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Stormy weather

 
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Alain Kotsov
Conjonction volubile

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Inscrit le: 25 Jan 2016
Messages: 1 399
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MessagePosté le: Lun 11 Juil - 19:28 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Stormy weather

Mars 1935 – Bergin – Connecticut.

La pièce, bien qu’enfouie dans un profond sous-sol, résonnait du tonnerre qui roulait au dessus des toits du pénitencier. La lampe vacillante fixée au plafond éclairait faiblement les murs nus d’un jaune pisseux. En passant la porte, précédant son avocat, Jo Baltimore ne prêta pas attention à la rangée de policiers et d’officiels qui se tenaient rangés sur la droite derrière le directeur de la prison ; après cinq ans passés dans le « couloir de la mort », tous ces visages lui étaient connus. Ce qui attira immédiatement son regard fut l’imposante chaise en bois clair, couverte de lanières et d’électrodes, qu’il n’avait jamais vue, mais combien de fois imaginée ; juste à côté, un haut guéridon où trônait un téléphone noir et brillant complétait cet ameublement plus que sommaire. Il ne daigna pas tourner son regard vers la longue vitre derrière laquelle étaient installés les témoins, et se dirigea crânement vers la chaise. Jamais on ne vit un condamné à mort aussi décontracté à l’heure de son supplice. Jo ne ressentait aucune peur. Son avocat l’avait assuré : « J’ai obtenu la grâce du gouverneur Gorsky. Quelques minutes avant minuit, heure prévue pour l’exécution, il appellera le directeur et lui signifiera votre remise de peine. »
Jo n’était pas surpris que son ultime recours fut accepté ; certes, il avait tué sa femme, et de façon assez sauvage, en lui défonçant le crâne avec un buste en bronze de Lincoln. Mais elle le trompait, c’était une peste, et elle cuisinait très mal. Un gastronome averti comme Gorsky n’aurait pu rester insensible aux arguments avancés par la défense, conduite par un des plus habiles avocats de l’état.
A minuit moins dix, le coupable, entravé et coiffé d’une calotte d’où partaient des fils d’acier attendait, l’air goguenard, sous le regard étonné et effaré des assistants.
- Driiiiinng !
Le directeur s’empressa de décrocher.
- Allo ?
- Monsieur Smith ?
- Lui-même. Ravi de vous entendre.
- Je vous informe que l’opération est annulée…
Le directeur déposa l’écouteur sur le guéridon et fit signe au bourreau d’interrompre l’exécution. Il revint au téléphone et s’excusa :
- Désolé, j’ai dû quitter le poste quelques instants, vous devinez pourquoi.
- Une fenêtre à fermer j’imagine. C’est vrai qu’il tombe des cordes cette nuit. D’après la météo ça devrait durer jusqu’à lundi soir.
- Heu, oui. A part ça… merci de votre appel.
- De rien. Vous savez quoi ? Ma chienne a eu trois petits.
- Mais… pourquoi me parlez-vous de ça ? Le sujet est autrement grave.
- Vous avez raison. On va tout remettre à mardi.
- Je ne comprends pas, Monsieur Gorsky, l’annulation est définitive.
- Ben, faudra bien le réparer, ce tracteur. Et pourquoi Gorsky ? Mon nom est Romero.
- Comment ? Vous n’êtes pas le gouverneur ?
- Non. Mais vous êtes bien Alan Smith ?
- Non ! Roger Smith, directeur de la prison
- Ah. Il doit s’agir d’une erreur…
Dans son bureau, le gouverneur pestait :
- Toujours occupé ! Qu’est-ce qu’ils peuvent bien se dire ? Ils ne pourraient pas garder la ligne libre ?
A minuit moins une, le directeur raccrocha furieux, puis ayant annulé l’annulation, donna le signal. Baltimore, s’agitait nerveusement sur « sa » chaise. Gorsky composa pour la cinquième fois le numéro de la prison.
Cinq secondes avant minuit, un son prolongé lui parvint. Mais le téléphone ne sonna pas. Quand le bourreau baissa l’interrupteur, il ne se passa rien. Un éclair venait de faire sauter toutes les installations électriques de la prison.
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MessagePosté le: Lun 11 Juil - 19:28 (2016)    Sujet du message: Publicité

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DDDLV
Conjonction volubile

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Inscrit le: 07 Mar 2014
Messages: 865
Localisation: Ardenne
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MessagePosté le: Lun 11 Juil - 21:15 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Beaucoup de travail derrière ce texte.

Évidemment, je me suis dit que le directeur de la prison, s'il avait son nom dans le bottin, était ainsi relié à son téléphone privé plutôt qu'à son téléphone professionnel, à la prison.

Puis, je me suis dit que finalement, non, peut-être pas, il logeait sans doute à la prison et alors, tout s'explique.

Bon, si on veut jouer les historiens pinailleurs, le gouverneur du Connecticut, en 1935, s’appelait Cross, et non Gorsky. Et il n'avait pas droit de grâce mais uniquement de surseoir, ce qui est inhabituel aux États-Unis.

Bref, un texte qui me donne envie de me renseigner mérite une place sur mon podium.
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Thaïs
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Inscrit le: 29 Avr 2013
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Féminin Sagittaire (22nov-21déc)

MessagePosté le: Lun 11 Juil - 21:30 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Une ambiance bien plantée, le zeste d'humour de dialogues surréalistes, l'histoire fonctionne bien Okay Sur mon podium...
... en 3 : me manque le mot de la fin. Une fois les installations réparées, le condamné sera-t-il exécuté ou l'appel du gouverneur parviendra-t-il à temps? Je l'avoue, j'aime assez à la fin d'un récit savoir à quoi m'en tenir, les chutes ouvertes me frustrent !

"sous le regard étonné et effaré des assistants". Cela paraît un chouïa redondant, et puis parallèlement on se dit qu'il faut choisir entre les deux. Etonné voire effaré? ou effaré? puis effaré?
Mais pas "et".

En tout cas bravo, tu as embarqué tout le monde ou peu s'en faut
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Armorique
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MessagePosté le: Mar 12 Juil - 11:01 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Mon numéro 4 pour son originalité. L'idée est super. Comme Thaïs j'aurais aimé connaitre la toute fin de l'histoire...
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Mariam
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Féminin Sagittaire (22nov-21déc)

MessagePosté le: Mar 12 Juil - 16:03 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Texte à suspens, situation grave dédramatisée par des touches d'humour toujours bien à propos,
condamné à mort pour le meurtre de sa femme, il paraîtrait même sympathique, elle le trompait d'accord, mais il y avait pire, elle cuisinait mal! Bannir
Les détails de l'installation, les conversations , l'annonce du coup de fil annonçant la grâce, tout est est bien orchestré, Okay
la machine bien huilée s'enraye à la fin laissant imaginer la suite tout en la suggérant avec finesse.
J'aime beaucoup quand la fin est ouverte, transmettant en confiance au lecteur une ouverture où il a la possibilité de se projeter à son envie, son humeur...
lui donnant l'occasion de reconstruire la fin de l'histoire avec autant de vies et de vues qu'il voudra bien lui prêter.

Bravo!
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danielle
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MessagePosté le: Mar 12 Juil - 19:24 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Brillant ! Quiproquo alors que se joue le sort d'un condamné à mort et le lecteur rit ! J'ai beaucoup apprécié la chute !

Et j'ai pardonné la répétition:la rangée de policiers et d’officiels qui se tenaient rangés sur la droite
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janis
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MessagePosté le: Mar 12 Juil - 23:45 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

J'ai trouvé ce texte réussi: l'idée est originale et le récit bien mené. Le quiproquo téléphonique crée une ambiance irréaliste et quelque peu loufoque ce qui permet de raconter une histoire comique sur le thème grave de la peine de mort.
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Alain Kotsov
Conjonction volubile

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Messages: 1 399
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MessagePosté le: Mer 13 Juil - 11:39 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

DDDLV a écrit:
je me suis dit que le directeur de la prison, s'il avait son nom dans le bottin, était ainsi relié à son téléphone privé plutôt qu'à son téléphone professionnel, à la prison.

Dans mon idée, le Bottin (ou plutôt l’annuaire) ne tient aucun rôle. L’auteur du coup de fil a simplement composé un mauvais numéro (en se trompant de touche) et est tombé sur celui de la salle d’exécution, où lui répond un autre Mr Smith (nom très répandu) que le proprio du tracteur.

DDDLV a écrit:
Bon, si on veut jouer les historiens pinailleurs, le gouverneur du Connecticut, en 1935, s’appelait Cross, et non Gorsky. Et il n'avait pas droit de grâce mais uniquement de surseoir, ce qui est inhabituel aux États-Unis.

J’ignorais cela ; en plus, il y a une autre invraisemblance : en mai 1935 aucun tracteur ne fut endommagé ou en panne dans le Connecticut ou à moins de 100 miles de Bergin. Mr. Green

Thaïs a écrit:
en 3 : me manque le mot de la fin. Une fois les installations réparées, le condamné sera-t-il exécuté ou l'appel du gouverneur parviendra-t-il à temps? Je l'avoue, j'aime assez à la fin d'un récit savoir à quoi m'en tenir, les chutes ouvertes me frustrent !

Armorique a écrit:
Comme Thaïs j'aurais aimé connaitre la toute fin de l'histoire...

Mariam a écrit:
J'aime beaucoup quand la fin est ouverte, transmettant en confiance au lecteur une ouverture où il a la possibilité de se projeter à son envie, son humeur...

Comme quoi… des goûts et des couleurs. Pour ma part, je préfère que tout soit dit ; c’est à l’auteur de bosser, pas au lecteur ! Mais là, j’étais coincé par le nombre de caractères, et j’ai opté pour l’abandon d’explications trop verbeuses au profit du dialogue et des descriptions. J’ai quand même communiqué MA fin à Mariam, et vous la livre :
Rassurez-vous ! Jo Baltimore, qui est quand même un bon bougre (il avait, à l’évidence, de bonne raisons d’occire son épouse !), ne sera pas exécuté. Le directeur de la prison, devant cette panne subite, et non prévue par le règlement, attendra de posséder toutes les informations, et notamment l’avis du gouverneur avant de prendre une décision.
Autre chose que j’ai laissé de côté : le réseau électrique est en principe indépendant de celui du téléphone, du moins dans les appareils du siècle dernier (avec les fils en spirale). L’éclair a tout fait péter, mais ce n’est pas dit. Et, pour que la fin soit cohérente, il faut que les deux pannes interviennent exactement au même instant. Le téléphone ne sonne pas, mais la pièce est toujours éclairée ; c’est juste quand la manette du bourreau est à mi-chemin que les plombs sautent. Trop long à expliquer !

danielle a écrit:
j'ai pardonné la répétition:la rangée de policiers et d’officiels qui se tenaient rangés sur la droite

C’est pourtant impardonnable ! Bien que ce soit bénin. Il existe, il me semble, un logiciel qui permet de traquer ce genre de bévues.

Thaïs a écrit:
"sous le regard étonné et effaré des assistants". Cela paraît un chouïa redondant, et puis parallèlement on se dit qu'il faut choisir entre les deux. Etonné voire effaré? ou effaré? puis effaré?
Mais pas "et".

Je tenais aux deux adjectifs, comme « à la fois étonné et effaré ». Il n’y a pas que de l’étonnement dans les yeux des spectateurs, la décontraction du condamné et le tragique de la situation produisent une sensation voisine de la peur. Dans un format libre, j’aurais ajouté quelques mots.
Un grand merci pour vos critiques.
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Dernière édition par Alain Kotsov le Jeu 14 Juil - 16:14 (2016); édité 3 fois
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Elie
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Messages: 496
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MessagePosté le: Jeu 14 Juil - 14:58 (2016)    Sujet du message: Stormy weather Répondre en citant

Un texte qui a tous les ingrédients que j'aime retrouver en lisant. Bravo Alain !
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