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"Et connaissant mon cœur"

 
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Silicate
Conjonction volubile

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Inscrit le: 18 Juil 2016
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MessagePosté le: Jeu 29 Déc - 10:34 (2016)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

« Et connaissant mon cœur »

La clarté sourd des rideaux fermés. Je te regarde qui dors encore, ton bras en travers de moi, et m’efforce en le soulevant de ne pas te réveiller. Je me coule hors du lit, me rappelle l’éparpillement de nos vêtements du salon jusque ta chambre et n’oublie pas mon petit soulier à récupérer dans la cuisine. L’autre a été expédié sous le lit, après que j’ai boitillé en riant dans tes bras pendant que tu te battais avec la fermeture de ma robe.

Tu l’attendais, cette soirée. Tu m’avais dit être amoureux, je ne t’avais pas caché que je n’étais pas sûre de te rendre la pareille, même si tu me plaisais assez pour que j’accepte tes invitations.
Tu m’as fait la cour, je te moquais gentiment tant cela me semblait désuet et t’ai brusqué plus d’une fois en te plaquant dans l’encoignure d’une porte, à la sortie d’un restaurant ou d’un cinéma. Je chuchotais «maintenant, petit garçon, il est l’heure d’aller se coucher » et j’ajoutais en me collant à toi « sans pyjama, bien sûr ».
C’était un jeu dont je savais bien l’effet qu’il te faisait. Pourtant nous avions décidé d’attendre et cette attente nous était aussi excitante que la certitude de nous retrouver un soir dans le même lit.

Un soir : c’était hier. J’avais pris soin d’arborer ces collier, bracelet et boucles d’oreille que tu m’avais offerts pour mon anniversaire ; j’ai bien vu comme tu y étais sensible.
Je ne portais plus qu’eux quand tu as murmuré « j’aimerais que tu gardes ta parure ». Tes mains se faisaient moites autour de ma taille, je les ai prises dans les miennes et me suis allongée sur ton lit en évoquant Baudelaire :
«La très chère était nue et connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores…»

À cette heure, aux franges de l’éveil, tu tends le bras et ta main cherche, tâtonne et ne rencontre que le vide. Que vas-tu penser en te réveillant seul, au milieu des draps froissés où ma place aura refroidi ? Tu vas te rappeler, le rouge de la honte va te monter aux joues. Il y avait tant de désir et d’attente projetés en cette soirée. Ça ne s’est pas passé comme tu l’avais prévu ; ni comme je l’espérais.
Je t’ai dit que ce n’était pas grave mais l’air de la chambre était lourd de ta défaillance. Je n’ai pas eu le cœur de t’accabler de ma déception. Je t’ai consolé comme j’ai pu, j’ai ramené le drap sur nous et me suis lovée contre toi, dos tourné, un peu, je dois le dire, pour ne pas voir l’amertume sur ton visage. J’ai éteint la lumière.

Tu vas tout te rappeler, ce matin. Tu vas te maudire. Maudire mon départ, me maudire aussi. Peut-être vas-tu pleurer parce que je crois que tu es vraiment mordu de moi.
La boulangerie ouvre son rideau, je ne m’arrêterai pas pour acheter des croissants. Je rentre chez moi.
Chacun de mes pas vifs et décidés fait se frotter contre ma peau les plaques du collier avec lequel j’ai dormi. J’agite le poignet, le bracelet tinte.
«Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre…»

Il faut que je me dépêche. Tu as dû trouver la lettre que je t’ai laissée et il valait mieux que tu sois seul pour la lire. J’y ai mis ce que je n’ai pas su te dire hier, ce que je n’avais pas encore compris : tu comptes plus à mon cœur que tes performances.
Je ris en imaginant ta tête et j’espère que tu vas rire à travers tes larmes. Qu’est-ce qu’on risque, sinon réussir notre prochaine rencontre ? Je t’ai demandé de me rappeler. Très vite. Ou de venir me rejoindre. Je t’espère déjà.
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MessagePosté le: Jeu 29 Déc - 10:34 (2016)    Sujet du message: Publicité

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Alain Kotsov
Conjonction volubile

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Inscrit le: 25 Jan 2016
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MessagePosté le: Jeu 29 Déc - 13:00 (2016)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Deuxième au général, deuxième chez moi. Au début de la lecture, j’ai sursauté à la façon originale d’introduire une phrase imposée ; « n’oublie pas mon petit soulier » n’est pas à l’impératif comme dans la chanson, mais une proposition à la première personne du présent de l’indicatif. C’est astucieux. De même « tu gardes ta parure » est un subjonctif. Ça ne se remarquerait pas hors du jeu, mais l’habileté mérite d’être signalée.

Quant à l’histoire : le sujet est à la limite du scabreux puisqu’il est question du thème tabou de « la panne ». Ce défaut de performance est à comparer à celle qui consiste à maintenir le récit dans les limites de la correction et du bon goût. C’est bien écrit, clair, intéressant, et en plus moral et optimiste. Tout lecteur masculin est pris de sympathie pour la narratrice, qui heureusement n’affiche pas un comportement marginal, mais se conduit, je pense, comme la majorité des femmes en pareil cas. Si quelque chose mérite le pardon, c’est bien ça !

Le style est simple, soigné, limpide ; les digressions poétiques bienvenues ; le temps présent donne de la vigueur au récit ; il y a un zeste de suspense ; c’est bien, aucune défaillance !
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Pour liseuse et ordi, en Epub, en mobi, mes textes gratu-its.


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danielle
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MessagePosté le: Jeu 29 Déc - 13:51 (2016)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Un sujet délicat traité avec délicatesse, voire poésie et une façon très astucieuse d'utiliser les phrases imposées. Bravo! Mon numéro 1.
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Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
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MamLéa
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MessagePosté le: Jeu 29 Déc - 16:12 (2016)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

La panne sexuelle de la première fois (des autres aussi) est un sujet délicat, en général plus mal supportée par l'homme que par sa partenaire. Et bien que le sujet soit traité avec délicatesse (je ne te demanderai pas si c'est du vécu), ce texte n'a pas reçu mes suffrages.
Rien à redire sur la narration. Les phrases imposées sont astucieusement placées.
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“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre ma plume à la première oie qui passe.”
Fred Allen
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Dulcie
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MessagePosté le: Ven 30 Déc - 15:23 (2016)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Mon N° 2. Rien à ajouter aux compliments déjà exprimés.
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Il y a certaines paroles qui ne sont d'une vérité profonde qu'une seule fois.
Stefan Zweig - La confusion des sentiments
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Silicate
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MessagePosté le: Dim 1 Jan - 16:52 (2017)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Merci à celles et ceux qui se sont risqués à un commentaire. Je me doutais bien qu’avec un tel sujet, je n’allais pas en avoir des masses (de commentaires). Distance, silence, prudence.
À moins que le Nouvel An n’ait momentanément ralenti la fréquentation des critiques constructives ?

Ce que je voudrais dire, c’est que je savais bien que je marchais sur des œufs en abordant le sujet que j’ai traité. Mais il (le sujet) s’est imposé de lui-même et j’ai remarqué une chose : ce qui vient « tout seul » me donne mes meilleurs textes. Dès lors, l’affaire était entendue.

Phrases imposées : j’ai tout de suite su que parmi elles j’allais retenir « tu gardes ta parure », parce que ça m’a immédiatement évoqué une parure de bijoux.
Me sont alors venus à l’esprit ces tableaux de femme nue allongée, Olympia de Manet ou la Grande odalisque d’Ingres, et comme une évidence, le poème de Baudelaire « la très chère était nue… » etc.
Parenthèse histoire de rire : vous avez de la chance, il y a d’autres sens à « parure », dont un sens vétérinaire, soyez donc heureux que ce n’est pas celui-là qui s’est imposé le premier ! Je ferme la parenthèse. Mr. Green

J’avais donc mon sujet et comme une des consignes était « une soirée surprenante », eh bien il suffisait qu’elle ne se passe pas comme prévu.

Tabou ? Ça dépend. Mes tabous à moi sont la méchanceté gratuite, la violence, la perversité qui consiste à faire du mal pour le plaisir.
Il n’y a de tabou sur la « panne » masculine que selon le regard qu’on pose sur elle. Pour moi, ce n’est pas pire que le trou de mémoire ou le point de côté à un moment inopportun. Pas pire et pas plus important.
C’est pourquoi je ne vois pas en quoi cela mérite un pardon (cf commentaire d’Alain). Pour ça, il faudrait qu’il y ait faute, et elle est où, la faute ? Dans votre tête, les mecs ? Pas dans la mienne. Very Happy

Au fond, je suis une vraie gentille, capable de beaucoup d’indulgence, et je pense que ça permet de dire beaucoup de choses(*). Et puis j’aime beaucoup mes personnages en général, et j’aime les histoires qui finissent bien.
Après, il ne reste qu’à mettre des mots sur tout ça, avec le cœur et sans emphase. C’est peut-être ce que vous avez appelé la délicatesse. Ça me convient bien. Je prends le compliment, merci à vous.

(*) Dire, c’est une chose. Être entendu(e), c’est une autre…
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ptit lu
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Inscrit le: 05 Juin 2010
Messages: 6 073
Localisation: Grenoble
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MessagePosté le: Dim 1 Jan - 20:26 (2017)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Mon numéro 2 ! Un thème sensible qui est ici très bien traité. Il y a un joli suspense et un zeste de générosité qui m'ont séduit dès la 1ère lecture.

Et, ta manière t'intercaler des phrases courtes et de glisser celles imposées est très bien maîtrisée.

Rien de bien constructif.
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Tonina
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Inscrit le: 04 Juin 2010
Messages: 3 323
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MessagePosté le: Mar 3 Jan - 16:50 (2017)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur" Répondre en citant

Un très joli texte, plein de délicatesse. Mon coup de cœur. J'avais aussi classé ton texte numéro 1 au jeu précédent !
Je crois vraiment, Silicate, que tu n'as rien à m'envier ! ( ceci en réponse à ton commentaire à propos de mon texte Wink )
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 19:42 (2017)    Sujet du message: "Et connaissant mon cœur"

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