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Le talon de fer

 
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bay
Conjonction volubile

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Joined: 07 Jun 2010
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PostPosted: Thu 30 Oct - 12:18 (2014)    Post subject: Le talon de fer Reply with quote

Pour moi, comme pour les lecteurs de ma génération, de celle d’avant, de celle d’après, Jack London est un auteur de roman d’aventures, qui ont surtout pour cadre les immensités enneigées du Nouveau Monde. « L’appel de la forêt », « Croc Blanc », ont perpétué son succès grâce aux nombreuses adaptions cinématographiques et télévisuelles réalisées jusqu’à la fin du siècle dernier. Et, pour ceux qui ont eu la chance de naître à une époque où on savait lire, beaucoup d’entre eux se souviennent des voyages accomplis durant l’enfance dans un paradis, ou un enfer, dont la blancheur se reflétait en écho visuel dans les draps où ils étaient blottis, et les pages du livre qu’ils devraient bientôt fermer à regret, avant de rejoindre dans leurs rêves les trappeurs, les loups, les aventuriers du grand ouest, et leurs chiens fidèles.

On le sait peu, London, auteur très prolifique, ne fut pas que l’inspirateur de films d’aventures glacées. Il a aussi pondu, entre autres, une « histoire des siècles futurs », ouvrage de prospective assez délirant que j’ai lu autrefois, emprunté à la bibliothèque municipale de la municipalité communiste où je résidais alors, et dont je pus profiter sans débourser un kopeck. La gratuité de la culture ayant trouvé son prolongement dans l’économie mondialisée, ultra-capitaliste, et numérisée, j’en ai profité pour acquérir récemment, pour le même prix, un assemblage de kilo-octets du même auteur, intitulé « le talon de fer ».

Ce fut une de mes lectures de vacances, assez marquante, car surprenante. C’est un ouvrage de politique-fiction qui se présente sous la forme d’un document annoté, censé avoir été rédigé au XXIVe siècle à partir du journal, écrit lui au début du XXe par la compagne d’un militant socialiste, qui aurait considérablement influencé l’histoire de son temps, et des siècles qui ont suivi. Cette forme particulière, qui donne aux notes de fin une place prépondérante dans le livre, presque aussi importante que celle de la partie écrite par la narratrice, n’est pas le moindre intérêt de celui-ci. Les prétendues notes, parmi lesquelles figurent quelques « Ndt » destinées à éclaircir certains points difficilement compréhensibles pour les lecteurs francophones, montrent le regard lucide d’un futur historien sur des événements s’étant produits entre 1912 et 1932, date à laquelle le journal s’interrompt. Mais, pour Jack London, le véritable rédacteur de tout ça, 1912, c’est déjà de la science-fiction, puisque le roman date de 1907.

La narratrice fictive, fille d’une bonne famille de la bourgeoisie américaine, s’entiche d’un brillant garçon, prolétaire éclairé, qui provoque le scandale quand il use de sa grande éloquence pour expliquer aux bourgeois ventripotents qui commettent l’erreur de l’inviter dans leurs salons ses théories fortement inspirées du marxisme. D’abord réticente, la jeune femme finit par être séduite par les idées du révolutionnaire, et en passant par le révolutionnaire lui-même.

Sur le fond de cette histoire d’amour, on voit se constituer la base d’un mouvement ouvrier, selon le scénario décrit quelques décennies plus tôt par Marx et Engels. Marx, justement, est cité dans le livre, par le brillant orateur. Il expose, dans un discours qui ressemble à un copier coller, une des analyses les plus bluffantes de l’historien économiste, avant que ne sorte la première Trabant de l’usine de Zwickau, sur le cercle vicieux dans lequel sombre le capitalisme : la plus value. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de naître du bon côté de la frontière Oder Neisse, je veux dire les démocraties où les cours de marxisme-léninisme étaient obligatoires à l’école : en simplifiant, le prolétariat, i.e. la classe ouvrière salariée, ne reçoit qu’une partie de la valeur ajoutée qu’il apporte par son travail aux matières premières, ou secondaires, pour en faire un produit fini ; ou une matière tertiaire, ou quaternaire, ou plus, autrement dit une étape vers le produit fini. Une grande partie, grosso-merdo la moitié, atterrit dans les poches de la classe dominante, qui se tourne les pouces en regardant bosser les prolos. Car la seule activité du capitaliste, une fois qu’il a satisfait ses besoins, acheté douze Porsche, un château dans le Périgord, cent caisses de Romanée Conti, est de faire fructifier ses sous. Dans ce but, il les investit dans des actions d’entreprises de ses autres potes capitalistes. Une partie du capital revient au capital, et le fait grossir. Et c’est le serpent qui se mord la queue, sauf que la queue qui pousse est plus grosse que celle qu’il mange. On peut la décrire comme une bulle de richesses qui enfle, jusqu’à ce que cette plus-value, comme l’eau d’un lac qui déborde, doive être investie sur d’autres marchés, dans des pays où le capitalisme n’est pas aussi avancé ; où ça ? Ben, dans les colonies ! Qu’elles soient conquises par l’appareil d’Etat avec l’aide de l’armée à son service, ou annexées de façon plus sournoise par des méthodes vieilles comme le monde (corruption des élites locales, implantations de filiales), elles constituent un débouché pour le surplus de richesses généré par le capital, qui y trouve un ballon d’oxygène. On y exploite les ressources naturelles, qui commencent à s’épuiser dans le pays d’origine, et le capitalisme s’étend sur le monde…

Bon, je l’avoue, c’est une démonstration assez schématique, mais cette manière de voir les choses est ce que j’ai retenu du marxisme quand je m’y suis intéressé, il y a fort longtemps. Et c’est une vision qui peut s’appliquer au monde d’aujourd’hui. On est en effet surpris, en lisant le Talon de Fer, de l’actualité de certaines notions.

- Tu nous saoules, camarade !
- Da, da, tovarichtchi ! Je ne vais pas vous raconter tout le bouquin et vous pondre « le marxisme-léninisme pour les nuls », seulement vous fournir quelques exemples :

London relate, et avec plusieurs années d’avance, une guerre qui éclate(ra) entre la France, soutenue par les USA, et l’Allemagne. En 1914 exactement. Ça, c’est bien vu, bien prévu. Bon, ensuite la guerre s’arrête sous la pression des organisations socialistes internationalistes des deux pays, fraternisant aux dépends de leurs chefs ; on sait que ça ne s’est pas passé ainsi dans la réalité. Il décrit aussi l’hégémonie de l’Empire japonais sur le continent asiatique, et le phagocytage du Brésil par les puissances financières américaines, faisant de ce pays l’exemple du colonialisme à grande échelle. Ainsi que les trusts, groupes d’intérêts causés par l’agglutination de grandes entreprises afin de renforcer leur puissance, et le cynisme de ces holdings qui mettent tout en œuvre pour détruire ou absorber les entreprises plus faibles. Tout ceci rappelle étrangement l’histoire économique du XXe siècle, et même du nôtre.

D’un autre côté, et c’est le cas aussi bien des prévisions des astrologues que des œuvres prospectives quand on les lit après coup, certains pronostics apparaissent comme totalement délirants. Mais on peut pardonner à London, comme à Wells, qu’il cite d’ailleurs, à Jules Vernes, à Hergé, à A.C. Clarke, à Barjavel, de s’être un peu gourés. Qui aurait prédit, il y a vingt-cinq ans, l’importance et les implications d’internet dans notre vie de tous les jours ? On aurait plutôt misé alors sur les voitures volantes, les voyages touristiques sur la lune, ou les Etats-Unis d’Europe.

L’auteur prévoit l’émergence d’une puissance de classe, celle qui donne son titre au roman, et qu’il nomme l’Oligarchie, qui fait tout pour contrecarrer l’avènement inéluctable de la dictature du prolétariat. En faisant alliance avec une bourgeoisie composée de petits entrepreneurs et de « sociaux-traitres », elle instaure un système de plus en plus sévère et aboutit à un régime rappelant beaucoup le fascisme et le nazisme. Le combat trouve son point d’orgue dans la révolte de Chicago, très inspiré de la Commune de Paris, que Marx décrivait comme un événement majeur de la lutte des classes.

Jack London ne peut s’empêcher, en marge de son plaidoyer politique, de nous entraîner au Far-West. Dans l’épisode qui suit la fuite des deux héros, il leur trouve un refuge dans un trou de verdure en Californie, et on retrouve quelques temps l’atmosphère de ses romans d’aventure.

Ce qu’il y a de désespérant dans le livre, c’est que l’arrivée de l’âge d’or prendra quatre siècles. Quatre siècles de lutte sur lesquels il n’est pas dit grand-chose, l’essentiel de l’action s’étalant sur trente années, celles où le journal a été écrit. Les prolétaires seront quand même bien récompensés de cette longue attente, puisque fleurissent dans l’Amérique du XXIVe siècle de splendides cités qui font pâlir les antiques Babylone, Athènes, et Rome. Où tout le monde vit dans le bonheur en sifflotant l’Internationale en se rendant au boulot.

Bon, il y aurait bien davantage à dire sur ce livre, mais comme tout le monde s’endort, je ne peux qu’inciter les lecteurs courageux qui sont parvenus jusqu’ici à en faire l’acquisition… gratuite !
_________________
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PostPosted: Thu 30 Oct - 12:18 (2014)    Post subject: Publicité

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albert
vocable éloquent

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Joined: 13 Apr 2016
Posts: 19
Localisation: albertville
Masculin Lion (24juil-23aoû)

PostPosted: Sun 1 May - 16:45 (2016)    Post subject: critique du Talon de fer par Albert Reply with quote

Le Talon de fer est un livre d'actualité écrit en 1907. Il faut le lire aujourd'hui comme on devrait relire Karl Marx qui a inspiré le roman de jack London. Mais ! A quoi assistons nous aujourd'hui sinon au scénario actualisé du livre de Jack London. Où en sommes nous aujourd'hui ?
Une bonne démarche intellectuelle consiste aujourd'hui à : allez voir le film "Merci patron", à relire Emile Zola (éventuellement les Misérables de Victor Hugo et notamment les pages du roman consacrées par Hugo à l'économie politique) puis à lire le Talon de fer. Après ces bonnes et saines lectures, on peut aller sereinement passer la nuit dehors ...debout !
Bien à vous
ps1 : j' ai offert mon exemplaire du Talon de fer préfaçé par Paul Vaillant Couturier (résistant communiste fusillé par les Nazi Allemands) Il est parti au Canada. un livre est fait pour voyager.
ps2 : j'allais oublier de vous recommander de lire "la dynastie des Suderland Beauclair" de Vintila Corbul (aux presses de la cité) Vous aimerez mieux votre banque. c'est une histoire d'amour...de l'argent !
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PostPosted: Today at 03:00 (2019)    Post subject: Le talon de fer

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