télé, rien ne peut m’arriver. J’attends la nouvelle année. Pour faire taire les rumeurs, il suffira alors que je me montre sous mon meilleur jour.

#lesgens

Ça a débuté comme ça. Une rumeur sur Whisper : “ Michal Polnireff est mort hier, étouffé par une arête de poisson.” Foutaises !
Mon impresario m'envoya le premier message sur Messenger. Virale, la progression du hoax ! Un réseau après l'autre, tout le net se mit à table pour cette salade.
Twitter bien sûr. Des tweets de fans par milliers pour témoigner de leur émotion, mais pas seulement. Toute l'info en continu, à cor et à cri, propagea ce buzz dont elle n'était pas l'instigatrice. Une tentative de récupération : ne pas être les premiers, soit, mais être les plus accrocheurs. #TL en ébullition.
Facebook réagit juste après. Là aussi, mon mur croula très vite sous les publications éplorées. Instagram et Google Plus faillirent sauter sous la déferlante des posts concernant mon décès présumé. Et tout ceci en moins de temps qu'il n'en faut à Goldman pour pondre un tube.
J'avais sans doute tendu le bâton pour me faire battre en faisant courir moi-même des rumeurs sur mon état de santé, quelques semaines auparavant, pour justifier l'annulation de grosses dates de fin d'année. #Sachezle, les disparitions récentes de Léonard et George, ou même de David quelques mois plus tôt, ont dû promouvoir le phénomène. Troublante coïncidence.
Il aurait fallu réagir. Mais les vidéos de fans éplorées sur Youtube ou Dailymotion recevaient tellement de vues que j'ai eu la faiblesse de laisser faire. J'y trouvais mon « compte. » Mais le tsunami m'a complètement débordé. Sur Plag, les cartes s'y diffusaient à la surface du web comme une épidémie de gastro dans un cybercafé, via les souris ! La toile est une boîte de pétri où toutes les horreurs prolifèrent.
L'intervention de proches sur BFM ou de vieux potes sur Trombi et Copain d'Avant commencèrent à m'émouvoir. #JDCJDR. Mais ce furent les retombées financières qui me mirent en alerte : Les places de mes dates de janvier se revendaient quinze fois le prix sur leboncoin ou e-bay. Sans parler des produits dérivés devenus collectors et qui s'arrachaient plus cher que la culotte de Madonna. #lesgens.
Sur Telegram, mon agent avait essayé de me joindre toute la matinée pour me supplier de pondre un démenti. Qui allait payer pour les concerts annulés et les places revendues une fois la bulle éclatée ? Et si on mettait le nez dans mes faux états de santé ? Moins on creusait dans cette affaire, mieux je me portais. Je me suis connecté à Myspace pour une publi salvatrice, mais les serveurs du site avaient explosé, comme victime d'une cyber attaque. Ni Spotify, I-tune, Deezer ou Grooveshark n'étaient plus en capacité de répondre aux demandes. 187 millions de téléchargements de mon dernier album avaient eu raison d'eux. Alors je me suis rabattu vers Dubsmash et Snapchat. Leurs boutiques tournaient encore, #LRT. Je me suis filmé dans ma cuisine en entonnant un circonspect et improvisé « On ira tous au Paradis, mais pas moi, » pour mettre fin au phénomène. #LT.
Rien à faire. Ma tentative passa pour une honteuse parodie. La mécanique du click était devenue folle. La vérité sonnait faux. Seule comptait cette parodie de vérité...
Dans ma cellule à Fresnes, j'aurais pu me procurer un smartphone sans difficulté. Mais je préfère prendre de la distance. Je laisse la place aux autres. #unplugged. Pour un temps seulement, celui du procès. Après, c'est comme le cheval, il faudra vite remonter pour ne pas perdre la main. Car ce qui défait les hommes peut aussi être à l'origine de leur renouveau. #philo.

Un croûton sauvage

« Ci-gît Sylvie Sansoucis ».
J'aurais dû choisir un nom de scène en rapport avec ma mort, parce que l'épitaphe sur le cercueil prête à rire. Si, si, Billy, mon mari, en a décollé les lèvres ! Il est pourtant le réalisateur réputé pour ses zygomatiques en berne. Eh bien, sous la pluie, au milieu des personnalités du show-biz, je l'ai vu échanger un sourire avec Pauline, ma sœur. Depuis mon décès, je la soupçonne de s'être fait greffer les paluches de ma moitié sur les fesses. A l'antenne, je viens de voir un gros plan caméra d'une main de Billy sur son fuseau noir, pendant ma messe.
― Mes cochons, je viendrai vous hanter et vous saucissonner !
Qu'est-ce que je raconte ! Je suis toujours en vie, les ongles enfoncés dans le cuir d'un fauteuil de salon, résolue à prendre à bras le corps cette antique télévision à tube cathodique qui retransmet mon inhumation, et à la jeter par la fenêtre. Elle aurait produit un petit « plouf !» dans le lagon, avant de couler près des coraux et des poissons multicolores. Ainsi, toute vie sur terre, même le poisson ange-citron, aurait suivi les obsèques d'une vielle actrice qui vire has-been, en couleur. J'entends encore mon médecin me dire : « Sylvie, vous avez quitté la cinquantaine, il vous faut ralentir ou vous allez nous faire une crise cardiaque ! » Sachez docteur que j'y suis presque arrivée. Je m'apprête à tomber raide morte sur cette moquette en coco, enroulée dans un pagne.
― L'Oracle Sibylle l'avait prédit !
La célèbre voyante m'avait confié en consultation : « Je vois, je vois une victime dans la foule. Vous ! ― Moi ? ― Oui. » Et pourquoi pas ? Ces temps-ci, de nombreuses stars du cinéma et de la chanson ont remercié leurs boulangers après avoir terminé leur soupe. On aurait dit que ces métiers faisaient le ménage, jetant les vieux croûtons dans le potage pour qu'on leur livre du pain frais. Alors, à mon âge, j'ai paniqué, bouclé mes bagages, pris l'avion dans la foulée. Puis, j'ai accosté par bateau sur un atoll peu habité de l'archipel des Tuamotu, en priant Salie, ma doublure, de me remplacer à la cérémonie des César, le soir-même.
C'est au cœur de ma villa du motu Faratahi, un verre de rhum à la main et non loin d'un cocotier à trois têtes, que j'ai assisté sous l'œil des caméras, impuissante, à l'agonie de Salie. Et cela, juste après qu'on lui ait remis mon César du meilleur second rôle. Au banquet, elle s'était goinfrée de toasts au saumon. Son péché mignon ! Une arête s'est plantée au fond de sa gorge et l'a empêchée d'avaler le poisson. Elle s'est étouffée.
― Quand je pense qu'ici, je mange du homard au dîner !
Les images du drame ont fait le tour du monde et le buzz sur la toile, sans que je puisse l'endiguer. Le motu avait la fibre et le câble, mais pas de voilier disponible avant cinq jours. En attendant ma coque, j'ai passé des coups de fil aux journalistes et envoyé des démentis sur les réseaux sociaux. Personne ne m'a crue. Salie est mon sosie : en plus de mes papiers d'identité, elle affichait ma tête et mon profil. Par contre, je doute que Billy et Pauline se soit trompés sur mon compte. Je suspecte ces pécaris d'avoir donné mon nom à la dépouille. Ils affirmeront, à mon retour en métropole, que leur méprise est due au chagrin. Si je reviens...
Je le trouve chouette, ce nouveau maillot de bain ! Sa couleur arc-en-ciel me sied bien mieux que mon gris habituel. Et puis, qu'est-ce qui m'attend à Paris, à part un trophée en bronze et deux affreux saucissons ?


Mort d'une étoile

Jésus, Marie, Joseph, encore un chanteur qui disparaît ! Une véritable hécatombe en cette fin 2016!
Cette fois-ci, il s'agit du décès de George Michael. Cette nouvelle a d'ailleurs failli provoquer une attaque cardiaque chez plusieurs de mes amies. Elles pensaient qu'il s'agissait de Franck Michael, l'idole des mamies, la leur, par conséquent. Une fois rassérénées, (George, elles ne le connaissaient pas), elles m'ont regardée avec commisération. J'ai eu alors l'impression que mon tour allait venir et qu'elles envisageaient l'achat de ma couronne mortuaire à brève échéance. Bien qu'éphémère, j'ai connu la gloire en 1961, et je tremble donc à l'idée de rentrer dans le groupe des chanteurs décédés en cette année maudite. Je n'en dors plus ! J'ai le sentiment désagréable qu'il ne fait pas bon être une artiste, même retraitée, même peu connue, par les temps qui courent !
La bombe a éclaté, il y a deux jours. L'information serait passée inaperçue dans la résidence pour personnes âgées, "Les Mimosas", où je réside, si elle était restée uniquement sur Internet, mais elle a été reprise par Jean-Pierre Pernault aux infos de midi :
" Stella, la chanteuse, reine du hit parade au début des années 60, nous a quitté hier, étouffée par une arête de poisson. Il a été impossible de la réanimer..."
A ces mots, tous les pensionnaires ont tourné la tête vers moi, abasourdis. J'étais bien vivante et en aussi bonne santé que me le permettent mes 79 ans.
Je suis restée tétanisée durant quelques secondes avant de reprendre mes esprits. Je me suis levée, j'ai avancé, à l'aide de mon déambulateur et avec une énergie farouche, jusque devant le poste de télévision. J'ai alors articulé le plus distinctement possible, afin que tous entendent :
" Il s'agit, évidemment d'une erreur, elle sera corrigée très vite, je vais y veiller."
Ayant enterré mon agent depuis fort longtemps, j'ai donc saisi moi-même le téléphone et joins le service adéquate, après bien des difficultés. Je leur ai signifié leur énorme gaffe et affirmé ma présence bien réelle à la maison de retraite des Mimosas. Ils m'ont ri au nez ! Ils m'ont dit avoir vérifié leurs sources. Selon eux, Josette Duval, connue sous le pseudonyme de Stella, est morte accidentellement le 27 décembre 2016, à vingt heures, sans nul doute possible. Malgré mon insistance, ils ont raccroché, sans autre forme de procès. Cela aurait pu en rester là, mais un journaliste, en mal de potins, a récupéré l'information, selon laquelle, je cite : " une mythomane, homonyme de la chanteuse Stella, disparue il y a 72 heures, a tenté de se faire passer pour l'ancienne vedette. Cette malheureuse vieille femme a pour excuse, très certainement, de vouloir s'approprier le prestige de la star."
Depuis cette annonce, les résidents se détournent dès qu'ils m'aperçoivent. Ils ne veulent pas croire en ma bonne foi. Ce qui sort de la télévision est parole d'évangile.
Comme un outrage suprême, plusieurs photos, dédicacées par mes soins, ont été déchirées et glissées sous ma porte !
Je n'ose donc plus me présenter à la salle à manger et reste cloîtrée dans ma chambre. A qui pourrais-je m'adresser pour rétablir la vérité ? Je n'ai gardé aucun contact, aucun contrat, aucun souvenir flagrant de ce temps révolu. J'ai simplement conservé les deux disques enregistrés à l'époque, mais ce n'est, hélas, pas une preuve suffisante.
N'importe quel fan de Stella n'aurait-il pu en faire autant ?

Un incroyable talent

Bon, voilà, c’est à moi ! Je ne peux plus reculer, dorénavant. L’œil hagard, avec le trac du débutant, je m’avance sur scène jusqu’au micro. D’abord aveuglé, je ne distingue pas mes quatre juges, assis derrière leur pupitre, ni le public, noyé dans l’obscurité au fond du studio, ni les caméras autour de moi. Une voix féminine ne tarde pas à me demander :
— Alors, jeune homme, comment vous appelez-vous ?
J’apprécie fort le compliment, du haut de mes soixante ans. Je balbutie, avant de me reprendre, confus :
— Johnny Bigmouth… Euh non ! Boby Labouche, pardon. Boby Labouche !
Rires dans l’assistance. On se gausse de ma maladresse.
— C’est bien, ça, de s’identifier à ce point à son idole ! s’exclame un des membres mâles du jury. Mais n’allons pas trop vite en besogne, Boby, y’a du chemin à faire avant de parvenir à sa hauteur ! Il en faudra du talent pour arriver ne serait-ce qu’à sa cheville. Il est irremplaçable, vous savez. Et voyons d’abord ce que vous valez !
Je réfrène une furieuse envie de gifler. À présent je le discerne bien, le grotesque quatuor censé débusquer Le sosie de Johnny. Censé Me débusquer ! Car c’est une histoire de fou que la mienne : une hécatombe de célébrités, ma crainte d’y passer aussi, puis la rumeur de ma mort, à laquelle tout le monde accorda du crédit, y compris mes propres parents, qui m’ont même rejeté, comme un vil usurpateur… Dès lors, je suis obligé de jouer le crétin à vocalises, ici, sous une identité factice, grimé. Retour à la case départ, dans l’espoir de me faire un nom. Voire de dessiller les yeux, ou, au pire, de pouvoir gagner ma croûte. Kafkaïen. Dire qu’avant, j’étais une star, un dieu vivant. Johnny Bigmouth ! On se prosternait à mon passage, je provoquais des émeutes, pendant mes concerts… Quarante ans de carrière, un génie de la musique, d’après les critiques. J’ai même eu droit à des funérailles nationales…
— Allez-y, on vous écoute, m’encourage la femme, amène.

Docile, je m’exécute. De ma plus belle voix, j’interprète la meilleure chanson de mon répertoire : « Je suis qui je suis ». La prestation accomplie, j’attends le verdict, optimiste. Mes juges, d’obscures et d’anciennes médiocrités de la chanson, prolongent le suspense à dessein.
— Non c’est sûr, y’a quelque chose ! Déjà physiquement ! Ensuite le grain de voix, et puis cette présence sur scène ! Y’a du potentiel, mais du travail ! Pour moi c’est oui ! déclare soudain l’un.
Je t’en foutrais, du potentiel… Un autre enchaîne, mal embouché :
— Moi, une chose m’a gêné, c’est que vous vouliez trop ressembler à votre modèle… Il faut que vous affirmiez davantage votre personnalité, Boby, tout en respectant le Maître… Vous êtes notre sympathique doyen de la compétition, mais soyons honnête, je trouve aussi que vocalement parlant, c’est un peu faible. Pour moi, c’est non !

Les deux autres décident à leur tour. Le couperet tombe. Recalé. Je suis recalé. Révulsé, je n’y tiens plus. Je proteste. Je hurle mon désarroi, jette le masque et leur révèle l’enfer que je vis depuis des mois. Suis-je condamné à me singer, sans qu’on me reconnaisse ? Pourquoi personne ne me croit-il pas ? C’est insensé ! Je sanglote dans un dernier élan de sincérité, mendiant, pathétique, un signe de reconnaissance.
Un des juges daigne alors prendre la parole, ébaubi :
— Mais c’est qu’on y croirait, mes aïeux ! Chapeau ! Quel acteur ! Je suis persuadé qu’on vous verra bientôt sur les planches. Croyez-en mon flair Boby, votre voie, c’est bel et bien la comédie…

Je, tu, elle

Je n’avais jamais aimé les années mourantes suivies invariablement d’années naissantes. Cette période de bilans donneurs de leçons et de projets porteurs de bonnes résolutions me déprimait. En outre, et bien plus qu’auparavant, j’avais été très touchée par la disparition, tout au long de 2016, d’un nombre important de vedettes. Peut-être aussi parce que j’allais entrer dans le vestibule de l’âge mûr, je craignais que le sept ne me soit défavorable.
Ce matin-là, après une énième nuit agitée, je m’étais connectée sur ma page trombinoscope. Quelques encouragements de mes fans allaient me réconforter et me donner la force de passer ce cap désagréable. C’est alors que je lus des messages déplorant ma disparition. Paniquée, j’allumai la radio, pour entendre :
« C’est avec consternation que nous apprenons le décès accidentel de la chanteuse Anna Carly. Entre les deux réveillons, elle a souhaité faire un repas allégé et elle s’est rendue au restaurant de Thibault Sombardier, le chef des produits de la mer. Malheureusement, une arête oubliée lui a été fatale. Les obsèques auront lieu le 02 janvier en l’église de St Germain des Prés et elle sera inhumée au Père Lachaise. »
Qui avait eu le culot de monter ce canular ? Folle de rage j’appelai mon agent pour qu’il envoie un démenti à la presse.
- Bonjour Michel, c’est quoi ce cirque ! Je viens d’entendre l’annonce de ma mort aux infos. Tu vas tout de suite arranger ça.
- Bonjour Madame, pardonnez-moi mais qui êtes-vous ?
Quatre jours plus tard, je vis le reportage de mes funérailles sur le téléviseur d’une chambre d’hôtel car mon cher agent, accompagné de deux gendarmes, m’avait demandé de quitter mon appartement. Je fus aussi sommée de cesser de me prendre pour Melle Carly au risque d’être condamnée pour usurpation d’identité.
Dans un sursaut d’espoir, je pris l’initiative de contacter directement Thierry Ardisson pour passer dans son émission. Il accepta et ce fut une déroute. Il adopta tout de suite un ton moqueur et montra clairement qu’il ne croyait pas un instant que j’étais… moi ! Il me félicita pour la parfaite chirurgie esthétique et pour mes dons d’imitatrice hors pair. Puis il prit un air désolé et me demanda de bien vouloir arrêter cette imposture. Je quittai le studio dans un état second.
Cependant les réflexions de ce guignol ne cessaient de me harceler. Il avait admis que la ressemblance était frappante et que j’avais si bien travaillé ma voix qu’elle avait le même timbre. Une évidence s’imposa alors à moi : la seule issue était d’accepter de devenir mon propre clone.
Dès lors, j’ai décidé de poser une peau neuve sur le sable de ma vie afin que quelques rayons de succès viennent encore la réchauffer. Je suis célibataire, sans enfants. Seuls mes fans me pleurent et c’est avec leur soutien que je vais me battre. J’ai créé une page en me nommant Anny et en y ajoutant quelques chansons enregistrées sur le fameux site d’hébergement. Les « suiveurs », ravis que leur idole ressuscite, en quelque sorte, me plébiscitent. Bien-sûr je ne peux prétendre égaler mon ancienne notoriété mais j’ai été contactée par une troupe de sosies qui présentent un spectacle de reprises. Je surmonterai cette terrible épreuve et, avec moins de pression, je pense que je serai plus heureuse qu’avant. Je ne découvrirai jamais qui a désiré et mis en œuvre ma disparition, ni pourquoi. Pourtant j’aimerais pouvoir lui dire :
- Tu as gagné parce qu’elle est morte. Tu as perdu parce que je suis vivante !
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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MessagePosté le: Jeu 19 Jan - 16:42 (2017)    Sujet du message: Publicité

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