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Textes de Mita
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Marixel
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MessagePosté le: Sam 11 Juil - 08:36 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

M'étant absentée une semaine, j'ai glissé le recueil de Mita dans mes bagages. Je l'ai relu, à nouveau subjuguée par ses mots, sa sensibilité à fleur de peau.

J'ai copié-collé tous les textes des jeux littéraires auxquels elle avait participé. Elle a étoffé plusieurs de ces textes pour constituer son recueil de nouvelles.

Je les posterai à un rythme régulier, toujours par deux car un seul laisserait un goût de trop peu.

Je les présenterai exactement comme elle les agençait avec les espaces si particuliers qui caractérisaient aussi son écriture. Je préciserai le numéro du jeu correspondant au texte, ainsi pourrez-vous, selon vos envies, retrouver facilement sujets, résultats, critiques constructives dans la rubrique "Archives".
J'indiquerai le sujet sous spoiler (il suffit de cliquer pour faire apparaître le texte caché) lorsque j'en aurai connaissance - il manque certains énoncés de jeux.

Plaisir de la découverte pour ceux inscrits après la disparition de Mita ; plaisir de la redécouverte pour les autres.

Je mets le lien si certains souhaitent acquérir le recueil - Bien que très malade, elle avait tenu elle-même à en annoncer la sortie chez un éditeur renommé. La photo de son avatar me serre le coeur.

http://www.forum-mda.com/t5046-sortie-le-3-octobre.htm?q=mita

@ Thaïs : après cette relecture, je n'ai pu ouvrir aucun livre. Mais la saison Désamour est en bonne position sur ma pile d'ouvrages à lire Wink

Edit : Comme il m'a été demandé comment se procurer le recueil de Mita, je vous mets le lien d'Amazon - j'ai vu qu'il en restait en stock - vous aurez ainsi les références exactes si vous préférez le commander via votre libraire - je ne sais s'il en reste chez l'éditeur.


http://www.amazon.fr/petits-contretemps-Gaëlle-Héaulme/dp/2283027012/ref=sr…


Dernière édition par Marixel le Lun 13 Juil - 16:47 (2015); édité 13 fois
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MessagePosté le: Sam 11 Juil - 08:36 (2015)    Sujet du message: Publicité

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Marixel
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MessagePosté le: Sam 11 Juil - 08:39 (2015)    Sujet du message: 1- Zone de silence [Jeu 74] Répondre en citant

Traitez à votre manière le thème suivant :

« Le capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau" (titre d'un recueil de textes autobiographiques de Charles Bukowski)


Zone de silence

Quand on s'est levé, papa était déjà parti.
Ça avait tangué toute la nuit entre les murs, la vaisselle en morceaux et les couverts brutalement jetés au sol disaient la tempête, la fureur et le chagrin.
Mais quand nous avons ouvert le volet, une pluie fraîche et bleue est venue couler à flot dans la cuisine. Et le jardin en pente, avec ses touffes d'herbe hirsutes et ses grandes flaques d'eau, ses jouets qui surnageaient, la vieille couverture humide qui avait séché là tout l'hiver, a soudain eu l'air d'un grand océan scintillant avec pour seul navire notre maison qui prenait l'eau - je me souviens des canalisations bruyantes et des bassines à déplacer les jours d'automne.
On a laissé maman dormir. On a discuté un peu, et on a pris notre décision.

On a commencé par ranger. Jeter, balayer, colmater les fuites.
Laver, frotter.
Papa dans son camion ne rentrerait pas avant demain, nous avions un répit. Nous travaillions silencieusement, absorbés dans nos tâches.
A midi, tout était propre.
Nous avons porté à maman son café. Elle a dit je vais tuer cet homme. Maman a tendance à dramatiser.

Nous l'avons laissée se réveiller. A présent, un rai de soleil faisait danser l'écume à la fenêtre. Nous avons mis la radio pour écouter la météo marine.
Mer calme.
Mer belle.
Mer grosse.
Mer agitée.
Une petite brise s'est levée.
J'ai hissé la grand-voile
J'ai dit à mes frères : larguez les amarres !
La maison a d'abord un peu vacillé sur sa base, ça tanguait à droite, ça tanguait à gauche, puis nous avons commencé à dériver dans l'immensité du jardin. Alors j'ai mis le cap sur l'horizon, loin des figures rouges et des gueules béantes, loin des cavernes noires et des nuits sans recours, la mère s'est levée, la mère était belle, la mère était calme, ô mamy, ô mamy mamy blue.


Dernière édition par Marixel le Lun 13 Juil - 13:29 (2015); édité 6 fois
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Marixel
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MessagePosté le: Sam 11 Juil - 10:36 (2015)    Sujet du message: 2- Le bruit du vent dans les bambous [Jeu 75] Répondre en citant

Sujet : « C’est un jardin extraordinaire … » chantait Charles Trenet.
Ecrivez donc une histoire, une aventure, un conte … dans un jardin d’automne d’ici ou d’ailleurs, un jardin forcément … extraordinaire !



Le Bruit du vent dans les bambous

Dans mon jardin d'automne, il y a
deux hortensias, un mimosa et puis
une pelle un râteau, quelques jouets oubliés et puis
une vieille balançoire qui gémit et qui pleure et puis

Et puis il y a toi, assise dans le fauteuil, t'as fumé les mégots et t'as bu tout le vin, tu ne te laisseras pas abattre, le cancer n'aura pas ta peau, je te relève doucement, sous ma main je sens tes os, toi désarticulée mais debout, nous chancelons jusqu'à la porte, tu regardes le tilleul et tu lèves ton verre, santé ! oh ma blonde maman dans le jour qui décline

Des bonhommes sans tête qui se battent quand même et puis
trois agathes deux calots et quelques billes en terre et puis
une paire de jumelles oubliée dans un seau et puis

Et puis les enfants qui galopent féroces et joyeux, et se lancent une balle et croquent des marrons, les enfants, nos trésors et nos nuits insomniaques, ils s'endorment dans les chaises et nous les soulevons, leurs petits corps ardents se serrent contre la peau, ils pleurent comme ils rient, avec la même confiance, que seront-ils un jour, nos trois petits pirates, quelles tempêtes les attendent, quelle traversée les guette, et nous sur l'autre rive

Ces petits monticules qu'on peine à enjamber et puis
Le linge qui sèche, ou pas sur un vieux fil usé et puis
une colonie de fourmis rouges et puis

Et puis il y a toi mon vieil amour boisé, mon compagnon de toutes les routes, tous les chemins, toi qui fatigues parfois mais jamais ne me lâches quand les fantômes rôdent, que leurs dents de velours m'invitent dans les caves, où sont les monstres, toi qui doucement me ramènes sous le ciel et me dis écoute, écoute-moi un peu

Quelques cloportes poussant leur boule et puis
une pince à linge perdue et puis
un clou qui rouille et puis

Et puis la pluie soudain qui tombe sur le rire, l'orage qui gronde et tonne, les assiettes qui volent et le mots qui assomment, la chaise où je m'assois enfin dehors et où tu me rejoins, poses une main sur mon bras et dis : écoute... écoute ça fait rien, écoute...

Un muret de pierres sèches et puis
un petit escalier qui ne mène nulle part et puis
une fontaine qui ne coule plus, quelques feuilles en tas et puis

Et puis il y a toi ma petite oubliée, qui brûlas toute entière entre tes quatre planches, toute entière dans l'automne devant nos yeux glacés et imprima au fer dans mon cœur inquiet ton nom, petite fille, toi debout dans les fleurs, qui me regardes et me souris, encore un peu, encore


La voix de la voisine qui chante sous la pluie et puis
le bruit de l'eau qui cogne sur les cailloux et puis
les escargots qui craquent sous la semelle et puis

Et puis ceux qui reviennent et l'air frais du dehors, les amis attablés autour d'une bougie, et l'on refait le monde, et des chansons idiotes s'envolent entre les branches, la fumée du tabac et les bouchons qui roulent et le jour qui se lève, nous sommes tous vivants

Dans mon jardin d'automne c'est un peu le bazar et je ne range pas. Un verre, une cigarette l'herbe se couche sous mes pieds, j'écoute le bruit du vent
qui gémit et qui pleure et puis
et puis je suis chez moi.


Dernière édition par Marixel le Lun 13 Juil - 13:32 (2015); édité 4 fois
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Marixel
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 07:28 (2015)    Sujet du message: 3- L'odeur du chèvrefeuille [Jeu 85] Répondre en citant

L'odeur du chèvrefeuille

À travers mes doigts légèrement écartés au-dessus du livre, avec un peu d'imagination, je pouvais les voir tous les quatre. Je pouvais les voir avancer et sauter d'une flaque à l'autre dans le pré saturé d'eau, petites silhouettes cahotantes, et si je me concentrais bien je pouvais presque entendre leurs voix, de sorte qu'elles devenaient très réelles, semblant sortir des pages que je venais de dévorer dans un moment de lecture hallucinée.

Je voyais la fillette grimpée dans un arbre, et sa culotte maculée de boue ; les garçons qui tournaient autour d'elle, qu'est-ce que tu vois, je vois un cercueil et des gens qui marchent ; et j'entendais les cris de Benjy le frère fou, ceux des enfants découvrant le cortège qui emmenait la grand-mère dont on leur avait caché la mort.

Et se superposait dans une spirale vertigineuse une autre figure écorchée de ce livre fondateur de mes écritures : la silhouette d'une grande vieille dame noire harassée qui traîne ses pieds nus sur le carrelage qu'elle a frotté, et de ses doigts d'ébène aux phalanges déformées par des années et des années de travail pétrit l'eau et la farine de maïs, enfourne les galettes dans le four à bois, de sorte que l'odeur des petits pains de maïs me donnait subitement faim, tandis que je feuilletais fébrilement, allongée dans un pré à l'abri des regards, un peu plus grande à présent, les pages du livre à la recherche de mes moments préférés, puisque ce livre je le relisais et le relis inlassablement, comme on explore une forêt profonde et ses sentiers rouges, découvrant à chaque fois un nouveau mystère.

Et aujourd'hui encore si je ferme un peu les yeux, si je m'abstrais des choses quotidiennes et me balance mollement dans le rocking-chair à la lueur d'une simple bougie, le livre posé sur mes genoux, scrutant la nuit mince de l'été, j'ai l'odeur entêtante du chèvrefeuille cher à Benjy, le son mat que fait la balle de golf dans le pré vendu pour payer les études du petit frère, le monologue désespéré de celui-ci le jour de son suicide "as-tu jamais eu une sœur", les angles doux du profil de cette sœur aimée qui se sait perdue, le venin distillé par le grand frère aigri devenu chef de la famille, les plaintes incessantes de la mère engoncée dans ses jupons et dans sa bêtise, la silhouette vacillante et courbée de la vieille et fidèle Noire regagnant sa cabane au milieu de la nuit.

Et je sais que toujours m'habiteront le bruit et la fureur des enfants perdus du livre, le foisonnement, la densité envoûtante des mots de ce roman qui, dès la première ligne il y a fort longtemps, m'emportèrent dans un pays frère que je n'ai pas fini d'apprendre.


Dernière édition par Marixel le Dim 12 Juil - 07:33 (2015); édité 1 fois
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Marixel
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 07:32 (2015)    Sujet du message: 4- Terre brûlée [Jeu 88] Répondre en citant

Terre brûlée


Le monde s'effondre sans bruit chaque matin quelque part
à l'heure du café
à l'heure des bonjours.

Tu es tous les visages, toutes les mères, tous les effrois
tu es celui qui dit :
il faudra désormais marcher
sur cette terre brûlée.

Tu as vu
le garçon courir sur le parapet
ignorant la voix qui criait : fais attention !
trébucher.

Tu as vu
celle qu'on veillait
vingt-deux ans
se vider de son sang sur un lit d'hôpital
et ceux qui ne vivaient qu'à l'ombre de ses yeux
apprendre la poussière et la cendre.

Tu as vu
la petite maman qu'on tire du lit à l'aube
et qui ne comprend pas ce que l'on veut lui dire.

Tu as vu
l'enfant prodige
se jeter dans le vide
sans un cri sans un mot.

Tu as vu celui qui voulait y aller avec son petit frère
et la mère qui disait oui, oui,
emmenez-nous aussi.

Tu as vu le père
enfermer son enfant
pour des noces barbares.

Tu as vu les fillettes
marchant seules dans la nuit
monter dans la voiture
d'un inconnu.

Tu as vu les silhouettes
folles
courir
et tomber.

Tu as vu l'aube mauve et légère
se lever pour personne.
Tu as tout vu, tu n'as rien vu
tu es le cri muet
qui ouvre sa gueule noire
sur mes prairies d'enfance.
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Elie
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 16:04 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

J'adoooore ! Shocked
C'est magique ! Surtout le premier qui m'a ému aux larmes !

Je n'ai pas connu Mita. Je suis arrivée après sa bataille. Je lui tire mon chapeau... ... elle le verra d'en haut.
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Marixel
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 18:02 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Oui, c'est magique, tu as raison. D'ailleurs, les textes de Mita se retrouvaient quasiment toujours sur le podium parce que la majorité des lecteurs se sentaient emportés, au point d'en perdre tout sens critique. L'écriture de Mita s'imposait, magnifique.

Allez, bien qu'ayant décidé d'en poster deux par jour, je vais faire une exception dominicale et te choisir l'un de mes préférés, en dépit de son univers très cruel.

Le thème des fillettes livrées à elles-mêmes ou celui des d'enfants mal aimés revient dans l'oeuvre de Mita, de façon récurrente.


Dernière édition par Marixel le Dim 12 Juil - 18:57 (2015); édité 4 fois
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Marixel
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 18:09 (2015)    Sujet du message: 5- Vilaines [Jeu 79 catégorie Prose] Répondre en citant

Sujet : En hommage à Rimbaud, vous écrirez un texte en prose. Seule contrainte : y faire figurer où bon vous semblera. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. »


Vilaines



Mes parents m'ont eue très jeunes : on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ! Suivirent rapidement deux autres filles, qui me furent en quelque sorte confiées : si bien que je devins très tôt à la fois l'aînée de mes sœurs, et l'aînée de mes jeunes parents.

Notre maison provisoire semblait effondrée sur elle même. Elle jaillissait, défoncée, entre deux champs pelés. Les jouets croupissaient dans des flaques d'eau. Souvent, dans cette maison, nous étions seules, le jour, le soir. Je me débrouillais avec le frigo.

Mes parents surgissaient, sans prévenir : soudain, ils étaient là. De leur vie nous ne savions rien, sinon qu'elle se passait loin de nous la plupart du temps.
Ils étaient d'une beauté qui me coupait le souffle.
Vêtus de ces jeans qui semblaient avoir poussé avec eux, leurs orteils brunis passés dans des sandales en corde, d'une blondeur inépuisable, d'une jeunesse intarissable.
J'étais subjuguée.
Ils brillaient comme de froids soleils, entourés d'admirateurs toujours renouvelés. Je préférais rester avec les petites à l'abri du jardin.

Le soir, commençaient les disputes. Je montais mes sœurs et les couchais dans mon lit, je réglais le réveil. Ma voix racontant des histoires couvrait les bruits effrayants de la bagarre. Le matin, nos parents dormaient encore : nous déjeunions toutes les trois, dans l'odeur du café et des cendres froides, puis on se débarbouillait, je les faisais réviser.

Pour aller à l'arrêt de bus, il fallait passer devant une porcherie. Des chiens hargneux bondissaient contre la grille, en montrant les crocs. La grille était basse, nous avions peur.

Dans cette ferme, une fille hurlait à intervalle régulier.

Parfois on la voyait marcher sur le chemin de terre, longtemps avant d'arriver sur le goudron.
Sa petite silhouette grossissait à mesure qu'elle approchait.
Elle pouvait avoir douze ans.
Elle était enceinte jusqu'au cou.

Pour raconter cette enfance, il faudrait inventer des mots, des mots qui font se dresser les cheveux sur la tête.

L'école. Les maîtresses. Nos cheveux longs jusqu'aux fesses, inextricablement emmêlés malgré nos efforts. Nos pantalons trop courts. On voulait rencontrer nos parents, j'inventais des histoires.

Le midi nous mangions chez notre grand-mère. Elle nous faisait toujours le même repas. Si nous étions fatiguées, elle nous incitait à ne pas aller à l'école. On restait sur son lit et on regardait la télé avec des tartines de Nutella. Notre grand-mère était aimante. Sans jamais émettre la moindre critique, elle nous montrait un autre chemin, un chemin doux bordé de prairies vertes et fleuries. Je pouvais tout lui dire. Je pense souvent qu'elle nous a sauvées du désastre. Elle avait trois pièces hautes de plafond en enfilade, dans la vieille ville, un piano et deux chats. Un soir elle fut verbalisée pour tapage nocturne (Bach au piano après 22 heures). Les policiers s'excusèrent et burent son café.

Au retour nous naviguions entre les champs jaunes. Les chiens aboyaient. Les porcs grognaient. La fille enceinte nous faisait un doigt d'honneur. Au bout du chemin, notre maison, toutes lumières éteintes, sans personne dedans.

La vie était à peu près incompréhensible.


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Elie
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 21:48 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Merci Marixel de nous présenter ses textes...
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Mann
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MessagePosté le: Dim 12 Juil - 22:30 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Pensée forte pour Mita. relire ses mots a quelque chose d'amer, presque pas possible, mais "Le Bruit du vent dans les bambous" résume bien cette écriture où la vie est là, brinquebalante, quelques fois grisante mais souvent chienne, en tout cas bien trop parce que Mita nous manque terriblement.

Merci Marixel.
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janis
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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 00:02 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Merci Marixel.
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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 09:07 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Merci les filles

Les mois ont passé sans adoucir la perte. Je pense surtout à ses enfants.

Oui, Mann, "relire ses mots a quelque chose d'amer, presque pas possible" et je ne croyais pas qu'en la ressuscitant littérairement, le temps d'un été, j'éprouverais un sentiment à la limite de l'insoutenable.....

Je me demande si ce n'est pas parce que nous avons tous, en nous, quelque chose de Mita.

Si elle nous lit quelque part, je la remercie sincèrement

Je vais choisir deux autres textes.
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Marixel
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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 09:21 (2015)    Sujet du message: 6- Les survivants [Jeu 80] Répondre en citant

Sujet : Stephen King pousse la porte de son bureau et découvre E.Allan Poe, hilare, en train de lire Shining.

Vous imaginerez, dans le même ordre d'idée, un récit mettant en scène deux écrivains célèbres. Les frontières du temps, de l'espace, de la langue sont abolies. Toutes les fantaisies, tous les genres sont permis : dialogue, récit, poème, enquête policière, reproches, louanges, pastiche,etc...
Une seule contrainte, il faudra qu'à un moment ou un autre de votre récit, apparaisse le style "reconnaissable" de chacun des écrivains choisis. Par exemple : un alexandrin racinien, une description balzacienne, une correspondance baudelairienne...



Les survivants


Parce que si on colle l'oreille tout contre le tuyau, on entend la vie, comme un coquillage.

Si je ne peux les voir, je les imagine :

Elle, voix basse de fumeuse, assise au bord du fauteuil, ironique et sérieuse à la fois, elle affiche ce qu'elle appelle son visage détruit.

Lui, voix douce et murmurante, trop grand pour le petit fauteuil, il a gardé dans son visage réservé l'anxiété de l'enfance. Jamais il ne finit ses phrases. On a envie de lui prendre la main, et de dire : allez viens.

Quand il croise les jambes on voit ses pantalons un peu trop courts. Il est très grand. Ça lui donne de la prestance.

Tandis qu'elle est petite et carrée, mal fagotée, affublée de lunettes à double foyer : elle ne ressemble à rien, à rien d'autre qu'à elle-même.

Ils ont en commun d'être inconsolables. Malades de mère, malades d'enfance. C'est pourquoi je les lis.

Si je ne peux les voir, je peux les entendre.

- pour venir chez vous, j'ai voulu traverser la rue Matheron, à l'angle de la place des Trois-Ormeaux, et une voiture a failli me renverser. J'ai aperçu au volant la silhouette d'une femme aux cheveux roux. Elle m'a jeté un regard aigu et j'ai cru reconnaître la petite bijou. J'ai voulu faire un signe mais c'est à ce moment que je l'ai vue, celle dont je ne fus jamais le fils, celle qui se prétend ma mère. Cela m'a fait un choc, comme à chaque fois, une terreur sans objet. Elle avait teint ses cheveux en roux, aussi, elle aurait pu être la femme de la voiture. J'ai eu le temps de détailler son allure de vieille artiste de cirque, avec, émergeant des dentelles et des fanfreluches, un petit visage aigu et dur. J'ai pensé qu'elle m'avait suivi depuis le café des Deux-Garçons, où je m'étais arrêté pour boire une bière. Je me suis mis à courir.

- Ça, on ne sait pas. On peut courir, on ne sait pas. Il n'y a pas de vacances à l'amour, ou au désamour.

Elle continue à parler, de sa voix basse de buveuse, elle dit qu'on ne peut pas être sûr, elle dit que dans cette haine il y a aussi la violence d'un sentiment qui s'approche de l'amour, elle dit ça tandis qu'ils fument dans la nuit profonde. On entend le bruit des glaçons qui tintent. Elle dit voyez mon visage, il est détruit. À vingt ans il était détruit. Elle dit mon frère me maintenait immobile pendant que ma mère m'assenait des coups, et parfois c'est lui qui me battait dans la chambre. Elle dit j'étais folle d'amour pour le petit frère, le petit frère disparu. Elle dit qu'il a tué le petit frère.

- J'avais un frère aussi. Un jour dans la chambre de la pension où mes parents m'avaient plus ou moins abandonné, mon père est venu m'annoncer sa mort. J'avais quatorze ans. C'était mon seul ami sur terre. De cette mort je ne sais rien.

Je les écoute et je me tais.
Dans les voix rôdent les fantômes.

Moi ?

moi je suis celui du placard
l'absent
caves et greniers
cachots enfouis
où les monstres
chuchotent aux oubliés
leur petite chanson triste.


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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 09:28 (2015)    Sujet du message: 7- 14-18 [Jeu 79 catégorie Poésie] Répondre en citant

Sujet : Vous écrirez un poème sur le thème : Enfances




14-18



Seul.
Enroulé dans sa peau
Armé jusqu'aux dents
guettant l'ennemi

Il pue
transpire la crasse
gratte ses croûtes
jusqu'au sang
jusqu'à l'os

dans sa tranchée
dévastée
fume sa cibiche
proie de la peur
et de la haine

entend l'avancée
inexorable
de ceux dont il est
l'unique cible
l'unique but
le terminus

on l'appelle
on le cherche
on crie son nom
de déserteur

les voix vrillent son crâne
comme pointes acérées
malgré le casque
on veut sa tête au bout du pic
sa reddition

au troisième cri
il se relève
rajuste ses frusques
et bravement
le poing fermé
il se rend

se rend à table où sont assis
son père
sa mère
son frère et puis sa sœur
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ptit lu
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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 20:06 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

De beaux textes qui retournent les tripes
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MamLéa
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MessagePosté le: Lun 13 Juil - 21:20 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Merci Marixel ! Je ne la connaissais pas...
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“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre ma plume à la première oie qui passe.”
Fred Allen
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Marixel
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 07:20 (2015)    Sujet du message: 8- L'Heure bleue [Jeu 76] Répondre en citant

Les vacances de Noël, vous les imaginez classiques ou extravagantes ? A vous la parole pour un récit insolite ou reposant où figureront impérativement les cinq mots suivants : somnolence - bacchanales - sésame - humus - hallucinations.



L'Heure bleue


Il me dit : ce que j'aimerais tu vois, c'est inviter mes parents à Noël. Et puis mon frère. Que pour une fois, ça se passe avec MA famille. Je visualise brièvement les visages soporifiques de mes beaux-parents, la silhouette de ma belle-sœur zigzaguant d'une pièce à l'autre à la recherche de ses garçons (trois adolescents hirsutes) et de son mari qui ne tient pas sous les plafonds. Je vois la houle, le désordre qui avance lentement mais inexorablement, les repas interminables, la vaisselle sur la paillasse. Je ne goûte guère les bacchanales. Je dis : t'es sûr ?
Sûr.
Je me fais prescrire Nux Vomica et China Rubra, plus quelques Vitamines du bonheur. Je commande un chapon et treize desserts. Je consulte internet pour la cuisson - le sésame de la parfaite cuisinière. À tout hasard, je m'inscris au yoga.


Le jour-dit, deux voitures font crisser le gravier de l'allée. J'ai un instant de désespoir en voyant les profils mal dégrossis de mes neveux (mes filles, elles, traversent l'adolescence comme des princesses), ceux butés de mes beaux-parents; ma belle-sœur se déploie pour quitter l'habitacle et se met aussitôt à s'agiter. Je regarde autour de moi, il n'y a nulle part où s'enfuir. Je colle sur ma figure mon plus beau sourire, j'ouvre les bras et j'avance en poussant des exclamations de joie.


La suite se passe comme prévu. Les garçons sont affalés toute la journée dans le canapé, passant de la somnolence à la surexcitation, et une espèce de marée noire avance, inexorable, pièce après pièce. J'aime boire mon café seule le matin, sans bruit. Prudente, je mets le réveil à 7 heures. Mais las, mes beaux-parents sont toujours là, en pleine forme, me questionnant sans relâche alors qu'une scie sauteuse me vrille l'intérieur du crâne. Ma belle-sœur court toute la journée après ses garnements, lesquels n'ont de cesse d'attirer l'attention de mes filles - mes princesses - qui les toisent du haut de leurs 16 ans, et de leurs talons-aiguilles. Quant à mon mari, il a tout simplement disparu. Quand je l'aperçois de loin, sirotant une bière et fumant avec son frère, il me fait un petit signe amical. Nous passons d'ailleurs notre temps à manger et à boire. Quand tout le monde dort, j'enfile un manteau et je sors fumer dehors, avec un verre de schnaps.


Arrive Noël, et l'échange de cadeaux. Je découvre avec surprise les miens. Ma belle-sœur m'offre l'intégrale d'Almodovar - comment sait-elle ? - Et mes beaux-parents, le coffret de Mankell. J'ai pour ma part choisi pour eux presque au hasard un foulard, une écharpe, un roman-fleuve, quelques bricoles sans âme. Les ados, gars et filles, disparaissent dans la nuit neigeuse du jardin. Suis-je victime d'hallucinations ? Mes filles - mes princesses - rient très forts aux garçonnades de mes neveux - singes hirsutes.
Bientôt, chacun rentrera chez soi. J'imagine la maison calme et propre, nos silhouettes évoluant sans bruit sur un sol impeccable. Ça me fait du bien. Dans la nuit, nous nous fêtons mon mari et moi. Nous sommes amoureux l'un de l'autre, à intervalles réguliers.


Embrassades, promesses, effusions. Partis. Ouf !
Je vais pouvoir boire mon café tranquille, avoir une conversation posée avec les princesses, trinquer avec l'époux.
Je fais un énorme ménage. Je jardine un peu. Les mains dans l'humus.
Le soir tombe. L'heure bleue. Chacun dans sa tour.
Soudain c'est le silence dans la maison briquée de fond en comble.
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Marixel
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 07:26 (2015)    Sujet du message: 9- Un air penché [Jeu 81] Répondre en citant

Une découverte qui bouleverse une vie

Pour corser l’affaire, vous placerez au moins 5 des 7 mots suivants piochés dans les titres des textes du jeu 80 :

Salade sueur intrus chicot prophétie tandem survivant (pluriel accepté, féminin accepté pour les mots au masculin)



Un air penché


Progressant péniblement sous un soleil de plomb, sentant la fatigue qui la tenaille depuis plusieurs mois l'enliser un peu plus, avisant son ombre grotesque qui chavire entre les arbres, cris de choucas, vertige et douleurs diffuses, soudain elle dit : bon d'accord.

Je veux le connaître.

A son réveil un jour d'octobre elle comprend qu'il est là. L'intrus. Elle ouvre les yeux et le rencontre dans cette pièce métallique aux angles implacables. Le visage qui se penche et lui parle se détache nettement sur les parois d'acier. Sous un grand front, le regard est anxieux, et les sourcils froncés. Cet homme en blouse apporte la nouvelle.

Soudain elle le connaît depuis longtemps.
Il contient le chaos.
Il était dans ses gestes son insomnie.
L'accompagnait sans bruit.

Aussitôt, se trouve plongée dans une forêt profonde, les loups, les ours affamés, on veut la dévorer. Elle est seule dans le noir, elle a trois ans dans un placard, elle est aveugle et vieille avec ses vieux chicots et longe le ravin, elle ne sait pas nager on l'a brutalement jetée au milieu d'un océan, prise dans l'ouragan, dans l'incendie, dans un orage. Cible d'une tempête de neige dure et coupante. Abandonnée sous la pluie au milieu d'une rue dévastée.

Elle doit se réveiller
car
Il faudra l’affronter.

Elle se reprend. Maquillage. D'une consultation à l'autre elle apprend la patience; des inconnus la manipulent, l'explorent et confirment.

Le bruit du vent dans les bambous.
Le petit jardin d'herbe et de pierres.

Lui la regarde, son front s'est plissé. La nuit il tient ses doigts.

Une espèce de douleur, de désordre affecte la pièce où elle est malade, des fissures serpentent sur les murs; les surfaces, les angles et les arêtes ont bougé, le sol s'est incliné et parfois dans le noir il faut ramper pour trouver la bonne porte; l'homme la tient ferme et remet tout en place, regarde, ça va bien.

Oui. Mettre les enfants à l'abri. Ses sœurs, en tandem, comme des gardes, hautes et belles, mais les cernes sous les yeux.

Elle peut entendre le chant immense, profond, puissant, de ceux qui l'accompagnent en secret et ne dorment plus.

Vagues de dix mètres, et tout ce silence soudain.

La mer se retire et découvre l'immense plage.

Pas de fenêtre, pas d'horloge, comment le temps passera-t-il?

Dans ce service, on meurt beaucoup.

Des cabanes dans les arbres. Odeur de la terre et du vent. S'enfoncer dans une forêt verte et profonde, par delà se déploient des chemins rouges.

Minute après minute s'écoule un temps morne. Chaque soir l'homme vient, tu es très belle, parfois il emmène un des enfants. Elle s'anime de cet air du dehors, ils ont les mains fraîches et l'œil vif, ils racontent une autre vie, la machine est tombée en panne, on a commandé des pizzas. A elle on ne donne rien à manger. Une demi-morte, une survivante.

Un jour enfin on la remonte, on la couche dans un lit propre, elle a une fenêtre elle peut voir les arbres et la lumière. Pas de voisine. Le soleil se couche et les branches sont dentelle noire.

On lui lave les cheveux. On la parfume. Un oreiller sous sa tête.

Une fois, elle transpire comme un bœuf, sa sueur sent l'écurie ou l'abattoir, l'infirmier, sans qu'elle ait proféré un son, penche sur elle son beau visage : ne vous inquiétez pas, vous êtes une rose.

À partir de là et au fil des années, d'une rechute à l'autre, au delà de tout : c'est un soleil qui grandit à l'intérieur, et iradie tout autour : elle mange la nuit, elle mange la vie.
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 11:02 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

De belles découvertes pour moi aussi, décoiffée par le Vent dans les Bambous, en particulier. De la houle sous la plume qui s'insinue et qui chahute. Merci Marixel
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 11:27 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

C'est vrai que Le bruit du vent dans les bambous décoiffe parce que chaque mot, chaque phrase recèlent une puissance inouïe.

J'adore tout le texte mais j'ai une légère préférence pour cette superbe phrase imagée, particulièrement le passage souligné en gras.

Et puis il y a toi mon vieil amour boisé, mon compagnon de toutes les routes, tous les chemins, toi qui fatigues parfois mais jamais ne me lâches quand les fantômes rôdent, que leurs dents de velours m'invitent dans les caves, où sont les monstres, toi qui doucement me ramènes sous le ciel et me dis écoute, écoute-moi un peu

Je détiens encore autant de pépites, sous le coude.
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Tonina
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 12:13 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Une jolie idée que tu as eue là, Marixel. On relit les textes de Mita avec plaisir et émotion.
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janis
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MessagePosté le: Mar 14 Juil - 22:59 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

j'ai réussi à commander le recueil de Mita. Encore merci Marixel.
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cab
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MessagePosté le: Mer 15 Juil - 05:26 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Je ne connaissais pas Mita. Je la découvre ce matin. Comment ai-je pu ne pas savoir? Arrivée trop tard sur le forum.
Que de batailles cette femme a livrées. Oh cet art: le bruit du vent dans les bambous.
oh quelle enfance l'a marquée au fer rouge?
oh cette maladie que j'ai si bien connue mais que moi j'ai vaincue; Pourquoi pas elle?
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Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle apprend à nager.
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MessagePosté le: Mer 15 Juil - 08:09 (2015)    Sujet du message: 10- Derrière la porte [Jeu 86] Répondre en citant

Je n'ai pas retrouvé le libellé du sujet. Mais je me souviens qu'il consistait à rédiger un discours à la mémoire d'une personne défunte.


Derrière la porte

Si je suis ici aujourd'hui sous ce soleil de plomb, seul devant ton cercueil, seul à avoir emprunté le chemin caillouteux derrière les employés des pompes funèbres depuis le parking vide jusqu'à ce petit cimetière, si je suis ici Arthur c'est qu'un jour je me suis avisé que derrière la porte au fond du couloir, dans cet obscur sous-sol de l'école, se trouvait un homme dont tout le monde semblait avoir oublié l'existence – si tant est qu'on puisse appeler existence la vie ténue, discrète, minuscule qui fut la tienne.

Je me souviens : j'ai poussé la porte et tu étais là, assis derrière le bureau, taillant mélancoliquement des crayons de couleur. Les pelures du bois s'amassaient en petits tas compacts sous tes mains étrangement féminines, j'ai aussitôt remarqué tes ongles impeccables et compris que nous partagions le même goût immodéré pour l'hygiène et les choses bien faites.

Je t'ai demandé :Ça va ?
Et ta réponse inoubliable fut : Bof.
Tu as dit ma mère est morte quand j'avais cinq ans alors vous savez.
Tu as dit c'est mon père qui nous a élevés, mes quatre frères et moi.
Tu as dit il était télégraphe, et très sévère. On ne rigolait pas tous les jours, croyez-moi.
Tu as dit aucun de nous ne s'est marié.
Tu as dit je vis dans une petite chambre, tout seul. Parfois je m'offre un plateau de fruits de mer et une bouteille de vin blanc.
Alors vous savez, c'est pas la grande forme.

Tu as posé le crayon, tu en as pris un autre et tu l'as taillé aussi.
J'ai brièvement visualisé mes élèves coloriant les animaux de la jungle ou de la savane, girafes, éléphants, singes, avec ces mêmes crayons qu'inlassablement, obstinément tu taillais. D'un doigt tu as vérifié la pointe.

J'ai tendu la main, bon, au revoir alors. Oui, ça m'a fait du bien de parler, revenez quand vous voulez.

C'était il y a longtemps, Arthur, j'étais jeune et tu étais vieux, tu donnais d'ailleurs l'impression d'avoir toujours été vieux et je peux t'imaginer petit garçon triste et sérieux privé de sa mère, traversant d'un pas égal la vaste plaine de la vie avec ses petits monticules si difficiles à parcourir, puis jeune homme sans fantaisie, maniaque, gêné par sa calvitie et n'osant seulement regarder les filles, restant puceau, puis homme mûr allant de contrat aidé en contrat aidé et passant ses soirées seul assis sur l'unique chaise de la petite chambre où tu m'invitas un jour et ne sus où me faire asseoir, me laissant debout dans mon manteau mouillé.

Comment, pourquoi ce souvenir me hante je ne saurais le dire, ce que je sais c'est que je le rabâche et le remâche inlassablement et qu'il est comme un trésor pour moi, comme la clef du mystère absolu que tu emportes avec toi – j'ai la clef, mais je n'ai pas la porte, Arthur, non je n'ai pas trouvé la porte.

Quand le journal local m'a appris ta disparition, lançant dans le même temps, mais en vain, un appel à la famille du défunt, je n'ai pas hésité, j'ai tout pris à ma charge, je savais bien que je serai seul aujourd'hui à t'accompagner. Ton dernier geste fut de me léguer tes biens – ils tiennent dans un simple carton – avec ces mots qui me bouleversent : à mon ami.

Arthur, tu vas me manquer, mais il me semble que de ton vivant tu me manquais aussi, même quand nous étions ensemble dans le petit bureau du sous-sol de l'école, entendant les cris des enfants dans la cour et que tu hochais la tête, presque étonné, murmurant moi aussi tu sais j'ai été un enfant.

Et maintenant, messieurs, j'en ai fini, vous pouvez procéder à l'inhumation.
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MessagePosté le: Mer 15 Juil - 08:14 (2015)    Sujet du message: 11- Déjeuner en paix [Jeu 84] Répondre en citant

Sujet : Un déjeuner de soleil


Déjeuner en paix

Quand je me lève, il est assis dans la cuisine.
A travers le carreau, je peux voir le dos large, la saillie des omoplates, les cheveux blanchissants. Ses mains sont posées à plat sur ses genoux. La cafetière reflète en l'allongeant son visage, si bien que je peux détailler à la fois le dos sans fantaisie de cet homme et sa longue tête soporifique, légèrement tournée vers le poste de radio. Il ne m'a pas encore vue.

Je rentre.

Aussitôt il commence à me parler. Je lui fais signe qu'il me faut d'abord mon café. Je lui fais ce geste chaque matin depuis bientôt vingt ans mais il ne peut s'empêcher de commenter les informations que la radio diffuse en continu. Ses paroles sont exaltées, sa voix rapide pénètre dans mon crâne comme une petite aiguille blanche et brûlante.

Je m'assois en face de la fenêtre qui donne sur le jardin. Il se lève et me sert mon café sans cesser de parler. Il est massif et me cache la vue. Du plat de la main je le pousse très légèrement sur le côté. Dehors je vois les arbres qui bougent doucement et l'herbe qui mûrit. Je mets un sucre dans le café et je tourne.

Depuis toutes ces années, j'ai eu beau mettre le réveil un quart d'heure, une demi-heure avant l'heure habituelle, il est toujours levé avant moi. Assis dans la cuisine. Guettant ma venue.

J'ai envie d'aller dehors, je lui dis je vais boire mon café dehors. L'air frais du matin me fait du bien. Il me suit. Il s'assoit en face de moi. Il parle.

Je ramasse une pierre, un objet lourd qui tient tout entier dans ma main. Il commence à me raconter sa longue, longue journée d'hier.
Je frappe un grand coup sur son crâne.

Il se tait un court instant, puis il dit "Voyons"
Je frappe encore. Son corps s'affaisse sur la chaise. Mais ce n'est pas fini.

- Voyons, qu'est-ce que tu fous ?

Je note que sa voix a faibli. Il tient sa tête dans sa main, et le sang coule abondamment de la plaie.

Il est monté dans la salle de bain. Je reste tranquille un moment. Mais il apparaît à la fenêtre, une serviette éponge enroulée autour de sa tête :

- Pourquoi fais-tu des choses pareilles ? Il fume un de ses satanés cigarillos. Faut-il que j'appelle la police ?

Je vois comme ses mains serrent les montants de la fenêtre.
Puis il revient, il chancelle un peu en s'asseyant sur le banc.
J'enjambe les plantes, les jouets. Dans le tas de bois je choisis une bûche.

- As-tu quelque chose à me reprocher ?

Un grand coup en pleine figure. Il tombe, le cigare roule sous mon pied, je le ramasse et je tire une bouffée.
Il essaye encore de m'expliquer quelque chose. Je donne un coup si fort qu'il ne dira plus rien. Comme il râle un peu, je lui fourre l'emballage des croissants dans la bouche, je le fais rouler loin de ma vue et je le laisse allongé dans l'herbe.

Je prépare un café bien tassé, et des tartines beurrées. Je déjeune toute seule dehors au soleil en écoutant les oiseaux.
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MessagePosté le: Jeu 16 Juil - 07:59 (2015)    Sujet du message: 12- Les mots bleus [Jeu 83] Répondre en citant

Le thème proposé est: Le chant des sirènes.


Les mots bleus

Comme on ne sait pas quoi dire il propose : la plage.
Je conduis, il découvre mon mauvais profil. Nous sommes émus il pose brièvement une main sur la mienne.
Nous arrivons tard, l'eau brille comme de l'acier, les gens semblent avoir été jetés là les uns contre les autres. Nous restons en manteau. Nos bottes s'enfoncent dans le sable, dans cette vaste plaine avec les monticules si pénibles à parcourir. Nous nous étendons sur nos vestes, le cuir est doux et frais; des oiseaux traversent le ciel sans un bruit. Nous sommes tout proches nos doigts se frôlent mais nous ne devons pas nous toucher; alors on dessine dans le sable.
Comme on ne sait pas quoi dire : on nage.
Nous nous déshabillons et nous rentrons vite dans l'eau. Sur la rive les moniteurs sont debout au milieu des enfants. Ils les tirent par les pieds pour les aligner et les compter. Nos jambes nos bras se rencontrent, nous ne devons pas. Il dit : on sort et on mange. J'apprécie qu'il prenne ainsi les choses en main.
Je lui dis que j'ai froid il me réchauffe. Nous mordons dans les sandwiches. Autour de nous des gémissements, et le bruit du vent. Je lui dis tu entends, on dirait le chant des sirènes. Il pose un doigt sur ma bouche. Il dit attache-moi.
Comme on ne sait pas quoi : on marche un peu.
Nous remettons nos bottes, nos vestes nous arrivent aux chevilles. Avancer est difficile mais nous progressons. Les gens ont roulé vers la mer, à cause de cette légère pente. Du bout du pied nous les retournons. La plupart sont des enfants. Il commence "quand j'étais petit" puis il s'arrête et me regarde je dis moi aussi.
Comme on ne sait pas : la nuit tombe. Les voix s'élèvent dans l'air, dans l'espace interdit qui sépare et nos bouches et nos mains, je vois ses lèvres, il murmure les mots bleus qui me hantent et m'emportent et me laissent enchaînée sur la rive.
Je dis oui. Nous restons assis sur le sable sans parler. Nous voyons se dessiner les ombres, les reliefs des corps allongés. L'eau scintille. On écoute son bruit. Il va falloir rentrer. Il dit je déteste les colonies, quand j'étais petit, je dis moi aussi, il pose sa tête sur mon épaule, mais nous ne devons pas, nous restons comme ça un moment puis c'est l'heure. Je dis tu conduis.
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MessagePosté le: Jeu 16 Juil - 08:03 (2015)    Sujet du message: 13- L'Amérique [Jeu 89] Répondre en citant

Votre texte devra commencer par la phrase suivante:

"Cela devait être le plus beau jour de ma vie".



L'Amérique

Cela devait être le plus beau jour de ma vie.
Ou presque : on nous livrait enfin le frigo américain qu'elle me réclamait depuis un mois.
Faut dire, depuis sa grossesse (qui avait duré de longues années) et la naissance des jumeaux, nous n'avions plus de repas, plus de sorties, plus d'amis, plus de sommeil.
Alors quand un matin dans le lit elle me dit : Y a un truc qui me ferait plaisir.
Je pense à un tas de choses agréables qu'on ne fait plus, et je frôle sa jambe avec mon pied.
Mais elle ajoute : un frigo américain, qui fait des glaçons tout seul.
Ensuite les jumeaux se réveillent et nous passons notre habituelle journée de lutte contre le désordre, la fatigue, les cris. Et ainsi de suite jour après jour, nous si coquets (quel beau couple!) nous dépérissons à vue d'œil, enfilons un vieux jogging dans le noir avant de bercer les bébés hurleurs, qui eux, prospèrent et sont gras comme des petits veaux.

On a lu les livres, on sait que ça ne durera pas toujours, les hurlements, la vie sans queue ni tête, mais parfois regardant leurs petites figures semblables, leurs bouches grandes ouvertes sur les cris qui nous vrillent la cervelle, il nous passe par la tête des idées terribles.
Alors quand les livreurs appellent pour dire : demain, à partir de sept heures, une immense et absurde joie nous envahit.
Le lendemain à 9 heures ils sont là, avec l'engin chromé, grand comme une armoire. Nous avons chacun un bébé dans les bras. Ça pousse des cris déchirants.
Ils passent la tête par la porte : euh, y a un problème.
Oui ?
Ça passe pas la porte de la cuisine. On vous le laisse, il faudra agrandir l'ouverture. Bon, nous on y va, bon courage ! Et il me fait un clin d'œil, une envie de meurtre me traverse un instant.

Je passe les deux journées suivantes avec une masse, je cogne dans le mur, les gravats s'entassent dans la salle à manger, la poussière recouvre tout. Jo se coltine les bébés, toute seule. Le troisième jour, plâtre, puis peinture. Quand enfin les bébés dorment le soir vers minuit, nous nettoyons un peu la maison, puis nous nous effondrons dans le lit. À 5h30, ils se réveillent. Je crie à Jo ce soir on l'essaye ! Elle acquiesce sobrement.
Le soir, pendant une accalmie, j'ouvre une bouteille de rosé.
Le frigo américain nous donne des glaçons, sans broncher.
Jo exulte. Je suis content.

Oui mais.
Le lendemain matin, je me réveille et je vois : 9h au réveil. Pas un bruit dans la maison. Je me lève d'un bond, Jo est debout dans la cuisine, tournée vers la fenêtre. Ses cheveux touchent ses fesses. Des bébés, nulle trace. Je m'approche doucement, je pose mes mains sur sa taille et je dis : où ils sont ? Elle répond quoi ? Les bébés. Elle se tourne vers moi et se met à crier : quoi les bébés ! Qui les bébés ! Avant c'était moi bébé ! Salaud ! Et ce frigo ! Elle tambourine avec ses poings contre mon torse, elle est tellement jolie, je dis oui mais où tu les as mis ?
Elle désigne la fenêtre. Je me penche. Ils sont là, nos trésors, endormis dans la poussette, sous le tilleul, leurs petits poings férocement serrés contre leurs oreilles. Soudain je m'aperçois qu'ils lui ressemblent, je lui dis tu sais quoi, on va boire un verre, avec des glaçons. Et puis : quand ils sont nés, c'était le plus beau jour de ma vie. Elle dit oui, moi aussi. Et nous restons à la fenêtre, à siroter nos verres en regardant nos enfants qui prennent le frais sous le tilleul.
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MessagePosté le: Ven 17 Juil - 08:01 (2015)    Sujet du message: 14- La chute des corps [Jeu 77] Répondre en citant

SUJET : Vous écrirez un monologue intérieur, les pensées d'un personnage qui est seul et se parle à lui-même, dans la situation suivante : il vient de tuer quelqu'un. Contrainte: vous ferez figurer dans votre texte un zeugma.



La chute des corps

Ça y est.
Tu voles.

A cette heure lumineuse de midi, comme tu es léger soudain, aérien malgré ton quintal, presque beau dans l'air mince de l'hiver. Tu fais l'expérience du mouvement que prennent les corps lorsque, abandonnés à eux-mêmes, ils tombent vers la terre - en l'occurrence notre trottoir. Ta tête quand soudain je me suis entendue dire, il y a un instant, "bon, ça suffit" et que j'ai senti se desserrer l'étreinte de mes doigts sur tes poignets, comment l'onde de choc, de refus, s'est propagée de ton corps à chacun de mes muscles, et quelle bonne fatigue aussitôt.

Lorsque tu as tourné vers moi ton visage, sidéré, ai-je perçu une forme d'admiration ? oui. Ai-je le moindre regret, tandis que ta silhouette s'éloigne, lentement, si lentement, que tourbillonnent à la même vitesse des objets aussi dérisoires que ton téléphone portable, un mouchoir, la rose de noël que dans ta contorsion finale tu as arrachée avec un de ces jurons dont tu as le secret ? la vitesse dépend-elle du poids du corps ? non, tu ne descends pas plus vite qu'une plume, tandis que se dissolvent nos liens débiles et morbides. Amour, comment résistes-tu à l'air, toi si massif et si fort ? mal, je le crains.

Tourne, vole mon pauvre amour, rien n'amortira le choc, rien ne viendra empêcher l'inexorable chute. J'entends encore ta voix mauvaise qui raille, je te vois enjamber le balcon de notre 7e étage et menacer de sauter, pour t'amuser, pour m'effrayer et m'anéantir, et je sens la peur me submerger, et le dégoût - je ne t'ai jamais dit combien je trouvais écœurante ta façon de manger, de triturer ta dent creuse, de t'endormir dans le fauteuil, de me dire "tu es si maigre", et de me donner de temps à autre un grand effroi. Amour ça n'a pas tourné comme tu le pensais, tes mains ont glissé sur le fer humide au moment où je m'approchais pour te dire arrête, c'est bon, je n'ai eu qu'un instant pour attraper tes poignets, et un autre pour délibérément les lâcher. Je te laisse tomber mon cœur, parce que tu es trop lourd, c'est très simple.

Mon pauvre gars c'est presque fini, sens-tu la peur broyer tes entrailles? Que seras-tu dans un instant, un souvenir, un mauvais rêve, cent kilos qui font un bruit mat en tombant sur le trottoir, en même temps que la rose qui mettra un peu de couleur et de délicatesse au tableau.

J'entends la clameur s'amplifier tandis que tu planes en vociférant, comme toujours. Vois-tu ta misérable vie toute entière défiler ? moi je sens les bras des enfants que nous n'avons pas eus m'enlacer et me bercer enfin, celui qui grandit dans mon ventre et dont tu ne sauras jamais rien applaudit des deux mains. J'ai un peu faim, il reste du chapon dans le four, de la bûche dans le frigo, du champagne dans le magnum et de la tendresse dans mon cœur, malgré ton entreprise de destruction, de la tendresse pour nous deux encore, je te plains un peu, cela fait-il mal de se fracasser sur un trottoir, si je m'ouvrais une bière, goût du réglisse, brûlure délicieuse dans la gorge et puis l'ivresse, la légèreté, enfin seule.

Un cri immense monte du trottoir, nous y sommes mon amour, c'est le moment, serre les fesses et montre-toi à la hauteur. Est-ce que je crie comme une hystérique du haut de mon balcon ? Non, j'observe tranquillement comment tu t'y prends pour finir.

Et j'espère que tombant des nues et de la fenêtre, tu auras pour une fois l'élégance de ravaler ton acte de naissance et ta rancœur en silence.
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MessagePosté le: Ven 17 Juil - 08:12 (2015)    Sujet du message: 15- Down [Jeu 92] Répondre en citant

Sujet : Dans L'Humeur vagabonde, Antoine Blondin écrit : "On était à la fin du mois d'août. Je n'avais pas très chaud au coeur."
Vous écrirez un texte qui commence par ces deux petites phrases.



Down

On était à la fin du mois d'août.
Je n'avais pas très chaud au cœur.
L'impensable était arrivé.

J'ai annulé toutes les visites.
Eteint les lumières, fermé les fenêtres.
Le téléphone a sonné, je n'ai pas répondu.
Je savais qu'aucun mot ne pourrait être prononcé.
Je n'attendais plus aucune nouvelle de toi.
Je ne pouvais plus dire ton prénom.
Plus demander : comment c'est aujourd'hui ?
Je suis restée couchée, toute la journée.
J'avais envie d'un verre, d'une cigarette.
Il ne fallait pas me secouer, pas me toucher.
Pas regarder, pas parler.
Tout avait été dit.
Et c'était arrivé.
Il n'y avait nulle part où te rejoindre.

Le soleil ne se lèverait pas, l'aube ne viendrait pas mauve et légère.
Ce ne serait qu'une longue nuit cette nuit.
Je ne mangerais pas, ni remuerais.
Resterais immobile et muette.
Je savais que si on me laissait tranquille suffisamment longtemps, je finirais par disparaître.
C'était la seule chose à me souhaiter.
J'ai annulé toutes les visites,
éteint les lumières,
fermé les volets.
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cab
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MessagePosté le: Ven 17 Juil - 19:44 (2015)    Sujet du message: Textes de Mita Répondre en citant

Magnifique...
_________________
Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle apprend à nager.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:55 (2018)    Sujet du message: Textes de Mita

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