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Les textes du jeu N°131

 
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danielle
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Dim 24 Avr - 17:04 (2016)    Sujet du message: Les textes du jeu N°131 Répondre en citant

Bruno

Il était une fois une famille de lapins qui vivait dans la forêt. Le père passait de longues heures au soleil allongé sur l’herbe, la tête appuyée contre une roche. Il semblait dormir pourtant il était aux aguets dressant l’oreille au moindre bruit. Pendant ce temps, la mère, Annie, allaitait son dernier lapereau.
Ce jour-là, elle descendit dans le terrier pour observer sa progéniture. Les petites fourrures douces et chaudes dormaient les unes contres les autres. Elle eut un mauvais pressentiment. Elle s’inquiéta, compta et recompta sa petite famille : 1, 2, 3, 4, 5. Oui, il en manquait un : Bruno.
Elle lui répétait sans cesse de ne pas s’éloigner en raison de tous les dangers auxquels sont exposés les lapins mais il désobéissait toujours. Curieux, il observait les arbres, humait les fleurs. Il n’avait pas peur. En réalité, il était plus inconscient que courageux.
Après avoir cherché Bruno dans les environs, Annie se décida à aller rendre visite aux voisins. Des mésanges babillaient. Elle les questionna. Elles répondirent qu’elles ne l’avaient pas vu depuis plusieurs heures. Un écureuil occupé à déguster une noisette lui dit
Va voir la biche dans le bosquet, elle l’a peut-être aperçu. Annie s’approcha de l’animal et grimpa sur une pierre pour lui parler :
As-tu vu Bruno, je le cherche depuis longtemps.
Un homme en carriole a profité qu’il était absorbé à renifler une fleur pour l’attraper et l’enfermer dans une cage.
Il a été enlevé, dit la mère avec désespoir.
Ecoute, je ne crois pas que ton fils soit en danger : cet homme c’est un saltimbanque, il a toujours un singe sur l’épaule. Il utilise des animaux pour ses tours de magie. Il va donner un spectacle sur la place du village ce soir à 9 H. Je vais convoquer les bêtes dans la prairie à 2 H après la sieste, et nous déciderons de ce que nous pouvons faire.
Je te remercie, à cet après-midi, répondit Annie.
A l’heure dite, ils étaient tous là en cercle à faire des propositions : l’âne, le cheval, le chien, les oies et les cochons de la ferme voisine, la biche et les oiseaux.
A 8 H, d’autres animaux de la région se joignirent au groupe. Ils marchèrent en une longue file silencieuse.
A 8H30 heures, ils se glissèrent parmi les gens assis sur les chaises installées devant l’estrade. La représentation commença. Le prestidigitateur sortit d’un foulard multicolore une tourterelle qui s’envola jusqu’à un perchoir. Après quelques autres tours, on vit apparaître les oreilles de notre lapin sortir d’un chapeau.
Un cochon grogna : c’était le signal. Le cheval s’approcha de l’illusionniste et se mit à hennir tellement fort dans son oreille qu’il lâcha Bruno. Celui-ci aperçut sa mère qui cria « monte sur le dos du chien » qui entre-temps s’était allongé sur le sol. Et notre petit monde se remit en route. L’homme continua son spectacle avec son singe.
Arrivée dans la clairière, Annie remercia tous les animaux et sermonna son fils:
Cette fois-ci tu as eu de la chance mais une prochaine fois tu pourrais être tué, comprends-tu maintenant pourquoi ti dois rester près de nous ?
Bruno eut tellement peur qu’il obéit désormais à ses parents.




LA FONTAINE SOUS LES TROPIQUES

Je suis trionyx aux mille malices
Et quand je me traîne
Dessous les ébènes
J’entends le bestiaire
Se gausser de moi
Darampanplan-ram
Je suis trionyx qui rampe et qui glisse.

Agacé par les plates railleries
D'un leste agouti*
Je le défiais vrai
Malgré ses fleurons
Pour un tour épique.
Darampanplan-ram
Comme tel se traîne le trionyx.

Le départ fut en son heure annoncé
Après la ruée
L’agouti confiant
Ménagea son temps
Vaquant à ses aises
Darampanplan-ram
Soufflait le trionyx à la tâche.

Le but parut sis à quelques foulées
Le lambin pressa
Au dam du crâneur
Que l’on vit suant
Loin! Bien loin du but
Darampanplan-ram
Le trionyx était bien le vainqueur.

Qui triomphant fut drôlement jouissif
"Ah ! Indexant l’autre
De bons abattis
ne suffisent pas
Il faut la raison
Darampanplan-ram
Médite que rien ne sert de courir. "

Ainsi va le trionyx aux milles malices
« Tu sauras, mon cher :
La force seule n’est rien,
Quand t’es pas malin !
Faut partir à point
Darampanplan-ram
Je suis trionyx aux mille malices."

*Agouti : Rongeur d’Afrique de l’ouest (espèce des autacodes), de la taille d’un lapin)



Le petit lapin, la belette et le chat

Oreilles gominées, plastron lustré, œil vif,
Jeannot, ce matin-là, sortit de son logis
Pour aller se montrer sous les pins et les ifs
Où la menthe et le thym déroulent un tapis.
Il espérait trouver compagne affriolante
Qui serait sur-le-champ, sans façon, son amante.

A peine est-il sorti que Madame Belette
Pénètre en sa demeure et prétend y rester :
« Là sera mon séjour, et là, ma cuisinette…
J’aime vraiment beaucoup cette chambre à coucher
Même si la moquette en doit être changée… »
C’est à ce moment-là que Don Juan reparaît.
La féminine gent a boudé ses discours,
Il est seul, il est triste et son cœur est bien lourd.
« Mais que fais-tu chez moi ? Tu t’es trompée de lieu :
Tu es dans la maison qu’ont bâtie mes aïeux. »
La Belette s’affaire à changer la déco,
Elle dit : « Pas du tout, je viens de m’installer.
Plutôt que de parler, aide-moi, s’il te plaît,
Ce sera plus coquet si l’on met ces rideaux… »
Jeannot prend des outils, lui donne un coup de main,
Et, tout en travaillant, regarde sa compagne :
Son œil est de velours et sa chute de reins
Fascinante, alors pourquoi battre la campagne,
Aller par monts et vaux, toujours très loin d’ici,
Chercher ce qui se trouve, en mieux, dans le logis ?

Au bout de quelque temps, Jeannot croise le Chat :
Pas n’importe lequel car il est avocat.
« J’ai appris, dit le Chat, qu’une infâme squatteuse
S’est installée chez toi et prétend, la voleuse,
Rester tant qu’elle veut. Fais-lui donc un procès !
Je prendrai ta défense et tu vas le gagner. »
« Merci pour le conseil, je vais y réfléchir »,
Lui répond le Lapin, se retenant de rire.

Le Chat en toge noire accourt chez la Belette :
« Tu es dans ton bon droit, on ne peut, en hiver,
T’obliger à partir. Et tu n’as nulle dette,
Je connais bien la loi, ne te laisse pas faire :
S’il réclame un loyer, fais-lui donc un procès !
Je prendrai ta défense et tu vas le gagner. »
Merci pour le conseil, je vais y réfléchir. »
Lui répond l’animal, se retenant de rire.

Les jours se font plus longs, la forêt reverdit.
Jeannot, fort impatient, regarde l’heure et dit :
« Dépêchons-nous un peu car le printemps est là,
Nous avons rendez-vous pour dîner chez le Chat. »
Sa maison n’est pas loin, Jeannot frappe à son huis.
« Quelle joie de vous voir, tous deux, mes bons amis !
S’exclame l’avocat. Mais qu’aperçois-je là ?
Comment nommer ceci ? Vraiment, expliquez-moi ! »
Jeannot dit : « Nous devions occuper notre hiver.
« Dormir, dormir encor... Il y a mieux à faire…
Voici donc des portées de Belins, de Lapettes,
Tous enfants de Jeannot et de Dame Belette.
J’ai besoin du concours de quelqu’un d’influent
Pour obtenir du Maire un permis de construire :
Nous devons voir plus grand : les gosses vont grandir.
Désormais, je crois bien qu’il nous faut un F 100. »


moralités :

Belette !
Ne va pas demeurer trop longtemps à l’étroit
Mais tisse dans un squat des liens sur l’oreiller,
Profite du bonheur sans jamais oublier
Qu’il conviendra toujours de se méfier des Chats.

Lapin !
Ne va pas demeurer trop longtemps solitaire
Si femme se dérobe en faisant des manières,
D’autres races, tu vois, donnent à satiété
A qui sait les trouver grâce et féminité.

Chat !
En quelque trois cents ans, toute chose a changé :
Belettes et Lapins se sont émancipés.



CHOUETTES



La chouette chevêche,
Pour chasser les lapins,
Prend sa mine revêche
Parmi les romarins.


Avecque la hulotte
Qui s'entend en douceurs,
Elle cuit gibelotte
À la tendre saveur.


Là-haut, sur le grand chêne,
Elles clignent de l'oeil,
Tout en cassant la graine
Avec un bon Bourgueil.


Baignant dans la liqueur,
Par pure gourmandise,
Un rat fait leur bonheur,
Exquise friandise.


Décident tout à trac,
Sous le coup de l'ivresse,
De changer de bivouac
Et sans laisser d'adresse.


Elles volent en biais,
Loin, par-dessus la Manche,
Au pays des Anglais,
Vivent les beaux dimanches !


Elles croisent un chat,
Dénommé Chichester,
Expert en entrechats
Quand il a bu trois bières.


Dans un pub chaleureux
Donnent un récital,
Mais le vilain chartreux
Veut en faire son régal.


En langue de Shakespeare
Traitent de tous les noms,
À Bolton, Lancashire,
Cet ignoble cochon.


Puis, pleines d'amertume,
Le plumage avachi,
S'envolent dans la brume,
Pour couper au hachis.


Sur le british bitume,
Les deux trompe-la-mort
Ont laissé bien des plumes,
Tel fut leur triste sort.

Les civilisés

C’était la fin de l’été. Quelques animaux se donnèrent rendez vous pour discuter la situation du monde. Ils étaient inquiets pour les animaux qui avaient perdu leurs repères à cause de la guerre. Le maitre hibou, le lion et le loup attendaient la cigale et la fourmi. Comme d’habitude elles n ‘étaient pas à l’heure. La politesse l'imposait, il fallait les attendre 30 minutes, bien qu’on était sur qu’elles seraient absentes en cette période de l’année. La cigale n’avait pas fini de chanter et profitait des dernières rayons du soleil. La fourmi continuait de ramasser de la nourriture. On ne savait d’ailleurs pas pourquoi cette dernière travaillait autant, alors qu’elle n’aurait besoin que d’un grain de blé pour vivre toute une année. Etait-ce sa manière à elle de lutter contre les dévastateurs, nommés humains ? Toute nourriture cachée servirait à diminuer l’alimentation des hommes et participerait à leur disparition, selon le champ de vision d’une fourmi. Elle avait aussi d’autres méthodes pour priver l’humain de nourriture, comme utiliser des puces pour envahir toute une plantation de haricots. Elle n’avait donc pas de temps à perdre avec des discussions inutiles, selon elle.
En attendant, maitre hibou évoqua le passé. Un temps où les animaux étaient sauvages. Il raconta l’histoire célèbre des arrières parents de lion, de loup et de renard. Il ne la répèterait jamais assez, afin que ces animaux ne retombent pas dans la même erreur que leur ancêtre, malgré le fait qu'ils étaient devenus civilisés.
Les arrières petits enfants écoutaient assis, la tête baissée, non sans honte, avec une grande sagesse.
Maitre hibou, après avoir dégagé sa gorge : un jour vos ancêtres lion, loup et renard allèrent à la chasse. Ils tuèrent un cerf, un mouton et une poule. Le lion ordonna d’abord au loup de partager le butin de façon équitable. Alors le loup dit : « le cerf sera pour vous, le mouton pour moi et la poule pour le renard. » Il reçut la grosse patte du lion sur sa nuque et se trouva à terre, sans vie. Ensuite le lion s’adressa au renard pour le partage. Le renard affirma: « le cerf sera pour vous, le mouton pour vous et la poule pour vous. »Le lion lui demanda : « de qui vous avez appris cette façon merveilleusement équitable de partager ? » Il lui répondit : « de ce loup qui est allongé sur l’herbe. »
Par la suite ils parlèrent de toutes les bêtes, de combien elles n’étaient plus libres et elles avaient besoins qu’on les aide. En résumé ils voulaient tous se consacrer aux autres sans y convoiter le moindre intérêt.
Ils finirent par se disperser rapidement. Leur peuple avait besoin d’eux.
Le lion se trouva devant son assemblée. Sous forme de loup, à la manière d’un renard, mais cependant sous l’apparence d’un mouton, il s’adressa à son peuple. Le pigeon qui lui avait été très utile et favorable jusqu’à ce jour, ne suivrait plus sa ligne de conduite. Il serait en quelque sorte une force parallèle. Il représenterait donc un danger. Alors pour l’exterminer le lion le déclara terroriste et fut applaudi par son troupeau.
« Pour l’égalité entre les animaux », les transformations étaient tellement réussies que le lion se croyait lui même tantôt singe, tantôt loup, tantôt mouton…
Et surtout, il était parfait pour son peuple. Toute imperfection était attribuée au pigeon.
Un jour le lion rentra tard dans la nuit. Sa femme dormait déjà. Il se glissa à son coté, comme un singe. La brave dame prit ses jambes à son coup, pensant avoir vu un pigeon.

Soupchong, plaintif aux Kerguelen

« Allô papa bobo, papa comment tu m'as fait j'suis pas beau... » Cuthbert l'éléphant de mer chantonne des vers de Soupchong, le vieux cheval troubadour à la crinière impossible. Il semble au gros phoque que nul plus tendrement que l'artiste n'a maquillé de clownerie le désespoir des laids. « Tu chantes encore plus faux que moi ! Un truc de plus à reprocher à ton père », raille Jimmy le gorfou doré, occupé à lisser ses plumes près de son voisin de plage. Cuthbert éructe un mépris bruyant, mais n'embrayera pas sur les sarcasmes du volatile, ne dévidera pas sa litanie habituelle, composée avec des frustrations aussi ventrues que lui.
L'éléphant de mer, allongé sur les pierres des Kerguelen, se concentre sur le désolant horizon. « La presqu'île, le boulevard de l'océan est con » ne peut-il se retenir de citer. « Attention : Cuthbert tourne en rond ! » parodie et conclut le gorfou. Son copain se fend d'un regard torve, sa manière à lui d'envoyer balader Jim.

Un peu plus à l'est des deux compères, se déroule une orgie. Cuthbert, ayant fui le combat préalable des mâles, a été exclu des ébats de ses congénères. Les pachas dominants s'emboîtent avec leurs femelles, souffrant, apoplectiques, mille petites morts, sous les yeux luisants des nouveau-nés, hébétés face à l'évidence : ils sont les fruits de pathétiques acrobaties.
L'impudique sexualité éléphantine maritime heurte la sensibilité de Cuthbert et, s'il ne dédaignerait pas reluquer sous les fourrures des filles, il n'en demeure pas moins rétif à toute virilité démonstrative pour y parvenir. L'apathie de son pote exaspère Jimmy le gorfou « Avec ta force, gras du bide, moi, je les dézinguerais tous, ces vieux caïds de la baise, et je régnerais, seul maître des harems ! » Cuthbert ne rétorque pas, ne laisse pas le fiel l'étouffer, ne se plaint pas une énième fois du fait qu'être modelé comme un étron obèse et qu'arborer en guise de pif le pénis au repos d'un géant du zoo-porno annihilent pour lui toute volonté de se reproduire. Tant mieux pour ceux qui s'en accommodent ! L'éléphant de mer choisit d'opter pour l'humour de Soupchong et lance au gorfou « Tar' ta gueule à la cantine ! »

Si le chaos présidant aux naissances s'était moins chiennement comporté, Cuthbert aurait préféré hériter du sort du lamantin. Brouter, vache des mers plutôt qu'éléphant et donner corps, sans chimères, au chant plaintif des siréniens, voilà qui eût comblé le vide poétique de Cuthbert.

Plus à l'est, l'orgie décroit. Les éléphants de mer se vautrent, puis, immobiles, méditent en guettant la nuit océane. « Foule sentimentale, attirée par la lune, pour des prunes... » braille Cuthbert, tête renversée. « Tu n'changeras jamais, décidément ! » déplore Jimmy avant de s'envoler.
Changer ? s'interroge Cuthbert. Oh, j'aimerais... provoquer en duel mon cousin, ce salaud avec quatre pattes comme des troncs, snob aristo depuis sa hauteur impériale ; cet admiré, ce respecté : môssieur l'éléphant de terre. Je donnerais un beau combat, renifle Cuthbert qui sent pointer un rhume, j'me battrais avec des vers, en bretteur de la rime. Enhardi, l'éléphant de mer lorgne vers une femelle isolée « Quand j'serai K.O., ... jeté dans l'tas par des plus gros, des plus costauds qu'moi, est-ce que tu m'kifferas... » La bêcheuse s'est détournée et rampe rapido vers un autre. « Oh et puis merde à Soupchong, tiens ! s'écrie Cuthbert. À quoi bon la chanson puisque de toute façon, j'suis bidon ! »


La licorne et les cornus

Une blanche licorne
Vivait au paradis
Des journées si mornes
Qu'un dimanche, vers midi,
Elle alla trouver le roi lion
Pour avoir la permission
De se rendre sur terre,
Histoire de changer d'atmosphère.
- Allez, ma commère,
Éloignez-vous de ma crinière,
Revenez avant la nuit,
Profitez, tant que le soleil luit.
La belle atterrit dans une verte prairie,
S'adressa aux vaches avec mépris :
- Ce drôle de bicorne sur vos têtes,
Est-ce utile pour faire la fête ?
Vexé, le troupeau de bovins
Délégua son fier taureau
Pour chasser l'animal aussi inopportun
Que le serait un torero.
Réfugiée dans une forêt
Elle broutait des fleurs de viornes
Quand apparut un cerf indiscret.
- Que voilà de drôles de cornes !
S'exclama la jouvencelle.
- Ne vous moquez pas, ma chère, car ce trophée
Dans maint noble castel,
Serait ornement parfait.
Votre ridicule et raide flèche unique
Y serait d'une imparité anachronique !
Apprenez à savoir distinguer
Bois et cornes, avant que de narguer.
L'esprit fort chagriné,
La licorne suivit une route goudronnée.
Celle-ci la conduisit dans une ville
Où elle crut trouver calme asile
Dans un grand zoo.
S'y campa face aux naseaux
D'un lourd rhinocéros
Pataugeant dans la boue d'une fosse.
Elle pointa du sabot la chose que l'animal féroce
Portait au bout de son nez :
- Ce truc ressemble à un os
Qui pour me voir doit vous gêner !
Le mastodonte en colère
Chargea la mégère
Et d'un coup de tête dans les fesses
L'envoya ad patres.
Chemin faisant, notre ingénue
Croisa le diable cornu.
La bête au regard phosphorescent
S'écria d'un ton menaçant :
- Bel animal, je t'échange mon trident
Contre ton rostre, pointu et élégant !
- Encore faudrait-il que tu me captures
Ignoble créature.
Et légère comme le vent
Elle s'échappa des griffes du forban.
De retour au paradis
Ces paroles au lion dit :
- Quel que soit son appendice
Qui de corne lui fait office,
C'est l'humour qui fait défaut
Sur terre aux animaux.
Quant au diable, ce faquin
N'est que vil malandrin.

Du rififi dans basse-cour

Roméo, le coq de la ferme Grenier, laissa échapper un cocorico sans entrain vers 6h 15. Le blues qui s’était récemment emparé de lui le cueillait ce jour-là dès potron -minet. Il en avait vraiment ras la crête de sa cour de poulettes et rêvait d’expériences nouvelles. Jane la cane faisait justement son jogging matinal. Il tenta quelques effets de plumes à son intention. Que croyez-vous que Jane a fait ? La cane a ri, laissant le coq dépité. Ça commençait mal !
Sans se décourager, il avisa Laura l’oie qui approchait en se dandinant. Il la jugea très appétissante et le lui souffla à l’oreille. Elle cacarda avec mépris qu’elle lui trouvait mauvais jars. Les poules observaient leur seigneur d’un œil jaloux. Il n’en continua pas moins ses tentatives de séduction, toujours sans grand succès. Impossible de fricoter avec la dinde O’Maron, importée d’Irlande : son mâle lui vola sur la crête et faillit la lui arracher.
Roméo décida que, si la gent à plumes se refusait à lui, il irait voir ailleurs. Une gentille femelle à caresser dans le sens du poil, pourquoi pas ?
Minette se chauffait au soleil, perchée sur la plus haute marche d’une échelle. Il la rejoignit et lui susurra des mots doux. D’un coup de queue, elle l’expédia à terre. L’amour avec une chatte sur un toit brûlant, il pouvait faire une croix dessus. Il fila alors du côté des cages où Lola la lapine lâcha la carotte qu’elle croquait pour lui lancer un clin d’œil coquin qui semblait signifier « Repasse un peu plus tard. » Ragaillardi, il fit quelques tours de cour pour patienter, ignorant les caquetages de son harem abasourdi. Hélas, lorsqu’il se repointa, dressé sur ses ergots, Lola lui avait posé un lapin.

Aurait-il plus de chance dans les champs ? Les bêtes y étaient énormes, mais à coq vaillant rien d’impossible. Il grimpa sur le dos d’une chèvre. Elle s’ébroua et bégueta : « Fiche-moi la paix, tu ne vois pas que je bouquine ! » Avec Rosy, la vache, ce fut pis : comme il lui picorait l’arrière-train, elle lâcha un pet vigoureux qui l’envoya balader à cinq mètres. Quant à la brebis, ce fut lui qui renonça, lui trouvant la laine peu fraîche.

Toujours gaillard, Maître coq résolut d’aller chercher fortune dans un environnement différent de la ferme. Un cirque venait de s’installer non loin de là. A la ménagerie, il réussit à se glisser entre deux barreaux pour rejoindre dans sa cage une guenon aux fesses roses en train de s’épouiller. En guise de câlins, elle entreprit de l’épouiller aussi et faillit l’étouffer. Il eut toutes les peines du monde à s’extraire de ses paluches velues. La lionne et la tigresse ouvrirent à sa vue d’énormes gueules gourmandes. Tout bien réfléchi, entre passer l’arme à gauche broyé vif et finir en coq au vin sur une table familiale, il préférait la seconde solution.

A la ferme, la rumeur enflait : un démon s’était emparé de Roméo. Non seulement il trompait ses épouses mais il se livrait à d’odieuses pratiques contre nature. Les poulettes, blessées, scandalisées, enrageaient. Lorsque Roméo reparut, fier sur ses ergots, guéri de son blues et bien résolu à reprendre la place qui lui revenait, il trouva ses femelles occupées à se becqueter, se caresser la plume deux par deux, caquetant de plaisir. Il eut beau alterner les mots doux : « Mes Juliette, mes reines, mes amours », les reproches virulents : « Enfin mesdames, cessez ces jeux immoraux ! » il n’obtint qu’une réponse cinglante, à l ‘unisson : « Va te faire cuire un œuf !

REMAKE

Le pauvre n’avait plus que les os et la peau
L’appétit aussi grand que vide était sa panse
Le ventre délesté de ce petit agneau
Dont, quelques jours avant, il avait fait pitance.
Il attendait, tapi dans un buisson, que la fortune lui apportât de quoi rassasier sa faim, quand il la vit apparaître au détour du sentier, mignonne, dodue, fraîche comme une rose. Il aurait pu se jeter sur elle, mais des mâtins de belle taille erraient dans ce coin de la forêt, et n’auraient manqué de le punir d’un tel forfait. Il vint à sa rencontre et, d’une voix qu’il s’efforça de rendre douce, lui demanda : - Comment te nommes-tu, ma chère enfant ? - Devine ! répondit-elle.
- Devine, ce n’est pas un prénom. Louise ? Charlotte ? Comment le saurais-je ?
- C’est en rapport avec une couleur.
- Rose ? Jade ? Violette ? Garance ?
- Tu n’y es pas. Mais pourquoi te le dirais-je ? Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble, que je sache ! Et c’est quoi, ton nom à toi ?
- Appelle-moi Ysengrin. Où vas-tu ainsi par la forêt ?
- Je me rends chez ma grand-mère, derrière ce moulin que tu vois sur la colline.
- Allons-y ensemble. Non ! Plutôt prends ce petit chemin vers la gauche, et moi j’emprunterai celui-là ; si tu arrives la première, je te donnerai un sachet d’herbe de super qualité.
- Et si je perds ?
- Tu me permets de te donner un petit bisou, sur la joue.
- Ça marche !
Ce disant, elle s’éloigna par le petit sentier, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Le loup, car c’était lui, dès qu’il fut hors de vue de sa jeune proie, rebroussa chemin et se rendit au parking où sa voiture de sport l’attendait. En empruntant la rocade il eut tôt fait d’atteindre la masure. Il heurta la porte, toc toc – Qui est là ? Répondit une voix chevrotante – C’est moi grand-mère, dit le loup en contrefaisant sa voix. La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu’elle se trouvait un peu mal, lui cria :
- Compose le 16B97 sur le digicode, et la bobinette…
- Cherra, je sais, du verbe choir.
La porte s’ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien, car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé.
Ensuite il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la mère-grand. Peu de temps après on heurta la porte. Toc toc – Qui est là ? C’est moi, grand-mère – Compose sur le digicode le 16… A… Non, c’est pas ça. Le 17B… 93… Non, le 16… Mais c’est quoi enfin ce fichu code ?
La petite se mit à soupçonner quelque chose de bizarre. Elle ouvrit son smartphone, y trouva le code, et entra en se tenant sur ses gardes.
- Ma mère-grand, vous vous êtes rasé la barbe ?
- Oui, c’est pour ne pas piquer mon enfant.
- Comme vous avez de grandes dents… Surtout ces canines…
- C’est plus pratique pour manger la Blanquette.
- Vous n’avez donc pas de couteau ?
Avant que le loup ne puisse répondre, elle s’empara d’une poêle à frire accrochée au mur et en asséna un formidable coup sur la tête du loup. Puis elle ouvrit son ventre avec un couteau de cuisine et libéra Mère-grand.
- Ah, te voici Blanquette, ma petite chevrette chérie. Que s’est-il donc passé ?
- C’était le loup, celui qui a bouffé la Renaude l’année dernière.
- Que cela te serve de leçon, ne vas plus toute seule dans la forêt, et suis les routes balisées.
La petite chèvre, qui avait bon fond, recousit le ventre du loup, s’appropria le sac qui contenait dix kilos d’herbe délicieuse, et le chassa d’un coup de sabot. Il s’enfuit, et court encor.

Cythère éternelle

Petite Esméralda n’avait pas connu ses parents. Abandonnée dès sa naissance à l’orée d’un jardin de curé, elle était entrée dans la vie croulant sous le poids des disgrâces, tôt reléguée plus bas que terre. Les malheurs, incidents grégaires, semblaient s’agglutiner pour elle en troupeaux têtus et stupides dont elle peinait à s’affranchir : seule au monde, elle était en outre assez moche. Sa silhouette gâtée de bourrelets stigmatisait sa boulimie, crises frénétiques au cours desquelles elle s’empiffrait, acharnée à pallier le vide. Elle vécut l’enfance solitaire des nabots replets et ingrats, ne sachant qu’inventer pour plaire. Chaque nouveau lien tissé — elle était opiniâtre — se brisait à peine ébauché.

Parvenue à l’adolescence, elle redevint maîtresse de ses pulsions alimentaires. Sa condition s’améliorera. Non pas qu’elle fît tourner les têtes mais du moins ne la fuyait-on plus et c’était somme toute un grand pas. Devenue plus quelconque que vilaine, sans grand éclat mais passe-partout, elle se prit à rêver soudain de la tendre harmonie d’un cocon familial. Que n’eût elle pas donné pour enfin se réchauffer à l’âtre délicieux de sentiments partagés !

À la faveur clémente d’un crépuscule d’été, elle aperçut un soir, battant de la semelle au prieuré, un bouillant Adonis en belle chasuble ambrée dont les charmes bientôt la hantèrent. Vif et délié, le drôle avait pour se mouvoir des grâces d’hypnotiseur, un charisme solaire. On eut dit un danseur étoile ! Esméralda fut subjuguée. Elle se voyait déjà en haut de la friche, baguenauder en compagnie de son papillon de nuit, vengée de ses temps de misère. Elle en oublia pour le coup le coquillard qui lui faisait les yeux doux, un père célibataire dont la trouble sensualité l’avait toujours embarrassée, et se mit à nourrir pour l’ineffable séducteur une passion torride, dont elle crut bon s’ouvrir, dans un moment de faiblesse, à l’une de ses voisines.
— Quoi ? Celui-là ? ricana la commère. Va-t’en donc essayer, tu t’y brûleras les ailes.
Esmé s’en retourna toute vexée. « Qu’attendre d’autre d’une langue de pupe ? » se morigéna-t-elle. La moquerie, cependant, l’avait fort ébranlée.

Et puis, alors qu’au lendemain d’une nuit d’ahurissants fantasmes elle venait de choir d’un narcisse, les yeux encore papillonnants d’ivresse et de sommeil, elle surprit son reflet au miroir de l’étang et se trouva changée. Parée de bijoux d’améthyste, de voile arachnéen, elle se découvrit belle et sut son heure venue. Elle crut même voir un signe dans cet encombrant prénom composé qu’on avait jugé bon lui donner : « Allez tous rôtir en Enfer » lança-t-elle, sarcastique, aux processionnaires qui passaient. « Je suis Cithaerias Esméralda, sœur de Vénus, fille de Cythère !»

Elle occupa tout le jour à folâtrer sans autre but que fourbir ses appâts. Au soir venu, elle fila retrouver l’objet de toutes ses pensées, bravant l’orage qui s’annonçait. Comme toutes les nuits, il était là ; luttant de son mieux dans les bourrasques, moins vaillant qu’à l’accoutumée. Le voyant batailler sous les soufflets du vent, elle s’élança pour le soutenir. Quand elle fut contre lui, palpitante, éblouie, quand ils ne firent plus qu’un, elle s’abîma sans plus de retenue dans ce feu d’artifice qu’est l’embrasement des sens.

Il y eut un grésillement suivi d’un sinistre chuintement. Dessus la mèche de la bougie, léché par une flamme insensible, il ne resta bientôt plus d’elle qu’un immonde résidu…

Amants mythiques.

Il était une fois, une jeune mite, Dyna, qui fut invitée à un concert donné dans l'endroit le plus luxueux que pût imaginer une naïve enfant de son espèce. Elle y avait étourdiment suivi Walter, un séduisant papillon teigneux qui se faisait appeler Ter. Les mouvements d'ailes synchronisés et les frénétiques crissements d'antennes du groupe vedette « Les Monark's » n'avaient pas véritablement enthousiasmé Dyna. Mais dans ce vaste auditorium, le buffet, offert sur des parquets anciens, était plantureux, moelleux et appétissant. Chacun pouvait se délecter à volonté des spécialités ouzbèkes. Depuis le règne de Sphyngid le Magnifique, les trames, les chaînes et les franges des tapis de Boukhara, étaient les mets favoris de toutes les mites d'Orient et d'Occident.
Notre jeune écervelée était ravie d'avoir été remarquée et courtisée par le sémillant Ter. Celui-ci renonça bientôt à toutes les dégustations qui avaient succédé à l'envolée finale. Il profita de l'entrebâillement d'une porte menant à la pénombre d'une étroite pièce aux boiseries d'acajou tendues d'un tissu lisse et doux comme la soie, pour se ménager quelques moments d'intimité avec sa petite mite énamourée. Les instants qui suivirent leur firent découvrir des plaisirs aussi intenses que ceux que savourent les grands machaons au-dessus des buddleïas en fleurs avant de s'enivrer de nectars de cardamine et d'aneth. Mais notre insouciante mite n'avait jamais entendu parler de Capoue, ni de ses délices annonciatrices de sombres revers. Aussi se laissa-t-elle porter jusqu'aux plus hauts rayons de l'écrin d'acajou capitonné d'étoffe satinée, reniflant au passage de somptueuses fourrures anormalemnt brillantes et ne repérant dans l'air aucun relent de la vénéneuse naphtaline dont on lui avait appris à se méfier dès son plus jeune âge. Sans aucune retenue, elle poursuivit son ascension vers le septième ciel... Elle aurait, pensait-elle, le temps de festoyer, plus tard, quand elle redescendrait de son grisant nuage. Elle n'entendit pas la porte se refermer, poussée par un battement d'ailes. L'amour rend aveugle, dit-on, mais il arrive aussi qu'il rende sourd .
Ah! La pauvre enfant... Elle ignorait que Ter et elle se trouvaient piégés dans le "dressing" d'un défunt qui fut richissime et célèbre. "Quelle importance?" me direz-vous... N'est-il pas de meilleur endroit qu'une garde-robe bien garnie, pour des mites qui désirent profiter de leur lune de miel, sans avoir à se soucier de l'intendance ?
Oui, mais... L'imprudente Dyna et son ardent compagnon furent, un mois plus tard, trouvés morts d'épuisement et de faim : ils s'étaient aimés sans entrave et sans avoir vérifié sur la porte d'entrée le nom de l'ex-propriétaire du logis dans lequel ils avaient été invités. Sans bristol. Par le copain d'un copain d'un copain qui squattait le loft spacieux où avait jadis vécu Pierre Ide du Chou, héritier par la branche végane, de Tinedae de L'Orme, xylophage connu pour avoir prospéré dans le nylon et les tissus synthétiques. Fibres certifiées inattaquables par les mandibules les plus textilo-agressifs!
Dyna et Ter, avaient été les victimes innocentes de l'invention qui causa la plus grande famine parmi les mites de tous les temps. C'est pourquoi leur histoire mérite d'être contée ici et de faire couler une petite larme. Et leurs noms... Pourquoi ne pas s'en souvenir en les ajoutant à la liste des amants mythiques qui connurent un destin tragique?

La mule et l'âne

Vous l'ignorez probablement et pourtant, une fois par an, dans toutes les bibliothèques du monde, les animaux nés de l'imagination fertile des écrivains et retenus prisonniers dans les pages des livres, s'en échappent et se retrouvent entre ces murs laissés momentanément déserts, pour une folle nuit.
Ils échangent avec un grand plaisir les derniers potins. Certains adorent annoncer aux moins chanceux, le nombre impressionnant d'emprunts dont ils ont été l'objet. Ces derniers préfèrent insister sur la qualité et l'enthousiasme de leurs rares lecteurs. De nouveaux arrivants sont accueillis avec chaleur ou jalousie. Parfois, des bêtes, absentes aux rendez-vous précédents, réapparaissent, totalement relookées, grâce aux studios Disney ou à Steven Spielberg. Ils se rengorgent et font les fiers au grand dam des malheureux dont le destin semble mal engagé.
Après ces retrouvailles bruyantes, le brouhaha s'atténue et il y a toujours une voix qui s'élève pour déplorer le départ d'un de ses congénères. Les inventaires de fin d'année, provoquent, en effet, l'élimination de quelques titres et par conséquent des êtres qu'ils contiennent.
Cette nuit, la Mule du Pape, sortie des "Lettres de Mon Moulin", est soucieuse. Elle n'arrive pas à mettre le museau sur Cadichon, l'âne savant qui narre si bien ses mémoires. Ils ont sympathisé dès leur première rencontre, il y a plus de cent ans. Le pauvre petit âne gris se sentait déjà en sursis, un an auparavant. Il n'avait pas été lu depuis des lustres et risquait fort d'être ôté définitivement des rayonnages si cela perdurait. La Mule ne veut pas admettre cette éventualité. Elle espère que, simplement relégué dans la réserve, il dort paisiblement. Elle veut en avoir le coeur net. Ce n'est pas son genre d'oublier ses amis ni ses ennemis, elle l'a prouvé en son temps. Son fameux coup de pied, retenu sept ans, est resté dans les mémoires...
Elle rameute donc la chèvre de monsieur Seguin, l'alouette, le rossignol et la fauvette du "Sous Préfet aux Champs" et tous ensemble braient, bêlent, sifflent et chantent dans l'espoir de réveiller le petit âne dans sa retraite. Ils font un raffut de tous les diables, puis se taisent et écoutent. Oh, joie, ils entendent alors un faible "hi-han", suivi de plusieurs autres plus sonores. Cadichon sort de sa léthargie, s'extraie de son roman, puis se glisse sous la porte et apparaît enfin sous les acclamations des compères enchantés de le retrouver.
Malgré cette joie apparente, l'inquiétude demeure. Cadichon n'a plus la côte, il va certainement faire partie du prochain convoi pour la déchetterie. Comment pourrait-il en être autrement ? Aucun dénouement heureux ne semble envisageable et les doux yeux, aux longs cils soyeux des deux amis, se voilent de larmes...
Alors qu'ils s'interrogent toujours, les écrans des ordinateurs s'illuminent soudain et on voit défiler, en un éclair, les titres de centaines de livres numérisés. En même temps, tous les animaux, acteurs de ces romans aux fortunes diverses, envahissent la pièce. Ils sautent, grimpent, serpentent, volent en tous sens en criant: "hurrah, nous avons réussi, nous vous avons rejoint!"
Cadichon et la Mule du Pape sourient devant ce miracle. L'avenir est radieux. L'oeuvre de la Comtesse de Ségur est informatisée, le petit âne ne mourra pas. Quoi qu'il advienne de la version papier, tous deux se reverront...

Le soleil va se lever, chacun rejoint son gîte avec confiance.
Dans un an, ils seront tous présents !

Hasta siempre

C’en était trop ! Mérinos enrageait, au point de devenir fou. Cette situation l’exaspérait, elle ne pouvait perdurer décemment.
― Il faut agir, quoi ! Le camion vient juste d’arriver. Vous savez ce que ça signifie, n’est-ce pas ? Inutile de vous faire un dessin, on n’est pas dans Le Petit Prince ici ! Y’en a marre qu’on nous ravisse nos proches, comme du vulgaire bétail, sous nos yeux et sans réagir. On ne va pas continuer à se laisser égorger comme ça, quand même ? bêla l’animal, fiévreux.
Le troupeau, apeuré, écoutait l’orateur. Les ovidés tremblaient de tous leurs membres, comme atteints de scrapie. Pas une bête n’osait répondre. On entendait même les mouches voler. Dans le ciel, les nuages blancs imitaient mutinement cette masse floconneuse qui surgeonnait sur terre, au milieu du pré. Un écho visuel, ça pourrait s’appeler. Mais revenons à nos moutons.
― Laisse pisser, le Mérinos ! chevrota, au bout d’un moment, Astrakan, le doyen du cheptel. On n’échappe pas à sa condition… C’est notre destin, après tout… À quoi bon lutter ?
― Mais justement ! brailla le mouton noir, excédé par tant de couardise et de sottise. Ils ne sont grands que parce que nous sommes des quadrupèdes ! C’est à nous de nous prendre par les sabots ! Y’en a assez de nous faire tondre. Et assez de nous associer à cet avilissant Panurge qui nous colle tant à la laine ! Ovins du parc, unissons-nous ! Soyons réalistes, demandons l’impossible !
Par extraordinaire, à force de criailleries enflammées, de promettre nourrissants alpages et autres transhumances vivifiantes, le Che Mérinos parvint à galvaniser le peuple ruminant, pourtant viscéralement pacifique. Même Astrakan s’était échauffé sous son harnois et s’apprêtait désormais à bouffer de la viande à tous les repas, malgré une dentition inadaptée.
Le plan fut établi. L’histoire était en marche, et rien ne pourrait l’arrêter.
Quand le chauffeur du camion pénétra dans l’enclos avec l’éleveur, monsieur Labastille, les événements se précipitèrent. Mérinos, tel un bélier, courut sus à l’ennemi sur-le-champ.
― Taïaut, taïaut, taïaut ! Prenons Labastille ! À bas les tyrans ! Allez ! Ce ne sont que des singes améliorés ! s’égosilla-t-il, de façon à encourager la troupe. Or, la troupe avait tourné casaque aussitôt après l’entrée des deux hominidés, et broutait maintenant, l’air de rien, paisible, les brins d’herbe à portée de museau. Le temps d’un éclair, les séditieux étaient redevenus aussi doux que des agneaux.
Mérinos, aveuglé par sa fougue et emporté par son élan, ne vit rien de la défection de ses congénères. Il continua jusqu’à ce que la réalité s’abatte violemment sur le râble, matérialisée par le bâton en bois noueux du propriétaire.
La brebis galeuse, étourdie, en paya les conséquences. Son comportement hostile et singulier fut jugé douteux. Destination l’abattoir. En chemin, dans un compartiment du camion, la créature frondeuse eut tout le loisir de philosopher, et de conclure que le propre des révolutions, finalement, c’est d’être avortées. Il ne faut jamais faire de vagues…
Le soir venu, comme à son habitude avant de se coucher, Labastille ouvrit son journal intime. Mais en panne d’inspiration, en ce mois de juillet, il ne trouva rien de mieux que de gribouiller ce mot, juste au-dessous de la date du jour qui s’achevait : « rien ». Puis il s’allongea sous ses couvertures de laine, éteignit la lumière, et ferma les yeux. Pour s’endormir, l’homme avait sa technique rituelle, infaillible : il comptait les moutons.

LE CYGNE ET LES MOUETTES


Dans le ciel blanc d’un jour d’hiver
Les mouettes rient,
Tourbillonnant en vagues claires.


Un goéland et un pivert
Cessent surpris
Leur causerie, à ce concert.


Un cygne lent sur la rivière
Glisse très fier,
Les mouettes rient de ses grands airs :


Toi l’élégant, altier confrère,
Crois-tu ici
Prédominer en ce repaire ?


A ces mots le cygne s’élève
À grand bruit d’ailes,
Tourbillon blanc et arc-en-ciel,


Il prend du champ laisse derrière
La foule aigrie,
Plane galant près de sa mie…


Ainsi souvent par le mépris
Faut-il traiter
Les sarcasmes et railleries


Car ceux qui font le plus de bruit
Ne sont jamais
Que trompeteurs de niaiseries.


Duel poussiéreux

C’est un endroit très sombre. Je ne vois pas grand-chose. C’est un miracle que je ne me sois cassé aucune patte pendant le passage dans le long tuyau. Je perçois un mouvement sur la gauche. Je me mets en position défensive. Le bruit s’est arrêté. Elle est de mon espèce. Mais plus grosse que moi. Elle se déplace, mais pas par ici. Elle s’est mise devant le tuyau par lequel je suis arrivé. Il semblerait que ce soit le seul passage vers l’extérieur. L’air devient de moins en moins poussiéreux. Je constate qu’elle a regroupé quelques mouches mortes près d’elle. Elle n’a plus qu’à attendre que je baisse la garde. Je n’ai pourtant pas envie de finir comme elles.

Ça fait cinq jours que je suis arrivée ici. Mes forces déclinent. Elle m’a attaqué deux fois hier. J’ai toujours réussi à maintenir mes parties vitales à distance suffisante. Je n’ai pas réussi à lui subtiliser une mouche. Quand bien même, elle ne m’aurait pas laissé assez de temps pour la manger. Je n’ai pas non plus pu entrer dans le tuyau, même si ça a failli. Aujourd’hui, elle va réessayer. Il ne me manque pourtant qu’un jour. Peut-être moins. Mais ça ne changera rien. Elle les mangera aussi.

Elle a réessayé plus tôt que je ne le pensais. C’est fini pour moi. Ses crochets ont lacéré mes flancs par deux fois. Mais c’est fini pour elle aussi. Le bruit a recommencé et elle est morte. Je n’y comprends rien. Je m’approche lentement d’elle. Un fin carré plat et transparent la transperce de part en part. C’est la même matière qu’une des surfaces au bord de laquelle j’avais tissé ma toile. Je voyais parfois des insectes de l’autre côté, mais impossible de m’approcher. C’est trop tard pour moi. Je n’ai plus de forces.Au moins, je ne mourrai pas digérée dans son estomac, je vais juste respirer de plus en plus lentement. Mais avant, je vais pondre. Mes enfants se nourriront de nos corps et trouveront bien le tuyau.

Réunion importante

Robert l’ancien, comme l’appellent ses congénères nous a toutes réunies parait-il pour nous confier quelque chose de très important. Un peu surprises car en principe, à part nous courser dans la cour pour nous obliger à nous soumettre à ses désirs, il ne parle à personne. Le voilà grimpé sur le bord du puits, trônant comme il aime et qui demande le silence. Pas facile de nous taire, nous sommes des bavardes et des cancanières mais nous le savons. Au bout de quelques secondes enfin, nous voilà toutes la tête levée et attentives.
— Mes poulettes, j’ai un aveu à vous faire, je me fais vieux et ne peux plus toutes vous satisfaire. Vous êtes douze et je suis seul à vous protéger, et féconder vos œufs. J’ai donc demandé, bien que cela me fende le cœur à Raoul le petit nouveau de la ferme d’à côté de m’aider. Il est jeune, a toutes ses plumes, une crête que beaucoup lui envient, moi le premier et d’après les petites de la rue, il sait agir.
— Mais Robert, c’est toi notre chef, notre directeur, le père de nos enfants, qu’allons-nous devenir ? — Eh bien la Roussette, tu auras la chance de m’avoir toujours à tes côtés, oui car je précise, je garde dans mon cartel, sous mon aile si je puis dire les trois plus anciennes donc toi la Roussette, la Blanche et la Noiraude. Les autres jeunettes se partageront Raoul ! Elles viennent d’arriver, ont la santé et n’ont pas froid aux yeux. Elles ne me parlent que pour me demander quand elles pourront avoir des poussins, ne vivent que dans ce but. Alors Raoul leur fera ce plaisir je lui fais confiance !
Les trois vieilles poules, un peu vexées malgré tout se mirent à caqueter en même temps ce qui attira les petites jeunes.
— Que se passe-t-il ? Pourquoi Robert nous a réunies on n’a rien entendu !
—Rien, Robert nous quitte et nous impose Raoul un jeune coq prétentieux sans talent mais qui est soi-disant besogneux.
— Ben alors où est le problème ? dit une petite blanche et noire, l’important pour nous est de pouvoir couver et avoir des poussins. Peu importe qui nous les fait hein ?
— Ah ! C’est bien le raisonnement d’une gamine ça ! Pauvre Robert qui s’est donné tant de mal pour nous.
— Arrête, tu vas nous faire pleurer, il y a pris du plaisir non ? Et puis parfois c’était devenu du harcèlement, il était toujours en train de nous courir après pour en finale nous laisser sur notre faim !
Les trois anciennes ne répondirent pas mais en gloussant et se moquant elles étaient bien d’accord pour admettre que Robert avait été un aman de talent et que tous les poussins venaient à terme sans qu’il n’en manque un ! Ça c’était un vrai mâle !
— Enfin dit la Noiraude, nous nous le gardons encore quelle chance, j’en suis toute ragaillardie moi, pas vous ? Et si on l’appelait ?
— Robert ! Robert ! On a besoin de toi !
— J’arrive mes douces !
— Vous voyez qu’il coure encore vite le coquin !
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
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MessagePosté le: Dim 24 Avr - 17:04 (2016)    Sujet du message: Publicité

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