forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum

forum du cercle maux d'auteurs
Ouvert à tous les passionnés de lecture et d'écriture!

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

LES TEXTES DU JEU N°116

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
danielle
Administrateur

En ligne

Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 11 659
Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Mer 21 Jan - 19:55 (2015)    Sujet du message: LES TEXTES DU JEU N°116 Répondre en citant

Le deuxième mariage de ma sœur

Je vibre de joie ce matin lorsque je trouve dans ma boîte aux lettres un courrier envoyé de l'île de Saint-Martin par ma sœur Joséphine. Mon émotion cède bientôt la place à un mélange de surprise et d'étonnement à la vue de la carte postale et de la photo que j'ai retirées de l'enveloppe. L'image a évoqué en moi des scènes vécues plusieurs semaines auparavant dans la salle des mariages de Saint-Ouen l'Aumône en Île de France. Joséphine et Diégo y convolaient en justes noces. Originaire de Colombie, l'homme formait avec ma sœur le couple idéal, deux êtres visiblement complices. Je garde toutefois de l'évènement une ambiance plutôt morose : une assistance cosmopolite et clairsemée, composée juste d'amis communs dont les témoins des futurs époux, le Maire de la commune et son adjoint. Les parents étant absents, on ne vibra pas au refrain de "L'Hymne à la joie" et le parfum des grands bouquets de lys n'embaumait pas les lieux. Seul le tapis rouge reliant l'escalier et la salle des réceptions conférait un certain prestige au décor. Les futurs époux étaient arrivés dans une Audi noire somme toute banale. L'absence de faste lors de ces cérémonies ne m'avait guère surprise, car je savais que l'union entre Diégo et Joséphine était un mariage blanc. Je me rappelle bien des propos des ma sœur : -Tu sais Julie? cet acte me procurera un revenu rondelet, au noir. Elle se remettait à peine d'une première aventure sentimentale décevante. Victime d'un mariage gris, elle avait été flouée. Son prétendant l'avait en effet menée en bateau sur ses sentiments amoureux alors que son but réel était d'éviter une reconduite à la frontière. L'escroc avait ensuite disparu une fois son but atteint. Avec Diégo elle m'avait dit qu'il s'agissait cette fois d'un mariage blanc, c'est à dire une union où les intéressés sont de connivence, ne s'aiment pas et le savent. Un acte qui ne survivrait pas hors des limites de la salle des mariages. Au sujet de Diégo, les propos de Joséphine étaient éloquents : Ni la tortilla ni la salsa n'entraient dans la liste de ses penchants. Partir seule durant un laps de temps dans une contrée éloignée et pittoresque demeurait son unique aspiration. Elle n'était pas encline à tenter de nouvelles aventures. Après une première déception sentimentale, elle entendait juste refaire surface en s'offrant une cure de dépaysement et d'évasion. Ce projet dépendait d'un budget : le pécule obtenu grâce l'accord tacite avec Diégo qui obtiendrait en contrepartie la régularisation de sa situation en France.
Quelques jours après la cérémonie, la veille de son départ Joséphine m'avait appelée pour me dire au revoir et me demander de veiller sur son chat. Elle considérait désormais ce compagnon comme digne de confiance et à même de compenser l'affection et la présence d'un mari.
A la vue de la carte postale et de la photo que j'ai retirées de l'enveloppe, la désillusion et l'étonnement qui m'ont enserré avaient la substance d'un contraste, aussi saisissant que le bonheur affiché par ma sœur et Diégo enlacés sur une plage de l'île Saint-Martin. La photo que j'avais sous les yeux en était l'expression. Leur union avait bel et bien franchi les limites de la salle des mariages et abandonné le voile du mariage blanc.




Immaculée création


Ma page reste blanche.

Où sont les sombres machinations des sorciers à la magie ancestrale ?
Où sont les crimes passionnels aux intrigues tortueuses ?
Où sont les aventures épiques de héros en quête d’honneur et de gloire ?

Ma page est le linceul des histoires avortées. Nulle étincelle, nulle frénésie, rien que le blanc du vide et mes bras ballants autour. La réalité a tué ma créativité. Les silhouettes de mes idées dansent derrière un brouillard opaque. Je les guette, je les approche doucement, je les saisis enfin et les perds aussitôt. Elles sont happées, traînées loin de moi et, à leur place, éclatent des feux rouges et noirs. La sarabande m’entraîne, le tourbillon m’engloutit. La violence, le sang, la cruauté, le fanatisme, ces pensées martèlent mes tempes engloutissant toute tentative de réflexion. Puis vient le noir, le silence, la mort et la peur. J’échoue alors aux portes du désert de mes idées, attendant que recommence ce cycle infernal. Rouge, noir, rouge, noir, rouge, noir. J’erre à travers mes journées, l’esprit en état de choc. Je veille la nuit, sentant l’étincelle de la peur tapie dans mon ventre. J’attends que s’arrête cette effervescence sous mon crâne.

L’encre de mes idées noires ne coule pas sur mon papier.

Pourtant, elles sont bien là mes idées neuves. Cachées par le feu d’artifice qui agresse mon esprit, elles attendent leur heure. Bientôt, le vert de l’espoir pointera le bout de son nez et clamera avec enthousiasme un poème lyrique sur la force des hommes face à l’adversité. Le jaune laissera éclater sa joie et son bonheur de la vie en composant des sonnets aux fleurs, aux arbres et aux astres. Puis viendra le rose aux lettres passionnées qui promettent à l’être aimé fidélité et tendresse pour l’éternité. Le bleu tempérera rapidement les trop grandes ardeurs en narrant quelques drames à l’issue incertaine. En dernier apparaitra le violet, maître de l’imaginaire où rien n’est impossible, père du merveilleux, des contes et des légendes, roi des épopées, des quêtes et des batailles. Parmi eux, le rouge et le noir auront repris leur place, pimentant et rehaussant le ton des récits d’une touche subtile ici et là. Alors, la palette garnie de mes idées esquissera à nouveau des histoires au gré de ma pensée.

Mais ce soir, ma page restera blanche.

Blanche comme la flamme de la bougie sur le rebord de ma fenêtre.

Blanche comme ces papiers vierges où ne naitront plus jamais vos dessins satiriques.




Deux noires pour une blanche

L'effervescence était à son comble alors que l'orchestre prenait place pour une ultime répétition avant le concert. Les musiciens s'interpellaient, accompagnaient leurs « bonjour » de claques dans le dos aux hommes, de cérémonieux baise-main aux dames. La bonne humeur régnait malgré une fébrilité bien compréhensible en cette occasion extraordinaire : le concert du siècle. Une œuvre inconnue du grand Raspatrelli, compositeur adulé du XIXe siècle, avait été découverte au milieu de vieilles partitions qui jaunissaient dans le grenier d'une maison qu'avait occupée le célébrissime et qui devait être transformée en musée. Après maintes expertises, l'oeuvre avait été reconnue authentique, écrite de la main du maître et son exécution en public attribuée à l'orchestre symphonique du « Sgabello » de Milan, sous la direction du prestigieux chef Salvatore Minuetto. Les pupitres claquaient en se dépliant, les rires résonnaient, graves ou aigus, les instruments s'accordaient dans une cacophonie qui précède toujours l'instant solennel où le maestro lève sa baguette. Celui-ci fit une entrée « magistrale », pleine de dignité et d'élégance, dans un habit noir, son habituel oeillet rouge à la boutonnière. Le silence s'installa puis s'élevèrent les premières notes du « concert inconnu pour violon et orchestre » que le public apprécierait quelques heures plus tard.
Le deuxième mouvement venait de commencer quand le maestro arrêta brusquement de diriger l'orchestre, pointa une baguette vindicative et tremblante de rage vers Mario Casari, hauboïste de talent, éclatant en imprécations contre le malheureux musicien : « Disgraziato, mascalzone, tu veux ma mort...la, si, do, la...la, si, do, la . La seconde fois, le do n'est pas une noire mais une blanche. Sangue di Cristo ! Pauvre de moi, tu veux donc qu'on dise que je ne sais pas diriger un orchestre, ni lire une partition...moi, Salvatore qui ai obtenu trente cinq rappels lors du dernier concert, dans cette même salle...Santa Madonna ! Je vais t'étriper ! » Il se précipitait déjà vers le pauvre homme qui rentrait la tête dans les épaules sous l'avalanche des reproches et des menaces. Les deuxième et troisième violons s'interposèrent, offrant des paroles réconfortantes à Salvatore. Celui-ci, renommé pour ses accès de colère tempêtueux, finit par se calmer et la répétition reprit sans autre incident.
Le lendemain, le « Corriere della sera » titrait « Scandale au Sgabello ».Une photo montrant Salvatore Minuetto, baguette brandie, corps plié en deux devant des musiciens hilares accompagnait l'article :
« Alors que l'orchestre dirigé par l'excellentissime Salvatore Minuetto attaquait le deuxième mouvement du Concerto inconnu, celui-ci fut pris d'une série d'éternuements intempestifs qui provoquèrent l'hilarité du public et des musiciens. Tous se mirent à compter à haute voix le nombre de ces manifestations tonitruantes. Ils arrivèrent à trente cinq avant que ne s'interrompît cet événement particulier dans des éclats de rire général. Entre deux éternuements, le maestro criait au complot.On finit par trouver que le responsable de cette tragi-comédie était l'oeillet rouge, généreusement saupoudré de poivre, que Salvatore Minuetto porte toujours à la boutonnière. Le chef d'orchestre avait changé d'oeillet entre le premier et le deuxième mouvement, cela lui a été fatal. Ce concerto « poivrade » restera dans les annales de la célèbre salle milanaise. »


En voir des vertes

Il y avait dix étages à escalader. Je me lançai toutefois à l’assaut de la façade, stimulé par l’appât du gain et un ventre vide. Je ne suis pas féru de varappe, mais les circonstances nous poussent parfois à certaines extrémités. On m’avait dit qu’un peintre travaillait sous les combles de l’immeuble. Ce barbouilleur était bien coté sur le marché de l’art. Dès que j’eus appris ce critère, l’idée de dérober une ou deux croûtes à l’artiste s’était naturellement emparée de moi.
Je souhaitai rejoindre le toit au plus vite. Pour cela, il fallait faire preuve d’une féline souplesse. Ce fut une gageure ; à l’ordinaire, je manifeste une agilité d’hippopotame. En dépit de ce handicap, malgré vertiges et membres endoloris, j’atteignis le faîte. Peu hardi, je m’agrippai à la lucarne. Avec bonheur, la nuit dissimulait le vide, terrible et fascinant, en contrebas. Selon mes informations, le Van Gogh était absent. Je ne perdis donc pas de temps. Je mis à profit mes talents de cambrioleur. Vous auriez été fiers de moi, puisque je pénétrai à l’intérieur de l’atelier sans coup férir.
L’odeur âcre de la térébenthine m’agressa aussitôt les narines. Muni de ma lampe torche, je balayai l’endroit plongé dans l’obscurité. J’aperçus une tapisserie surannée, un lit en désordre, un sol jonché d’habits. Puis le faisceau lumineux s’arrêta sur plusieurs toiles protégées chacune par un drap et appuyées contre la cloison. Je réprimai un sourire car au même instant un chat, surgi de nulle part, me causa une peur bleue, à tel point que j’appelai « maman » à la rescousse, d’une voix de fausset. Remis de mes émotions, un rien honteux de ma venette, je décidai de ne pas m’attarder et de m’approprier deux toiles, au hasard.

Je redescendis tant bien que mal avec mes tableaux sous les bras. Une fois sur le trottoir, je me précipitai chez mon receleur attitré. Je tirai ce dernier du sommeil du juste.
— J’espère que ça vaut le coup, grommela-t-il, tandis qu’il enfilait une robe de chambre rose bonbon sur un pyjama à l’effigie de Confucius.
Sans tarder, nous découvrîmes la première toile. Nous demeurâmes un bon moment stupéfaits. Puis mon complice eut la force de rire, mais de rire jaune. Et de soupçonner un canular. Ne connaissant le rapin ni d’Ève ni d’Adam, je ne sus que dire. Il est vrai que la toile, entièrement recouverte d’un aplat rouge, laissait songeur, même si une légende explicitait le dessein de l’artiste, pour le cas où les détails de l’œuvre auraient échappé aux esthètes : « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge »
Nonobstant notre opiniâtreté, nous n’aperçûmes ni tomate ni cardinaux. Comme j’enlevai le drap du second tableau, encore plein d’espoir, la colère de mon associé éclata tout à coup. Nous étions marrons derechef ! Ne se foutait-on pas de l’Art, franchement ? Existait-il des choses encore sacrées ici-bas ? Mon collègue se retira, m’insultant vertement. Certes, il était contrarié, mais la véritable dupe de cette histoire, c’était bel et bien Bibi. Mortifié, je broyai soudain du noir, car la guigne se révélait impitoyable : le tableau, devant moi, était recouvert d’une couche uniforme de peinture, une couche virginale. Seule une inscription, en dessous, renseignait sur le sujet censément figuré : « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige »
J’eus beau m’appliquer, je ne distinguai aucun motif. Assurément, j’avais fait chou blanc : j’étais tombé sur un monomane du monochrome.




La neige et l’enfant


En hiver, mon village s‘habillait de blanc durant de longues semaines. Son manteau neigeux épais et résistant nous servait de terrain pour des jeux enfantins. Le jour, nous fabriquions bonshommes, grottes, pièges à oiseaux ou petits tunnels. Munis de sacs-poubelle, lorsque la luge nous était confisquée, nous glissions à vive allure sur la poudreuse. Sous -20 degrés, le froid ne nous atteignait guère, seuls nos joues et nos nez rougissaient de bonheur givré. Nos dents brillaient d’une nacre à reflets irisés. En regardant de loin, nous ressemblions à des fleurs, à des perce-neiges multicolores. Un enfant vêtu de rouge et noir imitait les coquelicots, un autre à doudoune jaune se prenait pour un narcisse. Nous avions seulement le temps de rentrer pour changer nos chaussettes humides, nous dégeler, manger un peu et, pour les plus sérieux, faire les devoirs donnés par l’instituteur.
Une d’entre nous avait suggéré de nous rendre chez une dame âgée. Elle nous racontait des histoires, que nous écoutions d’une oreille attentive, une seule, car l’autre était réservée pour le message qui allait se propager dans la blancheur de la nuit. En effet, en même temps nous guettions les flocons de neige du soir qui ressemblaient à des perles, à des guirlandes de couleur blanche qui clignoteraient. L’enfant qui les apercevait le premier sortait et criait « lapa lapa kar yagiyor (il neige des gros flocons de neige) », les autres le rejoignaient et tous réunis, nous faisions ainsi le tour du village en hurlant en cœur notre mot de passe.
Quand tout le monde était présent, nous commencions à jouer un jeu appelé « dibek ». On se divisait en deux groupes. Une moitié se cachait et l’autre partait la chercher. Parfois, nous changions nos vêtements ou transformions notre voix pour tromper l’adversaire. Dès qu’une personne de groupe était trouvée, le tour passait aux autres. Il fallait faire très attention à ne pas se tromper de nom sinon on pouvait dire « kazan patladi (la marmite a éclaté) » et les mêmes personnes se recachaient.
Grâce à ce jeu de groupe, nous n’avions pas froid et peur de rien. Ces soirées d’hiver étaient sans lumière, mais lumineux. Tous les gens du village étaient bienveillants. Une seule chose pouvait nous effrayer : les cris des loups que des grands entendaient au milieu de la nuit, après que nous soyons rentrés et couchés. Nous étions tellement fatigués que nous ne les entendions pas. De toute façon, Police, un chien énorme à poils moutonneux pourrait lutter contre eux. Il était très fort, il se serait battu contre plusieurs loups. Seul son aboiement aurait suffi à les faire fuir. Donc nous n’avions vraiment rien à craindre dans ce village enneigé.
Ce petit souvenir me réchauffe un peu. Il vient de neiger. Je n’ai pas envie de jouer. J’ai froid. Pourtant, il ne fait que -1 degré. Je tremble, j’ai mal partout. Je viens de faire connaissance avec un virus, appelée la grippe. Je suis toute seule et souffrante dans mon lit. Cette même neige qui me permettait d’être plus forte m’avait-elle rendue fragile ?



Un nouveau départ


Marie se réveilla le corps endolori, la tête pleine de cris. Elle passa ses doigts sur son visage tuméfié et réprima le hurlement qui lui montait dans la gorge. Sans bouger, elle essaya de se remémorer la scène de la veille.

Elle regardait un programme de chansons à la télévision, quand la porte d'entrée claqua brusquement. Marie frissonna, malgré le feu de cheminée. Elle entendit des pas mal assurés qui se dirigeaient vers le salon. Là, elle vit que Norman était rentré plus ivre que de coutume. Elle se recroquevilla instinctivement sur le canapé.

Un sourire baveux sur les lèvres, Norman se mit à lui reprocher qu'elle n'était qu'une grosse feignasse puante. Marie ne répondit pas à ses provocations, elle savait qu'un rien pouvait tout faire basculer dans l'ignoble. La voyant sans réaction, il vint se poster devant le téléviseur, qu'il envoya valser d'un violent coup de pied. Le poste s'explosa avec fracas sur le sol du salon.

– Ça c'est pour ne pas avoir repassé ma chemise, grosse feignasse !! Bouge ton cul ou tu vas en prendre une !! Cria-t-il.

Marie se leva, tremblotante, en murmurant qu'elle allait lui repasser sa chemise tout de suite. Ce furent les mots de trop. Norman se rua sur elle, tel un taureau en colère, et commença à lui asséner des coups de poings et de pieds. Marie se protégeait le visage tant bien que mal. Voyant ça, Norman lui envoya un uppercut du droit, foudroyant, dans la mâchoire. Marie s'effondra sous le choc. En position fœtale, elle ramassa des dizaines et des dizaines de coups. Puis elle sombra dans l'inconscience, enfin délivrée de la souffrance, couverte d'un sang rouge vif qui s'échappait de toutes les blessures que son mari lui avait infligées.

Norman l'agrippa par les cheveux et la traîna jusqu'à la chambre à coucher, laissant derrière eux une traînée de sang qui virait au marron pisseux. Il pesta contre cette satanée garce qui dégueulassait la maison et lui fila un coup de pied dans l'une de ses épaules. Marie ne bougeait plus, comme morte, Norman la souleva telle une brindille et la jeta sur le lit. "Elle a peut-être crevé ce coup-ci…" pensa-t-il "Oh et puis merde, elle n'avait qu'à faire son travail cette grosse truie !" Il s'effondra en travers du lit, bavant comme un chien mourant de soif, et sombra dans un sommeil noir, sans rêves, sans joie.

Le jour commençait à poindre, il était temps pour Marie de quitter ce lit. Point de réflexion supplémentaire ! Elle repoussa le bras de Norman avec précaution, il ne fallait surtout pas qu'elle le réveille. Elle glissa, telle une ombre furtive, jusqu'à la salle de bain, nettoya son visage et démêla ses cheveux. Elle avait des bleus qui explosaient de toute part. Marie enfila vivement un jean et un pull noir à col roulé, enfouit ses cheveux sous un bonnet. Au salon, derrière le grand buffet, se trouvait un sac avec vêtements, argent, bijoux et quelques photos d'avant lui. Elle s'en saisit prestement, chaussa ses bottes, mis son manteau et sortit sans même se retourner sur la porte restée grande ouverte.

Un vent glacé accueillit ses plaies où quelques croûtes s'étaient formées. Elle respira profondément et enfonça ses pieds résolument dans la neige blanche qui maculait le sol. Après cinq minutes de marche, n'y tenant plus, Marie, le cœur explosant de joie cria dans le vent :

– Ça y est ! Ça y est ! Je l'ai fait ! Adieu Norman !!"

Devant elle, s'étalait alors, le magnifique tapis blanc de sa nouvelle vie où les mots viendraient s'y inscrire en filigrane.


Larmes blanches


Un drapeau blanc sur un balcon
Brandi sous le tir des torpilles
Pour que cesse la pluie de plombs,
Le feu nourri des banderilles
Plantées dans la chair à canon,
Les grenades qu'on dégoupille
Qui pulvérisent les maisons,
Anéantissent les familles.



Un mouchoir blanc dans une main
Pour contenir la crue de larmes
qui creuse un sillon de chagrin,
Ruisselle et blesse comme une arme.
Les cloches sonnent le tocsin,
Lancent un lugubre cri d'alarme,
La mort dépose son butin
Dans la tombe sous le grand charme.



Du papier blanc sur un trottoir
Pour absorber comme un buvard
Les flaques rouges et ombres noires
Qui s'étalent en nénuphars
A la surface des mémoires,
Pour dessiner sans frein ni fard
La liberté, l'amour, l'espoir,
Et lutter contre les barbares.



21 janvier


En cette matinée du 21 janvier, j’ai le cœur serré, l’âme déchirée, les pensées anéanties. Il fait froid, la brume me pénètre jusque dans les entrailles, moi qui ai pourtant l’habitude de travailler à l’air libre ; le corps pétrifié, je pense à ce qui m’attend, des images troubles flottent dans ma tête tel un drapeau blanc sur le point de s’estomper.
C’est affreux, j’ai l’impression qu’une foule, qu’un peuple entier me hurle dessus, que mes pieds vont m’emporter sous terre, écrasé par le poids de ces cris, me trahir, comme je trahis aujourd’hui mes convictions les plus intimes. Ils me fatiguent, ils m’oppressent, ils vont finir par me tuer… J’ose à peine porter le regard plus loin que mes bras. Je suis indigne de recevoir l’hôte qui s’annonce à mon office. Mes mains immaculées, terme curieusement idoine, tremblent sans que je les maîtrise. L’heure est grave. L’air empeste la vengeance. Parmi eux tous, quels sont ceux dont l’esprit a pleinement conscience de ce qui se joue ? Quels sont ceux qui savent la portée de mon acte ? Qui serait capable de nous assurer un avenir subitement meilleur ? Qui aurait l’âme assez candide – et les bons pères m’ont bien enseigné que blanc, sans tache aucune, est un homme candide – pour n’avoir aucun reproche dont se souiller ?
Longtemps j’ai voulu renier la foi embrassée par mon père, mon grand-père, son père aussi. De longues années j’ai eu honte de ce manteau rouge sang que je devais finalement endosser, comme on supporte la fatalité qui s’abat sur une famille. Mais j’ai fini par m’habituer à l’ouvrage, par accepter l’héritage. Et puis est venu le temps de l’agitation. Les vies ont défilé sous mes yeux, s’en sont allées entre mes mains. La terreur a noirci l’atmosphère et je pressens qu’elle ne cessera pas de sitôt…
Les tambours grondent au loin comme un glas inéluctable. Près de moi on se presse, on s’insulte, on s’agglutine pour mieux prendre part à l’instant. La brume ne s’est pas levée, un drap de coton m’enserre plus fort qu’une camisole alors que je serai le deuxième grand acteur du jour. Je n’ai jamais été bon comédien, j’aurais préféré l’étude des sciences, la recherche menée dans un coin, seul, loin de cette excitation populaire et cacophonique. Peu m’importe qu’on me devine affligé, récalcitrant. Dans mes carnets, je consignerai chaque instant de cette journée, sans grands effets, plutôt sur le mode boustrophédon, mais juste pour témoigner du grand jour et de la peine qui paralyse mes membres.
Mon invité arrive, je me fige. Nerveux, il refuse toute aide, tout geste de compassion. Il ôte son habit, se défend, prend place. Je le trouve digne. Je ne le juge pas, d’autres l’ont fait pour moi, et pourtant le monarque m’impressionne. J’ai envie de le respecter.
Le temps s’arrête.
Nous sommes le 21 janvier 1793. Moi, Charles-Henri Sanson, bourreau de mon état, je voudrais hisser le drapeau blanc du royaume de France, mais je n’ai fait qu’inonder de rouge mes mains honteuses. Un voile noir est tombé sur les yeux de la monarchie. J’ai tué Louis XVI.



Les ailes du cercle

La vitrine de la marchande de couleurs avait été passée au blanc d'Espagne. MacFly appréciait l'ironie, se demandait toutefois pourquoi ce blanc avait quelque chose à voir avec Madrid ou Barcelone. « T'es con comme la lune », aurait conclu son père. La lune était-elle blanche autrement en Espagne ?
Afin de vérifier s'il restait quelque chose à piquer, MacFly poussa la porte de la boutique. Il n'avait jamais pénétré dans ce magasin, mais connaissait de vue la propriétaire, une femme dont il admirait le corps, esquissé sous des robes fluides.
« Entrez et fermez la porte ! Courants d'air ! » Sans qu'il en fût surpris, MacFly obéit. Sur le parquet : un fatras d'après-guerre. Les tubes de gouache, les palettes, les pinceaux pointaient dans tous les sens. La marchande de couleurs, assise nue et en tailleur au centre du bazar, était occupée à peindre son corps. MacFly songea à une étoile bariolée, à géométrie variable.
« Euh... vous allez bien m'dame ?
- J'ai fait faillite... A croire que les peintres sont en voie de disparition. »
Le jeune homme opina, ajouta sur ladite voie les pandas, les ours de banquise, les albinos. « Y a trop de blanc sur votre liste et je hais le blanc ! » s'énerva la femme, balançant des tubes de gouache à la tête de MacFly. L'agressé ne riposta pas, persuadé que le cerveau de la peinturlurée avait lâché prise. Il regarda la peau striée de bandes parallèles et multicolores, sur le visage un soleil orangé, les cheveux badigeonnés au vert, qui se dressaient en mèches luisantes, se figeant peu à peu.
« La peinture sèche, elle bouchera vos pores, m'dame.
- Chut. Prenez un tube de rouge et peignez un cercle dans mon dos. »
MacFly argua qu'il ne savait pas tenir un pinceau, la faute à des doigts patauds. « Foutaises ! Approchez ! »
Il obéit encore, n'ayant rien de mieux à faire. Agenouillé derrière la femme nue, il traça sur le dos soyeux un cercle rouge, maladroit. MacFly questionna : la marchande savait-elle pourquoi le blanc d'Espagne s'appelait ainsi, le rond dans son dos évoquerait-il un autre soleil, mais couchant ? Elle répondit qu'elle exécrait le blanc et qu'il fût espagnol, elle n'en avait cure ; que le cercle rouge figurerait la cible qu'elle était devenue pour ses créanciers, ces grisâtres, ces gâcheurs.
Pendant que, concentrée, la marchande colorait bleu cyan ses orteils, MacFly, par principe détestant toute cible, appliqua en touche personnelle un trait vertical et de gros points noirs sur son dessin. Une coccinelle naquit, pleine de coulures, mignonne à bon dieu inoffensive et totémique.
Lorsque la femme se leva puis ouvrit la porte de sa boutique, elle sembla enfin regarder MacFly et revenir à la vie. Elle l'embrassa, le barbouillant d'arc-en-ciel, gagna la rue. Ses fesses, ayant échappé à la peinture, se paraient d'une blancheur de conte de fée, troublante. Un voisin ébahi s'adressa à MacFly « C'est une coccinelle qu'elle a dans le dos, la marchande à poil ?
- Oui, et c'est mon œuvre.
- Pas mal.
- Dites, vous savez pourquoi on appelle le blanc d'Espagne comme ça ?
- Non et je m'en fous. Le blanc est absence, alors...
- Ah ?
- T'es couillon toi, laisser partir aux yeux de tous une femme avec un cul pareil ! »
MacFly se rendit compte que la marchande de couleurs s'éloignait, que bientôt elle disparaîtrait, coccinelle arrivée au bout d'un index. Alors, pour la première fois depuis longtemps, MacFly se mit à courir, car il avait beau être con, il savait que, sans elle, il ne s'envolerait jamais.



[/b]Spectre ou pas spectre ?[/b]


- Tu as vu un fantôme ? Tu es blanc comme un linge.
Margot interroge Ludo d'un ton moqueur, car son mari, qui sort de la salle de bains, a l'air un peu désorienté.
-Tu ne crois pas si bien dire. A ma place, je suis sûr que tu serais carrément tombée dans les pommes, répond Ludo vexé.
Sa jeune femme hausse les yeux au ciel. L'imagination de son époux est immense.
- Je finissais de me laver les dents, je crache dans le lavabo et quand je remonte la tête, j'aperçois dans le miroir, un nuage blanchâtre qui se forme et se déforme au-dessus de mon crâne. Je me tourne vers le mur, rien ! Je regarde à nouveau dans la glace et voilà le truc revenu. La forme a pris alors celle d'un fantôme et une sorte de rictus bizarre s'affiche à son sommet, j'allais t'appeler quand le phénomène s'est évanoui d'un coup, explique Ludo avec de grands gestes théâtraux, à la clé.
Margot, toujours ironique, réplique :
- Ben mon vieux, quelle histoire ! Nous sommes en janvier, c'est le mois du blanc : les fantômes font peut-être la promotion des draps lavés avec Omo? Ou alors, tu as trop bu et te sachant dans un relais château, tu crois que le fantôme du coin, flatté par ta visite, a voulu te passer le bonjour ? Allez, viens te coucher mon Lulu adoré, on va se faire un gros câlin et cela ira mieux.
Ludo, comprenant qu'il ne sera pas crû, s'allonge à côté de son épouse, éteint la lumière et, boudeur, ne tente pas un geste en direction de sa femme. Dans le noir complet, il ne peut s'empêcher d'ouvrir les yeux au maximum pour tenter de distinguer l'étrange halo, tout en espérant que ce ne soit pas le cas. Les secondes s'égrènent, Ludo se persuade, peu à peu, qu'il s'est trompé, qu'en effet, ce doit être le vin, dont il a légèrement abusé, qui lui a procuré ses hallucinations. Il s'approche de Margot, s'aventure dans des caresses de plus en plus précises, celle-ci, passive, ne bouge pas tandis que Ludo vient sur elle. A ce moment, elle hurle.
- Là, là, il y a un machin, un ectoplasme tout blanc qui nous regarde avec des yeux à infra rouge.
Ludo, qui, avec le mouvement brutal de son épouse, a failli être éjecté du lit, essaie maladroitement de rallumer la lumière. Quand enfin, il réussit, il ne voit rien, sauf la couette immaculée agitée de soubresauts.
- Il n'y a personne, tu peux sortir.
Les secousses continuent. Ludo soulève le drap et voit sa jeune femme riant aux larmes de la blague qu'elle vient de faire. Le pauvre garçon, réalisant qu'il a été mené en bateau, n'apprécie pas du tout la plaisanterie.
- Tu te crois maligne, ma pauvre fille ? dit-il hargneusement.
- Ben, heu, non, mais qu'est-ce que c'était drôle ! Allez mon poussin, ne fais pas la tête, on reprend où l'on en était.
Margot, tout en prononçant cette phrase, appuie sur le commutateur. Ludo toujours furieux, se rallonge et tourne définitivement le dos, à sa facétieuse épouse.

Arthur, le fantôme du château, est déçu au-delà de toute expression. Il a raté son coup ! Pourtant, la soirée avait bien commencé, l'homme était hyper réceptif. Arthur envisageait avec bonheur, de lui faire vivre une nuit blanche comme ce garçon n'en passerait pas souvent. Seulement, sa femme, complètement insensible à sa présence, l'a pris de cours en criant avant qu'il ne débute sa propre sérénade. Maintenant, Ludo a fermé les yeux et le malheureux revenant peut s'agiter en tous sens, cela restera sans effet.
Arthur remonte dans sa tour en soupirant si fort, que Ludo sursaute dans son premier sommeil...



La mauvaise journée de Germain

Blanche était la couleur de sa robe ce jour- là : le jour le plus beau de la vie d’une femme dit-on. Pourtant Marielle était pâle, boudeuse et ne souriait pas aux photographes. Près d’elle, guindé dans son smoking loué, Germain ne la voyait pas. Il avait l’air de se demander ce qu’il faisait là et regardait partout autour de lui comme s’il cherchait quelqu’un du regard.
En effet intérieurement il était mal. Il n’avait prévenu personne. Sa mère lui avait recommandé de faire simple à cause des événements récents qui avaient mis mal à l’aise toute la famille.
Marielle et Germain s’étaient toujours connus.
Il avait pris la décision de la demander en mariage pour oublier qu’il sortait d’une histoire d’amour qui avait mal tourné. Sa compagne l’avait quitté car elle était enceinte et qu’il ne voulait pas d’enfant. Il l’avait suppliée de le faire « passer » l’avait menacée de partir loin d’elle. Elle était restée intraitable et un soir le studio était vide. C’était elle qui était partie sans lui laisser la possibilité de la retrouver. Seule sa robe rouge restait pendue dans l’armoire. Celle qu’elle portait quand ils s’étaient rencontrés Place St Michel et qu’il pleuvait des cordes. Le vêtement trempé la moulait et elle était insolemment sensuelle. Bien sûr il lui avait dit et avait ajouté : cette robe rouge Ma Dame, je ne veux vous voir qu’avec elle. Elle avait éclaté de rire en lui affirmant qu’elle préférait le blanc!
Quels merveilleux moments ils avaient-ils vécu. Les jours passaient trop vite jusqu’à ce qu’elle lui annonça la nouvelle et qu’elle parte quelques jours après son refus.
Aujourd’hui il avançait vers l’église.
Il allait se marier avec Marielle qu’il connaissait depuis l’enfance. Les parents étaient aux anges : depuis le temps qu’ils s’aiment ces deux –là !
Oui sans doute il l’avait aimée mais comme on aime une sœur, une bonne copine mais jamais il n’avait éprouvé cette fièvre qui l’avait dévoré avec … ELLE.
— Germain s’il te plait ce n’est pas à un enterrement que tu vas, souris, lui glissa sa mère.
Il ne se sentait vraiment pas bien et quand il fallut marcher lentement jusqu’à l’autel, il sentit une angoisse épouvantable le saisir. Il la vit, ELLE, en une seconde, se pencher sur lui et en ricanant lui dire : Alors chéri, on se lance ? Tu vas lui faire un bébé à cette garce n’est-ce pas ?
Et puis ce fut le trou noir. Il s’effondra.
Le mariage fut… reporté, mais pas annulé. Le stress, mes pauvres amis caquetait sa mère aux invités, le surmenage mais nous allons le bichonner. A bientôt !
Tout le monde reprit sa voiture pour accompagner l’ambulance à l’hôpital.
Seule une petite fiat noire, démarra la dernière et fila dans le sens opposé. ELLE ? Qui sait ? Puisqu’il maintenait l’avoir vue. UN REVE ? Sans doute…



Grand blanc


Je fouille en vain dans ma mémoire. Grand blanc. Je ne sais plus où j'étais ce matin, ni où je suis maintenant. Un homme, en face de moi, me dit qu'il m'aime, que nous avons des enfants et des petits-enfants. Je ne vois pas pourquoi il insiste, ce pauvre gâteux qui voudrait que je l'aime aussi. Il est si vieux, si flasque et si chauve. Moi, je n'apprécie que les hommes pleins de force et qui sourient de toutes leurs dents solides comme s'ils avaient envie de mordre à la vie.
Il me dit qu'il s'appelle Jean ... La Saint Jean… Une farandole autour d'un bûcher au début de l'été . Une marguerite que l'on effeuille. Une chanson... Une jolie fleur dans une peau d'vache… Et toutes les herbes de la Saint-Jean n'ont pas pu me guérir de cette peste. J'adore chanter ces paroles de Brassens. J'ai vingt ans. Un garçon, Jean-François, me tient la main… Moi, je l'appelle Jef. Rien à voir avec ce Jean triste et délabré qui me regarde longuement de ses yeux de chien battu.
Blanc, tout est blanc . Ce drap sur mon lit et ce plafond qui brille. Ces femmes et ces hommes vêtus de blouses de coton. J'ai beau fermer les yeux, je vois du blanc partout. Une voix me parvient comme à travers une épaisseur d'ouate. Je t'ai apporté ton écharpe rouge, ta préférée. Je vais t'emmener faire un tour sur les quais de la Seine. .
Des mains me redressent et m'habillent. Des bras me portent et m'installent dans un fauteuil. On me fait avancer dans un long couloir au bout duquel brille une lumière très blanche, éblouissante. On m'aide à m'évader. On me mène vers la vie. Dehors le vent froid me saisit. Et les cheveux qui volent sur mon front prennent soudain la couleur de la neige. Je les repousse de mes mains qui portent d'étranges taches brunes Depuis quand sont-elles ainsi, mes mains ? Si vieilles...
Tout en me conduisant vers les quais, cet homme, Jean, a posé sur mes genoux un journal à la couverture verte sur laquelle est dessiné un personnage à la barbe noire, coiffé d'un turban de sultan. De son œil coule une longue larme blanche qui déborde de sa joue basanée. Devant lui, à la hauteur de son ventre, il tient une affiche sur laquelle je peux lire JE SUIS CHARLIE en grandes majuscules noires . Au-dessus de son turban d'un blanc aussi immaculé que celui de sa robe, je déchiffre TOUT EST PARDONNE. Tout est pardonné… Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et pourquoi, cet homme enturbanné qui veut que tout le monde sache qu'il s'appelle Charlie, pleure-t-il ? Qu'est ce qu'il a pu faire, ou qu'est-ce qu'on lui a fait qui le rende si triste ?
A force de chercher dans ma tête, au milieu d'une bouillie informe, je retrouve la suite des paroles de Brassens. Instinctivement je les fredonne . J'lui en a bien voulu mais à présent, j'ai plus d'rancune et mon coeur lui pardonne …
Ah! Tu t'en souviens encore, Lina ?
C'est Jef, et lui seul, qui m'appelle ainsi… Pour les autres, je suis Aline.
Tu m'entends Lina? Ils ont tué Wolinski…Tu me disais souvent que j'étais comme lui.
Un livre de poche à couverture blanche…Puis un titre apparaît. Je ne pense qu'à ça... Et Jef, en souriant, me confie : moi aussi ...
Je m'agite et me dresse. Je veux marcher. Je tombe… Il appelle au secours, il me regarde et pleure. On arrive, on me lève, on m'allonge, on m'emporte… Tout est à nouveau blanc dans ma tête incertaine. Je ne sais plus pourquoi la peur me pétrifie, ni pourquoi le soleil s'est noyé dans la Seine. Des voix autour de moi parlent de tragédie…



Un adieu jeté pour l’éternité


Les oiseaux ne tiennent plus accrochés au ciel. Impossible de les suspendre aux nuages, même par les ailes. Ils chutent comme des pierres. L’univers est en plein chaos. Il recrache toute sa haine, son effroyable intolérance, son implacable intransigeance.
Ils dormaient bien au chaud des livres ; ils gisent sur le pavé glacial. Blancs, si blancs, les yeux révulsés et les lèvres crispées dans un étrange rictus. Ils faisaient partie de ces misanthropes optimistes qui, au fond, aiment la nature humaine, dont ils peignent, au vitriol, les travers. Couchés à terre, pâles, si pâles, ils ne peuvent empêcher un sang bouillonnant de maculer de rouge leur poitrine inerte.
Lui, était une éponge gorgée de souffrance ; l’autre, dénonçait dans la compassion. Tous étaient de ceux qui jamais ne débusquent un défaut sans l’enrober d’indulgence. Ils jetaient des torches dans l’abîme, contribuant à combattre l’un des plus terribles maux de l’existence, le fanatisme. La flamme s’est éteinte. Le destin frappe sur les hommes comme Héphaïstos sur une enclume, mais des milliers de flammèches s’élèvent déjà de l’âtre pour éclairer l’horizon.
Je suis l’écrivain à la plume affûtée ; si je ne gratte pas, la vie traverse mon esprit comme les nuages filent dans le ciel. Je cours en avant pour frayer la route, ouvrir des fronts. Sous l’épineux sauvage, là où rien ne pousse, je m’accroupis à la recherche d’un équilibre fragile, rythmé d’orages et d’éclaircies.
Tu es le polémiste volubile et outrancier. Ta verve véhémente décoiffe. Il fut un temps où l’insulte était un art. Elle pouvait confiner à l’absurde, jusqu’à verser dans la poésie. Tu bouscules les mots avec esprit, peaufines ton impertinence avant de dégainer. L’injure comme une manière de trahir une tendresse.
Il est le caricaturiste qui ne cherche pas à briller mais simplement à éclairer. Quand il réfléchit, son cerveau mousse et il lui sort des bulles de savon par les oreilles. Éparpiller ces milliers de bulles permettrait peut-être de laver l’air et de décaper le ciel. Audace, imagination, il ouvre la bonde et l’eau coule. Elle régénère, abreuve, réjouit.
Nous sommes les policiers qui craquent et tombent comme des tôles fendillées.
Vous êtes ces gendarmes qui, un jour, ont décidé de porter l’uniforme pour protéger, défendre, aider, jusqu’au don de soi.
Ils sont ces hommes, ces femmes, qui passaient par là, par hasard, et qu’une balle a fauchés ; des êtres qui s’effacent, au milieu du gué de la vie, mais qui ne tomberont pas dans l’oubli.
De la nuit la plus noire au ciel étoilé, de la pâleur de l’aube aux grondements de l’orage, je suis l’autre, et tous les autres… La flèche de la douleur m’a atteint, traversé, celle de la peur ne m’emportera pas.

Enveloppés dans un grand manteau de chagrin, des oiseaux effarouchés réapprennent à voler. Ils ont du plomb dans l’aile, une vision du monde endommagée, mais veulent blanchir les ombres noires sur l’arc-en-ciel. Plumes au vent, ils sèment des mots à la dérobée.
Personne ne pourra jamais les arrêter.



La chambre de grand-mère

Sandra et Marine viennent de quitter la chambre de grand-mère. Patiemment, comme lors de chaque visite, elles se sont employées à répondre au moindre désir de la vieille dame : redresser l’oreiller, remonter la couverture puis l’ôter, lui rafraîchir les tempes avec un peu d’eau de Cologne puis se faire houspiller à cause de l’odeur, ouvrir légèrement la fenêtre pour la refermer aussitôt, Elles ont tenté de raconter de petites anecdotes pour lui changer les idées, constamment interrompues par l’aïeule qui trouve toujours assez de force pour les couper. Pour se répandre d’une voix sans timbre en critiques contre l’endroit terne et sans âme où on la maintient contre son gré. Elles pardonnent tout à leur mère et grand-mère : elle est si fatiguée, elle souffre tant en dépit des calmants, son moral ne peut que s’en ressentir.
Après leur départ, grand-mère, épuisée, sombre dans un sommeil de quelques heures. Curieusement, à son réveil, elle se sent bien. La douleur qui lui vrille sans cesse les os s’est assagie. Une douce béatitude l’envahit. Elle qui demande chaque jour d’un ton aigre dans combien de temps elle pourra retrouver son chez elle, n’a plus aucune envie de récriminer. De pester contre cette chambre si triste, si dépouillée. De fusiller du regard les murs nus, le sol carrelé. Elle ne se languit plus de ses papiers peints joliment fleuris, de ses reproductions de paysages et natures mortes et de sa moquette bleu dur dans laquelle il fait si bon enfoncer ses pieds nus. Même ses draps de couleur et sa couette au patchwork coloré ne lui manquent plus.
Ce soir, ses yeux errent sans amertume sur le sobre décor de sa chambre d’hôpital, se réjouissent des myriades de flocons de neige, épais rideau opalescent qu’elle aperçoit derrière la fenêtre. Toute cette blancheur l’apaise, l’enveloppe dans un cocon douillet. Lorsqu’une infirmière entre pour vérifier la perfusion, elle la trouve coquette dans sa blouse immaculée. L’aide-soignante qui l’accompagne, vêtue de rose, lui semble détruire l’harmonie du tableau.
Les deux femmes parties, grand-mère reprend sa contemplation des murs, puis du plafond. Un petit point noir se déplace là-haut. C’est une mouche qui s’envole et virevolte dans la pièce. Grand-mère fronce les sourcils puis esquisse un sourire. Elle suit des yeux la trajectoire de l’intruse jusqu’à en avoir le vertige et finit par s’envoler, elle aussi, lentement, sereinement vers le pays des rêves. Elle y vogue parmi les nuages laiteux, au milieu de créatures angéliques qui l’effleurent de leurs ailes diaphanes. Dans l’une d’elles, elle reconnaît son cher Frédéric, qui lui offrait amoureusement chaque dimanche une douzaine de roses, des rouges de préférence. Il approche, aérien, et – surprise ! – lui tend un bouquet lilial, tout semblable à celui qu’elle serrait entre ses mains ce jour de 1956 en s’avançant vers lui dans sa robe de mariée. Bonheur...
Lorsque passe la garde de nuit, grand-mère repose, visage blême, yeux levés vers le ciel. Au-dehors, la neige continue à tomber à gros flocons. Grand-mère, elle, a cessé de respirer.


Oubli


J'essaye de te retrouver sous toutes tes formes. Me rappeler ton odeur, ton visage, le toucher de ta peau. Mais je me rends compte que chaque jour tout m'échappe un peu plus. Je te perds une seconde fois et ce à chaque instant. C'est le gouffre de l'oubli qui t'attrape et te tire loin de moi. Après que tu m'aies quitté j'avais brûlé toutes les photos. Viré tes affaires, chez Emmaüs ou autre. Loin de moi! Ton odeur a très vite quitté la maison. Et de toute façon cette maison, notre maison, m'est devenue rapidement insupportable. Tu étais partout et partout je voulais te supprimer. T'avoir en moi étais largement suffisant et je pensais que tu y serais toujours.
Et maintenant, la maladie. Plus la tienne, lointaine, irréelle. Mais bien la mienne encore discrète mais puissante. Bientôt j'oublierais même que je suis malade. Ça ira mieux. Je croyais avoir tout perdu il y a longtemps. On n'imagine pas qu'un jour on pourra se perdre soi-même. Peut-être la pire des pertes. Le savoir en tout cas. A la fin, ce sera le grand noir, le retour aux sources. Je serai et ne serai plus. Étrangement j'ai réussi à me faire à cette horreur. Je commence même à l'attendre pour enfin oublier. Car c'est ça qui est insupportable : connaître l'oubli. Savoir qu'en me perdant je suis en train de te perdre une seconde fois. Bientôt même mon amour pour toi aura disparu.
J'ai essayé de faire ton portrait. Le vert de tes yeux, le rouge de ta bouche. Mais je sens que je suis obligé de combler les vides. Je me rappelle d'une fossette mais de quel côté ? Et tes cheveux, avaient-ils vraiment cette teinte là ? Tout s'en va. Je m'en vais. C'est moi qui te quitte cette fois. Et c'est encore plus dur. Plus j'oublie l'époque de ta maladie plus j'ai l'impression de pouvoir comprendre ton angoisse d'alors. Quitter le monde c'est une chose mais abandonner l'autre, sentir qu'on va cesser de l'aimer, de le faire vivre en nous... Je t'avais promis de n'en aimer aucune autre. Je l'ai fait. T'aimer toujours je ne pourrais pas. Tu vas juste cesser d'exister pour moi. La pire trahison.
Je dois te laisser maintenant. Je reviendrai demain. Surtout venir ici tous les jours. M'obliger à ne pas t'oublier.

Bonjour, mon amour.
J'ai le portrait d'une femme que j'ai peinte à la maison. Je crois que c'est toi que j'ai essayé de reproduire. Je ne te reconnais pas. Je ne sais plus grand-chose de toi. Mais il me reste un immense sentiment d'amour et je sens bien qu'il t'est adressé. Je me perds tu sais. Et je te perds en même temps. Trahison. Ultime trahison.

Aujourd'hui j'ai eu du mal à te retrouver. Le chemin ne m'était pas familier. J'espère que je suis devant la bonne tombe. Je suis presque sûre que c'est ton nom. Ce matin je ne comprenais pas ce qui se passait. J'étais dans une pièce que je ne connaissais pas, déboussolé. Une jeune infirmière a eu la gentillesse de m'expliquer ma maladie. Alors j'ai été effrayé à l'idée de t'oublier complètement. J'ai essayé de me rappeler des choses sur toi ; c'était difficile. Je suis un peu plus lucide maintenant mais ça ne durera pas j'imagine. Suis-je en train de te perdre ?

Il y a quelqu'un ?
Personne ne répond. Que fais-je ici ? Des tombes partout. J'ai peur des tombes. Maman m'a parlé de fantômes. Lucie Davier... J'aime bien cette sonorité. Elle donne chaud au cœur. Comme un câlin.
J'ai peur ici tout seul. Je ne sais pas comment je suis arrivé là.

Si loin... Comme un rêve... Une fossette... Lucie ?




Une feuille et un feutre


Il se réveille. Une atroce douleur lui vrille la chair, sur son côté gauche. Il entend un ronronnement continu, et un tintement irrégulier, comme le bruit de verres entrechoqués. Au prix d’un grand effort, il ouvre les yeux. Tout est blanc. Il se sent flotter dans une mer de nuages. Dans cette blancheur laiteuse, il ne distingue pas les détails, juste un mouvement. La paroi lumineuse défile devant lui, vers le haut, comme s’il descendait dans un ascenseur. Il referme les paupières.
« Blanc ! Tout ce blanc, ça me rappelle quelque chose. Mais quoi ? Où suis-je ? Et qui suis-je ? Comment je m’appelle ? » Frisson d’angoisse. « Je suis amnésique ! » La douleur se fait plus forte. « Allons, remets toi Paul ! C’est ça, je m’appelle Paul. Et j’ai mal. »
Il rouvre les yeux. Un flash aveuglant. Des gens parlent autour de lui. Des silhouettes vêtues de blanc.
« Qu’est-ce qu’ils disent ? Je comprends rien. Où je l’ai déjà vu tout ce blanc ? Ah ! Je suis allongé. Ce mur devant moi, c’est un plafond. Aïe ! »
Il replonge dans l’inconscience.
Après un temps qu’il ne peut évaluer, il émerge d’un sommeil sans rêve. La douleur est moins forte. Ses paupières sont lourdes. Il les ouvre avec effort. Il est allongé sur un lit, dans une pièce aux murs blancs.
« Encore ce blanc ! Mais quoi ? Un carré ; non un rectangle. Ah ! Je me souviens ; Léa… C’est ma femme. Et Tom, et Chloé ? Où ils sont ? » Une fenêtre sur sa gauche. Le ciel bleu pâle moutonne de nuages. Des réminiscences de sa vie passée remontent à la surface de son esprit cotonneux. « Les vacances à l’île de Ré… La mer… La maison aux volets bleus… Les roses trémières de l’allée… » Les yeux clos, il se laisse bercer par un rêve éveillé, où se déroulent les événements d’une vie heureuse. Jusqu’à… « Jusqu’à ce jour… Un rectangle blanc, devant moi. Qu’est-ce que c’était ? Le mur de la maison ? Non. Pas ça. Plus petit, plus lisse… »
La porte s’ouvre. Un homme en blouse blanche s’approche de lui, l’air souriant.
« Je suis le docteur Bialot, c’est moi qui vous ai opéré. Vous nous avez fait peur. Ça va ? »
Pour toute réponse, il acquiesce mollement de la tête.
« Vous êtes resté trois jours dans le coma – annonce le docteur d’une voix douce – Nous allons prévenir votre épouse et vos enfants. Vous pourrez les voir bientôt ; quand vous irez mieux. »
Il n’a pas la force de parler. Il tente de bouger. La douleur s’intensifie. Son épaule brûle. Il crispe les doigts de sa main droite sur le tissu du drap, et parvient à faire bouger son bras.
« Ne remuez pas trop ! Vous êtes encore faible. »
Il dirige son regard sur la porte. Et soudain, tout lui revient en mémoire. La feuille de papier posée sur le bureau. Lui, le stylo-feutre tenu en l’air, le regard vague, dans l’attitude qui lui est familière lorsqu’il cherche l’inspiration. Et soudain l’illumination. « Je le tiens mon sujet ! » Crissement du feutre sur le papier. La première courbe est à peine esquissée qu’un assourdissant vacarme se fait entendre derrière la porte. Des détonations, des cris. Un homme habillé tout en noir fait irruption dans la pièce. Douleurs dans sa chair meurtrie, odeur de poudre. Sa tête s’affaisse sur la feuille blanche marquée d’un seul trait, qui se couvre de petites taches rouges. Et vient le silence, le néant…
« Vous désirez quelque chose ? Un verre d’eau ? Un peu plus de morphine ? »
L’homme se redresse et rassemble toutes ses forces pour murmurer au docteur :
« Apportez-moi un feutre et une feuille de papier ! »



Page blanche


Blancs
Le ciel bas de janvier sur les toits de Paris
L'envolée de pigeons place de la Bastille
Un immeuble anodin rue Nicolas Appert

Rouges
Les yeux des assassins qui n'ont plus rien d'humain
Les coulées de sang frais ruisselant sur les murs
Les cadavres au sol après l'affreux massacre

Blancs
Les rares survivants pétrifiés de stupeur
Les sauveteurs à l'œuvre abasourdis d'horreur
Le silence éloquent des mots qu'on ne peut dire

Noirs
Le profond désespoir qui poignarde nos cœurs
Les pancartes brandies en hommage à Charlie
Le deuil de nos amis qu'on n'oubliera jamais

Blanche
S'étend la page vierge où nous allons écrire
Tous ensemble et sans haine à grands coups de crayon
Les mots Paix Liberté Tolérance et Amour


Solitude

Paul vint s'installer sous les arbres. Tournant le dos à la montagne, il déplia son chevalet de terrain sur le haut de la plage, y fixa solidement son châssis, sortit sa palette, ses pinceaux et un récipient contenant l'huile de lin. Il avait soigneusement préparé sa toile, y appliquant un enduit à base de colle de peau et de plâtre, afin que le support soit d'un blanc immaculé, prêt à recevoir son esquisse, puis ses couleurs. La toile blanche apparaissait bleutée dans l'ombre des arbres.
Assis sur son trépied, il contempla son sujet : la mer, le ciel, la plage, cherchant à s'en imprégner dans un calme apparent mais empli d'une violence contenue.
Il revint plusieurs jours de suite. Selon un rituel bien établi, il plantait son chevalet précisément au même endroit et installait son matériel en répétant rigoureusement les mêmes gestes, dans le même ordre. Contemplait le même paysage... Le bleu intense du ciel sans le moindre petit nuage, celui turquoise de la mer, le sable jaune d'or…

La toile était encore vierge quand apparut une très jeune fille. Surgissant comme de nulle part entre les pandanus, silencieusement. Une beauté juvénile aux cheveux noirs d'ébène, tressés en deux longues nattes, égayés sur sa tempe par une fleur de tiaré. Son visage avait des rondeurs enfantines. Elle portait simplement, noué autour de ses hanches, un paréo rouge vermillon imprimé de grandes fleurs claires. Son buste bronzé et nu dévoilait une poitrine menue encore immature.
Paul, immobile, retint son souffle pour ne pas révéler sa présence à la mystérieuse créature qui s'assit sur le sable chaud, face à la mer, offrant sa peau aux rayons du soleil dans une attitude impudique.
Il imaginait en pensée, posées sur sa toile, les formes et les couleurs de la jeune fille, seule sur la plage, lui tournant le dos.
Était-ce le souffle du vent dans les cocotiers, l'envol d'une perruche ou la sensation d'une présence qui la fit se retourner ? Après un moment d'hésitation, elle sourit à l'homme dont seule émergeait derrière la toile, la tête protégée d'un chapeau à large bord.
Elle se releva souplement puis, d'un pas leste, se dirigea vers l'homme pour regarder ce qu'il était en train de peindre. Constatant que la toile était blanche, elle le regarda droit dans les yeux avec un regard interrogateur. D'abord intimidé , le peintre resta muet, puis, ayant repris ses esprits, lui demanda son nom.
- Teha'amana, ou plus simplement Tehura.
- Tehura, veux-tu être mon modèle ?

Il installa à terre le grand drap blanc qui lui servait à emballer sont matériel, et lui fit prendre la pause, face au sol, les jambes repliée de chaque côté de son corps, les coudes devant elle, le visage appuyé sur ses poings fermés.
Après avoir rapidement tracé la silhouette de Tehura au fusain, le peintre étala prestement ses couleurs sur sa palette et, à grands coups de pinceaux, déposa le bleu du ciel, le jaune du sable et le blanc du drap, en larges aplats de teintes pures directement sorties du tube. S'appliquant à reproduire avec le maximum de justesse, les nuances chaudes de la peau brune de la tahitienne maorie, quelques heures lui suffirent pour achever son personnage.

Enfin, estimant le tableau terminé, il y inscrivit dans le coin en bas et à gauche, en lettres détachées , le mot "Otahi" (solitude) juste au-dessus de sa signature : P. Gauguin 93.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mer 21 Jan - 19:55 (2015)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    forum du cercle maux d'auteurs Index du Forum -> ARCHIVES générales -> Archives des jeux d'écriture Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com