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danielle
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Inscrit le: 21 Mai 2010
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 12:07 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Paul ouvrit la porte de son appartement après sa journée de travail et s’étonna du silence qui y régnait : Marie passait en effet tout son temps affalée sur le canapé, devant la télévision dont elle réglait le son au maximum. Personne au salon. Il la trouva dans leur chambre, endormie sur le lit, sa nuisette soyeuse dévoilant ses formes rebondies. Il se pencha, lui tâta le front et les mains, soupira puis, adossé au mur, se perdit dans ses pensées.
Marie avait été licenciée quatre mois auparavant et ne parvenait pas à s’en remettre. Paul n’y avait vu aucune raison d’en faire un drame, au contraire. Elle n’avait nul besoin de ce boulot usant et sans intérêt; son job à lui dans une société américaine les mettait largement à l’abri du besoin. Et ça l’embêtait plutôt, en tant que cadre supérieur, d’avouer que son épouse était hôtesse de caisse.
« Pas de souci, chérie, fais-toi plaisir, cours les boutiques, inscris-toi à des cours de fitness, de peinture, profite de ta liberté ! » L’argument n’avait pas reçu d’écho. Marie avait pleurniché sur ses copines, les clients qu’elle aimait bien. De jour en jour, elle s’était recroquevillée sur son chagrin.
Il s’était pourtant montré attentionné, compréhensif, lui apportant des revues, des romans dont elle lisait à peine deux pages, lui offrant des douceurs dont elle dévorait une boîte entière entre deux crises de sanglots. Ils n’invitaient plus leurs amis qui avaient aussi renoncé à les inviter. « Marie n’est pas très en forme. » Toujours la même excuse, ça lassait.
Il avait proposé qu’ils fassent un bébé : ils avaient si souvent parlé de leurs futurs enfants lorsqu’à vingt ans ils roucoulaient comme deux tourtereaux. Marie avait gémi qu’une grossesse dans son état aurait été folie ; elle se sentait si mal, on verrait plus tard... si elle allait mieux.
Il l’avait conduite chez des spécialistes de renom, sans succès. Parler ne lui faisait aucun bien et les médicaments ne lui étaient d’aucun secours, hoquetait-elle. Elle ne les prenait qu’occasionnellement d’ailleurs, à voir le stock qui s’entassait dans l’armoire à pharmacie. D’un séjour à Nice, il avait espéré que le dépaysement redonnerait des couleurs à ses joues et à son moral. Elle était rentrée au bout de trois jours : la mer, la solitude l’angoissaient. Solitude ? Et lui, ne se sentait-il pas seul, auprès d’une femme qui n’avait plus le courage de s’habiller, de se coiffer, de cuisiner, de répondre à son désir ? Faire l’amour avec une loque larmoyante ou un morceau de bois avait stoppé ses élans. Par bonheur, le hasard avait remis sur sa route une de ses conquêtes à HEC : leurs cinq à sept et leurs rendez-vous à l’heure du déjeuner lui remettaient du baume au cœur.
Une sacrée plaie, tout de même, la dépression ! Paul en était arrivé à se demander si celle de Marie n’était pas génétique. Après tout, il ne connaissait rien de ses parents. On l’aurait trompé sur la marchandise ?
Il s’approcha de nouveau du lit, soupira de nouveau devant la silhouette boudinée, le visage bouffi, la crinière hirsute de la femme endormie. Où était passée la petite Marie, sa fée Clochette aux joues roses, au corps gracile ?
Il était 19h30. Son estomac lui rappela qu’il avait sauté le repas de midi. Il allait prendre le temps d’ouvrir une boîte de confit de canard et un bon bordeaux. Un dernier regard à la chambre, aux boîtes de médicaments vides et à la bouteille de whisky. Non, vraiment aucune urgence à téléphoner.
Paul ferma la porte.
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 12:07 (2016)    Sujet du message: Publicité

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Alain Kotsov
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Inscrit le: 25 Jan 2016
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 13:52 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Troisième chez moi, troisième au général. Je suppose que la porte que Paul ferme n’est pas celle qu’il a ouverte, et tout me porte à croire qu’il demeure dans l’appartement pour s’y livrer à des agapes solitaires. Ça n’a pas grande importance. Voici une réflexion désabusée, riche en détails et en descriptions, d’une vie de couple qui part en quenouille. Très pessimiste, et portée par une écriture forte et précise, classique dans le bon sens du terme. Dans un cadre exigu, beaucoup de thèmes sont abordés : le travail, l’indépendance, la déchéance, l’ennui, l’adultère, la dépendance, la dépression…

… Le confit de canard (on peut bien rigoler !)

En résumé, très réussi !
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Armorique
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 15:15 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Texte très bien écrit, comme toujours. Le côté très noir de cette histoire m'a mis un peu mal à l'aise. Je n'aime pas les "méchants" maris qui abandonnent leurs femmes... Mais l'idée est très bonne et ce texte mérite sa bonne place.
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danielle
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 18:15 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

En effet, Alain, la porte que Paul ouvre est celle de l'appartement, celle qu'il ferme sans regret derrière lui est celle de la chambre. Je reconnais que le personnage du mari est très noir mais j'aime bien "m'essayer" à cette tonalité, tant pis si je force la dose. Après tout, puisque la femme a passé l'arme à gauche, il a bien le temps de se faire un casse-croûte avant d'alerter qui que ce soit ! Mr. Green Mr. Green
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Thaïs
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MessagePosté le: Jeu 27 Oct - 20:55 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Mon numéro 1, sans un iota d'hésitation. Le titre aurait pu me mettre la puce à l'oreille, pourtant je n'ai rien vu venir. Et c'est bien là le pire, cette insidieuse, inexorable altération du sentiment, lorsque l'objet de la passion des débuts se raye et peu à peu s'ébrèche.

J'ai songé à Intouchables, au livre dont le film est tiré, à cette phrase dans le livre: "Ce sont souvent les hommes qui abandonnent les femmes cassées, plus rarement l'inverse". Réflexion de l'auteur dans un centre de rééducation....

Superbe texte, Danielle, et un filon que j'adorerais que tu creuses pour une plus longue nouvelle. C'est redoutable, implacable, cruel. Vrai.
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MamLéa
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MessagePosté le: Ven 28 Oct - 11:31 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Sur mon podium, sans hésitation, bien écrit et tellement vrai ! Le mari qui "abandonne" son épouse dépressive… c'est ce que vit actuellement une de mes plus proches parente : qu'elle abuse de médicaments ne m'étonnerait pas, si cela ne lui était rendu impossible. Mais bon, je ne vais pas vous raconter mes histoires de famille.
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danielle
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MessagePosté le: Ven 28 Oct - 14:36 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Merci à vous. Creuser pour en faire une vraie nouvelle ? Pourquoi pas? Pour le concours de Nous Deux ? Razz
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Silicate
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MessagePosté le: Sam 29 Oct - 14:17 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

Première lecture : téléphoner ? à qui ? pourquoi il n’y a pas d’urgence à téléphoner ? En voilà une histoire triste de couple qui se détricote (rapide, quand même, le détricotage. 4 mois ? Est-ce qu’il l’aimait vraiment ?)
Deuxième lecture : ah, oui…. Alcool + médicaments. D’accord. Je n’avais pas fait attention. Mais… (réflexion intense, questionnement, doute) : elle est affreuse, cette histoire ! très bien racontée, mais affreuse.
Je suis la seule à avoir pensé que peut-être, quand Paul tâte le front et les mains de Marie, ils sont encore chauds, et qu’il attend… sans rien faire, sans réagir, que les choses se terminent toutes seules ? Brrrr, je suis horrible !
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Thaïs
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MessagePosté le: Sam 29 Oct - 14:51 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

"Il s'approcha de nouveau du lit, soupira devant (...) la femme endormie"

Oui, je pense qu'elle était encore chaude. Raison pour laquelle, le temps qu'elle refroidisse, il décide d'aller casser une petite graine.
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Silicate
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MessagePosté le: Sam 29 Oct - 16:48 (2016)    Sujet du message: Aucune urgence Répondre en citant

danielle a écrit:
....le personnage du mari est très noir mais j'aime bien "m'essayer" à cette tonalité, tant pis si je force la dose. Après tout, puisque la femme a passé l'arme à gauche, il a bien le temps de se faire un casse-croûte avant d'alerter qui que ce soit ! Mr. Green Mr. Green


Et même Danielle fait rien qu'à nous embrouiller et à jeter le doute !
C'est de la non-assistance à personne en danger, Monsieur le Juge !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:48 (2018)    Sujet du message: Aucune urgence

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