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LES POEMES DU 93A

 
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ptit lu
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Joined: 05 Jun 2010
Posts: 7,296
Localisation: Grenoble
Féminin

PostPosted: Wed 27 Mar - 20:40 (2013)    Post subject: LES POEMES DU 93A Reply with quote

Griot

De la terre brûlante, craquelée de soleil,
Monte la chaleur dense, effluve de désir.
Assis sur la fournaise, je laisse m'envahir
La force des esprits, la fierté des guéwël .
De la kora posée, noble instrument magique,
Je pince doucement les cordes, les yeux mi-clos
Puis d'un souffle inspiré je viens mêler le flot
de ma mélopée aux ostinatos rythmiques.

Frappe, frappe, le djembé de nos pères !
Sonne, sonne, balafon du désert !

Je suis le passeur de mots,
Je suis la voix des poèmes,
De mon chant, à fleur de peau,
s'écoule le miel des âmes.

Artisan des paroles, forgeron du langage,
Je détiens les secrets de tous ceux qui m'entourent.
Du don héréditaire, je me fais légataire
Et transmets ma musique, de village en village.
De baptême en mariage, de fête en funérailles,
Je chante les éloges, je déclame l'amour,
Je scande les louanges, je célèbre les jours,
Et je vis des offrandes, hommage à mon travail.

Frappe, frappe, le djembé de nos pères !
Sonne, sonne, balafon du désert !

Je suis l'héritier du vent,
Messager de l'éphémère,
Je suis l'historien du temps
Et le gardien des mystères.

Lorsque mon corps malade sera rappelé
Auprès de mes ancêtres, aux entrailles du monde,
Quand ma voix cessera de propager les ondes
Pour s'éteindre muette, face à l'éternité,
Quand les princes mandingues n'entendront plus mon chant
Je ne dormirai point sous le sol poussiéreux
Je reposerai seul, au cœur d'un arbre creux
Baobab immortel, cercueil de bois puissant.

Frappe, frappe, le djembé de nos pères !
Sonne, sonne, balafon du désert !

Je suis le conteur de rêves,
La mémoire du pays,
Dans mon sang coule la sève
Des racines de la vie.

(guéwël :Nom wolof des griots)



L’aède triste

Dans ce noir qui l’enferme, il les écoute, elles l’attirent.
Impalpables paroles,
Verbe éphémère,
Doux souvenirs,
Ce sont des voix venues d’ailleurs.

Un mot puis un autre, sur une longue partition,
Noires et blanches,
Iambes et dactyles,
Vous chantez pour lui
D’inaudibles voix divines.

La voilà Melpomène, elle murmure à ses oreilles.
Erato la légère,
Et Thalie la champêtre,
Et Terpsichore la gracieuse,
O impérieuses voix féminines !

Il se lamente, entendez-le.
Je ne suis qu’un pauvre homme,
Fi de ma jeunesse,
Las de narrer, las de jouer,
D’autres chanteront mes vers.

Les yeux fermés vers les cieux
Je contemple l’infinie étendue poétique
Et l’indigence de nos récits à conter nos héros.
Si les lauriers effleurent mes tempes grises,
Je n’ai désormais plus que ma lyre en guise de voix.

Ils passeront devant moi,
Leur regard ternira mon vernis,
Certains riront de ma triste mine,
Mais qui se souviendra de mon chant ?
Ils diront : « Ce n’était qu’un pauvre vieil aveugle ».





Le collectionneur de rêves perdus

La rue est vide ce soir, on la devine sans espoir.
Aucun cri, aucune voix ne trouble le silence.
J’entends seulement courir sur mes talons le tumulte de ma jeunesse passée.
La rue est vide ce soir, la nuit doucereuse somnole et soupire,
L’avenir joue aux dés sur le pas des maisons.

Mon lit est vide ce soir, la lune discrète lèche la couverture.
A la lueur de son flambeau,
Jour et nuit se fondent dans un gris amer.
Mon lit est vide ce soir, le rideau retombe derrière une vitre
Comme une paupière qui s’abaisse trop vite.

Ma tête est vide ce soir, je vois l’épouvantail agiter ses haillons,
Il va me happer dans la toile de ses cauchemars.
Ma tête est vide ce soir, maître d’un royaume, à pas lents il se faufile,
Il cherche parmi mes souvenirs.

Mon cœur est vide ce soir, le chasseur d’ombres est là,
Tant de choses perdues dans l’écume des nuits.
Mon cœur est vide ce soir, il l’a connue,
La morsure amère du désespoir.



Ce soir, il est venu, le vieux démon qui glace,
J’entends le son qui monte de ses semelles attaquant la chaussée.

Ce soir, il est entré, l’hôte des âmes cassées,
Je sens son souffle court sur les draps défaits.

Ce soir, il s’est posé, l’obscène effronté, près de mes yeux de marbre.
A mon oreille résonne son cri de jouissance.

Ce soir, il m’a enlevé, le collectionneur de rêves perdus.
Sur mon tombeau, vous pouvez déposer le sablier.





Souvent, je parle d'elle...

Souvent, je parle d'elle, et je dis que je l'aime.
Je raconte ses mains glissant sur son bureau,
Rédigeant quelque lettre, ébauchant un poème
Tandis qu’elle se penche à l'ombre du rideau.

Je parle de sa voix, claire, ferme et sonore,
De son rire qui frise aux griffures des yeux,
De son ample démarche arpentant, dès l'aurore,
Le gravier des chemins dans le hameau brumeux.

Je dessine son dos si droit, et ses épaules
Hautes comme un lilas de mai refleurissant,
Ses cheveux indomptés, longues feuilles de saules
S'échappant, sans répit, de son peigne glissant.

Souvent, je parle d'elle, et je la vois si fière
De nous quatre accrochés à sa jambe ou son bras.
Comme tous les enfants qui attendent leur mère,
Nous accourions ravis, au seul bruit de ses pas.

Souvent, je parle d'elle et je parviens à dire
Les mots tendres et doux que sans doute elle attend...
Quand je m'en vais la voir, à mi-voix je soupire:
"Sais-tu combien je t'aime?" espérant qu'elle entend.

Mais en la retrouvant, je lui dis: "Fais-toi belle.
Allons marcher un peu. Profitons du beau temps."
Je l'aide à se coiffer. Je lisse la dentelle
De son corsage fin. J'insiste: "Mets tes gants!"

Alors, à petits pas, nous parcourons ensemble
Les chemins du passé, parfumés de pudeurs,
Et, tenant dans ma main, sa longue main qui tremble,
Je sens vibrer les mots engrangés dans nos cœurs.





Les voix du Monde


Le soleil s’éteignait à l’envers des collines,
Les ombres s’animaient, quand le didgeridoo
A lancé dans la nuit son appel grave et doux
Convoquant le sabbat des âmes cristallines.

Alors s’est élevé le souffle de la terre,
Comme une exhalation du cuivre et de l’étain,
L’envoûtante chanson d’un vieux bol tibétain,
Alliance inespérée de science et de mystère.

Une étoile filante, en réponse des cieux,
A fait sonner son cri, murmure silencieux.
M’aurait-elle touché, cette sainte alchimie ?

Je ne sais, car mon cœur, de passion retourné,
N’entendait que les mots d’un penchant juste né
Que, tendre, fredonnait la voix de mon amie.





Le rire bleu

Le vers mutin se rit du cuistre aveugle aux arts
Triste pédant bouffi qui lit inquisiteur
Paupières en écaille, œillères sur son cœur
Petit clerc envieux érige sa grammaire

Mais les mots rient
Des anathèmes
Des fers des rênes
Règles de classe
Ils caracolent
Ils se renversent
S'entremêlant
Et composant

Poème fredonné brise l'âme servile
Et ces lois édictées qui corsètent les ailes
Aveugle entendras-tu ce que tu ne sais lire ?
Ecoute, absorbe, fonds, sois l'ouïe et révèle

Car les mots chantent
De bleues fredaines
Des pudeurs vaines
Musique et notes
Ils s'entrelacent
Ils s'entre-tissent
Se répondant
Sur l'air gisant

Ferme le livre aux vers, clame leur voix, leur feu
Vienne l'éclat du son pour les yeux dessiller
Les œillères brûlées toute lune est carrée
Entends les poèmes, tu les verras mieux

Et vocalisent
De bleues oranges
Du cresson bleu
Mots d'opéra
Qui se chuchotent
Qui se balancent
Sur le fil blanc
Des cris du monde

Entends les poèmes, tu les verras mieux.





Etre l’archet, la corde et devenir silence

Ecoute, il est ici, le champ de la musique :
Tu pourras le fouler d'un pas lourd consacrant,
Retrouver par ce rythme une ancienne harmonique
Et la laisser grandir en accord flamboyant.
La clé, tu la prendras tout près de la lisière
À l'arbre calciné qui rampe sur ses bras.
Ressuscitant l'écho jailli de la lumière,
Ce tronc cerclé de mort te donnera le la.
Hésites-tu encore à clamer la souffrance
Emmurée dans un cœur qui en est la portée ?
Terrasse en ton esprit la peur des dissonances :
Le cri qui est en toi réclame liberté.

À choisir l'instrument applique-toi enfin :
Cor à bouche cuivrée, hautbois doux et nasal
Ou cordes de boyau gémissant sous le crin,
Réveille en chacun d'eux le son fondamental.
D'un toucher lent et sûr apprivoise leurs voix,
Exaspère la flûte, arpège le clavier
Et d'un souffle obstiné, d'une pression des doigts,
Travaille la matière et la force à chanter.

D'où vient donc ton effroi, apprenti musicien ?
Et pourquoi trembles-tu quand, en aile captive,
Vertigineusement s'élance et puis s'éteint,
Etincelle de vie, la note fugitive ?
N'avais-tu pas rêvé d'exprimer l'indicible,
Inventer au réel un nouveau diapason,
Rhapsode recousant la trame du sensible
Sans recourir au Verbe et à ses trahisons ?

Il n'est pas musicien, celui qui est poète :
La lyre entre ses mains n'est qu'une arme d'esthète
Etouffant la Beauté pour en voler le sens.
Nul oiseau dans ses rets n'a livré son mystère.
Ce qu'il nomme, il le tue. Il lui faut donc se taire,
Etre l’archet, la corde et devenir silence…


Consonance


Il est un air qui s’égrène

tintant sur deux notes à peine

encore que timidement

il monte des catacombes

gonflé de sève de printemps

et va trouant les ténèbres

il module son appel

il sonne clair dans les gorges

et s’affûte à tous les temps

de falaises en interstices

il se propage et se glisse

se jouant des papotages

du grondement des débats

entends-tu ce chœur humain

le boléro qui martèle

tout palpitant au-dedans

il est un air qui essaime

envoûtant à perdre haleine.









Sur un air de cantate

Au bout du fil une voix
C’est doux c’est chaud
Mes pensées volent vers toi
Allegretto
Au bout du fil une voix
Sa tendresse son écho
Au bout du fil c’est ta voix
Trémolos si sol si do

Je bois le plus petit mot
Si sol si fa
Un frisson parcourt mon dos
Oui, tu es là
La moindre de tes paroles
Plonge mon âme en émoi
On me prendrait bien pour folle
Oui je le suis mais de toi

Je te laisse me bercer
De doux serments
Je te sens à mes côtés
Me caressant
Pianissimo je murmure
Dis reviendras-tu bientôt
Tu réponds : sous peu c’est sûr,
Prestissimo vibrato.

Au bout du fil un matin
Juste un message
Sur un ton si anodin
Qu’il me ravage.
« Laissez vos coordonnées
Et je vous rappellerai. »
J’ai laissé des mots inquiets
Tu ne m’as pas rappelé.

Le petit jeu a duré
Plusieurs semaines
J’ai attendu, j’ai tremblé
Le cœur en peine
Est-ce que tu m’as écoutée
J’avoue que j’en ai douté
Mon espoir était fragile
De t’avoir au bout du fil.

Et j’ai fini par comprendre
Sotte que j’étais
Notre histoire était en cendres
Et j’ai prié
Pour que dure ton stratagème
Parce que c’est au passé
Que tu m’aurais dit je t’aime
Je n’aurais pas supporté
si sol si do
si sol si fa
Desperado
Do ré mi fa





L'équilibriste

Au bord du toit, la tête en bas,
Je regarde les gens qui passent
Dans la rue des Petits Dégâts.
Y a des gros et même des grasses,
Des chauves et des échalas,
Des qui parlent avec des gestes,
Des qui promènent leurs toutous,
Des qui, pour ne pas être en reste,
Se démènent comme des fous.

Le monde est vraiment super
Avec la tête à l'envers.

J'accomplis quelques exercices,
Le sang fourmille dans ma tête,
Je me redresse avec délice
Et j'allume une cigarette.
Soudain, je sens mon pied qui glisse,
Voilà que s'envole une tuile
Qui s'écrase sur le trottoir,
En fendant le crâne d'une huile.
Vivre est drôlement provisoire.

Le monde est tout de guingois
Avec la tête à l'endroit.

Des passants me montrent du doigt,
Ils disent que je vais sauter,
Que j'ai pas l'air d'avoir les foies,
Et qu'on prévienne les pompiers.
Je les regarde s'agiter.
Moi,je suis un équilibriste,
J'aime approcher les cheminées,
Je suis un véritable artiste,
Pas de raison de s'inquiéter.

Le monde est vraiment bizarre,
Equilibriste, est-ce une tare?

Je me tiens sur une main,
Les doigts de pied en éventail;
Je jure que c'est pas demain
Que je changerai de travail.
Tous ces gens qui courent partout,
Ils voudraient que je me la casse
Ma tendre gueule de risque-tout,
Mais il faut pas qu'ils se tracassent,
J'ai l'intention d'être debout,
Même avec la face à l'envers,
Je peux encore boire un coup,
A la tienne, bel univers!

Le monde est un tel bazar,
On joue à colin- maillard!





Bretagne


Bretagne, au printemps, revêt sa parure
D'ajoncs éclatants, puis s'en va danser
Sur le tapis mauve ourlé de bruyères.
Sa voix pure entonne un chant d'espérance.

Coiffée de varech, drapée d'eau turquoise,
Bretagne, en été, va conter fleurette
Au ciel d'azur clair strié d'ailes blanches.
Sa voix de cristal grise les oiseaux.

Parée des rousseurs de ses forêts fauves,
Bretagne, en automne, accueille Viviane,
Merlin l'enchanteur et les korrigans.
Sa voix caressante invite au repos.

Bretagne, en hiver, met sa houppelande
De frimas brumeux. Puis, doigt sur la bouche,
Impose silence. Un vent de tristesse,
Venu de la mer, hérisse la dune.





Il était une fois


C’est un chanteur d’hier,
Inspiré, noble et fier,
Un aède d’antan,
Une voix d’outre-temps,
Qui célèbre en chansons
Victoires ou guérisons.


Ce ténor, ce poète,
A chacune des fêtes
Honore ses héros
Et loue d’un trémolo
Ceux qui livrent bataille
Puis rentrent au bercail.


Il chante, s’époumone
A chaque fois que sonne
L’heure des retrouvailles,
Des festins, des ripailles.
Il aime qu’on l’admire
Lorsqu’il pince sa lyre.


Sa voix est un atout,
Un brame qui rend fou,
Une arme redoutable.
Il est invulnérable,
Ce vieux barde gaulois
Qui vit au fond des bois.


S’il donne un récital
Lors du banquet final
Il finit ligoté,
A l’écart, bâillonné,
Privé de sa pitance,
Les autres font bombance.


Sous le ciel étoilé
Les Gaulois rassemblés
Goûtent aux sangliers.
Puis le lecteur convié
Près de l’ardent brasier
Tourne l’ultime page,
C’est la fin du voyage.
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PostPosted: Wed 27 Mar - 20:40 (2013)    Post subject: Publicité

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