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La Clef - Saint-Germain-en-Laye

 
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Auteur Message
Shi San
Invité

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MessagePosté le: Jeu 7 Mai - 11:02 (2015)    Sujet du message: La Clef - Saint-Germain-en-Laye Répondre en citant

Et voici le texte que j'ai envoyé pour le concours de La Clef, dont le thème était "30". J'ai reçu le 1er prix de la catégorie jeunes Mr. Green

Le bus 30


Une fenêtre. Deux fenêtres. Trois fenêtres. Une table en bois et une plante toute jaune sur un petit balcon. Une façade grise et triste à mourir comme il en existe tant. Je continuai à fixer l'immeuble en face de moi même s’il était dénué de tout intérêt. Si au moins je pouvais voir, ou entendre ce qui se passait à l'intérieur. N'importe quoi, une dispute de couple, des enfants qui jouent... Oui, c'était peut-être malsain, mais comme j'aimais observer les autres surtout, lorsque je m'ennuyais à mourir assise sur ce banc !
Comme tous les mardis, je me rendais – ou du moins, j'espérais réussir à le faire avant de finir desséchée – chez ma tante Lili pour garder ma petite cousine de trois ans pendant que sa mère assistait à son cours de yoga. Comme tous les mardis, le bus 29 était en retard. Comme tous les mardis, j'essayais de passer le temps en contemplant mon environnement hostile.
On aurait pu s'attendre qu'avec un nom comme « La Roseraie », le paysage autour de l’arrêt de bus soit un minimum attrayant. Entretenu. Coloré. Je me suis toujours demandé comment les étaient choisis les noms d'arrêts. Le maire ouvre-t-il le dictionnaire au hasard pour prendre le premier mot venu ? Ici c'était presque comique ; il n'y avait pas plus gris, pollué et inintéressant que l'arrêt La Roseraie.
Et pourtant, combien de temps avais-je déjà passé assise là, à fixer le mur d'en face ? Si on additionnait les trente minutes en moyenne de tous les mardis depuis un an, j'avais sûrement dû attendre pendant des jours, mon sac de cours aussi léger que deux ânes morts posé à côté de moi.
Mon regard se décolla du bâtiment en face de moi et se tourna vers la carte de la ville accompagnée de la liste des bus, enchaînement de nombres de couleurs différentes. Le 1 rouge, le 2 jaune, le 3 violet... Quels gens étranges. Le 1 était bleu, pas rouge. Le 2 rose et pas jaune. Et le 3... Eh bien, vert ; c'était logique. Du moins dans mon esprit. Cette faculté étrange et inutile d'associer des couleurs aux chiffres et aux sons s'appelle la synesthésie. Aussi loin que je m'en souvienne, j'en ai toujours été dotée. Il paraît qu'Arthur Rimbaud aussi.
Je parcourus le reste de la liste, essayant de ne pas m'arrêter sur les aberrations dans le choix des couleurs, et arrivai au numéro 29, juste avant le 31. Eh oui, pas de bus 30 ici. Généralement, les gens ne s'en rendaient même pas compte. Lorsque je l'avais fait remarquer à mes voisins de quartier, ils m'avaient répondu qu'ils s'y étaient faits, tout simplement, et qu'il ne fallait pas y chercher une quelconque explication. Ceux à qui j'avais quand-même demandé la raison de cette absence m'avaient tout bêtement répondu qu'il en existait un autrefois et qu'il avait été supprimé car le nouveau tram desservait les mêmes stations.
Mouais.
… Non. Ce n'était pas ça. Trop de banalité résidait déjà ici ; si on en rajoutait, cela risquait de déborder. Non, définitivement, non. Je sentais, je savais que ce n'était pas ça, même si je n'aurais pas pu l'expliquer. Je commençai à chercher une autre explication. Voyons voir... Je fermai les yeux pour mieux imaginer. Le bus 30... Le 3 vert et le 0 blanc. Pourquoi avait-il été supprimé ? Et déjà, avait-il été supprimé ou n'avait-il jamais existé ?
Peut-être la fille chérie de l'ancien maire était-elle morte subitement un trente du mois, le jour de ses trente ans, renversée par le bus 30 ? Cela faisait tellement de trente que le maire avait décidé de supprimer le bus sans même demander l'avis de ses usagers car il lui rappelait trop de mauvais souvenirs...
Ou peut-être la personne responsable de la compagnie de transports urbains avait-elle des tendances un peu ésotériques. Si on réfléchit au chiffre 30, le 3 est le chiffre sacré, celui de la Trinité, alors que le 0 représente le néant et l'abîme (déjà par l'absence de matière, le « rien » qu'il symbolise, mais aussi par sa forme de puits vue du dessus). L'association des deux portait peut-être malheur.
Je ne me rappelle pas les autres idées que j'eues probablement ce jour-là concernant le bus 30. La journée avait été longue... Avec l'heure d'hiver, il n'allait pas tarder à faire nuit... Et j'attendais depuis si longtemps... Je crois que je finis par m'assoupir.
En tout cas, c'est un bruit de porte automatique qui me réveilla. J'ouvris lentement les yeux. Je ne savais pas combien de temps s'était écoulé. Cinq minutes ? Une heure ? Je ne pensai même pas à regarder ma montre. Non, j'étais bien trop occupée à m'interroger sur ce qui se trouvait devant moi.
Ce n'était pas le bus 29, que j'attendais depuis tout à l'heure. C'était le 30.

Incroyable comme un chiffre, une toute petite unité de rien du tout, peut tout changer. Avec un chiffre de moins, je serais montée rapidement dans le bus, aurais salué brièvement le chauffeur qui ne me répondait jamais, et me serais trouvée une place pour téléphoner à Lili et lui dire que j'arrivais. Et non. C'était le 30, pas le 29. Cela changeait tout.
La porte s'était ouverte devant moi et j'étais seule à l'arrêt. Incontestablement, c'était moi qu'on invitait à monter. La tête encore dans les vapeurs du sommeil, je ne songeai pas à ce que je faisais. Je grimpai sur le marchepied et me retrouvai face au chauffeur.
Je dis bien face ; celui-ci tourna la tête vers moi lorsque j'entrai. D'habitude, on ne voit que les profils droits des chauffeurs. À se demander s'ils possèdent un profil gauche. Peut-être leur métier les force-t-il à voir tant de gens qu'il les a dégoûtés du contact visuel ; peut-être la partie droite de leur visage est-elle réservée à leurs clients, et la partie gauche à leurs proches.
Mais ce n'était pas le cas de l'homme qui conduisait le bus 30. Il se tourna entièrement vers moi, m'offrant la vue de ses deux profils. Ainsi, il se consacrait entièrement à son métier, sans même garder une petite partie de lui-même pour sa vie privée. Âgé d'une quarantaine d'années, son visage déjà ridé et sa casquette bleue marine le faisaient plus ressembler à un capitaine de navire qu'à un chauffeur de bus. Ses cheveux roux commençaient à grisonner aux tempes et couvraient l'un de ses yeux, qu'il avait d'une teinte argentée peu commune ; je les aurais comparés à des poignards si son regard n'avait été bienveillant. Un bijou brillant qu'il portait à l'oreille reflétait la lumière que projetait le soleil à travers le pare-brise.
Cela ne dura qu'un instant. Il hocha la tête pour me saluer et se désintéressa de moi pour refaire face à la route. J'allai m'asseoir sur l'un des sièges jaunes près des vitres. Le bus démarra.
J'observai le plan de la ligne indiquant les stations au-dessus de ma tête. Indiquant la station, puisqu'il n'y en avait qu'une. La Roseraie était située en milieu de ligne, cette dernière semblant devenir floue et disparaître aux deux extrémités.
J'appuyai ma tête contre la fenêtre qui, fait remarquable, ne tremblait pas comme dans tous les bus. Vous savez, lorsque vous commencez à vous endormir, que votre tête devient lourde, et se met à pencher sur le côté ; que vous avez à peine le temps de fermer les paupières qu'une secousse abominable fait rebondir votre visage contre la paroi transparente ; que vous essayez en vain de vous tortiller, de rouler votre veste en boule pour la glisser entre vous et la cloison ? Oui oui, cela marche aussi pour les voitures et les trains... On a tous vécu cela au moins une fois.
Donc, le bus ne tremblait pas. Je n'entendais pas le moindre bruit de moteur ; comme s'il flottait légèrement au-dessus de la route sans que ses roues ne touchent le goudron parsemé de nids-de-poule. Quant au trajet... Je ne sais pas s'il fut long ou rapide. Je ne me souviens même plus du paysage. Peut-être est-ce normal ; et s'il n'y avait pas de paysage ? Seulement un brouillard gris et flou, rempli de formes insaisissables ?
Je me rendis soudain compte qu'il me manquait quelque chose. J'avais oublié mon sac à l'arrêt. Serait-ce la seule chose qui resterait de moi si je ne revenais pas ? Des cahiers et des manuels ?
Le bus s'arrêta. Je me levai ; je n'avais rien demandé. Je me dirigeais vers la porte arrière pour sortir lorsqu'on m'interpella : « Hé, miss ! ». J'écarquillai les yeux et retournai sur mes pas. Aussi étrange que cela puisse paraître, j'avais oublié la présence du conducteur.
Il posa une fiche horaire sur le comptoir. Je la pris sans trop me poser de questions. Il ne me regardait déjà plus. Prise d'une inspiration soudaine, je lui demandai : « Quel est votre nom ? ». Comme je l'espérais, il tourna à nouveau ses yeux étranges vers moi. « Aristide. » Puis il ajouta, après quelques instants : « Ne la perds pas. »
Je refis le trajet jusqu'à la porte et descendis du bus. Je remarquai le nom de l'arrêt devant moi : « La Roseraie ». Mais quelque chose avait changé. Quelque chose dont je ne m'aperçus pas tout de suite. Il me fallut un bout de temps pour comprendre ce qui me troublait.

La ville était vide. Il n'y avait ni voitures, ni piétons, ni trams. Aucune présence humaine à part moi. Je me retournai et vis le bus 30 disparaître à un coin de rue. Il n'y avait plus de doute possible.
J'étais seule.

Je ne réalisai pas tout de suite la gravité, si elle existait, de ma situation. Plus de gens, donc plus de gêne provoquée par le regard des autres. Dans une ville, cela n'arrivait jamais. C'était un endroit où l'on ne pouvait jamais être libre ; même la nuit, il y avait toujours quelqu'un pour vous observer et vous juger. Jean-Paul Sartre avait raison : l'enfer, c'est les autres. Mais là, non ; personne à part moi. Je pouvais faire ce que je voulais.

J’eus un moment d’euphorie. Je pouvais traverser les passages piétons en me prenant pour les Beatles ; je pouvais danser comme une star de rock en plein milieu de la rue ; je pouvais crier des horreurs sans me faire arrêter par la police ; et, le plus excitant, je pouvais entrer dans tous les immeubles et toutes les boutiques sans être dérangée.
Il n’y avait plus un instant à perdre ; débarrassée de la charge handicapante de mon sac de cours, je pouvais courir à mon gré. Je me précipitai vers un immeuble au hasard près de l’arrêt de bus. Le fait que toutes les portes soient ouvertes ne m’interpella même pas. Je gravis un escalier jusqu’au dernier étage et ouvris la porte d’un appartement. Je le visitai tranquillement, en essayant d’imaginer quels genres de personnes pouvaient bien habiter ici.
On aurait dit qu’elles venaient juste de partir : une tasse avec un reste de thé était posée sur l’évier, et la porte-fenêtre donnant sur le balcon était encore entrouverte. Je me penchai par-dessus la balustrade et observai la rue, sur laquelle j’avais une vue plongeante. En bas, l’arrêt de bus que je venais juste de quitter. J’avais presque l’impression de me voir.
Après m’être imprégnée de l’ambiance de cet appartement perché sous les toits, je redescendis dans la rue. La porte claqua derrière moi et je me retournai. Tiens, bizarre ; j’étais persuadée qu’il y avait une mercerie ici. Pourquoi n’était-ce maintenant qu’un bâtiment à l’abandon ? Sans doute était-ce une erreur de ma part.

Je décidai de me promener dans le quartier ; après tout, même s’il était désert, c’était le mien. Je le connaissais comme ma poche, même si en pénétrant dans cet appartement, j’avais eu droit à une vue inédite de l’endroit.
Quelques rues plus loin, je poussai la porte du Sucrier, un café que j’avais l’habitude de fréquenter avec mes amis. La clochette de la porte d’entrée tinta dans le vide. Une épaisse couche de poussière recouvrait les meubles de l’établissement normalement si chaleureux et résonnant de conversations. Une odeur de renfermé flottait dans l’air. Une odeur qui semblait s’intensifier de minute en minute. Je sentais une sorte de force autour de moi, qui déplaçait les choses sans que je ne m’en rende compte. Je ne comprenais pas comment, mais l’ambiance devenait de plus en plus sinistre. J’avais besoin de prendre l’air.
Je courus presque sur le trottoir pour arriver jusqu’au square. Essoufflée, je m’effondrai sur un banc en face de la fontaine couverte de lierre. Je connaissais cet endroit. C’était là que j’avais appris à faire du vélo ; c’était là que je pique-niquais avec ma famille les dimanches midis ; c’était là que je jouais au ballon lorsque j’étais plus petite ; alors pourquoi ce lieu me semblait-il soudain si menaçant ? Et pourquoi cette perpétuelle sensation de mouvement imperceptible autour de moi ?

C’est alors que je remarquai quelque chose. Dans ce jardin, tout autour de moi… je voyais les plantes pousser. Le lierre s’enroulait autour des pieds du banc et recouvrait les murs ; les mauvaises herbes grandissaient en touffes entières entre les plates-bandes de fleurs. Les arbres, chaque minute, devenaient de plus en plus épais. L’herbe fut bientôt plus haute que moi.
Je mettais enfin le doigt sur ce qui m’avait troublée depuis ma descente du bus : le temps. Il était condensé. J’étais ici depuis une demi-heure, et les arbres avaient déjà poussé de plusieurs mètres ; tout s’accélérait. Trente minutes correspondaient à trente ans. Je repensai à la mercerie qui avait disparu : en cinq minutes, c’est-à-dire en cinq ans, elle avait eu le temps de fermer et de se transformer en un bâtiment désaffecté. Pareil pour le Sucrier qui, n’étant plus entretenu, était devenu un nid à poussière.
Ce n’est qu’à ce moment- là que je réalisai que je n’étais pas dans le monde normal. J’étais dans une dimension parallèle ; proche de la réalité, mais pourtant à des années-lumière d’elle.
Je sentis quelque chose dans ma poche. Je dépliai un papier glacé : la fiche horaire. Je me figeai sur place en voyant l’unique phrase inscrite en bas de page : « Un bus tous les 30 ans ».

Je regardai ma montre. Elle s’était arrêtée : le temps condensé avait affolé et fini par détruire son mécanisme, qui s’était figé sur 3h30. Je n’avais aucune idée de l’heure qu’il pouvait bien être.
Un violent sursaut secoua mon corps lorsque je me rendis compte que je ne pouvais plus bouger. Le lierre avait fini par s’enrouler autour de mes jambes, plus solide à chaque seconde. L’herbe était devenue si haute que le square s’était métamorphosé en jungle. Tous les êtres végétaux s’unissaient pour me tenir prisonnière dans cet univers.
Je n’étais qu’une humaine ; je ne pouvais pas lutter contre le phénomène le plus puissant et qui gagnait à tous les coups depuis la création du monde. Le Temps s’écoulait lentement mais inexorablement dans un grand sablier et rien ne pouvait l’arrêter. Chaque seconde qui passait diminuait mes chances de m’en sortir.
Je me souvins de la pensée que j’avais eue dans le bus : la seule chose qui resterait de moi serait mon sac de cours oublié à La Roseraie. J’avais eu un pressentiment ; peut-être savais-je déjà que je ne reviendrais pas. Les liens se renforcèrent encore et commencèrent à entourer mon ventre ; C’était donc là que ma vie se terminerait. Dix-sept ans, dont quinze d’études qui ne mèneraient à rien. Je ne pouvais pas partir maintenant ; j’avais encore trop de choses à faire. Mais je n’avais pas eu le temps…
Le Temps ; c’était bien cela le problème. Le Temps était la clé de tout. Comment pouvais-je lutter contre lui ? Ou seulement le ralentir pour que je sorte de cette jungle ? Un bus tous les trente ans, cela signifiait un bus toutes les trente minutes. « Ne la perds pas. » m’avait dit le chauffeur en me donnant la fiche horaire. Pourquoi m’aurait-il fait cette recommandation si les bus se suivaient à seulement une demi-heure d’intervalle ?
Il n’y avait qu’un seul arrêt, qu’une seule ligne, qu’un seul chauffeur ; il n’y avait donc qu’un seul bus. C’était si je le ratais que je resterais ici pour l’éternité.

Une rage de vaincre monta en moi comme une cascade bouillonnante ; je me débattis comme le Diable pris au piège, je déchiquetai le lierre avec mes dents et fis basculer le banc en arrière à force de bouger. Dans sa chute, il arracha la plante du sol qui cessa de grandir. Je roulai par terre et me remis debout. Je déchirai les derniers liens, ne comprenant pas comment j’avais fait pour me libérer. J’avais juste envie de vivre. Pas de devenir vieille en gagnant trente ans toute les demi-heures ; c’était ce qui se passerait si je restais ici.
Les gouttes de rosée de l’herbe géante me dégoulinaient dans la nuque alors que je courais dans le square qui ressemblait désormais à la forêt vierge. Comment retrouver son chemin dans toute cette flore ? J’arrivai devant l’un des murs qui délimitaient le parc. Je le suivis afin de retrouver la sortie.
Je finis par déboucher sur la rue et retrouvai la ville post-apocalyptique. Les bâtiments tombaient en ruine, les trottoirs étaient fendus, les tuiles tombaient des toits. Je me mis à courir dans les rues désertes. Je me rappelai comment je courais lorsque je voulais attraper mon bus dans le vrai monde. J’étais dans la même situation : je courais comme une dératée, sauf que là, ma vie en dépendait vraiment.
L’écho de ma course résonnait étrangement contre les murs vides. Personne n’était là pour me gêner, et je n’avais aucun manuel scolaire à porter sur le dos ; pourtant, j’avais l’impression d’avancer au ralenti. Les rues défilaient, en plus mauvais état à chaque instant.
Enfin, je le vis. Le bus 30, au bout du boulevard. Il était juste là ; s’il disparaissait à nouveau au coin d’une rue, tout serait fini. Que pouvais-je faire à part courir ?
Plus que deux-cents mètres. J’y étais presque. Soudain, je vis les roues commencer à bouger. Le bus avança d’un mètre pour quitter l’arrêt.
Non. Il ne pouvait pas faire ça ; ça ne pouvait pas se finir comme ça.
Un hurlement sortit de ma gorge, qui couvrit la ville entière.

« ARISTIDE !! ATTENDS-MOI !! »

Quelques secondes. Le bus s’arrêta. Il me sembla que je couvris en trois bonds la distance qui me séparait de lui. Je montai à bord.
Il était là. Ses yeux avaient le même éclat argenté ; il portait la même tenue et la même casquette bleue marine. Mais il avait changé. Ses cheveux roux grisonnants étaient maintenant blancs comme de la neige, et les rides marquaient profondément son visage. Bien-sûr. Le chauffeur était une composante à part entière de ce monde parallèle ; c’est pour cette raison que, comme tout le reste, il avait vieilli de trente ans.
Crachant presque mes poumons, je m’accrochai au comptoir pour ne pas tomber. « Merci. » dis-je.
Le bus démarra.
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MessagePosté le: Jeu 7 Mai - 11:02 (2015)    Sujet du message: Publicité

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