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rascasse
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MessagePosté le: Dim 31 Jan - 07:48 (2016)    Sujet du message: Appel à la communauté Répondre en citant

Je suis actuellement - entre autres choses - lancé dans la rédaction d'un recueil de contes pour enfants dont la lune constitue l'élément central. Attendu que nombre parmi nous ont le crin blanchi sous le harnais, il semble raisonnable d'imaginer que des tout-petits accompagnent parfois leurs pas. Je souhaiterais que ceux qui en éprouvent l'envie lisent à ces jeunes enfants le conte qui suit. Ce jeune public m'apparaît comme le juge de paix idéal.
Alors, s'il vous en dit... à vot'bon cœur m'sieurs dames !


Séraphin et le Lapin de Lune




Dans leur château de Roulemapoule, La Reine et le Roi étaient tristes. Ils étaient tristes depuis très longtemps. Ils avaient pourtant tout pour être heureux. Leur château était immense entouré de grandes tours. Du haut de ces tours, on pouvait voir une campagne verdoyante au cœur de laquelle coulait une rivière.
Une rivière pleine de fantaisie… de ragondins et de grenouilles.
La Reine et le Roi étaient bons et généreux. Grâce au trésor qu'ils possédaient, personne dans le royaume ne souffrait de la faim. Ce trésor avait un nom… ou plutôt trois : Plume, Crête et Caroncule.
Trois poules logées comme des princesses dans le poulailler royal.
Ce n'était pas des poules ordinaires. Elles possédaient un don fabuleux : chaque nuit de pleine lune, toutes trois pondaient un œuf.
Un œuf en or !
Incroyable direz-vous… Oui et non… Car ces poules n'étaient pas arrivées ai château par hasard. Elles avaient été offertes à la Reine et au Roi par la fée Sélèna. Celle-ci espérait ainsi se faire pardonner sa bêtise.
Mais oui ! Cela peut sembler étonnant mais les fées aussi peuvent faire des bêtises !

Ce jour-là, la Reine et le Roi étaient encore plus tristes que d'habitude. Leur fils, le Prince Séraphin, venait de fêter ses dix ans. Pas de quoi les attrister, songerez-vous. Pour tout autre enfant, d'accord. Mais pas pour le jeune prince atteint d'un triste sort.
Depuis sa naissance, il n'avait jamais ri. Mais jamais ! Pas une seule petite fois ! Même pas lorsqu'il était bébé, nourrisson ou tout petit garçon…
Oh, il lui arrivait certes de sourire. De tout petits sourires. Mais jamais au grand jamais son rire n'avait retenti dans le château.
Imaginez le désespoir de la Reine et du Roi. Quoi de plus triste pour des parents qu'un enfant incapable de rire ?
Tout ça à cause d'une fée. Et oui… vous avez deviné… la fée Sélèna.

À la naissance du Prince, toutes les fées s'étaient précipitées sur son berceau… comme elles le font sur le berceau de tous les enfants. Chacune s'était penchée vers le jeune Prince et lui avait fait don d'une qualité.
Beauté, générosité, courage, amabilité, humanité…
Toutes l'avaient fait… sauf Sélèna, la fée de la Lune et des rêves. Oh, ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait ! Lorsqu'on est dans la Lune on finit par devenir étourdie ! Perdue dans ses pensées, elle était arrivée trop tard au château de Roulemapoule. Peu de temps après le passage de l'ange. L'empreinte de son doigt à la base du nez de Séraphin était encore toute fraîche. Vous voyez de quelle marque je parle. Cette marque bien visible juste sous le nez de chaque enfant. Cette empreinte de doigt que l'ange abandonne en murmurant chut ! afin d'interdire au nouveau-né de dévoiler toutes les vérités du monde que chaque enfant connaît avant de naître.
Le Prince Séraphin, privé du don de la fée Sélèna, avait le cœur plein de tristesse. Il ne savait voir que la face cachée des choses. Ce côté un peu sombre qui mène souvent aux larmes. Le rire, lui, ne pouvait pénétrer son cœur. Si quelqu'un tombait devant lui, il ne s'en amusait pas, craignant que la personne se soit blessée. Face à toutes les grimaces pour le faire rire, Séraphin s'attristait en voyant de si beaux visages devenir laids. Si ses parents se dépensaient sans compter en pirouettes et galipettes – choses plutôt inhabituelles pour une Reine et un Roi – Séraphin se désolait, craignant que ses parents soient subitement devenus idiots.
Sa tête était remplie de questions très sérieuses, des questions de grands. Des questions si étonnantes pour un garçon de son âge qu'il n'osait les poser à personne. Mis à part aux grenouilles lorsqu'il allait les voir, la nuit, en cachette de tout le monde, sur les bords de la rivière.
Mais, à toutes ses questions, les grenouilles répondaient toujours : Coâ ? Coâ ? Coâ ? comme si elles ne comprenaient rien à ce qu'il leur demandait.

La Reine et le Roi étaient remplis de désespoir. Jamais ils ne pourraient être heureux si leur enfant ne riait pas. Cela les attristait tant qu'ils offrirent toute leur fortune à qui parviendrait à faire rire le jeune prince.
La nouvelle franchit les murs de la cité. Elle se répandit dans tout le royaume… et bien au-delà ! Attirés par la récompense, vinrent de toutes parts des saltimbanques, des troubadours, des baladins, des gnomes, des marionnettistes… Leur talent était immense et tous les habitants du royaume de Roulemapoule riaient de bon cœur à leurs tours et à leurs pitreries.
Tous… sauf Séraphin !
Pour dire la vérité, celui-ci était même fatigué de voir cette ribambelle de fantaisistes toujours prêts à se rouler par terre, à faire semblant de se tordre de douleur ou à passer leur temps à s'envoyer des tartes à la crème à la figure. Il ne comprenait pas pourquoi ses parents avaient si envie de le voir rire. Quelle importance y avait-il à être différent ?
Lui, ne se jugeait pas malheureux.

Une seule personne semblait le comprendre : Jade. Sa sœur de lait. La fille de sa nourrice. Ils avaient été élevés au même sein. Une grande complicité les unissait. Très souvent, Jade rejoignait Séraphin, la nuit, au bord de la rivière, et ils passaient ensemble de longues heures à observer les ragondins imiter les péniches dans leurs fourrures lustrées et à écouter les Coâ étonnés des grenouilles.
Au contraire de Séraphin, Jade adorait rire. Sans lui en avoir jamais rien dit, elle faisait tout pour que le jeune prince rie avec elle. Jusque-là en vain. Cela la rendait un peu triste elle aussi car elle pensait que rien ne la rendrait plus heureuse que de rire en compagnie de Séraphin.
Depuis quelques semaines toutefois, elle avait repris espoir de voir son souhait se réaliser. Son oncle Jean, lors d'une veillée, avait confié à toute sa famille l'immense plaisir qu'il avait pris en allant vendre ses bêtes dans le royaume voisin. Là-bas, il avait vu un spectacle extraordinaire donné par un cirque : le cirque Bidule. Un mélange de poésie, de fantaisie et de drôlerie comme nul par ici n'en avait jamais vu.
Quelque chose d'irrésistible.
Depuis, Jade priait tous les soirs pour que ce fameux cirque Bidule vienne jusqu'au royaume de Roulemapoule. Elle prenait néanmoins son mal en patience. Son oncle lui avait dit que toute la caravane se déplaçait dans des roulottes tirées par des chevaux. Sans doute faudrait-il de longues semaines avant que le cirque ne parvienne au château… si toutefois il y venait un jour !



Le temps passa. Le printemps accrocha des fleurs dans les arbres. Les fraises et les cerises peignirent les bouches en rouge. Les étoiles filantes commencèrent à décorer les nuits d'été… et Jade commença à désespérer.
Ce maudit cirque ne viendrait donc jamais !
Tous les jours, en emmenant paître ses vaches, elle surveillait la route. Depuis quelques jours, il n'y passait presque plus personne. Tous les baladins semblaient avoir abandonné tout espoir de faire rire le jeune prince.
Enfin, un matin où ses bêtes s'abreuvaient dans la rivière, Jade entendit, porté par le vent, l'écho d'un ferraillement et de claquements réguliers. Cela ressemblait au bruit d'un moulin dont les ailes en tournant auraient fait cliqueter le ciel. Elle escalada la berge en courant. Ses yeux s'agrandirent. Son vœu était exaucé.
Sur la route, encore au loin, on distinguait cinq roulottes. Chacune était tirée par un cheval. On ne pouvait pas lire ce qui était écrit sur le flanc de chaque caravane – Jade d'ailleurs n'avait jamais appris à lire – mais elle était certaine qu'il s'agissait du cirque Bidule.
Jetant ses sabots dans l'herbe, elle se mit à danser, heureuse par avance.



La nuit était maintenant tombée. Le cirque Bidule s'était installé dans la grande cour du château. De tout le royaume, des centaines de villageois étaient venus voir le spectacle. La Reine et le Roi étaient assis au premier rang. Le prince Séraphin se tenait à leurs côtés.
Jade ne le quittait pas des yeux.
Les premières notes de l'accordéon enflammèrent le cœur de tout le monde. Les mains se mirent à battre. Ensuite, ce fut comme dans un rêve. Les numéros se succédèrent, tous plus beaux les uns que les autres. De l'acrobatie à cheval, des jongleries avec des quilles et des torches allumées, des numéros de voltige, de la magie. Beaucoup de poésie, des mots pleins d'amour… et de drôlerie. Mais surtout… surtout… de la fantaisie et des rires à n'en plus finir. Au point que certains en avaient mal au ventre. Mais cette douleur était si agréable que tous furent un peu déçus lorsque le spectacle prit fin après deux heures de ravissement.
La Reine et le Roi avaient ri. Jade avait ri. Tout les villageois avaient ri. Mais pas Séraphin… Tout au long du spectacle, il avait souffert à l'idée que les voltigeurs tombent de cheval, que les jongleurs se brûlent, que les clowns se soient vraiment fait mal en tombant.
Jade ressentait une peine immense. Sans doute aussi grande que celle de la Reine et du Roi. Cette fois-ci, tout espoir était mort.



Malgré leur grande déception, la Reine et le Roi vinrent en personne remettre une bourse d'argent à la Mère du Cirque, une vieille dame toute ridée mais dont les yeux couleur de ciel brillaient d'une immense sagesse. Elle prit la bourse en silence, remercia la Reine et le Roi et fit demi-tour pour regagner sa roulotte. Elle monta trois marches puis se retourna.
– Je vous devine tristes… dit-elle.
– C'est hélas vrai… soupirèrent en chœur la Reine et le Roi.
– Me direz-vous la raison de cette tristesse ?
La Reine et le Roi ne se firent pas prier. Ils contèrent combien ils avaient été déçus de ne pas entendre rire Séraphin devant un spectacle aussi merveilleusement drôle.
– Je l'avais remarqué, dit la Mère du Cirque. Votre enfant porte sur son visage les stigmates des Enfants de la Lune.
Étonnés par sa clairvoyance, la Reine et le Roi décidèrent de tout lui raconter.
– Je m'en doutais, dit enfin la vieille dame. Tout espoir n'est pas perdu… la fée Sélèna aurait dû vous le dire…
La Reine et le Roi ne quittaient pas des yeux le visage tout ridé de la Mère du Cirque. Ils avaient envie de la croire. Ils étaient prêts à entendre la vérité qui sortirait de sa bouche édentée.
– Peut-être a-t-elle eu peur que vous ne soyez pas prêts à en payer le prix…
– Nous donnerions tout ce que nous avons de plus précieux pour que Séraphin guérisse de sa tristesse, protestèrent-ils de concert.
– Tout ? En êtes-vous sûrs ?
– Absolument !
– Même ces trois poules si particulières… ?
La Reine et le Roi échangèrent un regard surpris. Comment la Mère du Cirque pouvait-elle être au courant ? Néanmoins, ils n'hésitèrent pas longtemps.
– Bien sûr… nous donnerions tout. Tout…
La vieille dame joignit les mains. Un doux sourire éclaira son visage.
– Je vois que vos âmes sont pures. Je suis prête à vous donner le secret de la guérison de votre fils en échange de Plume, Crête et Caroncule.
– Mais… hésita le Roi. Je ne peux pas vous promettre qu'elles continueront à pondre des œufs en or. La fée Sélèna nous a prévenus : seuls ceux à qui les poules sont confiées profitent de leurs bienfaits.
– Je sais tout cela… mais voyez-vous nous ne courons pas les routes pour nous enrichir mais pour rendre les gens heureux. L'important ce n'est pas de recevoir… mais de savoir donner. Vous aurez le secret en échange des trois poules. Qu'importe si elles ne pondent plus que des œufs ordinaires !
– Je donne l'ordre immédiatement que l'on vous amène ces poules, lança le Roi… mais malheur à vous si vous me mentez !
– N'ayez crainte… je suis trop vieille… et trop sage pour jouer avec le cœur des gens. J'ai bien compris combien le bonheur de votre enfant vous importait.

Les poules venaient d'être installées dans la roulotte de la Mère du Cirque. Celle-ci se pencha à l'oreille de la Reine et du Roi.
– Une vieille légende indienne dit qu'autrefois vivaient ensemble un lapin, un renard et un singe. Ils étaient inséparables. Un jour, au détour d'un sentier, ils virent un mendiant allongé sur le sol. Après un instant d'hésitation, les trois amis s'approchèrent prudemment. L'homme demeurait immobile. Le singe, le plus courageux des trois, lui adressa la parole : Que fais-tu ainsi couché sur le sol ?
Le mendiant entrouvrit un œil et bredouilla : Voilà longtemps que je n'ai rien mangé ... je suis épuisé... aidez-moi ... s'il vous plaît !
Les trois amis échangèrent un regard. Sans hésiter, ils décidèrent de l'aider. Le singe partit dans la forêt et revint, chargé de baies et de fruits. Le renard ramena des oiseaux et des poissons qu’il fit cuire. Le pauvre lapin, lui, revint bredouille. Attristé de ne rien pouvoir donner au mendiant, il proposa d'offrir sa propre chair et de se jeter dans le feu allumé par le renard.
Voyant cela, le mendiant révéla alors sa vraie nature. Il était le dieu Indra, le dieu de l’Étendue Illimitée du Ciel, Maître de la pluie et des saisons. Ému par ce don de soi, il adopta le lapin et le ramena avec lui sur la lune.
– C'est une belle histoire, dit la Reine, mais pour Séraphin…
– Ce n'est pas une histoire, c'est la vérité… mais seuls les plus sages d'entre nous savent le voir. D'ici deux jours, la lune sera pleine, dites à Séraphin de bien l'observer. S'il voit le Lapin de Lune… il sera guéri.
La Reine et le Roi étaient pleins de doutes. N'était-ce pas faire preuve d'une grande naïveté que d'accorder foi aux dires de la Mère du Cirque ?
Cependant, comme elle représentait leur dernier espoir, ils décidèrent de lui faire confiance.

Le lendemain matin, le cirque Bidule reprit la route. Les cinq roulottes tirées par les chevaux s'éloignèrent vers là où le soleil s'était levé. À cette même heure, la Reine et le Roi appelèrent Séraphin. Ils lui confièrent ce qu'ils venaient d'apprendre et l'encouragèrent à regarder la lune.



Deux jours avaient passé. Assis au bord de la rivière, Jade et Séraphin écoutaient les bruits de la nuit. Séraphin avait raconté à Jade l'histoire du Lapin de Lune. Aussi ouvrirent-il grands les yeux lorsque la lune se leva, grosse comme un ballon de lumière blanche.
– Là, chuchota Jade, ne dirait-on pas… ?
– Oui, tu as raison, murmura Séraphin. C'est extraordinaire ! Regarde : les oreilles… les pattes… et la petite queue.
– C'était donc vrai… le Lapin de Lune… ! s'extasia Jade. Il faut vite que tu le dises à la Reine et au Roi !
– Parce que tu crois que cela va changer quelque chose à ma vie… soupira Séraphin.
– Peut-être… qui sait ? Allez dépêche-toi !
Se relevant d'un bond, Jade lissa sa robe et escalada la butte en courant. Soudain, elle trébucha sur une racine qu'elle n'avait pas vue dans la nuit. Elle perdit l'équilibre, roula sur elle-même et dégringola la pente jusqu'à la rivière dans laquelle elle tomba en éclaboussant Séraphin.
Les grenouilles surprises eurent tout juste le temps de protester. L'instant d'après, un rire immense couvrit tous les bruits de la nuit. En découvrant Jade trempée, une feuille de nénuphar sur la tête en guise de chapeau, Séraphin venait de se mettre à rire… il était enfin guéri !

Jamais plus par la suite il ne cessa de rire, goûtant enfin au côté gai de la vie. Lorsqu'il fut devenu un homme, il demanda à Jade de l'épouser car jamais il ne trouvait plus grand bonheur que de rire en sa compagnie.
Aujourd'hui encore, certaines nuits de pleine lune, tous deux se rendent en cachette sur les bords de la rivière et contemplent cet étonnant spectacle qu'offre le Lapin de Lune.

Quant à ceux qui ne voudraient pas croire à cette histoire, ils seraient bien inspirés de lever les yeux au ciel certaines nuits de pleine lune… et d'aller voir une représentation du cirque Bidule.
Ils y découvriront un numéro plein de drôlerie dont les vedettes sont trois poules. Sauf erreur, celles-ci se nomment Plume, Crête et Caroncule.
Quant à leurs œufs… mais chut ! le silence est d'or !

_________________
J'apprécie tout particulièrement les heures pas encore mais déjà plus
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MessagePosté le: Dim 31 Jan - 07:48 (2016)    Sujet du message: Publicité

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creusois
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MessagePosté le: Lun 1 Fév - 17:23 (2016)    Sujet du message: Appel à la communauté Répondre en citant

je peux te répondre en MP plutot ?
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rascasse
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MessagePosté le: Mar 2 Fév - 05:44 (2016)    Sujet du message: Appel à la communauté Répondre en citant

Voici le texte après modifications telles qu'elles m'ont été suggérées



Dans leur château de Maliverne, La Reine et le Roi étaient tristes. Ils étaient tristes depuis très longtemps. Ils avaient pourtant tout pour être heureux. Leur château était immense, entouré de grandes tours. Du haut de ces tours, on pouvait apercevoir une campagne verdoyante au cœur de laquelle serpentait une rivière.
Une rivière pleine de fantaisie… de ragondins et de grenouilles.
La Reine et le Roi étaient bons et généreux. Grâce au trésor qu'ils possédaient, personne dans le royaume ne souffrait de la faim. Ce trésor avait un nom… ou plutôt trois : Plume, Crête et Caroncule.
Trois poules logées comme des princesses dans le poulailler royal.
Ce n'était pas des poules ordinaires. Elles possédaient un don fabuleux : chaque nuit de pleine lune, toutes trois pondaient un œuf.
Un œuf en or !
Incroyable direz-vous… Oui et non… Car ces poules n'étaient pas arrivées au château par hasard. Elles avaient été offertes à la Reine et au Roi par la fée Sélèna. Celle-ci espérait ainsi se faire pardonner sa bêtise.
Mais oui ! Cela peut sembler étonnant mais les fées aussi peuvent faire des bêtises !

Ce jour-là, la Reine et le Roi étaient tristes… comme à leur habitude. C'était pourtant jour de fête. Leur fils, le Prince Séraphin, venait de fêter ses dix ans. Pas de quoi les attrister, songerez-vous. Pour tout autre enfant, d'accord. Mais pas pour le jeune prince atteint d'un triste sort.
Depuis sa naissance, il n'avait jamais ri. Mais jamais ! Pas une seule petite fois ! Même pas lorsqu'il était bébé, nourrisson ou tout petit garçon…
Oh, il lui arrivait certes de sourire. De tout petits sourires. Mais jamais au grand jamais son rire n'avait retenti dans le château.
Imaginez le désespoir de la Reine et du Roi. Quoi de plus triste pour des parents qu'un enfant incapable de rire ?
Tout ça à cause d'une fée. Et oui… vous avez deviné… la fée Sélèna.

À la naissance du Prince, toutes les fées s'étaient précipitées vers son berceau… comme elles le font en se penchant sur le berceau de tous les enfants. Chacune s'était inclinée en direction du jeune Prince et lui avait fait don d'une qualité.
Beauté, générosité, courage, amabilité, humanité…
Toutes l'avaient fait… sauf Sélèna, la fée de la Lune et des rêves. Oh, ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait ! Lorsqu'on est dans la Lune on finit par devenir étourdie ! Perdue dans ses pensées, elle était arrivée trop tard au château de Maliverne. Peu de temps après le passage de l'Ange. Celui-ci avait laissé l'empreinte de son doigt à la base du nez de Séraphin. Elle était encore toute fraîche. Vous voyez de quelle marque je parle. Cette marque bien visible juste sous le nez de chaque enfant. Cette empreinte de doigt que l'Ange abandonne en murmurant chut ! afin d'interdire au nouveau-né de dévoiler toutes les vérités du monde que chaque enfant connaît avant de naître.
Le Prince Séraphin, privé du don de la fée Sélèna, avait le cœur plein de tristesse. Il ne savait voir que la face cachée des choses. Ce côté un peu sombre qui mène souvent aux larmes. Le rire, lui, ne pouvait pénétrer son cœur. Si quelqu'un tombait devant lui, il ne s'en amusait pas, craignant que la personne se soit blessée. Face à toutes les grimaces pour le faire rire, Séraphin s'attristait en voyant de si beaux visages devenir laids. Si ses parents se dépensaient sans compter en pirouettes et galipettes – choses plutôt inhabituelles pour une Reine et un Roi – Séraphin se désolait, craignant que ses parents soient subitement devenus idiots.
Sa tête était remplie de questions très sérieuses, des questions de grands. Des questions si étonnantes pour un garçon de son âge qu'il n'osait les poser à personne. Mis à part aux grenouilles lorsqu'il allait les voir, la nuit, en cachette de tout le monde, sur les bords de la rivière.
Mais, à toutes ses questions, les grenouilles répondaient toujours : Coâ ? Coâ ? Coâ ? comme si elles ne comprenaient rien à ce qu'il leur demandait.

La Reine et le Roi étaient remplis de désespoir. Jamais ils ne pourraient être heureux si leur enfant ne riait pas. Cela les attristait tant qu'ils offrirent toute leur fortune à qui parviendrait à faire rire le jeune prince.
La nouvelle franchit les murs du château. Elle escalada les remparts de la cité. Elle se répandit dans tout le royaume… et bien au-delà ! Attirés par la récompense, vinrent de toutes parts des saltimbanques, des troubadours, des baladins, des gnomes, des marionnettistes…
Leur talent était immense et tous les habitants du royaume de Maliverne riaient de bon cœur à leurs tours et pitreries.
Tous… sauf Séraphin !
Pour dire la vérité, celui-ci était même fatigué de voir cette ribambelle de fantaisistes toujours prêts à se rouler par terre, à faire semblant de se tordre de douleur ou à passer le temps à s'envoyer des tartes à la crème à la figure. Il ne comprenait pas pourquoi ses parents avaient si envie de le voir rire. Quelle importance y avait-il à être différent ?
Lui, ne se jugeait pas malheureux.

Une seule personne semblait le comprendre : Jade. Sa sœur de lait. La fille de sa nourrice. Ils avaient été élevés au même sein. Une grande complicité les unissait. Très souvent, Jade rejoignait Séraphin, la nuit, au bord de la rivière, et ils passaient ensemble de longues heures à observer les ragondins imiter les péniches dans leurs fourrures lustrées et à écouter les Coâ étonnés des grenouilles.
Au contraire de Séraphin, Jade adorait rire. Sans lui en avoir jamais rien dit, elle faisait tout pour que le jeune prince rie avec elle. Jusque-là en vain. Cela la rendait un peu triste elle aussi car elle pensait que rien ne la rendrait plus heureuse que de rire en compagnie de Séraphin.
Depuis quelques semaines toutefois, elle avait repris espoir de voir son souhait se réaliser. Son oncle Jean, lors d'une veillée, avait confié à toute sa famille l'immense plaisir qu'il avait pris en allant vendre ses bêtes dans le royaume voisin. Là-bas, il avait vu un spectacle extraordinaire donné par un cirque : le cirque Bartalou. Un mélange de poésie, de fantaisie et de drôlerie comme nul par ici n'en avait jamais vu.
Quelque chose d'irrésistible.
Depuis, Jade priait tous les soirs pour que ce fameux cirque Bartalou vienne jusqu'au royaume de Maliverne. Elle prenait néanmoins son mal en patience. Son oncle lui avait dit que toute la caravane se déplaçait dans des roulottes tirées par des chevaux.
Sans doute faudrait-il de longues semaines avant que le cirque ne parvienne au château… si toutefois il y venait un jour !



Le temps passa. Le printemps accrocha des fleurs dans les arbres. Les fraises et les cerises peignirent les bouches en rouge. Les étoiles filantes commencèrent à décorer les nuits d'été… et Jade commença à désespérer.
Ce maudit cirque ne viendrait donc jamais !
Tous les jours, en emmenant paître ses vaches, elle surveillait la route. Depuis quelques jours, il n'y passait presque plus personne. Tous les baladins semblaient avoir abandonné tout espoir de faire rire le jeune prince.
Enfin, un matin où ses bêtes s'abreuvaient dans la rivière, Jade entendit, porté par le vent, l'écho d'un ferraillement et de claquements réguliers. Cela ressemblait au bruit d'un moulin dont les ailes en tournant auraient fait cliqueter le ciel. Elle escalada la berge en courant. Ses yeux s'agrandirent. Son vœu était exaucé.
Sur la route, encore au loin, on distinguait cinq roulottes. Chacune était tirée par un cheval. On ne pouvait pas lire ce qui était écrit sur le flanc de chaque caravane – Jade d'ailleurs n'avait jamais appris à lire – mais elle était certaine qu'il s'agissait du cirque Bartalou.
Jetant ses sabots dans l'herbe, elle se mit à danser, heureuse par avance.



La nuit était maintenant tombée. Le cirque Bartalou s'était installé dans la grande cour du château. De tout le royaume, des centaines de villageois étaient venus voir le spectacle. La Reine et le Roi étaient assis au premier rang. Le prince Séraphin se tenait à leurs côtés.
Jade ne le quittait pas des yeux.
Les premières notes de l'accordéon enflammèrent le cœur de tout le monde. Les mains se mirent à battre. Ensuite, ce fut comme dans un rêve. Les numéros se succédèrent, tous plus beaux les uns que les autres. De l'acrobatie à cheval, des jongleries avec des quilles et des torches allumées, des numéros de voltige, de la magie. Beaucoup de poésie, des mots pleins d'amour… et de drôlerie. Mais surtout… surtout… de la fantaisie et des rires à n'en plus finir. Au point que certains en avaient mal au ventre. Mais cette douleur était si agréable que tous furent un peu déçus lorsque le spectacle prit fin après deux heures de ravissement.
La Reine et le Roi avaient ri. Jade avait ri. Tout les villageois avaient ri. Mais pas Séraphin… Tout au long du spectacle, il avait souffert à l'idée que les voltigeurs tombent de cheval, que les jongleurs se brûlent, que les clowns se soient vraiment fait mal en tombant.
Jade ressentait une peine immense. Sans doute aussi grande que celle de la Reine et du Roi. Cette fois-ci, tout espoir était mort.



Malgré leur grande déception, la Reine et le Roi vinrent en personne remettre une bourse d'argent à la Mère du Cirque, une vieille dame toute ridée mais dont les yeux couleur de ciel brillaient d'une immense sagesse. Elle prit la bourse en silence, remercia la Reine et le Roi et fit mine de regagner sa roulotte. Elle semblait attendre quelque chose.
Face au silence de la Reine et du Roi, elle prit la parole.
– Je vous devine tristes… dit-elle.
– C'est hélas vrai… soupirèrent en chœur la Reine et le Roi.
– Me direz-vous la raison de cette tristesse ?
La Reine et le Roi ne se firent pas prier. Ils contèrent combien ils avaient été déçus de ne pas entendre rire Séraphin devant un spectacle aussi merveilleusement drôle.
– Cela ne m'étonne pas, dit la Mère du Cirque. Votre enfant porte sur son visage les stigmates des Enfants de la Lune.
Étonnés par sa clairvoyance, la Reine et le Roi décidèrent de tout lui raconter.
– Je m'en doutais, dit enfin la vieille dame. Tout espoir n'est pas perdu… la fée Sélèna aurait dû vous le dire…
La Reine et le Roi ne quittaient pas des yeux le visage tout ridé de la Mère du Cirque. Ils avaient envie de la croire. Ils étaient prêts à entendre la vérité qui sortirait de sa bouche édentée.
– Peut-être Sélèna a-t-elle eu peur que vous ne soyez pas prêts à en payer le prix…
– Nous donnerions tout ce que nous avons de plus précieux pour que Séraphin guérisse de sa tristesse, protestèrent-ils de concert.
– Tout ? En êtes-vous sûrs ?
– Absolument !
– Même ces trois poules si particulières… ?
La Reine et le Roi échangèrent un regard surpris. Comment la Mère du Cirque pouvait-elle être au courant ? Néanmoins, ils n'hésitèrent pas longtemps.
– Bien sûr… nous donnerions tout. Tout…
La vieille dame joignit les mains. Un doux sourire éclaira son visage.
– Je vois que vos âmes sont pures. Je suis prête à vous donner le secret de la guérison de votre fils en échange de Plume, Crête et Caroncule.
– Mais… hésita le Roi. Je ne peux pas vous promettre qu'elles continueront à pondre des œufs en or. La fée Sélèna nous a prévenus : seuls ceux à qui les poules sont confiées profitent de leurs bienfaits.
– Je sais tout cela… mais, voyez-vous, nous ne courons pas les routes pour nous enrichir mais pour donner du bonheur aux gens. L'important ce n'est pas de recevoir… mais de savoir donner. Vous aurez le secret en échange des trois poules. Qu'importe si elles ne pondent plus que des œufs ordinaires !
– Je donne immédiatement l'ordre que l'on vous amène ces poules, lança le Roi… mais malheur à vous si vous me mentez !
– N'ayez crainte… je suis trop vieille… et trop sage pour jouer avec le cœur des gens. J'ai bien compris combien le bonheur de votre enfant vous importait.

Les poules venaient d'être installées dans la roulotte de la Mère du Cirque. Celle-ci se pencha à l'oreille de la Reine et du Roi.
– Une vieille légende indienne dit qu'autrefois vivaient ensemble un lapin, un renard et un singe. Ils étaient inséparables. Un jour, au détour d'un sentier, ils virent un mendiant allongé sur le sol. Après un instant d'hésitation, les trois amis s'approchèrent prudemment. L'homme demeurait immobile. Le singe, le plus courageux des trois, lui adressa la parole : Que fais-tu ainsi couché sur le sol ?
Le mendiant entrouvrit un œil et bredouilla : Voilà longtemps que je n'ai rien mangé ... je suis épuisé... aidez-moi ... s'il vous plaît !
Les trois amis échangèrent un regard. Sans hésiter, ils décidèrent de l'aider. Chacun s'enfonça dans la forêt? Le singe revint, chargé de baies et de fruits. Le renard ramena des oiseaux et des poissons qu’il fit cuire. Le pauvre lapin, lui, revint bredouille. Attristé de ne rien pouvoir donner au mendiant, il proposa d'offrir sa propre chair et de se jeter dans le feu allumé par le renard.
Voyant cela, le mendiant révéla alors sa vraie nature. Il était le dieu Indra, le dieu de l’Étendue Illimitée du Ciel, Maître de la Pluie et des Saisons. Ému par ce don de soi, il adopta le lapin pour toujours et décida de le ramener avec lui sur la lune.
– C'est une belle histoire, dit la Reine, mais pour Séraphin…
– Ce n'est pas une histoire, c'est la vérité… mais seuls les plus sages d'entre nous savent le voir. D'ici deux jours, la lune sera pleine, dites à Séraphin de bien l'observer. S'il voit le Lapin de Lune… il sera guéri.
La Reine et le Roi étaient pleins de doutes. N'était-ce pas faire preuve d'une grande naïveté que d'accorder foi aux dires de la Mère du Cirque ?
Cependant, comme elle représentait leur dernier espoir, ils décidèrent de lui faire confiance.

Le lendemain matin, le cirque Bartalou reprit la route. Les cinq roulottes tirées par les chevaux s'éloignèrent vers là où le soleil s'était levé. À cette même heure, la Reine et le Roi appelèrent Séraphin. Ils lui confièrent ce qu'ils venaient d'apprendre et l'encouragèrent à regarder la lune.



Deux jours entiers avaient passé. La nuit était tombée sur le Royaume de Maliverne. Tout le monde dormait au château et dans les fermes alentour. Assis au bord de la rivière, Jade et Séraphin écoutaient les bruits de la nuit.
Séraphin avait raconté à Jade l'histoire du Lapin de Lune. Aussi ouvrirent-il grands les yeux lorsque la lune se leva, grosse comme un ballon de lumière blanche.
– Là, chuchota Jade, ne dirait-on pas… ?
– Oui, tu as raison, murmura Séraphin. C'est extraordinaire ! Regarde : les oreilles… les pattes… et la petite queue.
– C'était donc vrai… le Lapin de Lune… ! s'extasia Jade. Il faut vite que tu le dises à la Reine et au Roi !
– Parce que tu crois que cela va changer quelque chose à ma vie… soupira Séraphin.
– Peut-être… qui sait ? Allez dépêche-toi !
Se relevant d'un bond, Jade lissa sa robe et escalada la butte en courant. Soudain, elle trébucha sur une racine qu'elle n'avait pas vue dans la nuit. Elle perdit l'équilibre, roula sur elle-même et dégringola la pente jusqu'à la rivière dans laquelle elle tomba en éclaboussant Séraphin.
Les grenouilles, surprises, eurent tout juste le temps de protester. L'instant d'après, un rire immense couvrit tous les bruits de la nuit. En découvrant Jade trempée, une feuille de nénuphar sur la tête en guise de chapeau, Séraphin venait de se mettre à rire… il était enfin guéri !

Jamais plus par la suite il ne cessa de rire, goûtant enfin au côté gai de la vie. Lorsqu'il fut devenu un homme, il demanda à Jade de l'épouser car jamais il ne trouvait plus grand bonheur que de rire en sa compagnie.
Aujourd'hui encore, certaines nuits de pleine lune, tous deux, bien qu'ils soient devenus Reine et Roi de Maliverne, se rendent en cachette sur les bords de la rivière et contemplent cet étonnant spectacle qu'offre le Lapin de Lune.

Quant à ceux qui ne voudraient pas croire à cette histoire, ils seraient bien inspirés de lever les yeux au ciel certaines nuits de pleine lune… et d'aller voir une représentation du cirque Bartalou.
Ils y découvriront un numéro plein de drôlerie dont les vedettes sont trois poules. Sauf erreur, celles-ci se nomment Plume, Crête et Caroncule.
Quant à leurs œufs… mais chut ! le silence est d'or !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:34 (2018)    Sujet du message: Appel à la communauté

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