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Les textes du jeu N0°112

 
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danielle
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Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Sun 21 Sep - 23:51 (2014)    Post subject: Les textes du jeu N0°112 Reply with quote

La Fable du Chaton Mignon

Il était une fois au Royaume des chats
Un chaton tout mignon, digne des vidéos
Egayant Internet et remplissant parfois
Nos bien mornes journées s’étirant au bureau.
Ce si joli chaton était un polisson
Rusé, silencieux et noir comme la nuit.
Il se glissait sans bruit dans l’ombre des maisons
Y dérobait tout ce qui lui faisait envie :
Crème, lait, pain d’épice ou poissons odorants,
Et repartait chaque fois sans être inquiété.
Mais pour lui ce jeu là n’était pas bien marrant.
Il avait le cœur gros car en réalité
C’était la MèrMichèle qui lui ordonnait
De voler ces mets et de les lui rapporter
A l’heure du souper tous les soirs de l’année.
Voilà la bien triste destinée supportée
Par les petits chatons qui n’ont pas de parents.
L’un finira en nems, l’autre en canard laqué,
Rare est celui qui trouve un foyer rassurant
Et piquer est toujours mieux que d’être piqué.

Un soir que, fatigué, notre cambrioleur
Rentrait chez lui chargé de bonnes provisions
Il lui fut reproché qu’il n’était pas à l’heure.
L’émission commençait à la télévision
Or la matrone qui n’avait pas le Replay
Etait fort irritée, n’ayant pas pu souper.
« Garnement, chenapan, veux-tu bien s’il-te-plait
M’expliquer le pourquoi de ce repas loupé ? »
Lui hurla la mégère à l’haleine fétide.
Notre Maître Chaton n’était pas très loquace,
(Vu que c’était un chat) mais craignant l’homicide
Il se fendit d’une remarque perspicace.
« MèrMichèle, veux-tu que je sois ponctuel ?
Dans ce cas je te prie de vouloir me prêter
Cette montre à gousset. Remplir ton écuelle
A l’heure me sera ainsi facilité. »
Elle vit qu’il désignait l’objet de convoitise
Pendu à son gros cou plissé comme une prune
Et aussitôt chercha quel genre de bêtise
Il pourrait faire avec. Mais n’en voyant aucune
Elle accepta enfin de lui donner la chose.
Le lendemain matin voilà donc l’animal
Qui s’en va pourvu et fier dans le matin rose,
Jurant de respecter l’horaire maximal.

La chaîne était trop longue et il fit plusieurs tours
Pour fixer à son cou le pendule doré.
Cependant qu’il marchait, arrangeant ses atours,
Il faillit de très peu se faire dévorer
Par le chien du voisin, tout distrait qu’il était.
Il grimpa aussitôt pour se mettre à l’abri
Sur un gros marronnier. Mais alors qu’il sautait
Sur une haute branche, la chaîne se prit
Dans le feuillage épais et il resta coincé.
Rien à faire : il eût beau s’échiner et tirer
Impossible de s’en déloger. Le basset
Du voisin Lustucru finit par se lasser.
Ainsi resta bloqué pendant une journée
Notre pauvre chaton. Il avait beau miauler
Personne n’entendait et le jour déclinait.
Quand la nuit venue il parvint à démêler
Les nœuds qui l’entravaient, las ! , l’heure du souper
Etait bien dépassée. Descendant de son tronc
Il songea qu’il allait se faire découper
En aiguillettes et jeter dans le chaudron
De la MèrMichèle. Pour tenter d’apaiser
Le courroux redouté, il s’en fut dérober
Chez le PèrLustucru quelques fûts de rosé
Qu’il y savait cachés : la matrone imbibée
Etait moins énervée. Mais à peine fut-il
Entré par la fenêtre, que Maître Basset
Entendit le tic-tac de la montre inutile.
Sitôt il se jeta sur le chat au gousset.
Cependant attendri par l’âge de sa proie
Il s’en vint déposer le chaton plein d’effroi
Aux pieds de son maître. L’homme plein de surprise
Décida aussitôt de garder les deux prises.

Depuis la croyance dévoyée est restée
Que voir un chat noir est présage de malheur.
Mais ceci est faux et je peux vous attester
Que la vraie maxime est : Chat noir porte mal l’heure !




Chocolat Noir

Alors que je n'étais âgée que d'une dizaine d'années, je réussis à avoir mes parents à l'usure. J'allais avoir un chaton, quelle chance ! Une famille de fermiers voisine allait accueillir une portée pour le printemps. L'attente des dernières semaines fit place à une joie intense lorsqu’enfin les chatons montrèrent le bout de leur nez.
Le placement des chatons dans différentes familles avait été organisé. Enfin, notre tour arriva. Nous allâmes en famille chercher cette petite boule de poils que j'avais tant espérée. Lorsqu'on nous permit d'entrer dans le garage, je distinguai deux formes au fond de celui-ci, dans un panier. La propriétaire nous proposa de nous approcher de la porte afin de pouvoir caresser notre petit chat. Ma mère, derrière moi, laissa échapper un son qui traduisait la surprise et la méfiance. Notre nouveau compagnon était noir, tout noir.
Nous rentrâmes chez nous. Pour ma part, j'étais tellement contente d'avoir ce petit animal qui réclamait caresses et chaleur que je ne remarquai pas la moue dubitative de ma mère qui l'observait. Le lundi suivant, lorsque j'arrivai à l’école je m'empressai de raconter à mes copines que la famille s'était agrandie pendant le week end. Je fus surprise de leur réaction. Certaines me disaient que je n'aurai pas dû accepter un chat noir car cela porte malheur.
En rentrant à la maison, après mes devoirs, j'allai à la bibliothèque afin de rechercher des éléments qui pourraient me rassurer. Je trouvai différents ouvrages sous la forme de contes et légendes ou des livres illustrés sur la vie des chats. Dans les encyclopédies, je ne trouvai aucun écrit corroborant leurs dires. Je compris que les légendes du moyen âge ancrées dans l'inconscient collectif avaient encore de belles années devant elles. A contrario, ce chat que j'avais appelé Chocolat, fut un peu mon porte bonheur. Il semblait ressentir ma détresse et venait m'apaiser de ses ronronnements.Il avait juste une habitude très bizarre et que nous ne nous sommes jamais expliqués : il adorait la salade verte en sauce. Curieux pour un chat ! On pouvait alors acheter des vestes des Pyrénées en laine épaisse, équipées de gros boutons en bois. Cette laine grattait mais elle tenait chaud. Et bien, il faut croire, que Chocolat avait le goût des choses authentiques car il léchait les boutons de bois. Lorsque je reprenais ma veste toute humide aux boutonnières, je le maudissait. Cette manie bizarre, le rendait-elle menaçant pour autant ? Je ne le crois pas. Ce gentil matou a fait mon bonheur de petite fille. Les superstitions sur les chats noirs persistent à la mesure du crédit qu'on leur accorde. Chocolat, en a été la parfaite démonstration...




La rue du chat qui veille
La rue du chat qui dort


Dans ce village, il est
Deux rues bien différentes,
Tu peux le constater
Quand la lune est absente :
Plus de cent réverbères
Eclairent chaque nuit
De ces rues la première.
La seconde est un puits
Sans fond où l’on trébuche
Et se tord les chevilles,
Guetté par les embûches
Qui, dit-on, y fourmillent.
Mais il faut que je dise
Que la sombre venelle
Conduit droit à l’église.
Mis à part à Noël,
Diurnes sont les offices
Si bien qu’un éclairage
Serait un sacrifice
Coûteux pour ce village.
Les gens ne voudraient pas
-Même les plus dévots -
Que ces lumières-là
Augmentent leurs impôts.

Toute la nuit durant,
Deux chats règnent en maîtres
Et le matin venant,
On les voit disparaître.
Chat Veillant est tout blanc
Tandis que chat qui dort,
Appelé Chat Dormant,
Est noir comme la mort.
Chat Veillant veille au grain
Dans la rue éclairée.
Dans l’autre, on ne voit rien,
Chat Qui Dort rêve en paix.

Mais voilà qu’une nuit,
Un malfrat vient rôder,
Se glisser jusqu’à l’huis
Qu’on ne ferme jamais.
Il s’intéresse alors
Aux objets liturgiques :
Croix, ostensoir en or,
Icônes magnifiques,
Antiphonaire ancien
Qui chante les beautés
Des psaumes grégoriens,
Missels et chapelets,
Goupillons et burettes,
Peignes et scapulaires,
Sébiles et clochettes,
Calices et bannières
Rejoignent son couffin.
Il l’emplit jusqu’au bord
Puis se met en chemin
Au prix de gros efforts.
Mais, dans l’obscurité,
Heurte Chat Endormi.
(Comment donc repérer
Un chat noir dans la nuit ?)
Il tombe et son butin,
Tout tintinnabulant,
S’en retourne au lieu saint.
Paniquant, le brigand
Court comme un dératé,
S’en va chez Chat Veillant
Qui interdit l’accès.
L’animal est si blanc
Que l’homme est ébloui :
Une blancheur parfaite,
Incroyable, inouïe !
Mais, sur ces entrefaites,
Les paroissiens accourent,
En armes jusqu’aux dents,
En un clin d’œil, entourent
Cet être malfaisant
Qui ne peut plus s’enfuir.

Et c’est depuis ce temps,
Pour bien se souvenir,
Que l’on va répétant
Qu’il ne faut pas croiser
Un chat blanc ou bien noir
Si l’on veut se garder
De voir mourir l’espoir
Et régner le malheur.

Mais, pour autant, doit-on
S’enfermer dans l’erreur
Si l’on a vocation
A piller les églises ?
Certes non, nous devons
Agir à notre guise,
Ces objets serviront :
Pour qu’un soleil cruel
Ne blesse plus ta peau
Qui rougit et qui pèle,
S’en va en longs lambeaux
Sur la plage, en été,
Un bel ombrellino,
Si tu sais bien chercher,
Voilà ce qu’il te faut.
Dérobe une soutane
Pour quelque bal masqué,
C’est le costume idoine
Lorsque tu veux draguer.
Un vase d’ablution
Séduit l’hôte et l’hôtesse
Un soir de réveillon
Quand, plein de vin de messe,
Il s’invite à la table.
L’ostensoir deviendra
-Il en est fort capable -
Un beau dessous de plat.
Pour épicer un mets
Très raisonnablement,
L’encensoir est parfait.
Fort astucieusement,
Le seau à eau bénite
Rafraîchira les vins.
Si, par chance, les mites
N’en font pas un festin,
Chasubles et cordons
Seront des nappes honnêtes,
De meilleure façon
Que celles qu’on achète.

Et les chats, dans tout ça,
On les a oubliés !
Superstitieux ou pas,
Nous ne prenons jamais
Assez de précautions.
Empêchons-les de nuire
Voici ma solution :

Bien mieux vaut les occire.





NAITRE CHAT NOIR PORTE MALHEUR !

Un chat noir fit irruption dans notre vie, surgi inopinément. Non, il ne croisait pas notre route, il y avait été conduit par une amie compatissante, qui à tort ou à raison, jugea que nous nous révèlerions être pour lui des compagnons incontournables.
Lorsqu’elle nous l’apporta un soir d’été, récupéré sur une place de marché, à peine plus gros qu’une boule de jais, nous étions restés perplexes. En effet, nous avions invité cette amie à déjeuner pour le lendemain. Grosse bulle interrogative dans mon cerveau lorsque je lui ouvris la porte ce soir-là et qu’elle s’élança vers moi. « Non, je ne me suis pas trompée de jour ni d’heure ! » dit-elle en riant. « J’ai un cadeau pour vous, enfin …si vous voulez bien l’accepter ! ».
Comment refuser ? Le chaton était craquant et nous, pas superstitieux (il est bien connu que cela porte malheur…). Depuis ce jour, au fil des années, il nous suit ou nous attend, au gré de nos aller-venues et de nos déplacements.
Il connut pourtant divers malheurs : d’abord celui de naître nulle part, abandonné au gré du vent, puis, une fois pris en charge par nous, de ne pas supporter de se faire vacciner : son corps y répugnait. Son départ dans la vie semblait décidément chaotique et il nous fallut le soigner, avec force yoghourts administrés à la cuiller. Plus tard, une pneumonie le saisit et les antibiotiques se révélèrent problématiques. Nous commencions à nous accoutumer et à réaliser combien notre chaton, dans son malheur, avait eu de chance de nous trouver. Mais ses difficultés ne s’arrêtèrent pas là car dès la fin de l’hiver, il dut apprendre à se battre pour affirmer son territoire, confronté à d’autres félins, moins noirs de poil que lui mais agressifs comme des diables ! Alors il s’adapta et face à l’adversité contre plus gros que lui, apprit à se dresser en maître de sa destinée.
Un autre accident malheureux conclut sa première année. Rentrant un soir la voiture dans le garage, je heurtai notre chat qui avait inconsidérément bondi devant la roue avant gauche. Le vétérinaire consulté en urgence me rassura : « Rien de grave : un chat a neuf vies, celle-ci est sa seconde. Une bêtise similaire m’est arrivée l’année dernière. Donc ne culpabilisez pas ! ». Depuis, comme à toute chose malheur est bon selon l’adage, notre chat se garda des voitures comme de la peste…
Décidément mal né, la vie manifestement lui en voulait. Pour son bonheur, il nous avait trouvés, soucieux de conjurer le mauvais sort qui semblait l’avoir frappé.
Il se fit malin en diable, et prit goût à l’indépendance, se promenant à sa guise et répondant assez mal aux injonctions. Chasseur, il fit le malheur de bon nombre de mulots, musaraignes, et d’oiseaux. Joueur, il a aimé batifoler, se muant sans transition de sphinx noir pensif sur le vert de la prairie, en vive panthère, pour se propulser d’un bond, tel un envol, et sauter de branche en branche dans les arbres.
L’âge venant, il s’est assagi, privilégiant la somnolence sur une pierre chauffée par le soleil ou, quand le temps fraichit, choisissant de se pelotonner sur le canapé où nous sommes assis. Et ainsi depuis quatorze ans, bonheur et malheur, nous les avons conjugués, chacun de nous vivant sa vie, sans autre forme de procès.
Car, j’en témoigne, naître chat noir n’est pas toujours chose aisée ! Et peut se révéler de triste augure pour le malheureux animal, sauf si, par bonheur, il croise quelque bonne âme à l’abri des superstitions pour se faire câliner !
Chat noir

Il était une fois, une vieille femme qui vivait seule dans une région reculée des Ardennes. Les gens ne s'approchaient de sa chaumière que lorsqu'ils avaient besoin de ses services. On la disait sorcière car elle connaissait les herbes et avait le don de remettre en place les épaules démises, les genoux déboîtés et de faire passer les fièvres, les coliques, les mauvaises toux et il arrivait aussi-se chuchotait-il sous les manteaux- qu'elle devînt faiseuse d'anges. Ses visiteurs repartaient immanquablement soulagés ou guéris, et sa réputation se répandit bientôt à des lieues à la ronde.
Or, un jour, arriva dans un carrosse portant gravées les armoiries du seigneur du comté, une jeune châtelaine en larmes et tordue de douleur. Elle perdait tant de sang que ses trois jupons blancs en étaient imbibés et qu'elle laissait tomber derrière elle des gouttes écarlates qui constellèrent le seuil lorsqu'elle le franchit. C'est alors que surgit de l'ombre un gigantesque chat noir qui renifla le sang et se mit à le lécher en miaulant tristement. L'apercevant, la vieille sursauta et cria : « Va-t-en, tu es le Démon! Je t'ai vu dans mes rêves, tu annonces la mort ! »La vieille eut beau le chasser à coups de pieds et de balai, le grand chat revint au seuil et resta immobile pendant tout le temps que la vieille passa à panser la jeune femme qui semblait avoir été rouée de coups violents, et à imposer ses longues mains fermes sur le ventre et les membres meurtris, en prononçant des paroles incompréhensibles d'une voix pleine de révolte et de colère. Rien n'y fit... Le Malheur était arrivé jusqu'à la porte. On ramena en hâte un corps sans vie jusqu'au château où l'attendait un époux sombre et brutal qui, l'œil sec et la voix tonnante, ordonna à ses serviteurs de préparer la couche mortuaire. Pendant ce temps, le chat noir se hissa jusqu'à la fenêtre de la chambre et y resta immobile. Dans la nuit, résonnèrent des miaulements si forts et si déchirants qu'on eût pu croire qu'il s'agissait des cris d'un homme qui se mourait d'amour et de désespoir. « Faites taire ce chat de malheur ! » ordonna le seigneur fort courroucé. Mais l'étrange chat échappa à la poursuite des valets.
Aussitôt, la nouvelle de la mort brutale de la jeune et belle épouse du seigneur rentré à l'improviste de la Croisade, se répandit dans les alentours. Chacun se souvint qu'à la nuit tombante, au moment où, précédés de peu par le son vibrant des trompettes, ils arrivaient au pied du donjon, le seigneur et sa suite avaient croisé un énorme chat noir qui avait plongé du haut de la muraille pour disparaître dans l'ombre des douves. Pour tous les témoins, l'apparition surprenante de ce chat, aussi grand qu'un homme et aussi sombre que le diable, avait été effrayante et fantastique. A l'aube, on découvrit un splendide chat au poil luisant comme l'ébène, mort entre les bras de la belle, la tête au doux pelage reposant amoureusement sur son sein blanc. « C'est le Mal qui s'est couché sur son corps ! s'écria le seigneur. Faites-le disparaître ! ».
Mais tous les efforts furent vains : les bras de la dame enserraient si fort le corps du chat qu'il fut impossible de les séparer. Aussi dut-on ensevelir ensemble les deux êtres enlacés à jamais.
C'est du moins la légende que l'on raconte dans la région où l'on ne croit plus aux sorcières depuis longtemps, mais où l'on continue à considérer les chats noirs croisés en chemin comme des suppôts du Malin et des messagers du Malheur.

Chapeau !

–Restez assis, proposa le paysan, les bras chargés d'un fagot. Je vous apporte la soupe. Elle ravivera vos entrailles gelées.
–Je suis déjà réchauffé et dois rejoindre mon maître à Montfort. Il rentre de Cordoue d'où il ramène son cuir.
Monsieur Fer, seul vilain vivant de la vallée du Vièvre après que la peste s'est invitée pour la Noël, alla poser son tas de branchages près de l'âtre qui couvait. Il jeta des brindilles dans le restant de braises. De plaisir, le feu crépita, puis lança des flammèches vers l'hôte qui ajustait son manteau à capuchon.
–Ce terrible froid n'est pas habituel en cette saison. Pas étonnant qu'il vous ait surpris durant votre trajet. Vous tentez la mort à vouloir repartir, prévint-il pendant que l'apprenti cordouannier accrochait sa besace en bandoulière, d'un air décidé.
–Je suis déjà mourant.
Fer détailla le blondinet de la tête aux pieds.
–Vous me semblez fort bien portant, le teint frais et les joues grasses. Mais prenez ce couvre-pied, ajouta-t-il en lui tendant une fourrure noire.
Le jeune homme la saisit, la coinça en boule sous le bras et chuchota :
–Je l'étais jusqu'à présent, mais me sens affaibli. Le mauvais sort m'a choisi. Un chat noir m'est passé devant tout à l'heure.
–Vous n'êtes pas sérieux ! Si, vous l'êtes ? s'étonna le vieux devant sa mine déconfite.
–En ville, les hommes disent avoir vu des gens mourir pour en avoir croisé. Les sorcières apprécient leur compagnie, avez-vous de telles abominations dans la vallée ? Ah, mon Dieu ! Le voilà qui lorgne au carreau !
Alors que le cordouannier, paniqué, se plaquait contre le mur opposé, le vieux ouvrit la fenêtre, laissa entrer l'animal en même temps qu'une brise glaciale. Le monstre fila se cacher près du lit sous les cris de l'inconnu.
–Vous accueillez l'enfer sous votre toit ! s'étrangla le jeune en se signant trois fois.
–Calmez-vous, il s'agit de Lucie.
–Je ne resterai pas une minute de plus dans cette maison !
L'apprenti se précipita vers la sortie.
–Restez ! supplia le vieil homme. Attendez qu'octobre reprenne ses droits.
–C'est cette bête qui a fait venir l'hiver !
–Non, la faute à Eyjafjöll !
–Qui ça ?
–Un volcan Islandais qui crache ses cendres. Poussées par les vents jusqu'au dessus de chez nous, elles empêchent le soleil de réchauffer nos terres.
–Où allez-vous chercher pareilles idioties ! Dieu nous abandonne puisque nous laissons Satan prendre ses aises. Il faut lapider votre carne, immoler tous ces suppôts.
–Ne touchez pas à Lucie ! Elle me tient compagnie depuis le décès de ma femme.
Outré par ses propos, l'hôte ouvrit la porte à la volée et s'égosilla avant de détaler :
–Vous nourrissez le diable, vous méritez le bûcher ! Je pars vous dénoncer à l'abbé.
–Le seul monstre que je choie se nourrit de rats, hurla le vieux en le regardant disparaitre dans la brume mortelle.


–D'où venez-vous ? S'enquit, inquiet, l'abbé du Bec-Hellouin.
–La f-ferme du Vièvre, bégaya l'apprenti tant il tremblait et claquait des dents.
–Celle de feu Lucie Fer ? Vous devez vous tromper. Le seigneur a réduit la ferme et ses vilains en cendres parce que cette Lucie pratiquait la sorcellerie. Deux matous hantent la vallée aujourd'hui. C'est cette fourrure qui vous a protégé du froid. Sans elle, vous seriez passé de vie à trépas. Mais, c'est du chat ! se révulsa l'abbé après l'avoir effleurée du doigt. Jetez-moi cette horreur !
Quand elle toucha terre, la peau prit vie et s'enfuit...
L'apprenti clame depuis à qui veut l'entendre que croiser un chat noir porte chance.

Bonheur des uns, malheur des autres.

C’était le dernier de la portée. Aurais-je eu d’autre choix que j’aurais sans nul doute opté pour la flamboyance d’un rouquin, ou la blancheur même mal léchée d’une minette en habit de Pouf, ce héros de mes lectures d’enfance. Ne restait que Noiraud : une boule de suie, luisante comme un éclat de bistre, enchâssée des gemmes glauques d’iris teintés d’émeraude. Laissé pour compte, le matou cumulait les vices, depuis la nuance du pelage à celle, maléfique, du regard, et son vendeur le savait bien. Il me fit donc un prix auquel je ne sus résister, en dépit des sèches mises en garde dont m’avait abreuvé mon amie : qu’avions-nous donc à faire d’un chat ? Puis, me voyant décidé, « Comme tu voudras, mais en tout cas, pas de chat noir ! » À l’en croire, la réputation de ceux-là, qui compagnonnaient jadis les sorcières, trouvait assurément sa source dans quelque ancestrale vérité. Mais au fond du panier, le vainqueur d’Apophis me parut sans malice, l’innocence incarnée. Je craquai.
À peine sorti de chez l’éleveur, mon greffier sous le bras, je vis le doux été indien prédit par la chaîne météo s’affubler de peintures de guerre. Le ciel se charbonna et se mit à cracher, expectorant des billes de grêle qui me griffèrent de leur dégelée. Dans mon giron, mon petit protégé s’agrippait de son mieux, fronçant son minuscule museau sous les gifles glacées. Pour nous offrir abri, je progressais longeant les murs, faufilant notre duo sous les échafaudages de façades en travaux. Alors que je baissais le front pour ne pas me cogner aux montants d’une échelle, une fourgonnette nous dépassa fendant l’eau sale des flaques. La gerbe d’éclaboussures me trempa de pied en cap. Quand j’atteignis mon domicile, une demi-heure plus tard, je ressentais déjà les premiers signes du rhume.
Dans l’entrée, j’abandonnai mon parapluie grand ouvert pour qu’il pût sécher, mon chapeau sur le lit de repos, puis stoppai net en découvrant le fort mauvais augure d’une longue traînée d’humidité qui poissait mon parquet. Je reconnus, filtrant de la salle de bain, le feulement caractéristique d’une canalisation crevée, et me précipitai pour juger des dégâts. Deux bonds me propulsèrent en direction des sanitaires, si hâtifs et désordonnés que ma veste accrocha le plateau d’une console, projetant à terre quelques bibelots, mon jeu de tarot. Je dérapai sur l’as de pique. Tentai en vain de me rattraper, ma main quêtant l’appui du mur. Dans mon geste, je heurtai le miroir qui bondit de son clou et explosa au sol. Ce fut à ce moment que Julia jaillit de la chambre, tirée de sa grasse matinée par l’effroyable tintamarre, tandis que Noiraud, affolé, cherchait refuge sous les franges d’un crapaud. Deux paires d’yeux horrifiés contemplèrent le désastre, glissèrent sur moi puis, se trouvant, se nouèrent dans un âpre bras de fer. Julia cilla. Tout hérissée, la moue revêche, elle tourna les talons sans un mot ni même m’aider à me relever. Une interprétation parfaite de la dignité outragée, légèrement compromise par son string léopard et son T-shirt Mickey. Depuis l’auvent du fauteuil bas, Noiraud éternua, « Pouah ! » et cligna dans ma direction.
–Tu sais quoi, mon pote ? murmurai-je, « cette légende des chats noirs, ce n’est jamais qu’affaire de mauvaises fréquentations. Pas de chance pour elle mais ce coup-ci, je m’en vais virer la sorcière ! » Ronronnant, le chaton trottina vers moi.



Le filou félin

C’était peu avant ma vingtième année. Je revenais de deux saisons d’apprentissage chez un maître-forgeron d’un bourg voisin. L’on ne m’y avait guère laissé de temps pour flâner, et encore moins prendre des nouvelles de mes proches ou ma ville. J’avais été fort surpris de voir notre seigneur fébrile comme un enfant à la vue d’un simple chat, lui qui m’avait semblé à mon départ capable d’assommer un bœuf d’un coup de poing. Il avait, où n’était-ce que mensonge, ordonné à ses gardes de précipiter tous les chats noirs du haut de la plus haute tour du dongeon, et ce me semblait un caprice d’enfant plutôt qu’une décision d’homme fait. Le bandeau sur son œil droit était aussi une nouveauté pour moi.
– Mestre Pyssole, je n’avais encore vu notre bon seigneur depuis mon retour… Pouvez-vous m’expliquer ce qui lui est arrivé ?
– Je vois que tu as travaillé dur… Tous les enfants du royaume savent ce qui est arrivé à Trystan le colosse. Ou devrais-je dire, Trystan le pleutre ?...
– Mestre Pyssole !
– Et bien quoi ? Nous avons besoin d’un homme fort pour nous défendre contre les Tartaldjot et les Patéguomè !
–Mais qu’est-ce qui a bien pu le mettre dans cet état ?
– Une simple lance de tournoi…
– Notre Trystan a participé à un tournoi ?
–Tu as vraiment travaillé dur… Le roi a marié sa fille juste avant les moissons. Notre seigneur a participé aux joutes avec son plus beau palefroi. Hélas, juste avant la finale, la sangle d’appui du pied gauche de son adversaire s’est déliée. Il a perdu l’équilibre et légèrement relevé sa lance qui est venue se ficher profondément dans l’œil de notre seigneur.
–Notre seigneur n’avait pas son casque ?
– Que nenni, et ce parce qu’au banquet de la veille, de jeunes chevaliers saouls avaient pissé dedans pour le blaguer. Il a alors prétendu n’en avoir pas besoin.
–Mais… Comment la perte d’œil a-il-pu lui faire perdre la raison au point de craindre de simples matous ?
–La raison, il l’a perdu parce que la lance ne s’est malheureusement pas arrêtée à l’œil… Quant au chat, c’est bien un reste d’esprit qui les lui fait honnir… Trystan affrontait lors de cette sinistre joute le Seigneur de Dantzig dont le blason est…
– Un chat noir sur fond ocre !
– Voilà… Il a promis quatre sous la dépouille de chat. L’on vient de jusqu’en Farfadouille pour livrer des pleines charrettes de chats morts. Le grand argentier a dit au doyen qu’il les faisait brûler en haut du dongeon mais je n’y ai jamais vu de fumée. Quant au page de Odilon de Dantzig, celui-ci l’a fait écarteler pour avoir mal sanglé sa monture, mais ça ne l’empêche pas d’avoir par deux fois laissé les Tartaldjot piller les récoltes d’un fief vassal du nord. Les temps s’annoncent sombre mon fidèle apprenti… Si tu peux encore attraper quelques chats… En espérant qu’ils te portent moins malheur qu’à notre fol maître…


LA FORET DE GAIA

Il y a de cela 2500 ans, vivaient dans la forêt de Gaïa dix mille créatures. Elles vivaient toutes en parfaire cohésion et harmonie. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui une telle osmose. Pourtant, quand on cherche au plus profond de nous-mêmes, des images défilent sous nos yeux ébahis, comme des souvenirs de vies antérieures, bien avant la naissance de Jésus-Christ. Des couleurs, des formes et des odeurs muent dans nos têtes comme des bribes de l’Histoire de l’Humanité ou, plutôt, comme des pans de l’Histoire de la Vie et du Monde.
A l’époque, la forêt de Gaïa rayonnait de son Aura. La Terre-Mère - généreuse, d’une beauté sans égal, cadette d’Hélios, dieu du Soleil - veillait avec amour sur tous ses habitants. La Vie était respectée, comme un pouvoir sacré, hérité de générations en générations. Parfois, les autochtones de la forêt offraient à Gaïa un être vivant. Pour le sacrifié, être tué revenait à revenir dans le ventre de la Terre-Mère. « Dans le Monde, tout se meut et se transforme » ; cette devise était connue de tous. Le plus souvent, on offrait aux défunts un corps de cheval (fréquemment, un étalon) afin que leurs âmes puissent aller plus facilement vers le Valhalla, guidées par la force et la puissance de l’animal vénéré.
« Connais-toi toi-même, Contrôle-toi toi-même, Elève-toi toi-même » résonne comme le podest de cette civilisation aujourd’hui à jamais engloutie. Les habitants avaient ensuite créé un code avec les premières lettres de ces mots afin de pouvoir répéter ces paroles à loisir sans s’en lasser: « C.T.T.M., C.T.T.M., E.T.T.M. »
Un soir de sacrifice, on avait posé le corps d´un cheval sur la tombe de Noé, un enfant de neuf ans. Le lendemain matin, les habitants s’étaient rendus sur le tombeau afin d’y déposer d´autres offrandes. Mais en arrivant sur les lieux, ils surprirent trois chats noirs en train de se partager les corps du cheval et de l’enfant à coups de crocs. Les chats lancèrent un regard noir perçant aux Hommes et ceux-ci prirent immédiatement la fuite. Selon les croyances de la forêt de Gaïa, si l´animal porté en offrande est profané, le corps du défunt ne pourra jamais rejoindre les cieux éternels et reposer en paix. Depuis ce jour funeste, on attribue aux chats noirs un don maléfique, ils sont signe de profanation et de malheur.
Mais une autre histoire, presque semblable à une légende, contredit la précédente. On ne sait aujourd´hui laquelle des deux histoires est antérieure à l´autre. Les siècles qui se sont écoulés depuis ont effacé les repères chronologiques.
Un matin, deux enfants se promenaient dans la forêt. Ils couraient et jouaient sans se soucier ni du temps qui passe, ni du chemin qu´ils empruntaient. Le territoire de Gaïa était réputé sans dangers. Pourtant, ce matin-là, ces deux-là faillirent perdre la vie. Un orage et une tempête violente éclatèrent, et les deux marmots ne pouvaient se cacher nulle part. C´est là qu´intervient dans l´histoire Monsieur le Chat Noir, nommé ainsi à la suite de sa bonne action. Il passait par là et, sitôt qu´il vit les enfants, il leur proposa le gîte. Il disposait en effet d´une cabane confortable située sur le plus vieux chêne de la forêt. Il y accueillit les enfants et lorsque la tempête fut passée, les bambins se précipitèrent chez eux et racontèrent toute l´histoire, qui s´est transmise oralement de générations en générations.
Voilà donc pourquoi aujourd´hui, le chat est perçu comme porte bonheur ou porte malheur, selon tout un chacun.

Miaou


Dans la paisible maison de retraite des Bleuets, Mr Chamel rend visite à sa belle-mère, Mme Tot. Celle-ci dort paisiblement.
Sous son lit, un petit chat noir, roulé en boule, lui tient compagnie.
Le visiteur tente de le caresser, aussitôt le félin déguerpit, laissant les deux personnes en tête-à-tête.
Trois jours plus tard, madame Tot s'éteint dans son sommeil.
Puis, durant plusieurs jours, le félin ne se manifeste plus. Il réapparait sous la bibliothèque de Mme Rose, bizarrement elle aussi pousse son dernier soupir quelques heures plus tard.
Le personnel pense tout d'abord à une coïncidence.
L'histoire se répète pour Mr Colinna et Mme Poussieux. Là encore, des miaulements ont été entendus dans les chambres.
Un mal-être s'installe, surtout quand les occupants se rendent compte que chaque mort durant le dernier mois était précédé par la visite du mystérieux chat noir.
Le week-end suivant, c'est le tour de Mme Tourelle et du Général Rodrigues d'accueillir l'animal en question.
Le doute laisse place à la peur. On décide de fermer les portes et les fenêtres des chambres.
Cette fois, le félin est aperçu grattant contre la porte de Madame Kléber. Là aussi, elle s'éteint trois jours plus tard.
Durant un déjeuner, le chat décide de rendre une courte visite aux convives. Dès qu'il pénètre dans la salle à manger, un silence total s'installe. A qui va-t-il se frotter ?
Sur ses quatre pattes, il s'avance dans l'allée centrale, fait un tour sur soi-même et se glisse sous la table B1.
Les attablés cessent de mâcher et se mettent à prier : tous n'ont qu'une crainte, sentir un doux pelage leur caresser les jambes. Où peut-il bien être sous cette table ?
Pourtant, personne n'a le courage de regarder sous la table, ni de sortir de sa chaise, une fois le repas terminé. Soudain le chat noir file. Peut-être ne faisait-il que passer. Peut-être cette fois, il n'y aura pas de désigné.

Malheureusement, c'est bien monsieur Gerdouin, assis à cette même table B1, qui décède d'une crise cardiaque le soir même.
Les employés décident d'employer les grands moyens.
Le félin devait être chassé ou tué. Des familles commencent à retirer leurs parents de ce qu'ils appellent maintenant : les couloirs de la mort.
Les arguments avancés sont que leurs proches n'y sont plus en sécurité, que l'endroit est maudit et que le stress engendré par l'étrange animal a des répercussions sur l'état de santé des personnes âgées. Un grand journal a déjà écrit un article sur la situation, portant un coup de massue à la réputation de l'établissement.
Dorénavant c'est officiel : une prime sera versée à quiconque se débarrassera du chat noir.
Par chance, madame Jourden, directrice de l'établissement, met fin à la malédiction en garant sa Mercedes par inadvertance sur la bête.
Le félin est enterré dans le jardin.
Quelques années plus tard, le terrain est vendu à la famille Legrand. Un oranger pousse au-dessus de la sépulture du quadrupède.
C'est alors que la famille décide de cueillir les fruits de l'arbre et de les servir pour un grand diner familial.
Le lendemain, aucun membre de la famille Legrand ne se réveille. Le Samu et la police se cassent les dents sur ce mystère : aucune trace d'empoisonnement, pas de fuite de gaz.
Pourtant, en se penchant prés de l'oranger, on peut entendre un miaulement imperceptible, qui vient de sous terre.

Masqué en alezan

Du temps que les hommes s’ingéniaient à polir les pierres et à policer leurs instincts, Esprit Chafouin, sournois et ombrageux, n’en pouvait mais de supporter les sarcasmes des membres de son village. Sa maladresse quotidienne était notoire et sujette aux brocards. Elle se révélait une source inépuisable de récits lors des veillées autour du feu. La situation devenait intolérable pour son orgueil. Il fallait y remédier. Tête Malicieuse, son voisin de parcelle, avait apprivoisé un chat noir. Le félin s’était rendu familier des lieux sans éveiller la moindre hostilité contre lui. Esprit Chafouin trouva judicieux de voir en l’animal le bouc émissaire de ses malheurs et, partant, le bon moyen de détourner l’attention. Il s’efforça donc de persuader sa communauté que le chat portait la guigne. À chacune des gaucheries commises, le patte-pelu ne se trouvait-il pas, à tout coup, dans les parages ? Depuis son adoption, les récoltes n’avaient-elles pas été particulièrement mauvaises ? Son pelage sombre, symbole des ténèbres et des forces obscures, ne témoignait-il pas de sa nature maléfique ? Indubitablement, la bête était néfaste. On se rangea de son avis tant il fut éloquent. Les grognements développés apparurent même si persuasifs qu’ils connaîtront plus tard, en partie, un certain succès. Indigné, à l’aide d’ardents cris gutturaux, Tête Malicieuse excipa du caractère inoffensif de son compagnon. Mais rien n’y fit, le mistigri se retrouvait en périlleuse posture. Ses jours étaient comptés.
Le lendemain matin, l’émoi frappa le village. Le chat parcourait son territoire comme à l’accoutumée. Un détail seulement avait changé : il était devenu tout blanc. Au cours de sa promenade, il croisait des primitifs dont les visages se modifiaient à sa vue et offraient un éventail de remarquables grimaces. Esprit Chafouin, lui, en resta bouche bée, comme s’il avait surpris des mammouths appliqués à se peindre eux-mêmes sur la paroi d’une grotte. Tête Malicieuse protesta de son incompréhension. Il était interdit d’un tel sortilège. On conclut de fait au prodige. Dès lors, tout s’arrangea. Les opinions vindicatives s’adoucirent, à telle enseigne qu’on accorda un sursis au félidé. Les jours suivants, les rongeurs disparurent, le gibier abonda, le ciel étendit un dais céruléen au-dessus des têtes. Ces bienfaits furent attribués logiquement au matou, qui devint aussitôt l’objet d’un culte. Esprit Chafouin dut se résoudre à reporter son fiel sur un vulgaire corbeau. L’homme vint ensuite à résipiscence. Peu à peu, il se fit le principal thuriféraire du chat. Selon lui, rien ne portait plus chance qu’un minet, à la réflexion, surtout s’il est pâle.
Le néolithique fut fort marri de découvrir un après-midi, à la suite d’une nuée, le chat avec le poil trempé, dégoulinant et laissant apparaître par endroits, dans sa robe immaculée, un pelage couleur de jais. Il caressa le dos de l’animal et se mit à étudier la matière qui semblait le recouvrir. Soudain, il comprit la supercherie de Tête Malicieuse : il s’agissait d’un simple pigment. Pour éviter le ridicule, il décida d’escamoter, lui aussi, la réalité. Au préalable, il voulut nettoyer le fauve. Ce dernier fut prodigue, durant son ablution, en feulements et autres griffures. Esprit Chafouin crut défaillir quand, une fois la besogne achevée, il vit le maudit quadrupède habillé d’une toison rousse, laquelle avait l’air de se diluer à son tour. Il était écrit qu’il lui en ferait voir de toutes les couleurs.

Chat de braise

C'était il y a bien longtemps. À une époque où l'idée de domestiquer un animal commençait à peine à naître dans l'esprit de l'Homme.
Les femmes étaient blotties les unes contre les autres autour d'un grand feu qui projetait leurs ombres inquiétantes et mouvantes sur les parois du repaire. Non loin, dans un coin sombre, les petits dormaient sur un lit de fougères sèches, enroulés dans des peaux douces et laineuses. Un des chiens de la meute se mit à gronder. Les autres se contentèrent de lever une oreille inquiète. Les hommes les avaient acceptés parmi eux, par accord tacite, depuis qu'ils montaient une garde vigilante, protégeant ainsi la tribu d'attaques soudaines. Ils se satisfaisaient en échange des bas-morceaux de gibier qui leur étaient lancés et pour lesquels soit ils se battaient, l'un mordant à sang tout concurrent visant le même os, soit attendaient leur tour avec soumission. Certains, plus dociles que les autres, autorisaient qu'une main caressante s'attarde dans leur épaisse fourrure. On donnait à ceux-là un nom auquel ils répondaient en s'approchant avec docilité vers celui qui le prononçait.
Parfois, on voyait rôder des chats dans le voisinage. C'était de belles bêtes au pelage ocellé, à la queue touffue, aux yeux luisants de mystère, ne sortant que la nuit. Les hommes avaient commencé à les chasser pour leur fourrure chaude et légère. Farouches, ils s'éloignaient sans bruit à la moindre alerte, au moindre bruit, à la moindre ombre en mouvement. Seuls, des pièges astucieux permettaient de les capturer, plus généralement morts que vifs : on les craignait.
Le chien qui avait grogné - une petite bête rousse et musclée - se leva brusquement et se mit à courir à la poursuite d'une silhouette qui s'était introduite furtivement, s'approchant de la couche des enfants. Il y eut un feulement sauvage et prolongé. L'animal traqué ne put éviter le feu. Son pelage s'embrasa et les flammes se propagèrent à la couche de fougère qui servait de paillasse aux petits des hommes.
Quand les femmes eurent maitrisé l'incendie en l'étouffant avec les grandes peaux sur lesquelles elles étaient assises, elles ne purent que constater le drame : une créature féline carbonisée gisait au milieu des corps inertes de leurs petits.
On raconta la macabre histoire aux hommes à leur retour, puis aux autres qu'on rencontrait dans la forêt. Avec de grands gestes. Avec des grognements. Avec des mots. D'année en année. De siècle en siècle.
L'animal carbonisé se transforma bientôt en "chat noir" et le christianisme en fit une image diabolique : diable et feu convergent dans la vision de l'enfer.
C'est depuis ce temps bien lointain qu'on redoute de croiser un chat noir, qu'il surgisse de la gauche ou de la droite : vade retro, Satana !

Quiproquo

L'origine des superstitions est souvent mal connue et parfois totalement erronée. Celle qui affirme que, croiser un chat noir porte malheur, fait partie de cette catégorie. Je possède tous les éléments qui me permettent de m'insurger contre cette affirmation et puisqu'il m'est permis aujourd'hui de rétablir la vérité, je saisis, avec joie, l'occasion qui m'en est donnée.

Alors que je me promenais dans une châtaigneraie du centre de la France, je me heurtai à quelques pierres entassées, derniers vestiges d'un château fort, pensai-je aussitôt avec raison. Après un nettoyage succinct, je découvris avec émotion, sur la surface ainsi dévoilée de l'une d'entre elles, les contours émoussés d'un chat au dos rond, toutes griffes dehors. Ce devait être l'emblème de la famille qui résidait ici. Passionné d'héraldique, je voulus en apprendre davantage. Après quelques recherches infructueuses, je parvins à identifier ce blason. Il se rapportait à une lignée disparue depuis fort longtemps, les "Félin de Chanoir". Je poursuivis mes investigations et repérai, dans un grimoire poussiéreux, écrit en vieux français, le début de l'histoire de ces nobliaux. Je vous transcris en langue moderne ce que je réussis à traduire. Aucun fait notable n'était relaté jusqu'à l'apparition de "Félix Félin de Chanoir". Cet homme se fit remarquer, de manière fort négative, par son extrême cruauté. Son passe-temps favori semblait être de tourmenter tous les humains passant à sa portée. Tant et si bien, que la totalité de la population évitait, autant que faire ce peut, de le rencontrer. Pour compléter le tableau, il est évident que cet odieux personnage ne se gênait pas pour engrosser, tout ce qui portait jupon dans la contrée. Hélas, les chiens ne faisant pas des chats, sa nombreuse progéniture masculine, légitime aussi bien que bâtarde, suivit son exemple et continua, durant des décennies, à faire régner la terreur dans toute la région. La phrase: " il ne fait pas bon croiser un Chanoir" devint un véritable leitmotiv. Par chance, la lignée s'épuisa et s'éteignit peu à peu... Pour le bonheur de tous, il n'y eut bientôt plus de petits Chanoir.
A la lumière de ce récit, je réalisai pourquoi le fait de "se retrouver sur la route d'un chat
noir" était demeuré, dans la mémoire collective, comme une situation néfaste, à fuir au plus vite avant qu'un évènement funeste ne survienne.
Par la faute d'une tragique homophonie, ces pauvres mammifères innocents étaient devenus les coupables de maux imaginaires ! Il est triste de constater que, malgré les progrès de la science et des connaissances, ces malheureuses bêtes souffrent encore, des siècles plus tard, de cette injuste réputation.
Il faut que cela cesse !
Désormais, vous êtes à même, vous qui me lisez, de rétablir la vérité. Vous pourrez, munis de ces informations, expliquer à vos interlocuteurs sceptiques, pourquoi cette superstition n'a aucun fondement et comment elle est née d'un ridicule quiproquo...

En jouant sur les mots

Cette histoire s’est passée dans des temps anciens, mon grand, probablement à l’époque de mes arrière-arrière-grands- parents, dans un bourg du Berry où les gens étaient très pieux et profondément respectueux de leur prêtre. Celui-ci, récemment nommé, les impressionnait par sa mine sévère et les leçons de morale qu’il déversait dans ses sermons dominicaux. Les mots honnêteté, vertu y abondaient, accompagnés de menaces des pires tourments de l’Enfer pour les méchants.
Or il arriva que le jeune Eloi rentre un jeudi du catéchisme les joues rouges et les yeux gonflés de larmes. Ses parents s’inquiétèrent. Un chenapan lui avait-il cherché noise ? Était-il souffrant ? Le gamin resta muet et bouda sa soupe. Le lendemain il semblait de nouveau en forme mais le jeudi suivant, il prétexta un mal au ventre si violent qu’il ne se sentait pas la force d’aller à la leçon d’histoire sainte. Au marché du samedi, sa brave mère s’ouvrit auprès de ses commères des curieux malaises de son Eloi. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’une autre avoua que son Marcel se faisait tirer l’oreille pour se rendre à l’église, une troisième que son Louis était sans raison apparente devenu triste et renfermé, une quatrième que lors d’une promenade dominicale, apercevant le prêtre arrivant à leur rencontre, son Jean avait filé se cacher derrière la fontaine.
L’affaire se corsa quand un autre jeudi soir, Eloi fut saisi d’une forte fièvre, se mit à délirer et à hurler en prononçant des propos incohérents. Le médecin, mandé, conclut à un dérangement mental et lui fit ingurgiter une bonne dose de calmants.
Les femmes du pays se concertèrent. Il fallait découvrir pourquoi leurs rejetons étaient depuis quelque temps devenus allergiques à l’église et à son représentant. La mère de Marcel, après bien des atermoiements, avoua les horreurs que son loupiot lui avait confiées : le chanoine Berthier aimait bien mettre la main dans la culotte des gamins ou leur faire toucher son... machin. Cris horrifiés de ses compagnes qui décidèrent de questionner à nouveau leurs petits : Marcel ayant craché le morceau, les autres confirmeraient-ils ses dires ? Elles durent se rendre à l’évidence, le chanoine manifestait un goût prononcé pour les petits garçons. Les hommes menacèrent d’aller régler son compte au triste sire mais hésitèrent : s’attaquer à l’église, ça donnait à réfléchir. Les femmes menèrent donc la lutte à leur façon, gardant leur progéniture à la maison et faisant courir la rumeur selon laquelle il ne faisait pas bon rencontrer le chanoine. Celle-ci se répandit dans les bourgs alentour et arriva aux oreilles de l’évêque, qui prit le coup de sang et diligenta une enquête.
Eloi, Marcel, Louis et Jean confessèrent que lorsqu’on tentait de résister au père Berthier, ses yeux se mettaient à briller de façon effrayante comme ceux du chat noir de la Mère Michu quand il sortait ses griffes pour attaquer. Cela fit l’affaire de l’évêque qui saisit la balle au bond. On s’arrangerait avec la gazette locale : le journaleux, aux ordres, concocterait un fait divers avec pour titre : « Il ne fait pas bon rencontrer un chat noir ! » L’honneur serait sauf. Ainsi se propagea la superstition.
—Et le chanoine, grand-père ?
—Eh bien... alors qu’il préparait son cheval pour rejoindre le monastère où il serait désormais consigné, l’animal s’énerva et lui décocha un coup de sabot fatal en pleine tête,
— Comme quoi le fer à cheval ne porte pas toujours bonheur, grand-père !


Le chat, il n'y a pas si longtemps…


Autrefois, le chat fut assimilé aux sorcelleries et bientôt dénoncé comme le compagnon du diable et des sorciers, et par là-même, la victime de leurs jeux « maudits "
Cela venait principalement que la croyance la plus répandue était, que les sorcières pour se rendre au sabbat prenaient parfois la forme d'un chat. De là, à faire de cet animal le responsable de tout ce qui n'était pas tout à fait ordinaire, il n'y eut qu'un pas !


Quand on ajoute que les paysans de l'époque n'aimaient pas particulièrement les chats, les accusant de s'attaquer aux bêtes de leur basse-cour, la pauvre bête avait des ennemis.
Le chat, pour ses activités préfère la nuit : chasser, se reproduire, se battre. Mais la nuit étant l'image satanique par excellence, dans les cerveaux des gens simples de la terre, il y a une cinquantaine d'années, un rapprochement entre le chat et la nuit s'opère très vite.
En Picardie, une légende circule: une femme d'un village, s'apprêtant à tourner une omelette dans sa poèle, entendit un chat noir lui murmurer " elle est cuite ". Imaginons la panique, la peur, et l'égarement de cette brave dame et rien d'étonnant qu'elle lui jette l'omelette chaude à la tête.

Seulement le problème est que le lendemain, sur la place du village, on vit l'homme qui avait la réputation de sorcier, le visage brûlé…
Le massacre des chats noirs pour sorcellerie ne venait pas seulement du fait qu'ils " incarnaient " le démon mais aussi de l'incompréhension des hommes devant l'étrangeté et le mystère : l'indépendance de cet animal, face à la soumission imposée aux pauvres gens, à leur maître dans la majorité des cas ; une sorte de jalousie en somme…

D'autres superstitions ont été bien néfastes à nos amis les chats. Dans diverses régions françaises, il fut aussi l'incarnation de l'esprit du grain, en rapport avec la fertilité de la terre.

Donc lorsque s'achevaient les moissons, l'expression était 'pendre le chat " et dans certaines cours de ferme on tuait effectivement un chat ce jour là.

D'autres sacrifices de chats, particulièrement en Picardie, lorsque le premier dimanche de Carême, (le dimanche de brandons) servaient à enflammer les champs pour les rendre fertiles.

Dans les fêtes de village également quand on plaçait un mât appelé la perche du " behourdi " et, que tout autour étaient enfermés dans des paniers d'osier nos félins : on mettait le feu au brasier qui entourait ces paniers. Dès que les flammes commençaient à lécher les paniers on libérait les chats qui, bien entendu, n'avaient comme seul refuge, que cette perche sur laquelle ils grimpaient, fous de peur, pour retomber dans le brasier. La foule riait des torsions de ces animaux et se repaissait de ce spectacle : en fait ce triste jour était un exutoire aux superstitions et aux craintes.

On brûle ce qui fait peur, on exécute le mal, du moins c'est ce que croyaient tous ces gens venus voir cela.

Cruauté ? Manque d'instruction ? Pauvreté à l'extrême ? Tout cela conjugué, nous donne ces histoires épouvantables dont se repaissent encore certains anciens dans les fermes isolées de la France profonde !
Mais maintenant, elles ne sont racontées que pour effrayer les enfants et faire sourire les adultes.

Pendant la narration de ces horreurs, le chat de la maison ronronne paisiblement sur un fauteuil : eh oui ! Autres mœurs, heureusement …

Fin

Méphisto
Si certains voient dans mon regard des éclats de flamme lorsque mes yeux orangés se plissent c’est, croyez-le ou non, que les stigmates de mon origine y sont pour l’éternité gravés. Mais pour quelle raison me diriez-vous mon créateur m’affubla d’une telle particularité qui, aujourd’hui encore, nuit à la noblesse de ma réputation. Pour plaire, simplement, à son unique et éternel rival : Lucifer. Mais pardonnez-moi, je vous égare. Je vais donc reprendre ce récit à son commencement.
Bien avant que l’homme de la terre ne soit ne serait-ce qu’à sa germination, le bien et le mal se livraient un combat incessant. Chacun usant de ruses pour gagner une bataille qui, à force équivalente, aurait pu durer jusqu’à la fin des temps. Le diable, dont la perversité de l’esprit est encore à ce jour à craindre, supportait difficilement cette égalité. Il vit en sa descendance un atout par le nombre l’assurant victorieux et fut donc le premier à procréer. C’est le jour même de la venue au monde de l’antéchrist que Dieu, magnanime, pour célébrer la félicitée de l’événement me créa et m’offrit à l’enfant. Sachant pertinemment que Satan, par principe, refuserait le présent, il prit grand soin de me concevoir à son goût. Je devais donc, du bout du nez à la pointe de la queue, être d’un noir aussi sombre que l’esprit du démon. Mes petites dents pointues et aiguisées devaient lorsqu’elle s’enfonçait laisser une empreinte aussi reconnaissable que douloureuse. Et mes griffes acérées se rétracteraient, devenant imperceptibles, à l’extrémité de mes pattes. Mais ce sont mes yeux flamboyants, visibles mêmes dans la plus grande obscurité, qui trahissaient toute la perfidie dont je fus affublée. Faisant même oubliez à Satan la petitesse de mes dimensions. Je fus donc moi, le chat, ainsi fait, bien accueilli. Mon pelage soyeux et le son des grondements mélodieux qui s’échappaient de mon corps apaisé l’enfant. Pourtant, ce dernier ne manquait pas une occasion de me maltraiter. Ma queue était plus qu’à l’accoutumer tirée. Mais fines moustaches s’étaient quelque peu clairsemées. Et si, par malheur, mes griffes égratignaient le petit protéger mon postérieur goûtait à la force d’un sabot capable de vous propulser à une distance plus ou moins grande. Pourtant, une nuit, exaspérait par les réveils incessants, le diable m’installa dans le berceau du nourrisson. Espérant ainsi bénéficier d’un sommeil qui se verrait enfin réparateur. Je saisis l’opportunité d’une vengeance cruelle. J’attendis patiemment que les pleurs de l’enfant cessent et m’installer confortablement sur son visage. Je ne quittais ma place qu’au petit jour à l’arrivée du maître pour qu’il puisse constater les conséquences de ma rancœur et par cela même l’échec de ces calculs de bataille. Effondrait par le chagrin, il s’avoua vaincu et me bannit à tout jamais des enfers. Dès lors, je vécus heureux auprès de Dieu jusqu’au jour où, bien des années plus tard, un peu honteux de son stratagème envers son rival, il décida de m’installer sur terre auprès des hommes. Mais depuis lors, informer de mes exploits, les hommes dépourvus de vertu et aux intentions mauvaises me craignent, voyant dans mon regard les flammes de l’enfer qui, sans nul doute, les attendent. Heureusement pour moi quelques êtres empreints de sagesse savent pertinemment qu’en ma présence aucun mauvais esprit ne pourra déposer sur eux ne serait-ce, qu’un souffle.

La quête


Tapi dans l'herbe des marais
Ou les graminées des prairies,
Non loin d'une ferme, en Berry,
Un chaton se désespérait.

Le coq belliqueux, les faisans,
Les dindons gloussants, l'oie commère,
Jusqu'aux poussins suivant leur mère,
Tous le repoussaient, méprisants.

L'accusant de porter malheur,
Les enfants lui jetaient des pierres.
« Fi, le vilain chat de sorcière,
Tu vas connaître ta douleur ! »

À la fin d'un pénible hiver,
Il vit son reflet sur l'étang.
Tout frissonnant, le cœur battant,
Il écarquilla ses yeux verts.

Il était noir, de patte en cap !
Mieux valait finir chat sauvage
Que d'endurer tous les outrages
Générés par ce handicap.

Confiant son âme au dieu félin,
Il marcha des jours, des semaines.
Il subsista sans trop de peine,
Bon prédateur et très malin.

Juillet broda les guérets blonds
D'un galon de tendres fleurettes.
La charmille, en habit de fête,
Orchestra le chant des pinsons.

Le chat se glissait dans les granges,
S'offrait des festins de rongeurs.
Sa vie rimait avec bonheur
Bien qu'elle fût un peu étrange.

Novembre au manteau de froidure
Le fit trembler de solitude.
Fini le temps de la quiétude,
Il fallait clore l'aventure.

Quémandant droit d'asile aux portes,
Il reçut force mauvais coups.
On voulut lui tordre le cou.
Pour lui, la chandelle était morte.

Sous un chêne, une maisonnette
Lui apparut l'Eldorado.
Allait-on faire le gros dos
Ou bien tirer la chevillette ?

L'huis, tout doucement, s'entrouvrit.
«Mon prince noir, je t'attendais,
Fit la femme aux cheveux de jais,
Tu occupais mes rêveries.»

Voici comment, chaton maudit,
Lucifer, sacré Roi des chats,
Mena longue vie de pacha.
Du moins, c'est ce que l'on m'a dit.
_________________
Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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PostPosted: Sun 21 Sep - 23:51 (2014)    Post subject: Publicité

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