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Les textes di jeu N°104 A

 
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danielle
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Posts: 12,072
Localisation: St Etienne
Féminin Poissons (20fev-20mar)

PostPosted: Mon 27 Jan - 09:30 (2014)    Post subject: Les textes di jeu N°104 A Reply with quote

Quand chantent les papillons de mon cœur


La maison est calme, plongée dans un silence apaisant. J’ai laissé mes chaussons tout au bout du couloir. Le bout de mes chaussettes effleure pas à pas le carrelage. Tout doux, tout doux, leur dis-je, pas de bruit, pas d’éclat. Ma main se pose sur le battant de la porte. Mes yeux implorent les gonds. Oh je vous prie, refrénez vos cris, étouffez vos gémissements. Je pousse, je me fige. Mes oreilles sifflent de tenter d’écouter le silence. Mon pied se pose délicatement sur le parquet. Ma respiration reprend, saccadée, terriblement bruyante.
Une douce lumière blanche m’enlace. Elle joue avec les ombres à travers voiles et dentelles. Elle sautille joyeusement vers moi, m’invitant avec insistance à entrer dans sa danse. Elle me pousse, m’attire, me guide et je pénètre à sa suite dans une bulle de silence imperméable.
Les voiles s’écartent. La bulle éclate. Tout au fond de mon cœur, je sens les battements d’ailes des papillons qui entonnent en douceur leur mélodie au registre si particulier.
Dans son écrin de dentelles, un délicat bouton de rose sommeille. Je me penche vers lui avec précaution. Mon regard caresse amoureusement la courbe d’une joue. Il glisse sur la peau piquetée de rouge et douce comme un pétale. Les yeux bordés de longs cils soyeux sont clos. Je me retiens de toucher du bout des doigts la soie fine des cheveux bruns. Les mains si fragiles s’abandonnent avec confiance. Les lèvres roses sont entrouvertes sur un monde de rêves paisibles. Tout est calme, tout est serein. Un souffle de vie si tenu que je me penche avec anxiété pour l’écouter.
Soudain, un mouvement vif et inattendu me fait sursauter. Les mains s’agitent, fermant les poings. La bouche se ferme, s’ouvre, s’étire. Sous la courbe des longs cils, apparaissent enfin deux yeux couleur d’abysses. Alourdis d’un éveil d’abord vague, ils s’animent tout à coup quand leur regard de velours capte le mien. A cet instant précis le monde disparaît. Du fond de son berceau, mon fils me sourit.

Alors la douce musique qui papillonne depuis deux mois dans mon cœur gonfle et éclate en une symphonie d’allégresse qui fait briller mes yeux.


Rafie...

Rafie, mon ami, mon salaud…
Je n’ai aucune idée de ce que tu deviens et, très franchement, je n’en ai cure. Mais j’aurais aimé que tu saches à quel point j’ai détesté, je déteste toujours ta tronche de gremlins sournois.
Je me demande pourquoi je pense à toi. Et surtout pourquoi je t’écris, tant tu m’as pourri la vie. Après tout ce temps, je devrais être imperméable à ton souvenir mais je me surprends à me remémorer toutes les roueries que tu m’as jouées dans tous les registres.
Le nombre de fois où tu m’as fait voir rouge ! Je devais me faire violence pour ne pas t’éclater la gueule dans le mur. Tu es une pourriture, un bouton d’acné qui défigure la terre. Tu aurais pût, tu aurais dû être mon meilleur ami. Tu étais mon pire cauchemar.
Allions-nous promener ? C’était réglé comme du papier à musique : tu n’en faisais qu’à ta tête, tu n’écoutais rien et tu terminais toujours la promenade en faisant le poirier pour déféquer.
A-t-on jamais vu chien grimper aux arbres, à l’envers de surcroît, pour faire ses besoins ? Jamais… Sauf moi. Enfin… Moi et la foule de curieux que tu rameutais. Tu me faisais honte. Et avec tous ces témoins oculaires, j’étais obligé de ramasser tes étrons. Tu me donnais des envies de meurtre. Je rêvais de te bourrer de coups de pieds.
Aurais-tu demandé pour sortir ? Non ! Dès que j’avais le dos tourné, tu laissais des souvenirs malodorants et des cartes de visite humides dans le moindre recoin. De préférence des endroits difficilement accessibles.
Nous avions l’espoir que tu arrêtes de marquer ton territoire sur les meubles. Nous avons décidé de te faire castrer. J’ai cru, un instant, que tu me deviendrais sympathique quand tu as profité que la porte était ouverte pour te sauver et disparaître Dieu sait où… Avais-tu compris ce dont nous parlions ? Voulais-tu y échapper ? Peu importe, tu étais parti ! Je me suis dit : « Bon débarras !».
Las, trois fois hélas, les filles étaient mortes de chagrin. Elles ont placardé ta face de bâtard un peu partout dans le quartier. Et même au-delà. Et tu es revenu… dans les bras d’une vieille idiote binoclarde qui était parvenue à déchiffrer ton adresse sur les affichettes.
Mon adresse, nom de Dieu !
Rafie… tu ne liras jamais cette lettre. Tu es un sale cabot et les clebs ne lisent pas. J’espère qu’il y a un enfer pour les corniauds et que tu y grilles dans d’atroces souffrances. Le mal que tu m’as fait… Puisse le diable te le rendre au centuple !
Je ne te salue pas.

L'attente


"Il arrive, il arrive", crie Alain Prolet, petit collégien espiègle.
La douce musique de leurs bavardages bruyants s’arrête net et tous regagnent leur place.
Quelques instants plus tard, Monsieur Turon, professeur de français, trente ans de carrière derrière lui, pénètre dans l'arène qu'est la classe de "sixième 1", une liasse de copies sous le bras.
Une fois assis, l'enseignant enfile ses lunettes et annonce que les résultats pour la dernière rédaction sont plus que moyens.
Un grand silence règne dans les rangées, chacun retient sa respiration dans l'attente des verdicts.
Monté sur une estrade, Mr Turon s'improvise juge et s'apprête à passer les sentences pour chacun des élèves présents dans la salle.
Le processus est bien huilé: le professeur commence toujours par la plus mauvaise note puis remonte jusqu'à la meilleure. Chacun voit sa copie accompagnée d'une critique plus ou moins virulente.
À ce petit jeu, nul n'est pressé d'être appelé. Tel une roulette russe, tous ferment les yeux et prient que le barillet de Mr Turon ne se décharge pas sur leur fragile petite tête.
Première victime: Vinceaunin, 5/20. "je vous en prie, la prochaine fois, gardez en tête que votre texte se doit d'être lu par un adulte et non par votre petit sœur de cinq ans. Au passage, vous éviterez de dessiner entre les lignes". La classe produit un rire étouffé, puis retrouve immédiatement un silence de mort. Plus tard, Vinceaunin changera de registre et deviendra illustrateur de bandes dessinées, comme quoi l'avenir se lit souvent entre les lignes.
Un à un, les élèves tombent, les survivants serrent le poing, leurs yeux fixés sur les copies restantes. Bertrand Almo en fait partie, pourtant personne n'aurait misé un centime sur cet estropié de la langue française.
Mr Turon annonce qu'on arrive désormais à douze sur vingt, Bertrand remercie le plafond, faute de pouvoir bénir le ciel. Il vient de doubler sa note. Plus que cinq copies, plus que trois copies. Ca y est, il en reste qu'une, c'est lui !
Bertrand bombe le torse, fier d'avoir remporté la mise: la fierté d'avoir fini devant tout le monde.
Lui, le dyslexique, qui n'a jamais compris la moindre règle d'orthographe et qui est resté imperméable aux lois dictées par la grammaire française.
À la récréation il n'aura plus besoin de se cacher derrière un arbre de peur qu'on lui demande sa note.
Mr Turon lève la dernière copie
-Nous félicitons Marie Soupre pour son travail.
-Soupre? Et moi alors? Crie Bertrand interloqué.
L'enseignant le fixe. "Vous n'avez pas été appelé?"
Le professeur se met à feuilleter ses copies, l'air gêné, puis en ressort une, couverte de rouge.
-Désolé, je vous ai oublié, j'en suis confus.
Bertrand fronce les sourcils et Mr Turon reprend de plus belle
-Vous êtes avant-dernier, avec une notre de 6/20.
Voyant cela, toute la classe s'esclaffe, laissant le pauvre garçon rouge de honte, livré à son triste sort.


Sur une ligne de Moravia

Cadine n'aimait rien tant que se prélasser sur la poitrine d'un homme. Elle se calait contre le dossier de chair, un lézard au féminin sur le chaud d'une pierre. Là, elle somnolait, rêvassait, à l'écoute de la musique grave des hommes mais, le plus souvent, glissait dans le rien, ce rien qui paresse heureux.
Si Cadine était une amoureuse papillon, elle se voulait plus encore impatiente et agacée. Fatiguée d'un homme, elle le renvoyait sans s'excuser. Quand la plupart comprenaient, d'autres s'accrochaient, cramponnés au dos de Cadine, elle, empêchée de se mouvoir, alourdie, l'impression d'un lierre sur sa peau, qui comprime, pompe la sève.
Il fallait couper les attaches, les entraves, tous les freins gluants.
Alors Cadine visualisait la ligne.
Elle la bâtissait avec des briques, non les jaunes du Magicien d'Oz mais les rouges d'un ciel du Nord, d'une rue de coron. Sa ligne de briques, Cadine l'imaginait surplombant la tête de l'homme entêté à la retenir et ne fixait dès lors plus qu'elle s'il lui parlait. Menton levé bravache pour atteindre à la hauteur de la ligne, Cadine suivait la géométrie rectiligne du mépris.

Surpris, des hommes se haussaient, et du col et du ton, cachaient la ligne avec leur orgueil, exigeaient le regard de Cadine pénétrant le leur au moment des explications convenues et imbéciles.
La femme ne cédait pas un pouce de terrain. Si elle perdait de vue un temps la ligne de briques à fixer, elle méprisait autrement.
Des gestes brusques tentaient sur elle l'effeuillage, elle soupirait. Des doigts empressés se posaient sur ses seins, elle soufflait comme elle aurait chassé une mouche d'un revers de main.
Son arme ultime caquetait dans le rire. Cadine la lâchait au moment où l'homme-crampon quémandait approbations ou encouragements. Le rire se lançait, à la même hauteur que le regard, sur la ligne de briques rouges. Ses différents registres exerçaient leurs gammes, leurs couleurs terribles, agressives, moqueuses, puériles, outrancières. Il n'était pas un homme que le rire de Cadine ne blessât. Sa posture de torero cambré dans l'attente du compliment, se trouvait encornée, réduite à une charpie de chiffons.
Cadine savait sa victoire quand l'homme commençait à se voûter sous le mépris et qu'elle apercevait de mieux en mieux la ligne. Écrabouillé par son ombre, le squatteur finissait par ramper hors les murs de Cadine, il retrouvait pour ce faire la grisaille active de sa vie d'employé modèle, son imperméable usé aux coudes, sa sacoche pleine de vent et de fantasmes bon marché.
Il partait mais ne pouvait s'empêcher de se retourner, ne se statufiait pas de sel comme la curieuse de Sodome mais il voulait revoir, encore, son paradis incendié. Cadine n'étant pas si mauvaise lui accordait le dernier regard, celui des quais de gare ou du condamné.
L'homme souriait, non pas heureux mais rassuré : il existait encore puisque les yeux de Cadine avaient recroisé les siens.
La porte se refermait soudain sur l'ex-amant, ahuri sur le perron puis assommé par toutes les briques de la ligne fantôme, dégringolant enfin



Mariage rouge


Rouges, le qipao de soie brodée de dragons d’or, la coiffe qui enserre la chevelure soigneusement lissée, les chaussons raffinés sur les pieds menus…
Rouges, les coussins confortables installés pour le thé, le tissu d’adieu aux ancêtres tendu sur la tête inclinée… respect, révérence, feinte nostalgie ?
Rouge, l’enveloppe pleine de billets solennellement échangée… respect, révérence, vénalité ?
Les rubans, les tapis, les robes des tantes, les tuniques des cousins, le palanquin apprêté pour la procession, les fleurs, les bougies… tourbillon carmin, vertige amarante, vortex pourpre.
La fiancée avance, indifférente aux pétards lancés à son passage, imperméable aux voeux de bonheur formulés par des âmes hypocrites ou imbéciles. Lian perd son regard dans le kaléidoscope barriolé d’illusoire allégresse. Derrière elle, les grains de riz dispersés se substituent à ses larmes taries. La tristesse a déserté, l’incrédulité s’est diluée, la colère s’est tue. Depuis ce matin, le désespoir a atteint son apogée : l’absence de sentiments. L’absence aux sentiments. L’abysse émotionnelle qui précéde les drames.
Lian s’est laissée habiller, maquiller, coiffer, parfumer… poupée docile entre des mains expertes. Elle l’a vu arriver, cet homme vieux et flétri de luxure auquel on va l’unir aujourd’hui. Elle n’a rien dit, rien ressenti. Son esprit a déjà rejoint l’autre rive. Celle des égarés, des déments et des dieux.

Rouges, les sourires captieux affichés sur les lèvres, le sang qui coule encore dans le corps de Lian sans plus parvenir à en irriguer le coeur. Le jus de l’orange, dérisoire symbole de longévité.
La famille de la mariée se félicite de son air de gravité élégante. Masque de jeunesse assassinée, visage immobile de liberté souillée.
Le banquet a débuté. Lian porte parfois quelques mets à sa bouche, machinalement, même pas irritée par ces gens qui se goinffrent de son malheur. Elle est au-delà du courroux. Au delà de toute réalité humaine. Plus loin que l’ultime souffrance.
Les notes de musique festive glissent sur elle sans atteindre son âme. Lian n’entend plus, Lian ne voit plus.
Dansez, vous qui laissez mourir l’enfance sans vous en rendre compte ! Buvez, vous qui fêtez l’agonie de l’innocence ! Lian ne vous en veut pas, elle a dédaigné la rancoeur.

Rouges, les fleurs que Lian a écrasées et mélangées à la pâte des gâteaux qu’elle mangera ce soir. Dans la chambre nuptiale, juste avant qu’il vienne, alors que tous trinqueront à sa virginité volée. Juste avant qu’il profane le jeune corps immaculé, la mariée s’échappera, elle ira rejoindre le pays des femmes sacrifiées. Son coeur meurtri cessera de battre et lui rendra sa liberté. Lian est prête, elle ne pense même qu’à ça. Elle n’a pas peur de l’agonie, la mort sera douce.
Mais soudain, un cri déchirant sort la jeune fille de son apathie. Les danseurs se figent, les musiciens suspendent leur mélodie, une agitation fébrile gagne l’assemblée. Lian se lève lentement, encore engourdie de son égarement. Elle se dirige vers la chambre où a retenti le cri. Alors, sur le seuil de la porte, elle prononce ses premiers mots, ses seules paroles de la journée. Sa voix contient tout le désespoir qu’elle avait réussi à apprivoiser au fil des jours. Il éclate, ce trop plein de détresse contenu. Il hurle son injustice.
- Ce n’était pas pour lui ! C’était pour moi !

Rouge, le registre que vient de parapher la main du juge aux yeux durs. La prison à vie, perpétuité d’une existence brisée que même la mort a trahie.


LES STYLES DU CŒUR


Le 14 février 1969

à
toi Rolland, mon amour

J’ai reçu ta lettre. Elle tombe à point nommé et me comble de joie, puisque j’espérais ce geste de toi. Tu as franchi le premier pas, tant mieux, je n'ai pas osé. La passion qui t'anime à mon égard attise le feu qui me dévore en silence. Oui, je veux te rejoindre dans le cercle des amoureux en ce jour symbolique. Les prémisses de mes états d'âme remontent au printemps dernier. Tes actes devant le panthéon lors de la mobilisation des étudiants au mois de mai, m’avaient sidérée. L'action révèle le héros dans l'arène et en cette circonstance j’ai découvert en toi le monstre sacré. Depuis, tu accapares mes pensées.
Une sensation troublante m'envahit à la vue des silhouettes qui t'évoquent. Un écho sonore relie les syllabes de nos prénoms, il vogue dans l'harmonie et esquive le hiatus. Les signes de mes tourments intérieurs alimentent les causeries dans mon entourage : «Romane a l’air d’être ailleurs», « Son regard est livide ce matin ». Mes états d’âmes sont ainsi étalés, comme réfléchis par des miroirs sans tain. Passion ! Voilà le mot juste qui éclaire ma pensée. Toute autre particule heurterait la sémantique.
Nul doute, tu incarnes mon âme sœur, mon compagnon, mon amant. Le registre de tes qualités l'atteste. Ton goût pour la poésie et la musique de jazz démontre la finesse de ton esprit. Ton penchant pour l’art nègre, les rites et les sagesses orientales, loin de signifier un tropisme béat souligne la générosité propre au philanthrope.
Lorsque tu apparais, tu illumines mon paysage intérieur, tu incarnes mon havre de paix, et je vois en toi le porteur du glaive de la justice. L'allégorie triomphe où la mise en abîme capitule.
Tu es certes mon cadet d’une décennie ; détail que des benêts ne manqueront pas d’évoquer à notre sujet. Face à ces médisants, je ne m’embarrasserais pas de considérations incongrues et sans doute saugrenues. Autant l'averse ruisselle sur le plumage du cygne, les jacasseries des bécassines glisseront sur mon imperméable. Tu es mon élu, si besoin est, voici la preuve. Pour toi, j’ai décliné les avances de maints soupirants bon chic bon genre, fort épris venus du beau monde. Aucun sacrifice ne sera trop grand. J'abandonnerais ma demeure pour ta mansarde, je donnerais un organe pour sauver ta vie, je traverserais le désert pour te retrouver. Si tu étais un gueux je te suivrais, si tu me rejetais je choisirais la retraite dans une île lointaine, et si d’aventure des rombières te faisaient des avances, d’un revers cinglant je contrerais leurs convoitises. Ma vision de notre tandem appelle la métaphore, nenni l'hyperbole: Ensemble, bras-dessus, bras-dessous sur les ponts de Paris, les badauds nous regarderont, et penseront à Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. A l’heure de la vieillesse, que d'aucuns nomment l'automne de la vie par euphémisme, nous partirons accoudés l’un à l’autre à Grasse, pour visiter le musée Peynet, et au printemps nous irons au cinéma pour revoir « Roméo et Juliette ». La nuit dernière, au cours d’un rêve une sirène est apparue dans la parenthèse ondulante d'un bras de mer. Dedans, batifolait un couple de dauphins, auquel elle remit un écrin rouge d'où s'échappaient des litotes à musicalité enchanteresse :

La femme est l’avenir de l’homme
L’homme a besoin d’amour
L’amour est le ferment du bonheur
Le bonheur engendre la joie
La joie ensoleille la vie
La vie puise sa sève dans la femme

Romane, ton Amour


TRAIN DE NUIT


Sa montre indiquait 22h50. Le train de nuit s’ébranlait.

Ces derniers temps il avait porté un soin attentif à se faire oublier, pour échapper aux critiques, aux observations négatives.

Aujourd’hui c’est sa tenue de voyage qu’il avait soignée, dynamique : une écharpe rouge grenat sur son imperméable gabardine. Il s’en allait…vers la pluie. Mais il s’en moquait.

Il préférait des horizons plus froids peut-être, plus nuageux sans doute, à ce climat faussement ensoleillé peuplé de préjugés, de sombres calculs, d’inextinguibles conflits et de sourde hargne. Le dernier endroit où il convînt de devenir fou. Pourtant il fut une époque où curieusement un poète fameux avait tenté d’y soigner sa folie. A croire que son psychiatre avait trouvé dans cette ville un terreau favorable où développer sa science. Car a priori, il s’agissait là d’une terre naturellement peu propice au sauvetage des âmes.
En ce qui le concernait, lui, pas question de sombrer dans la déprime.
C’était en effet une ville à l’esprit de clocher. Le clocher : il justifiait tant d’orgueil mais sa hauteur de vue, dépassait de loin celle des habitants. En effet, il y régnait une mentalité de boutiquier et l’on y confondait allègrement ruralité et qualité de vie. Les esprits s’y montraient rarement généreux ou compréhensifs, décalés entre leur absence d’ouverture sur le monde et leurs prétentions à la modernité.

Non, leur registre n’était pas le sien. Mieux valait tenter un nouveau départ et jouer sa musique ailleurs.

Elle ne convenait guère ici, on le lui avait bien fait sentir. Il s’était fait une raison. Et ce soir il s’en allait. Il regagnait Paris. D’ailleurs pourquoi en était-il parti ? Pour une bête affaire sentimentale qui l’avait grisé un moment et qu’il s’était imaginé vivre gaiement sur un air de vacances.

Mais les vacances, par nature, ne durent qu’un temps. La parenthèse se fermait et, déjà, son esprit se tournait vers l’avenir avec en mains d’autres cartes à jouer.

Au pays de Castille

Soleil tiède, encore éclatant de lumière. Fin de saison aux couleurs automnales. Mordoré des feuillus. Octobre et ses marrons luisants que les enfants ramassaient dans la forêt de châtaigniers jouxtant le bourg. Grillés au feu de bois, c'était un régal.
Tranquillité du village ayant abrité le couple d'instituteurs, pendant la guerre, et qui, depuis lors, accueillait rituellement la famille, le samedi précédant la Toussaint.
Grisés de liberté, les deux adolescentes et le bambin couraient à perdre haleine sur le chemin pierreux longeant le cimetière.
Devant la sépulture, le père et la mère, submergés par le flot puissant des souvenirs, totalement imperméables au monde ambiant, se lamentaient de concert.
— La tombe est nue. La tombe est sale. Il faut prévoir l'achat d'une dalle. Les chrysanthèmes blancs jaunissent déjà. Des fleurs mauves auraient mieux résisté...
Ombre fluette entre ses parents, la fillette de dix ans buvait leurs paroles. Le poids croissant de la tristesse pétrifiait son corps et son cœur.
Et posé humblement sur la terre grisâtre, un livre de marbre écru portait l'inscription, en lettres dorées, «Ici, repose un ange.»
Fascinée, l'enfant calculait la profondeur de la fosse, la longueur du cercueil et la taille du squelette.
Engluée de désespoir, elle éprouvait l'étrange désir de le rejoindre.
Son frère, son ami, son double de souffrance.
Les avait-elle assez interrogés ? Ils répondaient toujours, intarissables au sujet du magnifique bébé, né juste un an après l'aînée, dont la disparition inexplicable, à l'âge de trois semaines, les avait anéantis.
Leur peine était immense, leur douleur infinie.
Dieu ! Comme elle les aimait !
En fin d'après-midi, ils repartaient, fourbus, pour regagner la ville.
À l'avant de la 403 verte, le garçonnet somnolait sur les genoux maternels. À l'arrière, les grandes, férues de musique classique, vocalisaient, s'amusant à jouer différents registres, de la basse au ténor.
Assise à la place du milieu, engoncée dans son manteau boutonné jusqu'au cou, la petite, afin de dissiper la chape du chagrin, se mettait à fredonner l'une de ses chansons préférées. Ses sœurs la rabrouaient, aussitôt : quel mauvais goût d'apprécier ce pitre de Bobby Lapointe. Silence ! On ne voulait pas entendre sa voix de crécelle !
Rouge de honte et de colère, la benjamine rétorquait : «Vous racontez n'importe quoi, poil au bras. Vous m'enquiquinez, poil au pied», puis, les poings serrés, elle se persuadait qu'au fond, ça lui était bien égal. Il suffisait de fermer les yeux pour se transporter à mille lieues, au pays de Castille où un sympathique garçon lui offrirait un cornet de glace vanille et citron.
Indifférents, les parents émergeaient de leur torpeur morbide, au bout d'une demi-heure de trajet. Ils se félicitaient mutuellement du devoir accompli. La météo s'était montrée clémente et la fratrie avait respiré l'air pur de la campagne. On reviendrait l'année prochaine.


Madame ou mademoiselle ?


Nous ne nous connaissons pas, mais nous avons un point commun. Je vous devine en train de chercher. Je vais vous aider. Il s’appelle Fabrice.
J’étais mariée, heureuse et ma vie était sans surprise. Hélas, vous m’avez pourri l’existence et je ne peux en aucun cas vous trouver des excuses ni vous pardonner. Je vais être plus claire.
Lorsque vous êtes sortie de l’Hôtel « les Oliviers » vous étiez vêtue d’un imperméable rouge. C’est pour cela que je vous ai tout de suite remarquée. Reconnaissez que ce n’était pas très discret. Depuis des semaines, je me demandais ce que pouvait bien avoir mon mari à être si distant, si froid, si fatigué. Sotte que j’étais je lui demandais souvent d’aller consulter, lui répétant que je me faisais beaucoup de soucis. Comme vous deviez rire quand il vous racontait ! Car il vous racontait n’est-ce pas ?
Alors donc, quand je vous ai vu sortir, moi je suis rentrée et j’ai demandé : quelle est donc la jolie femme que je viens de croiser ? Elle ressemble terriblement à Catherine Frot, non ?
La réceptionniste souriante, a sorti son registre et naïvement m’a répondu: mais non il s’agit de Madame Dargeon qui vient régulièrement ici, mais cela ne me regarde pas n’est-ce pas ? …
Je savais que c’était vous. J’avais trouvé la carte de l’hôtel, la vôtre et votre photo dans son portefeuille. Trop bête votre amant !
Je ne vais pas vous insulter, vous n’en valez pas la peine, mais simplement vous …
Oh ! Et puis non. Ça ne servirait à rien de vous menacer. Mais je peux vous dire par contre que je vous en veux, mais à un point que vous ne pouvez imaginer et que je suis prête à tout ! Encore un détail qui me fait monter l’adrénaline : je suppose que vous avez fait l’amour avec en bruit de fond « aimez-vous Brahms » ? Je l’ai vu télécharger ce morceau sur son portable. J’en crève de jalousie !
C’était ma musique, notre musique fétiche, vous pouvez comprendre ma colère ?
Je vais arrêter là, et je ne vous souhaite qu’une chose : qu’il vous plaque, qu’il vous jette.
Vous ne le méritez pas, vous n’êtes qu’une trainée et moi une pauvre épouse bafouée et malheureuse. Voyez, je mets de côté mon orgueil et ma jalousie et je vous en supplie : rendez-le moi, il est à moi.
Sabine.

Chic et Toc

Elles sont assises côte à côte à l’arrêt du bus, l’octogénaire en manteau de daim à col de fourrure, chapeautée, gantée, serrant contre elle un élégant sac de cuir et la quinquagénaire au visage rouge et bouffi, engoncée dans un anorak crasseux, étalant ses quatre-vingt dix kilos de chair molle sur le banc et coinçant entre ses cuisses un cabas en plastique. J’imagine mal madame Chic et madame Toc engager la conversation. Et pourtant, lorsque passe un couple de Roms suivi de six ou sept gamins...
Toc : — Vous avez vu, ça a pas un sou, ça mendie, ça vole, ça squatte partout, et ça pond des gosses à la pelle sans réfléchir...
Chic, timidement : — C’est bien triste.
Toc : — Pas besoin d’être triste. Ils s’en font pas, eux, du souci pour leurs chiards. Ils les mettent même pas à l’école ; de toute façon, ils comprendraient rien.
Chic, fronçant les sourcils : — Vraiment, ces gens seraient imperméables à l’instruction ?
Toc, s’étranglant : —Qu’est-ce que vous me chantez avec votre imperméable ? Je vous parle de ces mômes que les parents savent déjà ce qu’y deviendront plus tard : les garçons des dealers, les filles des putes... Du moment que ça rapporte, ma brave dame...
Chic, sursautant, un tantinet indignée : — Vous croyez ? À ce point...
Toc : —Et comment ! En plus ils nous coûtent cher ces bons à rien. Vous savez qu’on leur donne des sous pour rentrer chez eux ? 150 ou 200 euros chacun, plus le voyage offert, en autocar de luxe ou en avion... .Le plus fort, c’est qu’ils empochent la galette et qu’un mois après, les v’la tous de retour ! Ils la connaissent la musique ! Et qui c’est qui paie ? Moi, vous, ma brave dame : les impôts, les taxes, et patati et patata...
Chic, soudain plus intéressée : —C’est vrai que depuis quelque temps, la vie est devenue plus difficile. J’ai une bonne retraite, je me considérais à l’abri mais avec les impôts qui ne cessent d’augmenter, tous ces médicaments déremboursés, les prix qui grimpent dans les magasins, je suis obligée de faire attention. J’ai dû mettre en vente ma maison de campagne. Tenez, je ne peux même plus me permettre de prendre un taxi. Ce que c’est agaçant... Et vous pensez vraiment, chère madame, que c’est à cause de....
Toc, lui coupant la parole : —Cherchez pas, vous pouvez me croire, on nous saigne pour engraisser des étrangers. Va bien falloir que ça cesse, ils vont pas vivre à nos crochets éternellement ces, ces...
Chic, soudain plus agressive et changeant de registre : — Ces parasites, madame, oui, tout bien considéré, c’est le mot qui convient, des parasites...
Toc, hors d’elle : — Des punaises, oui, ma brave dame, des punaises. Et les punaises, y a pas trente-six solutions pour s’en débarrasser. Faut les écraser : les É-CRA-SER...-ou y foutre le feu !
Chic opine du chef avec un sourire.

J’ai cherché longtemps le qualificatif adéquat pour ce sentiment qui avait réussi à mettre sur la même longueur d’onde deux personnes si différentes. J’en ai trouvé plusieurs qui m’on donné la nausée



A L’HORIZON DE MON REGARD

J’ai attendu que le soleil se pose sur la cime du grand sapin. Lorsque les épines se sont embrasées en une cascade d’étincelles blanches, mon regard a glissé vers la lisière de la forêt. L’heure était venue. Je ne devais pas laisser mes yeux musarder en arrière. Un simple coup d’œil sur l’étang où j’avais si souvent noyé mon chagrin aurait ébranlé mes fragiles certitudes. J’ai fixé la tache sombre que je devais atteindre. Elle s’étalait à l’horizon de mon regard. Je me suis mis en route. Le premier pas a été le plus pénible. On s’enfonce dans la tristesse comme dans un marécage et il est difficile de s’en extraire. Mes pieds semblaient embourbés dans un terreau visqueux et j’ai dû déployer une force titanesque pour m’arracher à cette colle brune. Pourtant la terre était sèche. Mes jambes hésitaient. Peu à peu, le mouvement que je commandais à mes membres est devenu automatique et j’ai parcouru quelques centaines de mètres. Je devais ressembler à un drôle de pantin à la démarche traînante et que, seule, une petite musique intérieure poussait à avancer Je ne me suis pas retourné. Mes pas pesants labouraient le sol et dans mon sillage s’élevait une fine poudre rouge s’évaporant dans le souffle du vent. De mes mois d’errance, je n’emportais qu’un baluchon qui, à chacun de mes pas, heurtait doucement mon dos, comme une main amicale m’encourageant à poursuivre ma route. De mon chapeau enfoncé jusqu’aux oreilles s’échappaient des gouttes de sueur. D’autres rigoles naissaient au creux de mes reins, le long de mes jambes, à la source de mes bras. Cette terre avait accueilli mon chagrin et mon corps pleurait presque autant ma vie d’ermite que Lucile, emportée si brusquement ... J’avais si souvent hurlé ma douleur vers le gouffre du ciel indifférent que ma révolte était à présent muette. Je connaissais tous les registres de la douleur. La disparition de ma compagne avait mutilé mon cœur, pulvérisé mon existence. Après sa mort, j’ai passé mes journées dans notre maison, étreignant le passé évanoui dans un souffle. Je refusais de voir ma famille, mes amis. Il me semblait qu’en enfouissant mon visage dans les foulards de Lucile, je capturerais son parfum, qu’en caressant les draps froissés, j’emprisonnerais sa silhouette. Ma vie était dévastée. Elle ressemblait à un cratère au fond duquel je gisais, amputé de mes forces. J’étais devenu imperméable aux autres, insensible à leur empathie. La présence de mes proches m’était insupportable. Elle soulignait plus cruellement encore l’absence de Lucile. J’ai vécu les obsèques comme un fantôme. Les gens qui nous aimaient parvenaient, avec une aisance impudique, à nous dissocier l’un de l’autre. Comment pouvaient-ils accepter l’inacceptable ? Comment pouvaient-ils envisager ma vie sans Lucile ? Comment pouvaient-ils me parler de courage, d’épreuve à surmonter, d’existence à reconstruire ? Ils n’avaient donc rien compris. J’ai décidé de partir vers un ailleurs inconnu, loin de l’écho de notre passé. Loin de la foule, miroir que le destin brandissait devant moi et qui me révélait les images de la vie des autres. La grande prairie a abrité ma détresse. Le silence, la quiétude, le cycle sans fin des jours qui se donnent puis se dérobent ont fini par apaiser mon corps et mon coeur. Il est temps pour moi de rejoindre le tourbillon du monde. Je me sais encore friable. Il me faudra lutter pour survivre. Et tenter de renaître.

Petit air de désinvolture

Attitude simpliste. Propre à ceux qui se désintéressent de tout et ne s’intéressent à rien. Attitude pouvant faire passer pour un lâche, bien que de genre féminin. Sentiment de liberté excessive empreinte de suffisance. Insouciance absolue du quidam imperméable à toute autre chose que lui-même, et encore.
Ernest Malvilain incarnait le parfait désinvolte qu’on n’eût jamais trouvé. Petit déjà, il avait été le bébé incongru de la famille, celui que, loin d’exhiber avec fierté au moindre invité plein de curiosité, on reléguait au fin fond de la maison, calé entre duvets et oreillers, presque étouffé par divers jouets aussi inutiles que saugrenus. On prétextait qu’il dormait profondément, une poussée de dents, une fièvre naissante, bref, il ne fallait pas le montrer. Pourtant, il était mignon, le petit. Oh, sa maman l’aimait, son papa le chérissait, mais lui… Imaginez-vous un charmant bambin, dont la seule expression consistait en un regard vide, mais pas sot, jamais enclin à tourner les yeux vers vous, quand bien même vous lui agiteriez peluches ou friandises sous le nez. On lui souriait, il ne bronchait pas. On se fâchait tout rouge, il restait de marbre. Pire encore, il semblait se détourner vers un invisible mille fois plus passionnant que votre air béat puis contrit.
Ernest grandit, Ernest ne quitta pas son registre : toujours la même expression fichée au visage, celle qui n’exprime rien, aucun sentiment si ce n’est ce détestable air détaché. Il se fit des amis avides de meubler leurs soirées de personnes qui ne les contrediraient jamais. Il s’attira les foudres d’ennemis soupçonneux et paranoïaques. Mais il s’en fichait éperdument. Seul ou en compagnie, il ne préférait rien. Au travail, on aima ce qui fut appelé de l’objectivité, et l’on détesta tout autant son incapacité à se mobiliser sérieusement pour un projet. Capable de s’engager partout, il ne demeurait nulle part.
Alors, il eut la vague idée d’entrer en politique. Rien ne l’intéressait, il pouvait tout promettre. Cette sorte de bovarysme social, propre à porter des idées vides de sens mais très accrocheuses, en convainquit quelques-uns. Il laissa un groupe de constituer, des slogans et des théories naître sous ses yeux indifférents, et enfin de nombreux naïfs venir à lui. Il lut en public des discours écrits à son intention et séduisit des masses bien malgré lui. Ernest Malvilain fut très vite connu et reconnu pour le côté novateur de son « engagement ». Enfin un homme vrai ! Enfin quelqu’un que l’inconnu n’effrayait pas ! Il osait se frotter à ses détracteurs, un jour en costume lors d’un colloque universitaire, le lendemain en survêtement au bord d’un terrain de football. Et jamais sa présence ne semblait inopportune. Il ne se forçait pas. Il en aurait été incapable.
Mais cette agitation le lassa bientôt. Il n’entendait plus la folle musique qui l’avait entraîné, ne voyait plus ses partisans s’enthousiasmer, ne comprenait plus comment il s’était retrouvé dans cette sotte situation. Le bovarysme social avait perdu sa figure.
On ne sut jamais ce qu’était devenu Ernest Malvilain. D’ailleurs, personne ne se souvient vraiment de lui. Ah oui, peut-être ce type étrange, le regard vague, perdu dans ses pensées… Mais à vrai dire, qui s’en préoccupe ?
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Rêve de grandes choses, cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. J. Renard
http://danielle.akakpo.over-blog.com/
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PostPosted: Mon 27 Jan - 09:30 (2014)    Post subject: Publicité

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