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LES TEXTES DU JEU N°122

 
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danielle
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Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Mer 15 Juil - 22:51 (2015)    Sujet du message: LES TEXTES DU JEU N°122 Répondre en citant

Jarret de chevreuil au miel
Sorbet pomme-calvados



Tally s'acharna à bourrer de coups de pied la tête du cadavre gisant sur le carrelage de la cuisine. La mâchoire craqua sous la pointe de son escarpin et du sang éclaboussa le bas de sa robe, la seule qu'elle pouvait encore enfiler sans étouffer. Son tissu adipeux avait joué les fourmis en accumulant des réserves de graisse à son insu, durant ses étés de solitude, pour lui tenir chaud l'hiver, sous la couverture.

Martin lui avait été présenté au déjeuner, par sa meilleure amie Sophia, dans l'appartement de celle-ci à Deauville, la veille de Noël. Ce célibataire endurci était apparu, un jarret de chevreuil en main, et des lèvres arborant le sourire argenté d'un vendeur de dentifrice. C'était un beau gosse, conscient de ses attraits : cheveux mi-longs, mèche retombant négligemment sur un front bronzé, large menton qu'il levait bien haut d'un air suffisant, et avant-bras en acier trempé, semblables à ceux que toutes les femmes souhaiteraient effleurer, afin de sentir "la fragilité sous le roc ". Rapidement à l'aise, les pieds sous la table, il se déclara chasseur hors pair et père du feu chevreuil tué pour l'occasion, bramant comme un cerf pour conquérir Sophia. Enfin, c'est ce qu'avait d'abord pensé Tally.
Tous les hommes lutinaient Sophia, déesse aux courbes élancées, le genre de fille née dans le pistil, saupoudrée de pollen dans le but d'attirer les bourdons. Sa présence suffisait à plonger Tally dans l'ombre, mais cette dernière s'était habituée depuis toujours à la lueur d'un simple rai. Si Sophia symbolisait le Yin, Tally représentait son Yang, le corps empâté, lourd, disgracieux, mais le pied beau, seule partie de son anatomie qu'elle mettait en valeur, toujours bien chaussée. Or, aucun homme ne se marie avec une femme pour l'élégance de ses pieds, à moins d'être nain, et encore !
Néanmoins, Tally se trompa sur les intentions de Martin. Ce faux bourdon imita l'ouvrière, ventila l'air autour d'elle, et butina amoureusement son décolleté proéminent.

Le repas s'avéra un véritable délice. Repus et légèrement pompettes, les nouveaux soupirants glissèrent vers la sortie. Martin entraîna sa mie dans son gîte et, pour la première fois de sa vie, Tally s'offrit à un homme, une bête sauvage de surcroît, au vu de leurs ébats torrides engagés du lit jusqu'à la cuisine. Tally aima ça et en redemanda.


Martin chantait sous la douche quand son téléphone bourdonna sur le comptoir de l'évier. Les fesses nues contre la plinthe en marbre, Tally fredonna "Douce Nuit " dans l'appareil.

- Allo ! Martin, c'est toi ? hésita un instant Sophia. Alors, ça y est ? Tu l'as baisée ta grosse ?

Tally ferma les yeux, s'arrêta de respirer. Elle voulut avaler la pillule, mais la recracha aussitôt son étalon revenu dans la pièce, en drap de bain, souriant de toutes ses dents blanches. Elle venait de perdre sa virginité avec ce veau d'or ! La reine d'un jour se tourna et vomit dans la vasque sur le cellulaire, à côté de la boîte à pain. Elle en saisit le couteau.

- Ca va pas ? questionna Martin qui la rejoignit, inquiet.

Tally pivota et lui planta, d'un coup sec, l'outil dans la poitrine, brisant son coeur comme il l'avait fait avec le sien. L'air ahuri qu'il afficha la plongea dans une rage folle.

- Je ne suis pas grosse ! grinça-t-elle en retirant la lame dans un chuintement. Juste un peu enveloppée.

Terrassé, Martin s'écroula sur le sol, langue pendante, comme les bêtes qu'il aimait tant chasser.


Bouquet final

J’ai connu Dan grâce à un site de rencontre en ligne. Nous avons suivi l’itinéraire balisé en respectant la vitesse conseillée - j’aurais pourtant aimé donner un sacré coup d’accélérateur à ma vie ! - sans brûler les étapes, même si j’avais envie de griller tous les feux rouges ! Echanges de mails, première rencontre dans un café suivie d’autres au cinéma, dans des brasseries. Les regards qu’il posait sur moi déclenchaient dans mon corps des petites décharges électriques. Avant même qu’il ne me touche, Dan, je l’avais dans la peau.

Juillet était bien entamé, nous sommes partis ensemble pour voir si la petite étincelle s’embraserait. Direction le Périgord. Nous brûlions de nous connaître davantage. Le temps était radieux. Depuis le balcon de notre chambre d’hôtel, les parasols déployés sur la terrasse ressemblaient à des nénuphars flottant sur la Dordogne en contre-bas. On entendait le gazouillis de la rivière. C’était romantique à souhait.

Le premier soir, nous avons pris notre repas à l’hôtel. J’ai choisi une salade périgourdine. L’émotion, l’excitation, la conscience aigüe de vivre un moment inoubliable me coupaient l’appétit. Dan, lui, avait faim. Il a commandé la même salade que moi puis du confit de canard accompagné de pommes de terre sarladaises et, pour finir, un dessert composé de glace vanille, génoise et pruneaux à l’armagnac. Le tout arrosé d’une bouteille de Cahors. Je l’ai regardé manger, écouté plaisanter. Après des mois de solitude, j’avais l’impression de revivre. Plus tard, dans l’intimité de notre chambre, il a enflammé mon corps comme une torche vive !

Nous suivions le cours de la Dordogne. Dan choisissait nos étapes gastronomiques. Moi, j’aurais aimé écourter nos repas, improviser un pique-nique au bord de l’eau, au lieu de m’attabler deux fois par jour face à un homme insatiable ! Au cours d’un déjeuner qui traînait en longueur, je lui ai parlé de mes envies mais il n’était pas question pour lui de sacrifier une seule pause gourmande : la découverte du Périgord était un voyage culinaire. Ce jour-là, il a inscrit le doute au menu de nos vacances et j’ai eu du mal à finir mon carpaccio de magret de canard mariné à l’huile de truffe.

Pourtant, la nuit, dans ses bras, j’oubliais tout : ma déception, ses indélicatesses. Son appétit au lit semblait, comme à table, n’être jamais rassasié ! Je m’endormais repue mais quand le soleil se levait, je le voyais sous son vrai jour. Je déchantais. Notre retour à Paris était prévu pour le 15 juillet. Je ne savais pas quelle suite donner à notre histoire.

Le 14 au soir, Dan dégustait une côte de veau aux girolles et je surveillais l’heure pour ne pas rater le début du feu d’artifice. Il a commandé une deuxième bouteille de vin, ses yeux se sont mis à briller d’un éclat inhabituel. Il parlait fort, j’étais gênée mais il m’a promis un bouquet final, dans notre chambre, qui me ferait vite oublier celui du feu d’artifice ! Je ne voulais penser à rien d’autre.

Dans le ciel fleurissaient des chardons de lumière qui fanaient aussitôt. Les feux qui crépitaient dans la nuit étaient beaux mais éphémères. Comme nos vacances, comme notre aventure aussi sans doute. Nous avons rejoint l’hôtel à pied. Autour de nous, des adolescents faisaient exploser des pétards. Dan était silencieux. Eteint. Il avait trop bu et il titubait.

A peine entré dans la chambre, il s’est écroulé sur le lit et s’est mis à ronfler. Cette fin de soirée avait tout l’air d’être un pétard mouillé ...

LES NOCES D’ÉMERAUDE

Une énigme à mon sens ; l’union entre Camille et Francine mes grands-parents en était bien une, jusqu’à ce jour. L’harmonie entre ces deux êtres accusait des notes dissonantes, et défrayait les conversations dans leur entourage. Ainsi papi était perçu comme guilleret, danseur intrépide, porté sur la bonne chère. Quant à mamie, on la disait austère, réceptive aux cantiques, rétive à la bringue et non initiée à l’art culinaire. A quoi tenaient donc les quatre décennies de vie commune du ménage ? Ce mystère, j’allais le percer lors d’une fête organisée par la tribu des petits-enfants pour la noce d’Émeraude du couple. Je suggérai pour le succès de ce projet, un cadre associant la gastronomie et l’ambiance musicale typiques de nos racines. Une gargote dénommée “La perle des îles” emporta mon adhésion en raison de son enseigne réputée soucieuse de préserver les traditions de la Guadeloupe.
Le jour dit, la taverne vibra du bruit des retrouvailles entre proches et amis réunis en la circonstance. Le cérémonial débuta avec le ban suscité par l’arrivée de papi et mamie, dont l’apparition imposa une note de solennité. Leurs tenues aux coupes et aux couleurs évocatrices des contrées tropicales, étaient assorties d’autres parures exotiques ; le tout composait un abrégé authentique de Marie-Galante leur île natale. En harmonie avec le cadre de “La perle des îles”, le spectacle me rappelait des instants de vacances passées là-bas. Conforme à mes souhaits, le service gastronomique avait de quoi ravir les yeux et le palais des convives. Autour du colombo de cabri mijoté au curry par le chef cuisinier, l’assortiment des victuailles comblait la vue et l’odorat. La corbeille des fruits associait : goyaves, maracuja, papaye, tandis que la patate douce et le gombo débordaient du plateau des légumes. Les amateurs de rhum furent aux anges. Préparé pour dégriser les plus avides des fêtards, un court bouillon attendait dans son saut métallique.
Un moment fort des réjouissances fut l’heure de déguster le gâteau parsemé de cinq bougies parfumées que le souffle des doyens allait étouffer. La fève échut comme par enchantement à papi, qui sans surprise me remit la couronne. Surmontés de nos coiffures nous entamâmes alors un tour de danse. Le sexagénaire avait conservé ses réflexes de jeunesse, malgré un ventre proéminent dont les soubresauts faillirent me déstabiliser à maintes reprises. Feignant de rattraper un pas manqué je me rapprochai de mon cavalier et l’enlaçai pour créer les conditions propices à une conversation secrète.
« —Je t’ennuie, hein ! Lâcha-t-il
Saisissant au vol cette boutade, je m’exclamai.
— C’est que tu n’as rien perdu de ta virtuosité légendaire !
— Pourtant, ma dernière biguine date de longtemps.
Sa bonne humeur aidant, je creusai la brèche.
— Selon mamie, il te faut un peu de sport.
— Elle peut toujours causer. Je pourrais en dire autant de ses plats.
— Mamie devait avoir des arguments convaincants face à tes conquêtes.
— Coquine va !
— Vous deux, c’était le grand amour, j’imagine.
— Tu parles.
— Quarante ans tout de même.
— Les apparences sont parfois trompeuses, ma petite.
— Explique
— Les mystères du mariage sont insondables.
— Le cœur, la raison et quoi encore ?
— Que veux-tu savoir ?
— La vérité au sujet de mamie
— Oui, j’ai choisi la roturière, Francine l’héritière d’une plantation encore prospère.»

Dégustations cosmopolites*

Mon mari m'assurait: « Ça n'a pas d'importance,
Mes infidélités ne sont que jeux gourmands.
Tu peux en faire autant ! » Car il croyait, je pense
Que jamais je n'aurais envie de prendre amant.

Au début de l'été, je partis en vacances
Seule pour tout un mois, lui laissant les enfants...
Des buffets du Club Med, j'appréciai l'abondance,
Et je voulus goûter tous les plats alléchants.

Je bus de frais cocktails au bord de la piscine,
Quatre doigts d'« uomo », un zeste de « hombre»,
Un grand « tané » corsé, à la saveur marine,
Un « andras » bien tassé, un « muz » plus allongé...

Le service était fait par des « qaris » dociles
Qui m'offraient des plaisirs finement épicés ;
Les tendres chairs dorées que parfumaient des huiles
Etaient des mets de choix pour mes sens affamés.

Raffolant des desserts, je m'attardais à table,
Toujours prête à croquer un léger « otoko »
Ou bien à savourer un « erkek » désirable
Et même un colonel parfumé à l'ouzo.

Après avoir fait fondre un « omu » sous ma langue
Je comparais son goût au goût d'un « mezczyzna»,
Testais quelques « homems» givrés fleurant la mangue
Et m'endormais enfin, dégustant un « namia ».

Je revins au logis. Mon mari me trouva
Plus ronde, épanouie, et d'une humeur exquise...
Le soir, je lui confiai, comblée entre ses bras :
« Cet été, j'ai beaucoup péché par gourmandise...»

* Note de l'auteur :
La traduction des mots entre guillemets peut être trouvée sur internet. Mais comme ils sont tous synonymes, quand on en connaît un...

Coq à la brabançonne

Comme d'habitude depuis vingt-six ans, à la même période estivale, je me suis rendu avec Maïté, ma chanceuse moitié, au bungalow familial, situé sur le terrain de camping "Les Moules Fraîches". La décoration avait été refaite par mes soins, en secret, quelques semaines auparavant. Il faut savoir faire rêver les femmes, et leur apporter de l’inédit. Pimenter l’existence, c’est essentiel. Elle faillit s'engouer d’étonnement quand elle découvrit l'intérieur, éblouissant de rose fluo. Devant sa réaction émue, je me rengorgeai, et la rassurai concernant un éventuel risque de céphalées.
Quelle ne fut pas ma consternation, par contre, de constater que nos voisins étaient nouveaux, cette année. Les Ducasse avaient renoncé à leurs vacances. Je menai mon enquête, et ne tardai guère à démasquer l'identité des intrus. Il s'agissait d'un couple de Belges. L'homme était mafflu et exhibait une panse emplie de bière, à l'évidence. La femme, elle, se révélait maigre et sèche. Chacun avait un accent à couper à la tronçonneuse.
Maïté, soucieuse de nouer des rapports cordiaux, les invita néanmoins à déjeuner. À cette nouvelle, je rentrai dans une colère folle, mais j'en sortis avant longtemps : le mal était fait, il fallait les recevoir et s'appliquer à montrer bonne mine.
L’heure fatidique arriva. Les échanges, lors des amuse-gueule, furent courtois. Les Wallons s'évertuaient à paraître affables, je restai toutefois sur mes gardes. J'eus raison. Maïté versa brusquement de l’huile sur le feu lorsqu’elle déposa des frites sur la table de pique-nique.
— Oh ! un plat bien de chez nous, quelle délicate attention, merci beaucoup Madame ! s'écria Baudouin, ravi. Sa graisse frétillait d'aise, tandis qu'un sourire réjoui illuminait le visage émacié de sa compagne.
— Permettez, osai-je corriger sur-le-champ, un plat bien de chez nous, vouliez-vous sans doute dire !
Baudouin, soudain, devint agressif :
— Pardonnez-moi, mais il n'est plus à prouver que les frites font partie du patrimoine gastronomique belge.
Le sujet était grave, le prestige gaulois en danger. Je me dressai sur mes ergots :
— Comment ça ? répliquai-je sèchement. Que dites-vous alors à Curnonsky, qui affirmait que les frites sont une des plus spirituelles créations du génie parisien ? Que dites-vous alors aux Américains, qui les appellent French Fries ?
La moutarde monta au nez de l'outre d'outre-Quiévrain :
— Et moi je vous dis, cher Monsieur, sauf votre respect, que nous les avons inventées à la fin du dix-septième siècle ! Bintje, la condescendance française n’est pas une légende !
— Écoute Manneken-Pis, je te prie de rester poli, sinon je t’invite à retourner fissa chez toi ! Ah ! ça m'apprendra à jouer les architriclins pour des étrangers !
— Les archi quoi ? Les archi- très-cons, oui ! gronda Baudouin, l'œil charbonneux.
En réaction, je giflai l'insolent Namurois, lequel se rua aussitôt sur moi, renversant tout sur son passage. La furie me plaqua au sol, puis tenta de me faire manger des pissenlits par la racine. Nos femmes, au désespoir, parvinrent finalement à nous séparer. Elles nous exhortèrent à la raison et nous firent affront de notre attitude.
— Tout ça pour des allumettes surgelées McCain, se désola Maïté, en guise d’épilogue.
Me tournant vers elle, je m'emportai brutalement, fort du soutien tacite et viril de mon semblable :
— C'est à cause de toi aussi, tout ça ! Quelle idée saugrenue, des frites congelées ! Ah ! les bonnes femmes, toujours à jeter la pomme de discorde...

Demain, Québec


Demain ! C’est décidé, demain, je pars. Définitivement, j’abandonne tout, je quitte cette ville, ce pays, et je vais m’installer au Québec. Je ne supporte plus la grisaille permanente, la morosité ambiante. J’ai besoin d’un ailleurs, de changement. Je veux respirer, vivre ! Tout cela, c’est outre-Atlantique que je le trouverai.
Ah, le Québec, qu’est-ce que j’ai pu en rêver !
De ses espaces, infinis, libres, sauvages ; de sa lumière et de ses couleurs, en automne, bien sûr, mais aussi au printemps, quand le gris, le froid, la neige laissent la place à la douceur du renouveau ; de son odeur, des saveurs de sève d’érable et de saumon fraîchement fumé ; de sa liberté, surtout, sans frontières, sans limites, absolue.

Penser à réserver ma place dans l’avion. Si possible à l’avant, pour avoir le choix du repas. Déjà qu’entre poulet trop cuit et pâtes dégoulinantes de sauce, ce n’est en général pas terrible…
Sitôt sur place, je pars en vacances. J’ai repéré sur Internet une petite pourvoirie, au cœur de la Vérendrye. Quel bon temps je vais m’y payer : des séances de pêche exaltantes, où truites et brochets se précipiteront sur mes leurres avant que je ne les déguste, tout juste sortis de l’eau et simplement grillés avec un peu de sel et de poivre.
De retour à Montréal, je m’imagine ensuite flânant sans but particulier. L’air sera doux, presque tiède, mais pas trop lourd. Les berges du Saint-Laurent résonneront de rires d’enfants, de chants d’oiseaux. Il y aura les senteurs, le parfum de la terre, celui du vent, chargé d’effluves marins, celui du fleuve, lourd et minéral. Et puis toutes ces bonnes odeurs, et les saveurs qui les accompagnent et que j’ai presque oubliées : les saucisses, sur le braisier ; le ragoût chinois, ou celui de pattes de cochon, avec leurs goûteuses surprises; la bière qui mousse en remplissant le verre ; le chocolat versé à profusion sur une gaufre chaude. Ma préférée, c’est la poutine, grasse à souhait, dégoulinante de sauce et de fromage fondu. Vers la fin de l'hiver, ce sera le plaisir unique des cabanes à sucre, le bonheur d'y resserrer les liens avec les voisins, les amis, de se sentir vivre, simplement.


***
Tout est calme, ce n’est pas ce soir que j’aurai des problèmes.
Les détenus sont allongés sur leur paillasse, ou assis près de la table minuscule, résignés. Je les plains, à quatre, dans une cellule prévue pour deux. Que peut-il leur rester d’espoir, de rêves, usés par tant d’années passées derrière ces barreaux ?
Comme d’habitude, Rémy regarde le vide. Drôle de bonhomme ! Il faut dire qu’avec ses cinquante kilos, il n’en reste plus grand chose…
Cela fait juste deux semaines que je l’ai retrouvé, presque mort, après sa dernière crise. Depuis, les antidouleurs lui permettent à peine de tenir. « Trois mois » a dit le Docteur, « quatre ou cinq au maximum, s’il suit bien son traitement. Mais peut-être moins que cela… ». Saloperie de maladie, qui vous bouffe un bonhomme de l’intérieur, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien !


***
La lumière s’est éteinte, le maton continue sa tournée. Un brave type, un des seuls qui nous montrent un peu d’humanité !
Enfin, le silence, le vide…
Demain, je pars, au Québec. Et puis, après-demain, en Inde, la semaine prochaine, au Cameroun, plus tard, au Brésil… Ah, le Brésil, sa feijoada mêlée de tranches d'oranges et de farofa, son churrasco épicé, ses caipirinhas qui font tourner les têtes. Sa liberté, surtout !

Comme un goût de cendres.

Dans l’habitacle surchauffé de sa vieille Golf, Marc jubilait. Sous l’effet combiné de la chaleur et de l’excitation, des perles de sueur dessinaient, autour de son visage grasseyant, de fines rigoles aléatoires qui se rejoignaient entre les plis du menton, formant un discret goutte-à-goutte.
«Un barbecue sur la plage, la meilleure idée des vacances ! Vous allez voir les filles, ça va être fantastique ! », S’exclama-t-il en se retournant à moitié, projetant alentour une volée de gouttelettes.
Derrière lui, ses deux filles aux physiques identiquement revêches levèrent les yeux au ciel dans un ensemble parfait.
Piqué au vif, il dirigea son regard vers son épouse Corinne, assise à ses côtés, qui lui lança un clin d’œil en gloussant.
« - Oh oui, j’ai hâte ! Ça rappelle des souvenirs, hein chouchou ? Susurra-t-elle, sur des charbons ardents.
- Meugneumeugneu…, Intervint vaguement Pamela, la jumelle de droite.
- Que dis-tu? On ne comprend rien avec ton chewing-gum, s’agaça Marc.
- Je dis que c’est interdit, les feux sur la plage, marmonna la jeune fille.
- Et en plus c’est dangereux, ajouta Peggy, la jumelle de gauche.
- Pfff… Non mais les jeunes, de nos jours, sont incroyables, rétorqua Marc, reprenant sa rengaine favorite. N’ont plus le goût de rien, aseptisés par la technologie… Croyez-moi, vous changerez d’avis quand vous serez assises peinardes sur le sable, au soleil couchant, à déguster une merguez avec un petit verre de rosé !
- Papa, on ne boit pas, on n’a que treize ans, s’insurgea Peggy.
Ce fut au tour de Marc de lever les yeux au ciel.

Une heure plus tard, ils arrivèrent au lieu désigné : une jolie crique isolée et difficile d’accès, au bas d’une falaise. La famille accomplit quelques allers-retours pour descendre l’ensemble du matériel et des victuailles.
Enfin, tout fut en place et Marc se vautra dans le sable tiède avec ravissement, contemplant les étalages de salades, viandes marinées, légumes à griller préparés par son épouse. Corinne prévoyait toujours large : il y avait de quoi manger pour au moins dix personnes. Elle avait même pensé au camembert, déjà emballé dans son aluminium, tout prêt à fondre délicieusement dans les braises en fin de soirée. Il savait aussi qu’elle avait caché un paquet de guimauves quelque part, surprise ultime pour les enfants.
Il respira à pleins poumons le vent salé du large, qui commençait à rafraîchir l’atmosphère étouffante de cette soirée d’août.
« - Bon, allons-y, décida-t-il. Chérie, passe-moi les allumettes s’il-te-plait !
Corinne le fixa un instant.
- Mais je ne les ai pas! C’est toi qui t’es occupé du matériel ! Tu as toujours ton briquet sur toi, non ? »
L’homme baissa lentement les yeux vers son short de plage, réalisant avec effroi qu’il s’était changé avant de partir, laissant son feu et ses cigarettes dans son pantalon. Personne à la ronde, et pas une habitation sur cette côte protégée : il dut se résoudre à regagner la voiture pour aller quérir le nécessaire au village le plus proche.

Lorsqu’enfin le barbecue fut démarré et la viande mise à griller, la nuit était tombée. Soudain, et alors que Marc croquait dans sa première chipolata, le ciel au-dessus de la falaise s’illumina d’un gyrophare. Quelques instants plus tard, trois hommes en uniforme s’approchaient d’eux.
« - Finalement, ça aura été un super barbecue, conclut l’insolente Pamela, soufflant sur les braises.
Avec une belle brochette de poulets en prime ! »


MEME PAS EN REVE

Cela faisait deux années que nous n’avions pas quitté ce pavillon qui engloutissait toutes nos économies, disais-je ce matin à Pauline.
Situé à l’orée d’un hameau de Normandie, nous n’avions que quelques kilomètres à faire pour nous rendre dans une école primaire de Rouen dans laquelle Pauline s’occupait de la cantine et moi des enfants de CE2. Nous avions bien sûr beaucoup de temps libre et les villageois se moquaient gentiment de nous : toujours en vacances ces deux- là !
Nous savions ma femme et moi que nous ne serions pas prêts avant quelques années à partir visiter d’autres pays alors nous nous organisions. La seconde semaine de juillet était consacrée à nos préparatifs. Grand ménage, courses à la grande surface et achats de produits frais le tout pour une semaine.
Puis nous installions une tente de camping sur notre terrasse avec des matelas gonflables et nos vacances commençaient. Nous ne pouvions prendre qu’une semaine car les menus que nous mitonnaient Pauline, fin cordon bleu, coutaient très cher. Que de la qualité de luxe : foie gras, champagne, ris de veau, gambas, et plein d’autres bonnes choses.
Nous mangions peu le midi on partait dans la campagne avec notre sac à dos et quelques sandwiches mais rien qui puissent nous couper l’appétit du soir, surtout pas !
Pauline mettait une jolie robe longue noire, et moi un smoking loué à Rouen.
Nous dressions sur notre terrasse, une table magnifique et accueillante avec de la jolie vaisselle que l’on nous avait offerte à notre mariage, des verres à pieds étincelants, des bougies de toutes les couleurs enfin tout ce qu’il faut pour nous sentir heureux d’être enfin comme tout le monde, comme tous ces gens qui partent sur les routes à des kilomètres pour se tasser dans des hôtels hors de prix. Comme nous étions bien tous les deux, dégustant notre coupe de champagne !
Cela se gâta un beau matin, le second jour je me souviens, des gendarmes accompagnés d’un huissier vinrent nous rendre visite. Tout de suite Pauline, leur demanda ce qu’ils voulaient boire et leur proposa nos vins et liqueurs entreposés dans la cuisine. Hélas, ils ne répondirent que par :
— Suivez nous sans résister s’il vous plait.
— Mais pourquoi ?
— Nous vous arrêtons pour effraction d’une propriété privée et détérioration de biens, vous savez très bien que vous n’êtes pas chez vous !
En effet, comme je le disais encore hier à mon avocat commis d’office, Pauline n’était pas ma femme mais une rencontre d’un soir, et aussi paumée que moi, SDF depuis plusieurs semaines. Nous voulions juste jouer un peu à ceux qui avaient assez d’argent pour se payer des vacances, alors on s’était inventé une vie. On n’avait rien fait de mal car les gens à qui appartenait ce pavillon ne l’habitaient même pas. Ils n’y venaient qu’une fois par an à la Toussaint.
Ce sont les villageois qui ont appelé les gendarmes. Du coup nos vacances ont été bien courtes et le foie gras ce sera pour une autre fois…
Faut pas jouer les riches quand on n‘a pas le sou (jacques Brel)

La marotte de maman

Depuis que je vis à Paris, on ne se voit plus que de loin en loin, pour de courts week-ends, maman et moi. Mais depuis le décès de papa, elle se plaint régulièrement au téléphone de la solitude et d’ennuis de santé. Le premier samedi de juillet, j’ai sauté dans un TGV et rejoint à l’heure du déjeuner le bourg du Lyonnais où elle s’est retirée.
Elle m’a trouvé une petite mine et m’a installée sans tarder devant une des spécialités de la région, un énorme plat de quenelles et saucisson chaud enrobés de coulis de tomates. Je me suis forcée à y faire honneur pour saluer son talent de cuisinière. L’après-midi s’est passé à papoter dans le jardin. Enfin, maman a parlé ; moi, j’ai digéré et somnolé.
Le lendemain, elle m’a réveillée avec un plateau chargé de café fumant et de croissants chauds. « Des croissants comme plus personne n’en fait aujourd’hui, confectionnés par Michou, l’artisan du coin, avec la farine du moulin de Jo, le beurre et le lait frais de la ferme Richard. Rien à voir avec ces pâtisseries élastiques fabriquées industriellement. » J’ai eu beau objecter que je ne prenais jamais de petit déjeuner, j’ai été contrainte d’avaler une des gourmandises .J’ai fait disparaitre les deux autres dans mon sac dès que ma mère a eu tourné le dos.
Malade, déprimée maman ? Il ne m’a pas fallu plus d’un jour et demi pour constater qu’elle pétait de santé. Véritable moulin à paroles, elle se complaisait dans l’évocation de souvenirs de vacances en famille qui déclenchaient chez elle une frénésie d’expérimentations culinaires.
J’ai eu droit au récit de leurs premiers congés de jeunes mariés, à elle et à papa. Chez de lointains cousins à Castelnaudary. Ah ! le foie gras, le goûteux cassoulet de la cousine ! A mon retour de promenade, la maison fleurait bon le haricot blanc et le cassoulet figurait au repas du soir. Par 26 degrés à l’ombre, je rêvais de salade verte et de tomates. Le mardi, elle m’a rappelé avec attendrissement nos trois semaines en Alsace, l’année de mes douze ans, et une monstrueuse choucroute à la bière a figuré au menu du jour. Le mercredi, le souvenir d’un séjour en camping à Benidorm m’a valu de copieuses parts de paëlla. Le jeudi, le rappel de nos escapades bretonnes a donné lieu à une crêpe-partie : crêpes de sésame farcies au jambon ou aux lardons, crêpes sucrées à la confiture, au miel... On aurait pu nourrir tout le village.
« Tu veux ma mort, maman! » Les mots restaient bloqués au fond de ma gorge par peur de blesser celle qui chérissait à sa façon la mémoire de son compagnon disparu. Car c’était mon père, fine gueule, qui mettait son point d’honneur à nous faire découvrir chaque été de nouveaux horizons, découverte qui passait invariablement par celle des produits locaux. Tentant d’inciter maman à s’orienter vers une cuisine plus légère, j’ai évoqué notre passage à Erquy et les merveilles dégustées chez Rosalie ! « Ton père avait déclaré qu’il vendrait son âme pour ces morceaux de paradis ! » s’est-elle exclamée, émue. Elle me les a servies à la mode « maman », les coquilles Saint-Jacques. Alourdies par une béchamel, des morceaux de carottes, de poireaux et de champignons. L’enfer !
Je suis rentrée à Paris fatiguée, lestée de quelques kilos mal placés. Je me suis inscrite dans une salle de fitness. Il me reste dix jours pour retrouver taille fine et ventre plat avant de rejoindre Max pour de vraies vacances en amoureux. Pas de danger avec lui, il est en mission au Japon et adore les sushis.

Fugue

Mon pote Robert et moi, nous nous barrons dans cinq minutes, direction Saint-Emilion, première étape de nos vacances touristiques et culinaires. La tournée des grands-ducs est prévue au programme. Organisation impeccable. On est pas des guignols, tout est sous contrôle.
Les gosses nous croient inscrits au voyage organisé, du club des anciens de la commune. Ils se fourrent le doigt dans l'oeil, jusqu'au coude. Très peu pour nous, les cures à la Roche Posay ou à Marmottan. Les colonies de vacances pour vieillards radotant, c'est pas notre style. Nous, on va s'éclater et faire la "teuf à donf", comme disent les jeunes ! C'est pas parce qu'on a passé la cinquantaine, qu'on n'est pas dans le coup, non mais sans blague !
Cela doit remonter à bien quinze ans, nos dernières vraies vacances. Il est plus que temps de se carapater vers des contrées joyeuses et accueillantes. On l'a bien mérité.
Après des années de nourriture préparée par la cantine municipale, il est urgent de goûter aux grands crus et aux petits plats de chefs étoilés. Ras la casquette de la piquette, des carottes Vichy et des yaourts nature. Direction les vins du Bordelais et les auberges renommées.
J'ai vidé mon livret A. Tant pis pour l'héritage. Faut ce qu'il faut. Le foie gras, ça coûte plus cher que le pâté de campagne. On va pas pioncer, non plus, dans des Formule 1, j'ai retenu des chambres dans des hôtels deux étoiles, ce sera plus classe. On a un certain "standinge" quand
même !
Le carrosse est devant la maison. Entretenue au petit poil, ma R16. Bichonnée par mes soins et révisée spécialement pour l'occasion par Jojo, mon garagiste. Je plaisante pas avec ça. Je m'en sers pour aller au supermarché et pour les parties de cartes au club des anciens. Les grandes distances, je connais plus trop, alors je fais pas le mariolle, deux précautions valent mieux qu'une.
Robert a rangé sa valise dans le coffre, j'y dépose la mienne.
Outre cinq à six chaussettes, deux ou trois chemises, comme le chantait Gilbert Bécaud, j'y ai mis tous les médocs possibles contre les indigestions, insolations, attaques de microbes, etc... Sans oublier tout le toutim habituel, pour le coeur, le foie, le cholestérol, le diabète. Avec tout ça, je suis paré. Ceinture et bretelles, faut pas plaisanter avec la santé !
On peut dire que nous partons bon pied, bon oeil. Et c'est pas de la rigolade cette expression, parce qu'avec nos hanches en céramique, mes genoux polymérisés, nos opérations de la cataracte, nous sommes vraiment des hommes neufs. Mon petit-fils me surnomme Robocop, ce n'est pas pour rien.
On monte dans la voiture, on s'attache, un petit clic vaut mieux qu'un grand choc. Avant de tourner la clef de contact, j'imagine la ville de Saint-Emilion perchée au-dessus des vignes, je vois un étal de boîtes de confits de canard, au marché de Villefranche de Périgord. Je salive à ces pensées réjouissantes et je lance à Robert :
" Allez mauvaise troupe, c'est parti mon kiki"
J'enclenche la première : notre fugue commence...

Fait divers :
Un homme de 87 ans a fait demi-tour et s'est engagé à contresens sur l'autoroute, juste avant le péage. Par miracle, il a été arrêté immédiatement, sans avoir causé d'accident. Il a expliqué aux gendarmes, qu'il avait oublié sa casquette et retournait la chercher, avant d'être trop loin de son domicile.
Lui et son compagnon de voyage ont été raccompagnés chez eux. La voiture leur a été confisqué.


L'ARTEMISE à UZES


Ecoutons le temps,

La cour lente somnole, munificente

Les cigales habitent le silence

Les murs miel irradient
Et s’étagent jusqu’au ciel.

Embaumant sous le bleu brillant
Les lauriers luisent blancs et rouges,
Rien ne bouge.

Raffinés, les mets se succèdent,
Succins les mots glissent sous les ombrages.

Artémise nous invite, vite
Artémise a mis sa plus belle robe de soleil,

Ecoutons le temps suspendu,

L’entière Provence là se livre
Lascive et profonde

Ecoutons le temps.



Soupe à la grimace



C'était un soir de guerre, jour à couteaux tirés,
Et peu nous importait de coller les morceaux.
Nos cœurs depuis longtemps ne voulaient chavirer
Tant la rancœur ambiante se pesait à boisseaux.


Par jeu… fort stupide où rôdait du sournois,
Elle m'a jeté reproche de ne plus l'encenser.
Puis m'a lancé défi de son portrait chinois
Sans jouer les jocrisses, en personne sensée.


Elle faisait référence à un plaisir d'antan
Lorsque pour la louer je me risquais aux rimes.
Las, ces frivolités avaient plus de trente ans,
Je n'imaginais pas rejouer la pantomime.


Humble, je le reconnus. Elle me railla si fort
En mitraillant la pièce de son souverain mépris
Que sans la prévenir je consentis l'effort
De céder au caprice... elle en paierait le prix !


Je dus m'y atteler une semaine entière
Pour accoucher d'un texte digne du feu qui l'embrase.
Non pas qu'à la moisson il manquât la matière
Mais parce qu'à ne plus écrire on perd le fil des phrases.


Je l'ai donc ce matin – nous sommes en vacances –
Conviée à entendre tout ce qu'elle m'inspirait
En un portrait chinois délié en lentes stances
Que je lâchai d'une traite sans presque respirer.


Si à un fruit devais te trouver ressemblance…
Il n'est que le citron sans plus d'hésitation.
Si acide à mon goût qu'il faut se faire violence
Pour espérer un jour toute amélioration.


Quant au légume qui te convient le mieux
Je ne vois que la courge pour ses rondeurs difformes,
Sa vacuité interne pleine de pépins pileux
Et son sens figuré qui pour toi devient norme.


Si à un bâtiment te devais comparer
Je dirais les hauts murs d'une sombre prison
Dans laquelle je survis, insane comme un marais,
Et que je rêve de fuir pour d'infinies raisons.


Si sous forme végétale tu prenais apparence
Tu serais pyracanthas aux épines acérées
Buisson bien inutile dont les inflorescences
Donnent des baies toxiques en grappes resserrées.


Si devais te décrire à partir d'une couleur
Je dirais qu'au marron tu ressembles extrêmement
Car en termes culinaires il n'a nulle valeur
Et que son teint rappelle celui des excréments.

Et si à un métier te devais comparer
Je dirais épicier sans me poser problème
Bien qu'à la réflexion cela me fasse marrer
Car tu es pharmacienne… ce qui revient au même.


Et si pour clore ce jeu tu étais un vocable
Sans coup férir je lâche le doux mot de divorce
Car tu m'es depuis tant devenue détestable
Que j'y pense chaque jour... et de toutes mes forces.


Ma diatribe assassine, fut-elle fort poétique,
L'avait laissée sans voix mais l'œil empli de noir
Un indicible fiel apte à tuer l'hérétique
Qui osait se permettre de jouer les laminoirs.


Son silence m'étonnait, pour tout dire m'inquiétait,
Et je la vis, surpris, piétiner la pelouse
Et puis me planter là, tout penaud que j'étais,
Mon papier à la main avec au cœur le blues.


Je comprends à cette heure envahie par la nuit
Que le jeu que j'ai joué s'avérait dangereux.
Je suis allé tout seul au devant des ennuis
Me voilà maintenant bien plus que malheureux.


Je suis de me mouvoir largement incapable
Et mon corps tout entier n'est plus qu'une souffrance.
Je me suis révélé d'une naïveté coupable
En croyant qu'elle laisserait voguer mon arrogance.


Ma pharmacienne d'épouse m'a servi un repas
Que j'ai pris de bon cœur trompé par son sourire.
Je sais dès à présent que je n'y survivrai pas
Elle sait trop les poisons qui savent faire périr.


J'enrage d'autant plus de cette issue fatale
Que c'est moi le premier qui ai cherché les noises.
À attaque orientale, vengeance toute orientale,
Ledit bouillon d'onze heures était une soupe chinoise.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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MessagePosté le: Mer 15 Juil - 22:51 (2015)    Sujet du message: Publicité

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