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LA MOUCHE DESIREE BOILLOT

 
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Tonina
Conjonction volubile

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MessagePosté le: Mer 28 Jan - 15:12 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

C’est le monde de l’entreprise que Désirée Boillot dépeint avec férocité dans chacune des douze nouvelles qui composent le recueil « La Mouche » : le vaste monde de l’entreprise où la hiérarchie pèse de tout son poids sur les employés qui font le dos rond, enfilent leur « peau d’automate » (Perle rare), supportent leur « quotidien d’esclave » (Ménage de printemps), accomplissent leur travail, « conditionné(s) par des réflexes de servitude » (Un jour exceptionnel) jusqu’au jour où ...

Le monde de l’entreprise où l’on trouve « des cireurs de pompes, des pousseurs de stylos, des tireurs de couverture à soi, des empêcheurs de tourner en rond, des inspecteurs des travaux finis, des lanceurs de peaux de banane, des cadres supérieurs, des grands cadres, des petits cadres, des assimilés cadres, des non cadres et même des individus ... qui sortent complètement du cadre » (Pour solde de tout compte)

C’est le plus souvent à ces employés qui sortent complètement du cadre, qui sont le contraire de ces « rond(s)-de-cuir expert (s) en ronds de jambe » consentant à « ronronner auprès des huiles » (La duègne) que Désirée donne la vedette.

Secrétaires ou assistants, ces hommes et ces femmes sont sous l’emprise d’un patron ou d’une patronne sadique et despotique : Richard, Eloy, Janus, Denis, Brigitte prennent un malin plaisir à torturer celui ou celle qu’ils ont désigné comme « esclave », ou « bouc émissaire » (Un jour exceptionnel).

Leurs instruments de torture favoris ? Bien sûr, une charge de travail écrasante qui les confine dans leur bureau au-delà de l’horaire réglementaire mais aussi l’odeur du cigare qui donne à leur victime une nausée irrépressible : « il sait que l’odeur du cigare la rend malade, et c’est pour cette raison qu’il s’applique à répandre la fumée de son barreau de chaise partout dans son cagibi. La faire virer au blanc Jacob Delafon : c’est là son but et toute son ambition. » (Perle rare) « Non seulement il fume, mais il tient aussi à ce qu’elle respire à plein poumons les âcres effluves de ces cigares coûteux ... il veut l’entendre tousser, la voir blêmir, lui flanquer la nausée. » (Ménage de printemps) Ah, comme tous ces sous-fifres qui n’ont pas leur mot à dire doivent à présent apprécier l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif !

Si, dans les bureaux clos et exigus, les open-space, les couloirs des entreprises où Désirée nous entraîne, les odeurs sont une arme redoutable, le bruit en est une autre. Le patron tortionnaire sait mieux que tout utiliser les ressources humaines dont il dispose pour transformer en cauchemar le quotidien de celui ou de celle qu’il a désigné comme cible. Ainsi, dans la nouvelle qui s’intitule La crécelle, Janus se sert de la voix de sa secrétaire « pour que le poison ... se propage ». « Ce n’est pas une voix, c’est un fléau. Un cataclysme. Une nuisance... » Tout est bon pour asservir l’autre, l’écraser comme on écrase ... une mouche !

Alors que reste-il à ces employés victimes de la haine et de la hargne de leur patron ? Quelle issue, quelle échappatoire ? Quel remède contre ce « quotidien bouché », cet « abrutissement mortifère », ces après-midis qui « ressemble(nt) à (des) tunnels", (Ménage de printemps) ? Car travailler, c’est une question de survie, la seule alternative au chômage : « ... elle n’en menait pas large, Elodie, avec tous ces mois de chômage qu’elle traînait à sa suite comme des oripeaux pitoyables. » (Perle rare)

Pour supporter leur supplice, les personnages de Désirée s’échappent un instant, dès qu’ils le peuvent, vers d’autres contrées, vers des lieux qui les font rêver : « Il pense à son île en entrant dans la ville, à l’argent qu’il a mis de côté pour s’offrir son paradis. Cet argent, c’est sa planche de salut, son tremplin vers un Eden qui l’attend de l’autre côté de la Terre. Toute la Polynésie aperçue sur catalogue reflue derrière le pare-brise » (L’as de la vente). Mais, hélas, ces instants d’évasion n’effacent pas bien longtemps la réalité qui les rattrape et les prend à la gorge : « Il arrive qu’un matin, en remontant sur le boulevard, on s’attarde un peu devant la vitrine de l’agence, le temps d’une plongée discrète dans le lagon turquoise. On nage, on barbote, on se délasse, on temporise, jusqu’à ce qu’une sirène de pompiers fasse revenir la rue dans ses contours gris. » (La duègne)

Une démission qu’on brandit comme la menace d’un coup de couteau, sa propre mort ou celle de l’autre, un miroir ou une coupe de verre que l’on fait voler en éclats, Désirée déploie tout un arsenal pour aider ses personnages à sortir de l’impasse. Sa plume est alerte, incisive, l’humour est mordant et les portraits sont tracés avec un pinceau trempé dans l’acide. Et pourtant, dans cet univers noir, il y a de la couleur et des instants de poésie douce. Dans Sortie de secours, Suzanne fait sa dernière tournée de nuit dans le grand magasin où elle travaille, celle des grands ducs ! Elle termine sa carrière « en apothéose » : « Elle plane au-dessus des choses, faisant siens les parfums délicats et les articles de beauté qu’elle emprisonne à son gré dans le faisceau de sa torche ... Elle est une princesse dans un palais des mille et une nuits, la passagère clandestine d’un grand navire en marche vers le large ... Elle tire, déroule des gazes, des mousselines, des brocards, des soies de chine et de Madras, foule un tapis doux comme le velours ... Elle s’attarde sur une robe tissée de fils d’or, retient un volant, le relâche, fait tinter des cintres sur un portant, écoute leur musique de métal, poursuit ... Elle n’est plus un agent de surveillance mais un oiseau libre qui survole des palais de pisé, des falaises de lave, des forêts de gratte-ciel, des îles sauvages et des neiges éternelles ... »


Dernière édition par Tonina le Jeu 29 Jan - 10:46 (2015); édité 2 fois
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MessagePosté le: Mer 28 Jan - 15:12 (2015)    Sujet du message: Publicité

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ysiad
Conjonction volubile

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MessagePosté le: Mer 28 Jan - 17:40 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

Merci pour ton retour de lecture, Tonina, je suis très impressionnée par ton analyse et très touchée aussi.
De son côté l'ARACT a eu la gentillesse d'en parler sur son site, dont voici le lien :

http://www.languedoc.aract.fr/DETAIL/SWAM_13_PORTAIL/SWAM_13_ARTICLES?p_thi…

avec un peu de chance il devrait fonctionner. On verra bien.
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Tonina
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Féminin

MessagePosté le: Sam 31 Jan - 17:58 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

Ce fut un plaisir, Désirée et j'espère avoir donné envie de te lire à d'autres !
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ysiad
Conjonction volubile

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MessagePosté le: Dim 8 Fév - 16:02 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

http://youtu.be/esV7Q_9tNJQ

Si le lien marche, vidéo l'Harmattan où vous saurez tout ou presque sur l'ouvrage.

Bon visionnage.
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Ma
Conjonction volubile

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Localisation: 71
Masculin Scorpion (23oct-21nov) 鼠 Rat

MessagePosté le: Lun 9 Fév - 09:46 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

Je vais aller de ce pas me procurer ton recueil, Ysiad. Les éditions de l'Harmattan ont une base au village de Cuisery, tout près de chez moi....
_________________
https://lavieaucontraire.wordpress.com
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ysiad
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MessagePosté le: Lun 9 Fév - 21:49 (2015)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT Répondre en citant

Sympa Ma, merci. L'Harmattan existe depuis 1975. Une maison qui a toute une histoire... et mauvaise réputation dans le milieu parisien. Mais c'est une maison qui a une immense qualité : elle donne sa chance à un grand nombre d'auteurs. Pourquoi pas ?
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:35 (2018)    Sujet du message: LA MOUCHE DESIREE BOILLOT

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