forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum

forum du cercle maux d'auteurs
Ouvert à tous les passionnés de lecture et d'écriture!

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

La débâcle

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> COIN CULTURE -> Littérature
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
bay
Conjonction volubile

Hors ligne

Inscrit le: 07 Juin 2010
Messages: 2 572
Localisation: romorantin-lanthenay
Masculin

MessagePosté le: Mer 4 Fév - 21:46 (2015)    Sujet du message: La débâcle Répondre en citant

Le travail de rattrapage auquel je me livre afin de parfaire ma connaissance des grands classiques m’a amené à lire récemment un roman signé d’un grand auteur français. Qui ? Je le vous le donne Emile… Zola !

Il s’agit de « la débâcle », l‘avant dernier opus de la série des « Rougon-Macquart », à mon avis un des plus intéressants de ceux que j’ai lus ou étudiés du même auteur.

L’action se déroule en 1870-1871, dans une période où la France connut des bouleversements dramatiques, dont l’intensité a tendance à s’estomper en raison d’anniversaires d’événements plus récents, tout aussi dramatiques, et même davantage, mais qui ne doivent pas occulter ceux de cette époque, qui en sont à la source. On ne peut comprendre la guerre froide sans comprendre la seconde guerre mondiale, ni cette dernière (espérons qu’elle le restera !) en oubliant la première, mais cette « Grande guerre » de 14/18, que Zola n’a jamais connue, découle directement du conflit franco-prussien de 1870 ; et le marxisme-léninisme qui a fait chavirer le monde plonge une de ses nombreuses racines dans la Commune de Paris.

L’Histoire est linéaire. On s’en rend compte à la lecture de ce roman, qui fait le lien entre les guerres napoléoniennes et les expéditions du Second Empire d’une part, et les conflits mondiaux qui les ont suivies de l’autre.

Zola, dont le projet dans cette saga était de décrire tous les aspects de la vie au Second Empire, et dont chaque livre de la série traite d’un sujet particulier, a écrit là un véritable roman de guerre. Il n’épargne pas au lecteur les explosions d’obus, les soldats fauchés par les balles de mitrailleuses, les blessés agonisants, les chairs meurtries, les flaques de sang, et tout le cortège d’atrocités véhiculé par la guerre, et la révolution.

L’histoire débute sur le front, en Champagne, en Lorraine, dans les Ardennes, où les deux héros, Jean, le caporal, paysan idéaliste un peu rustre, et Maxime, simple soldat, petit bourgeois instruit qui a brûlé sa jeunesse, participent à la grande bataille qui vise à contenir l’inexorable avancée des armées allemandes visant à encercler Paris. Leur régiment est trimballé, à marche forcée, de place en place, suivant des mouvements erratiques et inefficaces, ordonnés par un Etat-major dont l’incompétence apparaît flagrante au fil des défaites. Inutile de résumer la suite, vous la connaissez ; quoique !

J’ai réalisé que cette courte page de l’histoire de France était assez méconnue, du moins de ma personne. Cette débâcle m’a beaucoup appris sur l’enchainement des événements, aussi bien militaires que sociétaux, qui ont agité le pays, et engendré des effets lourds de conséquences.

L’auteur, qui démontre ailleurs sa capacité à décrire des univers aussi disparates que la vie bourgeoise, l’arrivisme, le roman d’amour, le délire mystique, la condition ouvrière, le modernisme, les bouleversements économiques, en qui on verrait un adepte de Balzac, révèle dans cet ouvrage un souffle hugolien. Sa façon de décrire la bataille m’a rappelé celle d’Hugo dans les Misérables. Il tombe d’ailleurs dans les mêmes travers, à mon avis, que ce dernier. Il s’est visiblement beaucoup documenté sur les opérations militaires, et sa minutie le conduit à renseigner le lecteur sur l’aspect du terrain, les numéros des régiments, les noms des chefs, etc. avec une méticulosité qui nuit, à mon avis, à la fluidité du récit. Mais quand il nous plonge dans la vie quotidienne de la troupe, où chaque troufion nous est devenu familier, on se sent vraiment au cœur de l’action. Les civils aussi, qui demeurent dans la ville assiégée (Sedan) ou aux alentours, et qui ont, comme par hasard, des liens familiaux ou affectifs, avec les principaux héros, sont partie prenante du désastre qui se joue. Comme par hasard ! C’est aussi un point commun avec Hugo, et les auteurs romantiques de son siècle et des suivants ; les personnages, au gré des déplacements et des rencontres, se retrouvent toujours ensemble au cœur de l’action. C’est assez invraisemblable, quoique pas impossible. Mais l’auteur doit restreindre le nombre des acteurs, et les faire suivre des trajectoires qui se recoupent. Ainsi, les militaires décrits sont en petit effectif ; si les hommes du rang, ceux de la section des deux héros, sont une petite dizaine à participer à l’action, les sous-offs et officiers qu’on voit au cœur du combat sont toujours les mêmes, ce qui donne à cette troupe, très nombreuse dans la réalité historique, une allure d’armée mexicaine ; avec un sergent, un adjudant, un major, un lieutenant, un capitaine, un colonel, un général, et même un empereur, mais là c’est plutôt normal, qui se croisent au gré des manœuvres.

Le livre peut être séparé en deux parties : celle qui conte l’humiliante défaite militaire, et celle qui en décrit l’aboutissement : la Commune de Paris. Si Zola, dans la première, paraît prendre plutôt le parti des Français, c’est attendu, il en fait partie, et ce sont eux qui sont envahis, dans la seconde il n’indique pas sa préférence, trouvant chez les Versaillais comme chez les insurgés, les mêmes pulsions destructrices. L’incendie de la ville par les fédérés, l’impitoyable répression qui s’ensuit, rivalisent dans l’horreur. Le caporal et le soldat, que la guerre a rendus amis, sont alors dans des camps opposés. Le tourbillon de folie meurtrière qui agite Paris les amènent à se combattre physiquement, sans s’être reconnus. Cet affrontement fratricide est l’aboutissement paroxystique d’un récit qui tient davantage du romantisme que du naturalisme, et se conclut sur une morale douce-amère, où la désespérance devant le désastre absolu se teinte d’une petite note d’espoir.

Que dire de plus ? Rien ou presque : que la lecture d’un livre est plus intéressante que celle des commentaires. Que « la débâcle » vous enrichira dans votre connaissance de l’Histoire. Qu’on ne lit jamais trop de classiques. Que certains best-sellers d’aujourd’hui qu’on voit en tête de gondole seront tombés dans l’oubli dans quelques mois. Que la version numérique de ces produits coûte un prix exorbitant, quand on est assez honnête ou naïf pour se refuser à les pirater. Et que celle des ouvrages passés dans le domaine public est légalement gratuite !
_________________
Livre en téléchargement GRATUIT
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Mer 4 Fév - 21:46 (2015)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
MamLéa
Modérateur

Hors ligne

Inscrit le: 06 Sep 2014
Messages: 3 800
Localisation: Lorraine (54)
Féminin

MessagePosté le: Jeu 5 Fév - 00:11 (2015)    Sujet du message: La débâcle Répondre en citant

Un excellent Zola. Jean était le personnage principal dans "La terre".
_________________
“Il écrit si bien qu'il me donne envie de rendre ma plume à la première oie qui passe.”
Fred Allen
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
mamouchka
Conjonction volubile

Hors ligne

Inscrit le: 02 Juil 2014
Messages: 245
Localisation: LYON
Féminin

MessagePosté le: Mar 10 Fév - 11:55 (2015)    Sujet du message: La débâcle Répondre en citant

J'ai beaucoup lu Zola à une époque, mais je ne crois pas avoir lu celui-là... Je prends note.

dernièrement, après Balzac, je me suis plongée dans "Guerre et paix" de TolstoÏ dans la traduction de Boris de Schloezer  : on y trouve aussi de grands récits de batailles et une réflexion sur le rôle et l' (in)efficacité de l'état-major, c'est instructif. On y voit d'autre part  Napoléon du point de vue des russes : c'est peu dire qu'il n'est pas très bien traité. On y voit aussi vivre la petite et la grande aristocratie russe d'une façon très vivante et les coeurs tendres (dont je crains de faire partie) suivent les aventures de la princesse Marie et du comte Nicolas, de Natacha et de Pierre... tout au long des 1 800 pages (environ) sans se lasser.
Seul bémol, les 100 dernières pages où l'auteur développe sa théorie de l'enchainement des évènements historiques qui, d"après lui échappent à la fois au hasard et à la volonté des hommes, les chefs d'état n'étant que les jouets d'un destin tout tracé... bref, il croit à la prédestination - ce qui, par ailleurs, n'enlève rien à son génie.
_________________
L'étang reflète
Profond miroir
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure

Rêvons, c'est l'heure.
(Paul Verlaine) - mon site : http://desmotspourquoifaire.fr
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:55 (2018)    Sujet du message: La débâcle

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> COIN CULTURE -> Littérature Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com